Belle-mère cherche gendre, natifs du serpent s’abstenir
Surprise dimanche après-midi au parc Sun Yat-sen, à proximité de la Cité interdite. Je tombe sur un attroupement de sexagénaires en pleins conciliabules dans une ambiance de marché aux puces. Mais que peuvent-ils bien échanger? LEURS ENFANTS! Ces parents tentent de caser leur progéniture visiblement peu pressée de convoler. Bienvenue à la bourse de l’amour, le Love Stock Exchange de Pékin!
La plupart se promènent avec une grande fiche format A3, plastifiée, énumérant les caractéristiques de leurs chères petites choses. Parfois même une photo, mais le plus souvent sur demande.
Les principaux arguments de vente sont:
- hukou pékinois (indispensable aussi pour pouvoir acheter un appartement ou même emprunter un vélo)
- études universitaires
- salaire (en tous chiffres)
- appartement/voiture
- le cas échéant, nationalité étrangère, surtout Australie ou Canada
- la taille (mais pas le poids)
- signe du zodiac chinois, avec certaines exclusions: serpents s’abstenir…
Âge moyen des candidats: la trentaine
La gêne ambiante était très palpable, mon appareil photo a reçu un accueil glacial. Visiblement, ces parents ne souhaitaient pas être reconnus et n’étaient pas particulièrement fiers de se retrouver à caser leur enfant au marché.
Le mariage apparaît comme la création d’une entreprise, avec aux postes de CEO/CFO les mariés, et au conseil d’administration les parents. Les sentiments passent après, même si on imagine que les principaux intéressés doivent quand même donner leur accord.
La nature des arguments éclaire également le mariage sous l’angle de la face. On marie ses enfants pour se pavaner devant voisins et collègues, et énumérer toutes les qualités du gendre idéal. C’est le règne impitoyable du qu’en-dira-t’on et des idées reçues!
Vu l’âge moyen, on imagine surtout que nombre de ces enfants ne sont pas pressés de se marier, et encore moins de se plier à la volonté de leurs parents. Au final, ces derniers font franchement pitié. Ils n’ont pas compris qu’ils appartiennent déjà au passé, qu’ils n’ont plus sur le présent l’emprise qu’ils estiment leur revenir.
Victimes d’une Contre-Révolution culturelle? Ces personnes qui ont la soixantaine aujourd’hui ont vécu dans les années soixante une période de remise en cause des structure sociales aux conséquences dramatiques et on peut comprendre leur besoin d’ordre, sans aller jusqu’à leur pardonner leur égoïsme matérialiste.
Au final, cette photo illustre assez bien la situation de transition que vit la Chine populaire aujourd’hui. Avec une génération au pouvoir crispée sur le maintien l’ordre établi, quitte à étouffer la génération suivante. Et une jeunesse qui file droit tant qu’elle en retire des avantages, mais pas dupe pour autant.
Et où étaient-ils pendant ce temps-là tous ces soi-disants candidats au mariage? Toute la question est là!











26 juin 2012 à 21:41
Ils travaillent sans doute d’arrache-pied en “jiaban”, en heures supplémentaires. Étonnant aussi de voir les grands parents s’occuper des petits enfants en journée dans les hutongs et aux abords de Beihai, surement pour la même raison. Merci pour ce blog et ces informations surprenantes sur la Chine!