Le blog de Philippe Reltien

Philippe Reltien, envoyé spécial permanent à Pékin pour Radio France

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Le Novotel Peace (heping en mandarin) est pile dans le centre ville de Pékin, à 15 minutes à pied de la Cité Interdite. Depuis le lobby on aperçoit  d’un coté le Peninsula Hotel entouré de boutiques Vuitton et Chanel. Il suffit de faire cinq minutes de marche dans un sens ou l’autre de l’avenue pour se retrouver dans des centres commerciaux qui vendent, entre autres, Prada, Hermès, ou Cartier.

Une autre « vista », coté arrière cour, est celle  que j’ai depuis les fenêtres de ma chambre. Je vois des toits de tuile, des  petits appartements, des ruelles hutongs et un grand chantier (bruyant). Au premier plan il y a une étroite rue où sont installés trois minuscules  restaurants, pas plus de deux petites tables et chaises en plastique. A mon avis les propriétaires doivent travailler de manière acharnée. Je ne comprends pas s’ils ouvrent 24h/24 ou uniquement du diner au petit déjeuner en se reposant à midi.

L’autre soir, je commençais à m’endormir quand des hurlements tellement forts et violents m’ont donné l’impression qu’il y avait un ivrogne en train d’être égorgé dans ma salle de bain. Comme je suis une personne normale, la possibilité d’avoir un mec assassiné dans ma douche m’a tiré de ma somnolence. Je me suis évidemment rendu compte que l’individu n’était pas dans la salle de bain mais sous mes fenêtres. Commère entrainée, j’ai voulu savoir ce qui arrivait à ce pauvre homme donc j’ai adopté la technique du je-regarde-discrètement-derrière-le-rideau. Là j’ai découvert un autre aspect  de la passivité chinoise. Je vous décris la scène. Le resto en bout de ruelle avait trois clients, celui de l’autre extrémité au moins cinq, celui du milieu n’en avait qu’un qui faisait les cents pas. Le propriétaire s’affairait tranquillement à son barbecue. J’ai bientôt compris que c’était ce client solitaire qui hurlait à la mort. Les autres personnes présentes ne paraissaient pas concernées. Même lorsqu’il a ramassé une table pour la balancer un peu plus loin, le propriétaire l’a à peine regardé. Puisque personne ne s’intéressait à lui, il est revenu vers l’homme au barbecue  et a mis un bon coup de poing bien sonore dans son mur. Une réaction contrôlée du gérant l’a repoussé un peu plus loin. Il est revenu à la charge et ils ont fini par s’empoigner. Toujours pas de réaction des voisins (tous à moins de cinq mètres) à part deux ou trois têtes tournées. Le cirque a continué un bon moment avec un homme et une femme arrivant à la rescousse. Enfin il a eu l’air calmé mais n’avait toujours pas l’intention de partir. Un client à eu le malheur de le frôler tout en parlant au téléphone. Le « furieux » lui à pris le bras, il a tenté de lui mettre un coup de poing et puis ils sont entrés dans une allée perpendiculaire et sombre. Cette baston  improvisée a eu pour conséquence  finale de rameuter TOUT le quartier et une vingtaine d’ouvriers du chantier qui ont suivi les deux hommes dans la ruelle. Tout le public assis aux petites terrasses des restos a suivi le mouvement. J’ai aussi vu sortir des habitants qui devaient être aux fenêtres comme moi. Ils ne pouvaient plus apercevoir le combat donc ils sont sortis pour suivre le feuilleton à l’extérieur. Je ne sais pas comment ça s’est terminé mais les cris ont cessé, ils l’ont peut être bâillonné ?

Comment affirmer que telle scène  est plus authentique que telle autre ? Pékin est une ville monstre à taille surhumaine où consommation, modernité, traditions et privations se côtoient. Jusqu’à tard le soir on peut voir les chinois flâner et « shopper » dans ces énormes centres commerciaux remplis de produits de luxe à des prix encore plus exorbitants qu’en France (à cause des taxes d’importation). Et ces boutiques ne sont pas là que pour faire joli : Hermès s’est fait dévaliser, tout Pékin est en rupture de stocks de sacs à main. Beaucoup ont donc les moyens de se les acheter… 

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