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Publié le 2 novembre 2008
La reine Sophie a fĂŞtĂ© ce dimanche ses 70 ans. Au milieu d’une belle polĂ©mique qu’elle a elle-mĂŞme… dĂ©clenchĂ©e. Dans un recueil de propos intitulĂ© « la Reine de très près », (« la Reina muy de cerca ») Ă©crit par Pilar Urbano, l’une des journalistes les plus cĂ©lèbres d’Espagne –et sans doute la plus royaliste- la Souveraine rompt avec un silence de… 33 ans. Pas moins! Elle s’exprime sur tout ! Le mariage homosexuel, l’avortement, le suicide assistĂ©. Bref, elle rĂ©agit sur beaucoup des thèmes qui fâchent dans cette Espagne mal remise du Pouvoir exercĂ© pendant des dĂ©cennies par une puissante hiĂ©rarchie Catholique.
Un pavé dans le cheminement d’une Monarchie, jusqu’à ce jour, plutôt discrète.
Dans tous les medias, sans exception, il a Ă©tĂ© de bon ton de souhaiter Ă Doña SofĂa un heureux anniversaire. La tĂ©lĂ©vision publique lui a consacrĂ© un reportage en prime time. Elle est si douce, si gentille, si gĂ©nĂ©reuse, a-t-on lu et entendu partout. Le bien personnalisĂ©. Toujours proche de son peuple et de sa petite famille ! MĂŞme Zapatero, le rĂ©publicain Zapatero, y est allĂ© de son couplet admiratif.
La propre vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, la femme libérée de l’équipe gouvernementale, a souligné « le travail impeccable » de la Reine. A lire la presse, à entendre la classe politique, la tendre épouse de Juan Carlos fait donc l’unanimité dans une Monarchie que le dictateur Franco, le pourfendeur de la République, avait lui-même désigné avant sa mort pour lui succéder.
Les compliments ont été d’autant plus marqués et dithyrambiques que la Reine - allez savoir pourquoi ! -  a décidé de … se lâcher. Elle, d’ordinaire si discrète au fil de 46 ans passés en Espagne, s’est résolu à parler. De tout et de rien. Mais, surtout, de tout! Et cela dans le livre que publie Pilar Urbano, une journaliste, toute sa vie fidèle au très monarchiste quotidien « ABC » ! Pas suspecte, donc, d’amitiés républicaines.
A propos du mariage homosexuel lĂ©galisĂ© en Espagne, la Reine affirme : « ils peuvent ĂŞtre en droit de se marier, mais que l’on n’appelle pas cela un mariage ». Imaginez les rĂ©actions des associations de dĂ©fense des homosexuels ! Elles n’ont d’ailleurs pas tardĂ©.
Sur la Monarchie : « Aujourd’hui un républicain en Espagne est autant hors du contexte qu’un royaliste en France » »
L’euthanasie? : « Je n’en suis pas partisane. La vie et la mort ne sont pas entre nos mains ».
Et ainsi de suite.. La reine dicte son jugement.
Personne, évidemment, n’a prétendu censurer la Reine, ce serait un crime de lèse-majesté, ni évidemment lui refuser d’avoir son opinion. Non ! Ce que beaucoup lui reprochent c’est tout simplement d’avoir parlé, d’avoir exprimé son avis personnel, alors qu’elle devait être impartiale, au-dessus des croyances.
Paradoxalement, c’est le porte parole du parti d opposition de droite, du Parti Populaire, Esteban Gonzalez Pons qui a lancé la première pique : « Je pense, a-t-il dit, que le principe de neutralité devrait être observé par la famille royale. (..) Le Roi et la Reine sont comme le drapeau national », ils doivent être neutres !
L’affaire est devenue une affaire d’Etat. Imaginez, la Reine si effacée qui, pour la première fois, se confesse,  expose ses convictions. La Maison Royale a certes essayé de minimiser l’affaire – car c’en est une ! - en affirmant que les propos publiés sont, pour certains, « inexacts » ou exprimés de façon privée. Rien n’y fait ! La journaliste maintient son manuscrit et affirme avoir reçu le feu vert « pour publication » de la maison Royale.
On en est là . Mais, que les Monarchistes se rassurent. Dans le livre, la Reine Sophie affirme que « le Roi (Juan Carlos) n’abdiquera jamais ». Nous voila rassurés !