Le blog de Matthieu Aron

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clearstream : impression d’audience… (4)

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Neuvième audience : la stratégie du contournement

Dominique de Villepin ou l’art de la guerre. En tout dĂ©but de procès, il Ă©tait parti sabre au clair contre le gĂ©nĂ©ral Rondot. A l’entendre les notes du militaires, ses fameux petits carnets, n’Ă©taient que des brouillons, anachroniques, de vulgaires salmigondis .ConsĂ©quence, quand le gĂ©nĂ©ral est venu tĂ©moigner, le retour de bâton a Ă©tĂ© terrible. Le militaire s’en est tenu Ă  ses notes, imperturbable, un roc de certitude, une citadelle imprenable. Impression dĂ©sastreuse pour Villepin.  

Changement de stratégie

Mercredi, l’ancien premier ministre a donc changĂ© de stratĂ©gie. Habile animal politique, il amadoue, il flatte, il sĂ©duit, il salue l’honneur du gĂ©nĂ©ral, se morfond mĂŞme des soucis qu’il pu lui causer. Surtout, il minimise leurs diffĂ©rents. A l’en croire, il ne s’agit que de simples malentendus, de malheureuses incomprĂ©hensions, il va meme jusqu’ Ă  affirmer : « Mais je suis cent fois d’accord avec le gĂ©nĂ©ral Rondot »

 Un général ému

  En face le militaire ne cille pas, ne bronche pas sous l’avalanche des compliments, il s’en tient a son expression favorite : ” j’ai vu ce que j’ai vu, je rapporte ce que j’ai entendu” Mais, comme il n’en rajoute pas, ne contredit pas ouvertement Villepin et que par moment il ne semble pas totalement insensible aux amabilitĂ©s : « Je l’avoue, Ă  l’écoute du premier ministre, je suis Ă©mu » peu Ă  peu au fil de la confrontation, les divergences entre les deux hommes semblent s’estomper, comme par magie, mĂŞme si sur le fond rien n’a changer. AssurĂ©ment du bien bel ouvrage. Et Dominique de Villepin, se permet mĂŞme en fin d’une audience l’une de ses tirades dont il a le secret : « Comment imaginer que j’ai pu convoquer au quai d’Orsay un gĂ©nĂ©ral avec ses petits crayons et ses fiches bristol pour comploter. On ne confie pas un complot Ă  un homme comme le gĂ©nĂ©ral Rondot ! »

Et maintenant ?

A l’évidence certaines dĂ©clarations de Dominique de Villepin sont apparues peu crĂ©dibles dans ce procès, qu’il s’agisse de ses dĂ©nĂ©gations sur son intervention lors de la garde Ă  vue d’Imad lahoud, de sa persistance Ă  nier des rencontres avec Jean Louis Gergorin, ou bien de sa lecture pour le moins particulière des carnets Rondot. Pour autant sur le reste, c’est-Ă -dire sur l’essentiel, Dominique de Villepin s’est montrĂ© beaucoup plus convaincant. Sur un aspect du dossier en particulier, capital. Alors que l’accusation lui reproche d’avoir su dès le mois d’avril 2004 que toute cette affaire Ă©tait « bidon », l’ancien premier ministre, grâce d’ailleurs au tĂ©moignage du gĂ©nĂ©ral Rondot, a pu Ă©tablir qu’il n’en n’était rien. C’est, au plus tĂ´t, en juillet 2004 qu’il a pris conscience d’une possible falsification des listings. Il est donc pour le moins dĂ©licat de l’accuser aujourd’hui d’avoir Ă©tĂ© le complice d’une dĂ©nonciation calomnieuse intervenue au mois d’avril 2004 alors qu’il ignorait Ă  cette Ă©poque la faussetĂ© des accusations. Demeure une zone grise, la pĂ©riode allant de juillet Ă  octobre 2004. Dominique de Villepin a de sĂ©rieux doutes s’en avoir pour autant la certitude que tout est faux. Aurait-il du, aurait-il pu arrĂŞter la machine infernale de la calomnie ? Sans doute. Mais il n’était le seul Ă  pouvoir le faire. Le gĂ©nĂ©ral Rondot, lui-mĂŞme, le directeur de cabinet du ministre de la dĂ©fense, voir la ministre, elle-mĂŞme disposaient d’informations identiques. Personne n’a rien fait. Tout le monde est restĂ© paralysĂ©. Pourquoi ? Cela demeure en partie mystĂ©rieux. Dominique de Villepin doit-il ĂŞtre condamnĂ© pour son inaction ? Et sur quelles bases juridiques ? Alors que s’achève les dĂ©bats et que dĂ©bute bientĂ´t la phase des plaidoiries, aucune vĂ©ritĂ© absolue n’est encore apparue dans cette audience.

clearstream : impressions d’audience (3)

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30 septembre : Villepin sur le grill

8 heures d’interrogatoire, un redoutable marathon et Ă  l’arrivĂ© non pas un mais deux Dominique de Villepin.

Il y a d’abord eu le prĂ©venu Villepin, celui du dĂ©but d’audience. C’est alors le prĂ©sident, et seulement le prĂ©sident du tribunal qui interroge. Il est peu spectaculaire, très technique, mais, redoutablement efficace. Avec patience, le magistrat tisse sa toile d’araignĂ©e, et Villepin se laisse enfermer. Ses rĂ©ponses ont beau ĂŞtre très prĂ©cises, chaque mot est millimĂ©trĂ©, elles n’en demeurent pas moins peu crĂ©dibles.

Le nom de sarkozy

Exemple : le nom de Sarkozy. Quand est-t-il apparu sur la liste noire des pseudos corrompus ? Dominique de Villepin affirme : «  Le 9 janvier 2004, lors de la rĂ©union avec le GĂ©nĂ©ral Rondot et Jean Louis Gergorin, il n’a jamais Ă©tĂ© question de lui, en tout cas son nom n’a pas Ă©tĂ© mentionnĂ© en lien avec le rĂ©seau mafieux » Et de prĂ©ciser : « Nous avons parlĂ© de lui, certes mais uniquement en tant que ministre de l’intĂ©rieur » Le prĂ©sident du tribunal rebondit aussitĂ´t : «  Pourquoi alors ne pas l’avoir informĂ© de cette corruption internationale que vous aviez dĂ©couvert ? » RĂ©ponse, un rien embarrassĂ©e du prĂ©venu ancien premier ministre : « J’ai prĂ©fĂ©rĂ© conserver le secret autour de cette affaire, je n’ai pas voulu provoquer une guerre des polices, comme en Corse » La rĂ©ponse n’a pas l’air de convaincre le magistrat, pas plus convaincu non plus, en apparence tout du moins, par les dĂ©nĂ©gations de Dominique de Villepin sur ses rencontres secrètes avec Jean Louis Gergorin, ou sur le rĂ´le prĂŞtĂ© Ă  Jacques Chirac, qui a en croire Villepin n’aurait donnĂ© aucune consigne d’enquĂŞte sur Nicolas Sarkozy. « Le prĂ©sident avait juste fixĂ© un cadre gĂ©nĂ©ral sur la lutte contre la criminalitĂ© financière, je m’y suis tenu »

Villepin, la bĂŞte politique

Interruption d’audience. C’est maintenant le procureur qui pose les questions. Jean Claude Marin se montre plus agressif, ironique, presque arrogant, et sous l’adversitĂ©, la bĂŞte politique de Villepin se rĂ©veille. « Trop c’est trop » s’Ă©crie t-il et il renvoie sèchement le magistrat dans ses cordes. Le ton monte encore face Ă  Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy « Vous parlez Ă  un ancien premier ministre, cessez vos insinuations ! » L’avocat imperturbable poursuit. Cette fois ci, Olivier Metzner, l’un des dĂ©fenseurs de Villepin rĂ©agit «  Vous allez rĂ©pĂ©ter quarante fois la mĂŞme question ! Vous nous prenez pour des cons ». AttaquĂ© de partout, Dominique de Villepin sort alors une de ces tirades dont il a le secret : « Le doigt de Nicolas Sarkozy a Ă©tĂ© pointĂ© sur moi, sur des hauts fonctionnaires et sur des ministres qui se sont tus mais qui, eux aussi, ont Ă©tĂ© menacĂ©s ». Soudain revigorĂ© Dominique de Villepin, adopte alors une dĂ©fense purement politique, il se prĂ©sente comme une victime un exercice dans lequel il excelle.

clearstream : impressions d’audience (2)

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Mercredi 23 septembre. L’effet papillonLa théorie du chaos repose sur un principe : un simple battement d’ailes de papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde. Et si l’affaire Clearstream avait démarré ainsi ? En effet, qui l’eût cru, c’est peut être une banale allergie au ciment qui a provoqué le méga scandale.

A la barre du tribunal, Jean Louis Gergorin, raconte comment en mars 2003 il est obsédé par la mort de son ami et mentor, Jean Luc Lagardère. Le vice président exécutif d’EADS est en effet persuadé que Lagardère n’est ni décédé d’une infection nosocomiale ni d’une maladie rarissime. Non, Gergorin est convaincu que son patron a été assassiné à l’aide d’un poison. Et que les auteurs de ce crime sont des maffieux russe. Des gangsters de la finance qui avec la complicité d’un industriel véreux ont pour objectif de prendre le contrôle d’EADS.

C’est pour cette raison qu’il va demander à l’un des ses employés, l’informaticien Imad Lahoud, d’étudier le cours des actions d’EADS. Et quand Lahoud va lui rapporter qu’au cours de ses recherches, il a réussi à pénétrer, à hacker, la société Clearstream, et qu’il a découvert un gigantesque réseau de corruption, Gergorin, c’est du moins ce qu’il affirme, va y croire. Il va tomber dans le panneau. « J’étais traumatisé par la mort de Jean Luc, j’étais fragilisé, j’ai été un pigeon » reconnaît-il aujourd’hui, préférant passer pour un idiot que pour un intrigant.

Et ses soupçons délirants sur un empoisonnement ? Sont-ils aujourd’hui définitivement levés ? Jean Louis Gergorin affirme que oui. C’est que, depuis, il a trouvé une autre explication : Jean Luc Lagardère serait décédé suite à une allergie au ciment de sa prothèse. Vous avez bien lu, une simple allergie. Tout ca pour ca ! Devant le tribunal, Jean Louis Gergorin ne cesse de s’excuser d’avoir été à l’origine d’une telle onde de choc à cause (dixit) de sa « bêtise ». Doit-on le croire ? Peut-on le croire ? Face aux magistrats ce polytechnicien, aux allures de professeur Tournesol, a des arguments, bien plus convaincants que ceux de Lahoud. Une certitude en tout cas. Le tribunal juge bien « une histoire de fous »

Jeudi 24 septembre : La surprise

Surprise ce matin à la lecture de Libération. Le quotidien titre en Une «  Lahoud enfonce Villepin ». Ai-je assisté à la même audience que les journalistes de Libération ? Oui et c’est sans doute ce qui fait le charme de la chronique judiciaire : la diversité des regards sur un même procès. Pour ma part, tel n’a pas été mon sentiment. J’ai trouvé Imad lahoud tout sauf convaincant. Après avoir menti tout au long de l’instruction, ce qu’il reconnaît d’ailleurs lui-même, il nous a livré encore une nouvelle version. Entre ses interviews, ses interrogatoires chez le juge, et son livre, c’est peut être la vingtième. Peut-il encore aujourd’hui être crédible ? J’en doute.

Vendredi 25 septembre : Le blog surréaliste

Un prévenu qui dialogue avec les internautes durant son procès, il fallait oser ! Dominique de Villepin l’a fait.

Si vous ne l’avez pas encore vu, alors, foncez le regarder. Cela se passe de commentaire.


CLEARSTREAM: IMPRESSION d’AUDIENCE

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Lundi 21 septembre 13h. La foule.

Du jamais vu de mémoire de chroniqueur judiciaire ! Cent cinquante, peut être deux cents journalistes s’agglutinent devant la porte de la salle d’audience. Et tout le monde joue des coudes pour ne pas rater LE grand moment de la journée : l’entrée de Dominique de Villepin.

Tout d’un coup, de grands cris. C’est lui ? Non, c’est le procureur de la République, Jean Claude Marin, qui tente de se frayer un passage. Impossible d’avancer. Il ne peut pas faire un mètre. Il est tout rouge. Il transpire. Les gendarmes sont appelés en renfort. Ils doivent se mettre à quinze pour constituer un cordon sanitaire. Dans tous les sens, les équipes de télé courent, les radios courent, les gendarmes courent, tout le monde court. Enfin, voici un premier prévenu, Denis Robert. C’est de la folie. Il est tellement coincé qu’il peut à peine respirer. Les gendarmes se précipitent, l’entourent, s’agrippent les uns aux autres et avancent comme des joueurs dans une mêlée de Rugby. Un autre prévenu arrive, tranquille. Et pour cause, personne ne le reconnait. C’est Florient Bourges, l’inconnu du procès.

Et puis, comme surgit de nulle part- en réalité, via une petite porte sur le coté spécialement gardée, le voila ! Dominique de Villepin est là ! Il est venu en famille. Et il parle. Avec les mêmes accents dans la voix que le jour où il s’exprima à la tribune de L’ONU, pour dénoncer l’hégémonie américaine. Il nous refait le coup de la leçon des vielles nations au nouveau monde. Etrange remake. Sur le coup, pourtant, reconnaissons-le, tout le monde est scotché. Grandiloquent, certes. Théâtral, bien sur. Mais, d’abord, spectaculaire ! Le mousquetaire, c’est ainsi que le surnomme le général Rondot dans ses petits carnets, a l’étoffe d’un D’Artagnan des prétoires. Sur le fond, cette prestation, délivrée, devant la porte d’un tribunal, est bien sur discutable, mais, quelle claque ! Comme le diraient de plus jeunes que moi… il a fait un truc de Ouf.

Lundi 21 septembre 14 heures. Dans la salle d’audience.

Il fait chaud. Très chaud. Plus une place de libre. Pourquoi avoir organisé ce procès dans une salle trop petite ? Pourquoi ne pas avoir mis en place, comme pour d’autres audiences médiatiques, une retransmission dans une seconde salle ? Le procès s’ouvre. Mais l’essentiel a déjà été dit, dehors. L’audience s’écoule entre premiers interrogatoires des prévenus, appel des témoins, et querelles de procédures. Tout le monde n’a en tête qu’une parole. Celle de Dominique de Villepin.

Mardi 22 septembre : Denis Robert. Ubu manipulé

Dans ce dossier il est partout. Il est incontournable. Un « intermédiaire », selon le président du tribunal. Denis Robert, c’est d’abord lui, qui, dans le cadre de son enquête sur Clearstream s’est fournit, le premier, les fameux listings informatiques, qui seront ensuite trafiqués. Puis, c’est encore lui, qui, dans un second temps, distribue ces mêmes documents à tous ceux qui souhaitent ou prétendent vouloir l’aider dans ses investigations. Voila pourquoi, en février 2003, il copie les fichiers sur deux cd et les donne à l’informaticien Imad Lahoud, qui plus tard –c’est ce qu’on lui reproche- va les falsifier.

Mais le rôle de Denis Robert ne s’arrête pas là. A la barre du tribunal, avec son physique d’ours mal léché et mal rasé, il raconte comment il a aussi été amené à suivre l’enquête, de très prés De trop près ?

Denis Robert connait en effet fort bien le juge qui a mené les investigations, Renaud Van Ruymbeke. Entre eux, c’est une affaire d’amitié ancienne. Ils se tutoient et s’appellent par leurs prénoms. Aussi quand le magistrat est saisi de l’affaire Clearstream, il téléphone aussitôt à son ami Denis. N’est-t-il pas l’un des meilleurs connaisseurs de l’obscure société Clearstream ? Là ou la situation se corse singulièrement, et se transforme en une véritable histoire de fous, pour ne pas dire en bal des cinglés, c’est ensuite.

En effet, dans les semaines qui suivent, Denis Robert, soucieux d’aider son ami le juge, contacte les spécialistes qui se sont déjà plongé dans la nébuleuse Clearstream à commencer par… son ami Imad Lahoud ! Le trader informaticien se retrouve dans une situation extraordinaire : il conseille Denis Robert, qui conseille le juge. Le voila propulsé expert de ses propres forfaits. Le rêve absolu du mythomane ! Il peut ainsi crédibiliser, tout à son aise, les faux documents qu’il est accusé d’avoir falsifié. Comme le reconnait, assez benoitement, à la barre le journaliste « Lahoud m’a totalement manipulé ».

Denis Robert n’en n’aurait pas dit plus, on pourrait difficilement lui en tenir rigueur. Lahoud dans ce dossier n’a-t-il pas manipulé tout le monde, à commencer par la crème de la crème des services de renseignements ? Pourquoi un journaliste, même s’appelant Denis Robert, aurait-t-il du se montrer plus malin que les as des services secrets français ? Sauf, que devant le tribunal Denis Robert est allé beaucoup plus loin. Dans une soudaine envolée lyrique il affirme que sans la contre-enquête qu’il a ensuite conduite, personne n’aurait rien compris à la manipulation. Et que c’est bien lui, et personne d’autre, surtout pas les services de police, qui le premier à déjouer le complot. Et que, enfin, sans son intervention «  le cours de l’histoire aurait pu être changé ». Le public s’interroge. Le cours de l’Histoire ? De l’histoire avec un grand H ? Oui, c’est bien de cela dont il s’agit puisque Denis Robert conclue « Sans ma contre enquête, la manipulation n’aurait pas été mis à jour et Nicolas Sarkozy n’aurait sans doute pas connu le même destin ». Rien que cela ! Dans ce dossier, Denis Robert sauveur de Nicolas Sarkozy ! Doit-t-on mettre ses propos sur le compte de la fatigue après une journée d’audience éprouvante ? Sans doute.

clearstream:un procès impossible?

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J’ouvre ce blog avec l’envie de vous faire partager les coulisses de l’info. J’ai bien conscience que vous ĂŞtes de plus en plus nombreux, Ă  mettre en doute ce que racontent ou Ă©crivent les journalistes. Parfois avec raison, mais souvent aussi par mĂ©connaissance des conditions dans lesquelles nous travaillons vĂ©ritablement. Mon dĂ©sir est donc de vous dire les choses telles qu’elles sont. Sans soif d’autojustification, juste, pour que vous connaissiez un peu mieux le dessous des cartes. Ensuite, c’est Ă  vous de juger.

Le procès Clearstream s’ouvre

Pour un journaliste qui s’apprête à couvrir les débats-nous serons deux à le faire pour France Info, Franck Cognard et moi-même - c’est le type même de mission délicate. Mission impossible ? Je n’irais pas jusque la. Mais mission sensible, sans aucun doute. D’abord, il y a la complexité inouïe du dossier : 53 tomes d’instruction, des milliers de procès verbaux, des dépositions fluctuantes. Résumer une telle affaire en quelques minutes à la radio relève toujours un peu du casse tête chinois. D’aucun soutiennent même que l’exercice serait par nature assez vain, car trop réducteur. Je ne partage pas ce point de vue. Le cœur même de notre métier, n’est-t-il pas d’essayer de rendre compréhensible ce qui ne l’est pas nécessairement. Et pour avoir couvert nombre de dossiers tout aussi complexes- Le procès Papon, l’affaire du sang contaminé, ou plus récemment le procès de Jean et Xavière Tiberi- je crois sincèrement qu’il est possible de donner à entendre et si possible à comprendre dans un temps assez bref, une à deux minutes, toute la saveur d’une audience en correctionnelle ou aux assises. Certes nous sommes obligés de sélectionner seulement quelques échanges parmi les centaines qui ont lieu chaque jour entre les prévenus, le président et les avocats, certes tout choix est par nature subjectif, mais une part de subjectivité n’empêche ni la rigueur, ni l’honnêteté intellectuelle. Le procès Clearstream, de ce point de vue n’est guère différent d’autres procès. Il présente cependant une singularité. C’est un procès électrique

Un procès sous pression

Jamais, en quinze années de chroniques judiciaires je n’ai perçu une telle tension dans les jours précédents une audience correctionnelle. Ce procès sent la poudre et le sang. Pour m’en être directement entretenu avec Dominique De Villepin, et des membres de l’entourage de Nicolas Sarkozy, je peux témoigner de l’extrême violence de leurs rapports. Il s’agit bien d’une forme de haine. Cette « haine » n’est pas une formule journalistique montée en épingle, destinée à faire vendre du papier, elle est bel et bien réelle. Haine. Il n’y a pas de mot plus juste pour décrire l’exactitude de leurs sentiments. Procès violent. Procès unique, aussi. Il oppose un président de la république à un ancien premier ministre, ce qui constitue une grande première dans notre histoire. Une première qui n’est pas sans conséquence. Avec un président de la république en exercice sur le banc des victimes, l’autre président, celui du tribunal, est placé dans une situation bien particulière. S’il condamne, il ne manquera pas de voix pour dire qu’il a agit sur ordre. S’il innocente les mêmes lui feront le procès exactement inverse. C’est en raison de cette situation si singulière que le rôle de la presse est capital. En rendant compte des débats, elle va forcément donner à l’opinion un premier sentiment sur la culpabilité ou non de Dominique de Villepin. Si la presse penche pour l’innocence et que le président du tribunal condamne, les soupçons d’une justice aux ordres seront du coup encore renforcés. Situation inhérente à tout procès me direz-vous, c’est exact, mais dans cette affaire, du fait de sa sensibilité, le risque est encore plus grand. Risque renforcé aussi par le dossier lui-même. Car que l’on ne s’y trompe pas, Dominique de Villepin est loin d’être condamné par avance. Si son rôle trouble ressort bien de l’instruction, les preuves matérielles, en revanche, font défaut. L’audience, ce qui est loin d’être toujours le cas, sera primordiale. Rien n’est joué d’avance. C’est pourquoi le moindre effet d’audience, le premier doute, la première hésitation peuvent selon l’écho qui leurs seront donnés, prendre une importance démesuré. A nous journalistes de relativiser les premières passes d’armes, et les premières révélations, ou pseudo-révélations qui ne vont pas manquer. Mission impossible ? Non. Mission difficile. A l’évidence.