Kerviel déjoue les contrôles
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10h35: huitième jour : suite de l’audience.
Marine Auclair appartient aux organes de contrôles internes de la banque. Elle découvre en mars 2007 des écarts troublants dans le compte de Jérôme Kerviel. « A l’époque » raconte-t-elle « nous lui avons demandé des précisions. Il s’est montré coopératif. Même s’il nous a livré un jargon financier difficilement intelligible. Nous avons ensuite transmis ses explications à la hiérarchie, et c’est passé. Son écart dans les comptes a été corrigé. »
Le président du tribunal lit au témoin le mail qu’elle a fait alors parvenir à la hiérarchie de Jérôme Kerviel. « Bonjour. Nous avons 88 millions d’euros d’écart au 31 mars 2007. Il s’agit d’opérations fictives pour équilibrer le compte du trader. Merci de votre vigilance sur le sujet. » Le président s’adresse au témoin.
-Vous parlez d’opérations fictives ?
- C’est un terme qui n’était pas très bien choisi. Il s’agissait plutôt d’une correction.
- Vous avez eu d’autres alertes, le mois suivant, en avril 2007 ?
- Oui. Mais systématiquement, la même explication nous était transmise. Et les écarts n’étaient pas considérables.
- Il y a eu bien d’autres alertes, comme en novembre 2007 ?
- C’est exact. Mais il avait à chaque fois une bonne raison. Je n’ai jamais imaginé qu’il puisse mentir. Le seul problème c’est qu’il utilisait un jargon.
- Vous avez fourni une attestation qui figure au dossier d’instruction sur son comportement. Vous pouvez nous en dire plus ?
- La seule chose que je trouvais surprenante, c’est qu’il semblait très anxieux vis-à-vis de ses écarts Il m’a dit « si nous arrivons à résorber cet écart, je vous offre une bouteille de champagne. Autrement, je vais sauter ! ».
Le président interpelle Jérôme Kerviel sur cette « promesse ». Le trader, un rien embarrassé, affirme : « Il s’agissait de cadeaux offerts par des clients, et nous n’avions pas le droit de les conserver pour nous ». Marine Auclair (qui n’a jamais reçu le champagne) poursuit son témoignage.
- - Il y avait des fois où il reportait la responsabilité de ses écarts sur ses assistants.
Le procureur questionne à son tour Marine Auclair.
- - Jérôme Kerviel venait vous voir directement dans votre service. Est-ce habituel?
- - Non. Généralement les traders nous transmettent leurs explications par mail. Mais le fait qu’il soit venu nous voir ne change rien.
L’accusation estime que Kerviel a tenté de manipuler les contrôleurs.
Puis, l’avocat de la Société Générale intervient.
- - Votre rôle était de résoudre les problèmes ou de détecter des fraudes?
- - Notre mission n’était pas d’enquêter sur d’éventuelles fraudes. Notre travail consistait juste à corriger des erreurs.
- - Selon Kerviel: il était impossible de le prendre au sérieux à moins d’être complètement «neuneu»!
- - Je ne crois pas être totalement «neuneu». Simplement je n’imaginais pas qu’il puisse frauder!