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Le blog de Pierre Cayrol


Zapatero socialiste?

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José Luís Rodriguez Zapatero et Mariano Rajoy © público

José Luís Rodriguez Zapatero et Mariano Rajoy © público

Zapatero socialiste? A vrai dire, on peut encore se poser la question. En matière d’immigation, l’actuel gouvernement espagnol, jadis gĂ©nĂ©reux pour rĂ©gulariser par centaines de milliers le sort des immigrĂ©s, a mis un sĂ©rieux bĂ©mol Ă  sa grandeur d’âme. Il renvoie dĂ©sormais par charters entiers les “sans papiers” Ă©chouĂ©s sur ses cĂ´tes. Mieux, ceux qui acceptent de rentrer chez eux peuvent dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier de leur allocation chĂ´mage comme prime de dĂ©part. A condition qu’ils ne mettent plus les pieds en Espagne pendant 3 ans. Et qu’ils renoncent Ă  leur permis de sĂ©jour, ainsi qu’Ă  leur permis de travail! Le formidable taux de chĂ´mage, 10, 4 pour cent en septembre, n’autorise plus la charitĂ©!

Cette fois,  c’est vers les juges que les “zapateristes” se dirigent!

Pendant quatre ans, durĂ©e de leur première lĂ©gislature, les socialistes ont gouvernĂ© sans l’aide de l’opposition. Pas le moindre coup de pouce! La droite, hĂ©ritĂ©e du franquisme, agrippĂ©e Ă  son Parti Populaire, a systĂ©matiquement fait obstruction aux projets gouvernementaux. En matière de lutte contre le terrrorisme, en particulier!

Depuis les Ă©lections de Mars, de nouveau remportĂ©es par les socialistes, coup de volant, le panorama a bien changĂ©. Les conservateurs, conscients d’avoir perdu les comices par manque de dialogue avec le Pouvoir, ont tournĂ© casaque!

Sous la houlette d’un Mariano Rajoy soudain ragaillardi, ils se sont distancĂ©s de leur mentor, très marquĂ© Ă  droite, JosĂ© Maria Aznar. Et se sont orientĂ©s vers le centre !

RĂ©sultat: aujourd’hui socialistes et “populares” ne marchent certes pas - pas encore? - la main dans la main. Mais, ils esquissent quelques pas de deux . Aux obsèques du militaire assassinĂ© en Cantabrie par l’ETA, on a pu voir MM. Zapatero et Rajoy se lamenter cĂ´te Ă  cĂ´te! Enfin, unis face Ă  l’ETA..

Première consĂ©quence politique concrète de cet Ă©tonnant rapprochement: un “pacte”, c’est le qualificatif employĂ©,  pour dĂ©signer les membres du “Conseil GĂ©nĂ©ral du Pouvoir Judiciaire”, la plus Haute AutoritĂ© de la Magistrature. Les partis socialiste et populaire ont acceptĂ© de se partager les postes de magistrats siègeant Ă  cette puissante Juridiction. Je t’Ă©change machin contre truc! Et, vlan, passe moi la calculette!

Sans doute emportĂ© par son Ă©lan de gouverner  -enfin! -  avec une opposition de droite Ă©dulcorĂ©e, Zapatero est allĂ© au-delĂ  : il a choisi pour prĂ©sider ce bastion judiciaire Carlos DĂ­var, un juge de 67 ans connu pour ses idĂ©es conservatrices et religieuses! Ce cĂ©libataire endurci a donnĂ© des confĂ©rencs Ă  l’archevĂŞchĂ© de Madrid, rappelle “el pais” qui cite cette phrase de l’intĂ©ressĂ© sur la page WEB d’un organisme ultra catholique : “l’unique et vĂ©ritable justice se situe dans l’amour du Christ..”

Cette nomination a suscitĂ© un tollĂ© dans les rangs socialistes. Certains caciques progressistes menacent de ne pas entĂ©riner l’accord gouvernement-opposition!

Pendant quatre ans, le gouvernement socialiste a rĂ©ussi - avec succès! -  à sĂ©parer l’Eglise et l’Etat. Il a brillamment libĂ©ralisĂ© les moeurs, malgrĂ© l’hostilitĂ© d’Ă©vĂŞques omni-prĂ©sents dans un pays marquĂ© par des dĂ©cennies de catholicisme.

Et, patatras.. Cette dĂ©signation du premier Magistrat d’Espagne! Allez donc l’expliquer Ă  un homosexuel voulant se marier, mais encore empĂŞchĂ© de le faire par certains juges conservateurs hostiles Ă  l’application de la loi. ..  Impossible!

Alors, encore socialiste, M. Zapatero?  Voire!

Un commentaire pour “Zapatero socialiste?”

  1. Francesca dit :

    C’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que je suis vos interventions sur France- Infos et France-Inter. Sans aucun doute, vous avez une connaissance approfondie de l’Espagne et de la société espagnole. Votre regard sur ce pays est manifestement empreint de sympathie sans que cela ne nuise à votre esprit critique. Ce sont des qualités fort appréciées par ceux qui, comme c’est mon cas, avons la chance d’être d’ici et de là-bas. J’ajouterai que vos touches d’humour et d’originalité sont la « guinda del pastel ».
    Permettez-moi cependant de vous commenter que votre blog d’hier m’a fait quelque peu « sursauter ». C’est probablement, de ma part, un acte réflexe ou, plutôt, une avouable « mauvaise foi » en raison de mon penchant pour la gauche. Je l’admets ! Mais je trouve que vous avez vite fait de cataloguer M. Zapatero. Il est vrai que vous n’affirmez pas, vous préférez le biais de l’interrogation rhétorique qui laisse la porte ouverte.

    C’est vrai, vous avez tout Ă  fait raison de mettre le doigt dans la plaie et de souligner le traitement honteux que l’on donne aux immigrĂ©s pour qui l’Espagne a cessĂ© d’être un pays de cocagne (l’a-t-il jamais Ă©tĂ© ?). Mais, est-ce juste d’associer la manière de rĂ©soudre ce grave problème traitĂ© malheureusement avec la mĂŞme cruautĂ© dans tous les autres pays europĂ©ens, quelle que soit leur couleur politique et sous le commode prĂ©texte de « la »crise, avec le fait d’être plus ou moins socialiste? Il est certain que l’on attend d’un gouvernement de gauche de constantes amĂ©liorations sociales et un climat de solidaritĂ©. Nous ne sommes pas Ă  mauvaise enseigne ici, en Espagne, et, s’il y a encore beaucoup Ă  faire, le pays de Zapatero occupe une place de choix dans le palmarès des rĂ©formes sociales.
    Par contre, que dire de la politique sociale de l’Union européenne qui, plus que jamais, est source de déception pour tous ceux qui revendiquent leur condition d’européiste ? Comment ne pas s’indigner des lamentables propositions des eurocrates qui, du haut du piédestal de leurs privilèges, émettent des diktats totalement dénués d’humanité pour se libérer du gênant problème de ceux qui mettent leur vie en péril dans l’espoir d’une vie plus digne. En réalité, nous sommes tous responsables de cette situation, mais nous acceptons toutes les décisions prises de part et d’autre avec une souveraine indifférence. Aucune manifestation. Bien peu de gestes de solidarité. Nous avons trop peur de renoncer au superflu. Il a bon dos le socialisme de M. Zapatero !
    Quant au supposé pas de deux des deux « chefs » de la politique espagnole, ce n’est pas désagréable de goûter d’un peu de monotonie après tous les soubresauts nourris d’insultes mensongères auxquels nous avait habitué le parti « popular » lors de la précédente législation. Au moins le temps de reprendre son souffle !
    Évidemment je prĂ©fèrerais que le gouvernement Zapatero ne ronronne pas trop longtemps et qu’il n’applique qu’avec beaucoup de parcimonie le proverbe de ” l’union qui fait la force » pour ne cĂ©der Ă  aucun chantage.
    Espérons que « la crise » soit également l’occasion de réfléchir plus profondément sur la situation des plus défavorisés et qu’elle soit le « moteur » de réformes sociales profondes et solidaires. Il ne faudrait surtout pas dormir sur ses lauriers !

    Francesca

    P.S : Bravo pour « Madrid, ville propre » ! Cela aidera, je l’espère, Ă  changer les idĂ©es reçues chez certains de nos compatriotes lĂ©gèrement chauvins.
    Ă€ propos de certain passage de l’article, puis-je me permettre une indiscrĂ©tion ? Vous souffrez d’insomnie, M. Cayrol ?

    P.S nÂş2: Pardonnez mon langage parfois “espingouin”… J’ai du mal Ă  Ă©chapper Ă  la contamination linguistique, “apanage” des bilingues … La fameuse “loi” du moindre effort!

    P.S nÂş3: Merci, M. Cayrol!

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rome

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