Berliner Luft, le blog de Lise Jolly

Lise Jolly, envoyée spéciale permanente à Berlin pour Radio France.

Tacheles sprechen !

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Tacheles © photo Berliner Morgenpost

Tacheles © photo Berliner Morgenpost

Pour parler franchement ( c’est ce que veut dire Tacheles sprechen ), ils sont devenus fous !

Mardi 5 avril , 6 heures du matin, premier coup de bulldozer dans le jardin derrière le Tacheles, où les touristes venaient en masse se prélasser au soleil après s’être enfoncés dans le dédale de cette ruine qu’est le Tacheles. Cet ancien magasin , qui a hébergé Wertheim puis AEG puis le front du travail allemand et même des prisonniers français sous les toits pendant la guerre , est en train de vivre ses dernières heures. Le bâtiment , symbole de la culture alternative berlinoise , est en sursis de 11 ans maintenant puisqu’il devait être démoli en 90 . Ce squatt ,devenu curiosité touristique ,était quasimment légalisé, géré par des associations . Il a été l’âme de ce quartier de Mitte et de l’Orianenburgerstrasse. Autour de lui et des 80 artistes qui y exercent encore , les galeries d’art se sont multipliées avant de commencer doucement une immigration plus à l’Est.

 © Phot Berliner Morgenpost

© Phot Berliner Morgenpost

La banque HSH a qui appartient les 23 000 m3 de terrain et le bâtiment voulait une vente aux enchères à la quelle elle a renoncé quand de mystérieux investisseurs se sont manifestés et ont proposé 1 million d’Euros aux patrons de bars qui occupaient l’endroit pour disparaître. Moins de vingt quatre heures après, les bulldozers étaient entrés en action…. Les sculpteurs sont encore sur le terrain à côté pour le moment , les peintres à l’intérieur du bâtiment mais pour combien de temps encore. Les touristes regardaient mardi avec un air dépité  les ouvriers travailler  mais les artistes eux étaient inabordables, murés et certains  refusant même de parler. Les associations qui gèrent l’endroit se sont gentillement tirées dans les jambes les unes  les autres . Tout le monde déplore la prochaine disparition de cet endroit mythique qui a vu les concerts improvisés de 89 avec, par exemple,  les punks du groupe Feeling B (erlin), qui donnera naissance à Rammstein plus tard. Tout le monde déplore mais personne ne bouge.

 © Berliner Morgenpost

© Berliner Morgenpost

Après Prenzlauerberg qui a vendu son âme aux bobos, Mitte continue de vendre la sienne aux touristes . Les repreneurs qui ont acheté cher le fait que les cafés débarrassent le plancher n’ont sans doute pas l’intention de conserver le bâtiment en l’état. Quelques commerces supplémentaires, des hôtels , comme ce qui est prévu à la vieille poste prussienne , où la galerie photo C/0 est elle aussi en sursis , à quelques mètres de là, faudra voir. La mairie de Berlin ne bouge pas un cil . Et l’âme de Berlin s’en va chaque jour un peu plus …. Tacheles sprechen , l’argent est le maître mot , tant pis si les touristes eux viennent chercher à Berlin l’ image d’une capitale différente, image qui faisait son charme et son atout et qui maintenant est en train de se perdre complètement . 

Voir article du monde : “Berlin sexy mais moins pauvre” - Frédéric Lemaître :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/03/28/berlin-sexy-mais-moins-pauvre_1499665_3214.html

5 commentaires pour “Tacheles sprechen !”

  1. Maikäfer dit :

    “Et l’âme de Berlin s’en va chaque jour un peu plus …”

    C était une ville insolite qui respirait l Histoire et la bohème, je suis triste moi aussi que Berlin ne soit plus Berlin.

  2. Patrick dit :

    Berlin perd de plus en plus son intérêt… je vais en rester là avec mes 2 voyages annuels dans cette ville. Dommage!

  3. Nadja dit :

    Ô rage ô désespoir ! Mais que restera-il de Berlin dans quelques mois ? Tout ce qui a fait sa force et sa différence s’évanouit. Et c’est bien mal jouer de la part des promoteurs. Le tourisme va s’écrouler si Berlin ressemble à toutes les autres capitales. Et que dire des Berlinois qui vont se retrouver dans une ville chère bardée d’hôtels. Alors que ce qu’on aime c’est louer un lit dans le backpackers Regenbogen au fond d’une arrière cour de Kreuzberg…
    Que ce soit Wowereit ou les grünen à venir, que la mairie fasse quelque chose pour sauver cette ville de la gentrification. C’est son devoir le plus élémentaire.

  4. Laurent dit :

    bonjour,

    dans mon livre-album en octobre 2010il y a une place pour l’Oranienburger Strasse et quelques images du Tacheless dont la fin est l’ arlésienne de Berlin après celle du palais du Peuple.

    qu’en est-il aujourd’hui, j’ ai encore vu ce bâtiment dans un reportage sur arte, il a déjà été rafistolé après plusieurs interventions…

    je trouve quand même que ce qu’on y trouve est de qualité très inégale, c’est majoritairement plus proche du squatt que du musée, odeurs de pisse et de bière mêlées dans la cage d’escalier…les sculpteurs de l’ arrière cour m’ont semblé avoir plus de style et de fantaisie à mon goût…

    j’ ai aussi constaté que dans la partie Est, nombre de galeries avaient fermé entre Alex et la Frankfurter Tor, certains français sont même rentrés à Paris, il faut bien faire des affaires et le rythme des échanges contractuels de Berlin est très lent comparé à Köln ou Paris.

    mais si on vient à Berlin, c’est aussi pour mesurer le poids de l’histoire, et il ne faut pas papillonner comme un touriste collectionneur, il faut prendre le rythme de cette ville et ça demande du temps si on veut comprendre l’énergie de fond qui a fait de cette ville un ilôt de liberté et de contestation à part.

    personnellement, le Samaritärviertel est devenu ma base à chaque fois que je reviens, même si Kreuzberg a ma faveur pour la flânerie estivale !

  5. lisejolly dit :

    Je lis tardivement tous vos commentaire. Oui , Berlin perd de ce qui faisait sa différence. Oui, le Tacheless n’était plus ce qu’il a été, mais il ne sent plus la bière et la pisse, il ne reste plus qu’un défilé de touristes et quelques artistes qui résistent mais qui, ensemble , non pas réussit à proposer un vrai projet . Quant au Samäriterkiez , j’approuve .

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