Le blog de Matthieu Aron

Chef du service Police-Justice de France Info

Fin du procés

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Douzième jour : fin du procès.

12h45 : Olivier Metzner conclue sa plaidoirie en citant une maxime de l’économiste américain John Galbraith : ” Quand tout le monde gagne, personne ne le voit. Quand tout le monde perd, il faut un coupable, un seul.” Jérôme Kerviel a la parole en dernier mais il ne souhaite rien ajouter. Le tribunal met son jugement en délibéré au 5 octobre prochain. Le public quitte la salle d’audience. Au moment où il sort, Jérôme Kerviel s’arrête un instant devant les personnes qui l’attendent  à l’extérieur et signe…un autographe.

Abus de faiblesse

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Douzième jour : plaidoiries de la défense (suite)

12h15 : Olivier Metzner commet un joli lapsus. Alors qu’il s’interroge sur la pertinence du délit qui est reproché à Jérôme Kerviel, il évoque un « abus de faiblesse »

« Oups » dit-il aussitôt, « je me trompe de procès ». Rires dans le public.

L’abus de faiblesse est effectivement au cÅ“ur d’une autre procédure : l’affaire Bettencourt. Un procès dans lequel intervient aussi Olivier Metzner (il est vrai qu’il est partout) Jérôme Kerviel lui est poursuivi pour « abus de confiance »

Un abus de confiance non constitué pour l’avocat. Jérôme Kerviel n’a pas abusé de la confiance de sa banque, il a juste commis une faute professionnelle. Ce n’est pas un délit. Il réclame donc la relaxe sur ce point.

Olivier Metzner attaque la Société Générale

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Douzième jour : plaidoiries de la défense (suite)

11h50 : Olivier Metzner met en cause la banque.

Olivier Metzner tire à boulets rouges sur la Société Générale qui a créé IEC, une banque à part, une banque pour cacher tous ses actifs pourris. Et une autre encore, la SGAM Banque qui, à en croire, l’avocat aurait 35 milliards de passif. Et assène le défenseur « Ils nous disent aujourd’hui qu’ils respectent toutes les règles, qu’ils ne prennent aucun risque. De qui se moque-t-on ? La banque vous dit qu’elle a risqué la faillite avec l’affaire Kerviel, encore faudrait-il connaître précisément ses comptes ? Elle cite un chiffre de pertes : 4, 9 milliards. Mais ce qui est important pour Kerviel, ce n’est pas ce chiffre. La donnée essentielle, c’est la situation au moment ou il a quitté la banque. » Et l’avocat d’affirmer que « les pertes s’élevaient alors à 1,3 milliards. En choisissant de rendre public et d’imputer à Kerviel le chiffre de 4,9,  cela permettait de masquer une autre perte, celle des subprimes, qui se chiffrait à 2 milliards. »

Kerviel a joué le budget de la France

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Douzième jour : plaidoiries de la défense (suite)

11h27 : Olivier Metzner plaide à son tour.

L’avocat débute sa plaidoirie en projetant une image sur un écran installé dans le tribunal: celle du desk ou travaillait Kerviel, et le défenseur commente : « Regardez bien on aperçoit tous les chefs de Kerviel. Ils sont installés à quelques centimètres ou quelques mètres de lui. Et l’on voudrait prétendre que Kerviel a pu passer tous ses ordres sans que personne ne le remarque. Jérôme Kerviel a passé des dizaines, des centaines de milliards de positions, 400 milliards d’euros de positions, le budget de la France, et personne n’a rien vu ! Qui peut croire cela ! »

Puis l’avocat, fidèle à sa réputation, envoie de nombreuses piques. D’abord en direction de l’accusation : « Monsieur le procureur requiert au nom de la société, j’ai le sentiment qu’il requiert surtout au nom de la société Générale… » Ensuite, feu sur l’avocat de la banque, Jean Veil « Au bout de deux ans après avoir répété le contraire sur toutes les radios et télévisions, il a finit par admettre que Kerviel n’était pas un escroc »

Olivier Metzner poursuit : « Le tribunal s’interroge sur la personnalité de Kerviel, sur ses mobiles, mais la banque refuse de se poser la seule question qui vaille : Comment l’a-t-elle fabriqué ce jeune breton arrivé tout droit de sa Bretagne ? On lui demande, qui êtes- vous monsieur Kerviel ? Moi je demande, qui êtes- vous Société Générale ? » Et l’avocat de citer l’ancien patron du Crédit Lyonnais, Jean Peyerelevade pour qui les banques peuvent se transformer en casino.

Les supérieurs de kerviel savaient.

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Douzième jour : plaidoiries de la défense (suite)

10h30 : Exercice délicat, voire dangereux, s’il est raté, maître Huc-Morel construit toute sa plaidoirie à partir des opérations boursières réalisées par Kerviel. Exercice réussi. Nicolas Huc-Morel, très pédagogique, projette des tableaux chiffrés dans la salle du tribunal. Il les commente longuement. Le but : prouver que les supérieurs hiérarchiques de Jérôme Kerviel, ses N+1et N+2, avaient accès aux positions prises par le trader. La conclusion est très simple : les deux supérieurs hiérarchiques n’ont jamais fixé de limites à Jérôme Kerviel (contrairement à ce qu’ils ont affirmé quand ils sont venus devant le tribunal). Le défenseur développe un autre argument pertinent : l’énormité des positions prises par Jérôme Kerviel influait sur le cours des produits. Donc ce qu’il faisait était forcément vu par ses collègues. Et conclue l’avocat : « Il est donc faux d’affirmer qu’ils n’ont pas su, comme le soutient l’accusation. Les supérieurs savaient-t-ils que Kerviel opérait hors mandat?  La réponse est oui, trois fois oui ! 

Il n’y a pas de mystère Kerviel

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Douzième jour : l’heure des plaidoiries de la défense.

9h55 : Nicolas Huc-Morel plaide le premier.

 « Non. Il n’existe pas de mystère Kerviel » débute l’avocat « si ce n’est l’histoire d’un jeune homme qui s’est retrouvé projeté dans une salle des marchés, un jeune homme qui n’a qu’un seul objectif :  celui de faire gagner toujours plus d’argent à sa banque. ».

«  Soyons clair », poursuit le défenseur, « le but fixé à ces jeunes traders est évident, c’est bien celui de dégager des marges ».

Le ton est donné. Les avocats de Jérôme Kerviel, Nicolas Huc-Morel, puis ensuite Olivier Metzner, vont décrocher toutes leurs flèches sur une cible unique : la banque.  

« Il n’y a pas de mystère Kerviel », réaffirme maître Huc-Morel, « mais il y a un mystère Société Générale. Comment une banque a-t-elle pu laisser un trader prendre de telles positions sur le marché ?  Des dizaines de milliards….Et comment ne pas être surpris de voir réagir cette même banque, uniquement à partir du 18 janvier à midi ?  C’est-à-dire au moment où Jérôme Kerviel devient perdant.

Comment la banque a-t-elle pu faire croire au juge d’instruction qu’un trader ait pu agir de manière isolée ? Comment imaginer qu’un trader, comme le soutient pourtant la SG, ait des limites précises ? »  Et l’avocat de se lancer dans une analyse pointue sur l’absence de limite individuelle fixée aux traders à la banque.

Fin du réquisitoire

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Douzième jour : suite et fin du réquisitoire.

Le procureur Jean Michel Aldebert, le chef de la section financière du parquet de Paris réclame 5 ans de prison dont 4 ans de prison ferme.          

Auparavant le procureur avait décliné les trois délits reprochés au trader :

  • - L’introduction de données frauduleuses: il a reconnu avoir introduit des opérations fictives dans la base qui enregistrait les transactions passées par les traders (la base Eliot)
  • - Les faux: il a reconnu aussi avoir écrit de faux courriels pour tromper la banque.
  • - L’abus de confiance:  Il conteste. Mais jamais cette qualification pénale n’a aussi bien porté son nom. La SG avait donné un mandat précis à Jérôme Kerviel. Il a fait une mauvaise utilisation des fonds. Or il connaissait les limites. Il soutient que sa hiérarchie savait. En réalité il a caché ses opérations. Même s’il n’a rien volé, il s’est comporté en propriétaire des fonds.
  • Il conclue : C’est Jérôme Kerviel que vous jugez, et non les défaillances de la banque. L’accusation d’un système, c’est trop facile. Vous jugerez un menteur, un manipulateur et un tricheur

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Douzième jour : suite du réquisitoire.  

11h35 : le procureur Jean Michel Aldebert poursuit ses explications. Soulignons qu’il affirme beaucoup de choses sans vraiment les démontrer.  

“Le péril encouru c’était la mort de la banque. Il n’y a pas d’explication rationnelle. La Société Générale était le leader mondial sur le marché des produits dérivés. Il y avait des centaines de millions d’opérations. Il n’était pas possible d’identifier les opérations particulières de Jérôme Kerviel.”

Kerviel a voulu faire dérailler le procès

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Douzième jour : suite du réquisitoire.

11h07 : Le second représentant du ministère public, Jean Michel Aldebert, le chef de la section financière prend la parole.

« La stratégie de Jérôme Kerviel a consisté à vouloir présenter la victime (la banque) comme le coupable. Il a voulu faire dérailler le procès. Il a entretenu une confusion monstrueuse, un écran de fumée, un brouillard épais. Revenons au droit. Les techniques de dissimulation employées par Kerviel n’ont pas empêché la banque de voir, mais elles l’ont empêché de comprendre. Sa première technique c’est l’utilisation des opérations fictives Sa seconde technique c’est l’utilisation également de faux courriels. Nous sommes en présence d’un homme surentraîné, d’un fraudeur permanent.”

Le mystère Kerviel

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Douzième jour : suite du réquisitoire

10h40 : Philippe Bourion s’interroge sur les mobiles du trader.  

Le procureur, tout comme le président du tribunal, à son tour, se demande : « Mais, qui êtes-vous, Monsieur Kerviel, et pourquoi avez-vous agit ainsi ? » Philippe Bourion l’admet « C’est la part d’ombre de ce dossier ». Il évoque plusieurs hypothèses : « Voulait-t-il empocher un gros bonus ?  Nous ne le croyons pas. Voulait-il être une star ? Ce n’est pas crédible. Voulait-il couler la banque ? Ce n’est pas plus convaincant » Le procureur va même jusqu’à envisager : « Une variante financière du bovarisme. Une forme d’insatisfaction permanente, un souhait d’une vie différente ». Mais il l’admet : « Concernant le mobile, nous restons dans l’obscurité ».