Berliner Luft, le blog de Lise Jolly

Lise Jolly, envoyée spéciale permanente à Berlin pour Radio France.

Ich koche ! ( Je cuisine )

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 © Michelin

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Quand un Allemand ou une  Allemande vous dit ” Ich koche” et vous invite , moment ô combien rare, a venir déguster sa cuisine , faites une croix sur votre calendrier pour vous en souvenir, car ça n’arrive pas tous les jours !!!! Les Allemands ont chez eux les plus belles cuisines de la terre  mais ne s’en servent jamais . C’est tout juste si , sur leur magnifique plan de travail Bulltaup qui leur a couté les deux yeux de la tête, ils osent tartiner leur sempiternel Abendbrot ( ce qui au demeurant, n’est pas forcement désagréable une fois de temps en temps….). Et pourtant , le pays des Koenigsberger Klöpse , de la  Curry Wurst, des Kohlrolladen et des Matjes nach Frauenart( ceux qui sont curieux viendront goûter sur place ) est en train d’ériger la gastronomie est en véritable religion. Car oui , l’Allemagne” kocht” et plutôt bien!!!Elle  se classe à nouveau deuxième derrière la France pour le nombre des ses retaurants étoilés au Michelin ( deux ou trois étoiles ) . Leur  nombre  explosé en 5 ans , avec une augmentation de 26 %.  Cette année le Michelin récompense le chef  Christian Jürgens , 45 ans, de l’Ueberfahrt en Bavière . Son restaurant devient donc le 11ème trois étoiles allemand. Aucun d’entre eux n’est à Berlin et pourtant , la capitale allemande est un moteur en matière de gastronomie comme on dit ici pour parler de la restauration. L’Allemagne compte 37 deux étoiles , dont , à Berlin, le très célèbre “Tim Raue” , du nom du jeune chef récompensé comme valeur montante  il y a deux ans et qui a ouvert il y a peu ” La Soupe populaire ” en allemand dans le texte , récompensé déjà par un Bib au Michelin. Avec ses 274 restaurants étoilés au Michelin , avec ses récompenses propres comme le Berlin Meisterköche qui se tient chaque année , l’Allemagne est en train de devenir une fille vraiment appétissante qui n’a pas fini de vous révéler ses charmes . Comme par exemple près de Berlin , à Bad Saarow,  le restaurant du jeune espoir Matthias Rösch , Villa am See , qui allie la bonne chère et le charme d’un bord de lac . Rösch n’a qu’une religion : cuisiner avec les produits qui sont à sa porte, les pommes de terre du Brandebourg, les poissons du lac qu’il a devant les yeux , les champignons du bois voisin… Jeune et authentique , quoi ! Et jusutement , en matière de gastronomie, la France , qui croit avoir une place indétrônable, ferait bien de regarder vers l’Allemagne et le Nord où ces jeunes chefs, parfois formés dans ses propres cuisines, sont en train de lui dammer le pion…..  

Das Phantom ( le fantôme)

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 © Welt

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(Joachim Sauer et Angela Merkel )

Il y a bien des occasions où l’Allemagne me repose et où je trouve les journaux allemands extrêmmeent indulgents vis à vis de la France .Comme en ce moment , où ils se contentent de rapporter ce qu’on sait de la vie privée de notre chef de l’Etat sans trop la commenter ( même si rien de tout ça venant de chez nous ne les étonnent vraiment).

Ici, nous avons nous aussi un M. Merkel, un seul . Il s’appelle Joachim Sauer. C’est un physicien de renommée internationale qui pourrait la ramener s’il le voulait , si , si !!! Juste un couop d’oeil à son palmarès :

En 1972 : le Prix Johann-Gottlieb-Fichte de l’université Humboldt à Berlin ; en 1982 : le prix Friedrich-Wöhler de la Société de Chimie de la RDA ; en 1991 : une subvention du fonds de l’industrie Chimique ; en 1991 : le prix de chimie de l’Académie des Sciences de Göttingen, en 1995 : membre permanent de l’Académie des sciences du Brandebourg à Berlin ; en 1998 : le Prix Alexander-von-Humboldt du Fonds national belge pour la Recherche scientifique, en 2009, la Médaille Kołos. ( source wikipédia-j’avoue)

Mais non, au lieu de celà, il va chaque jour travailler à l’Adlershof comme un mari de chancelière ” normal” . Joachim Sauer, on ne le voit jamais . Sauf à Bayreuth et à Salzbourg car , comme sa femme , c’est un fondu d’opéra. On ne peut pas tout s’interdire…Et quand il faut accueillir les épouses de chefs d’état et de gouvernement comme au G 8 d’Heilligendamm- en service commandé quoi !

Mais Joachim Sauer ne l’ouvre pas , c’est la discrétion incarnée. Pas d’état d’âme sur sa vie conjuguale ( n’est-ce pas Ségolène), pas de tweets intempestifs ( n’est-ce pas Valérie), pas de soutien public ( parlez moi de François Hollande, Julie) , Joachim Sauer est un homme de l’ombre, à tel point qu’on l’appelle le “fantôme de l’opéra”.

En Allemagne , jamais Ruth Brandt , Hannelore Schmidt ou Hannelore Kohl n’ont eu de bureau à la chancellerie . A une exception près , Doris Schroeder-Köpf , qui a épousé Schroeder juste avant les élections , a laché son boulot de journaliste pour expliquer la politique  aux enfants dans son livre ” Le chancelier habite dans une piscine”  et qui s’est occupé d’oeuvres charitatives.

 © no

© no

( Daniela Schadt et Joachim Gauck)

Alors oui, c’est vrai , avouons le, le président , le pasteur Joachim Gauck, est marrié mais pas avec  sa compagne Daniela Schadtqui a, elle aussi, quitté  ses fonctions de journaliste pour s’occuper de l’UNICEF et ne fait qu’apparaitre à ses côtés, au chateau Bellevue uniquement.

En Allemagne , il n’y a pas de package, on élit un chancelier pas son ou sa compagne , on choisit un président pas sa ou son compagnon… Pas de bureau, pas de conseiller en communication, de secrétaire et tutti quanti. Bref , on ne mélange pas . Angela Merkel n’est d’ailleurs pas loger , avec son mari à la chancellerie, elle assume elle même son appartement de l’ile aux Musées , gardé par un seul ” petit ” policier . On vit dans une démocratie moderne , au 21ème siècle, quoi !Et moi, personnellement , j’aime bien les fantômes….

 

Politik der Vernunft_ La politique de la raison

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 © Kalus Stuttmann

© Kalus Stuttmann

Ce petit dessin du caricaturiste Klaus Stuttmann semble montrer que la politique allemande est une véritable usine à gaz . Un vote, deux mois de négociations , un programme de gouvernement sur lequel les cadres de la CDU vont voter le 9 décembre et les 475 000 militants du SPD vont se prononcer le 15 décembre, un gouvernementqui ne sera pas  formé dès le 17 décembre et enfin en janvier , des ministres et un Bundestag au travail . Dieu que ça semble long et compliqué.

Si on ajoute à celà des mesures dont on a limité l’impact financier à 23 milliards d’euros, avec lequel on appuie sur le frein autant que sur l’accélérateur puisque dans ce programme est inscrit ” pas de nouvelles dettes à partir de 2015″ et des mesures sociales comme le salaire minimum qui ne serait obligatoire qu’en 2017, tout celà semble extraordinairement interminable à l’électeur français moyen. D’autant que l’actuelle coalition s’est bien gardée de donner les noms des ministres de peur que, dans les partis , on vote sur des personnes plus que sur le programme lui même.

Mais ces votes après le vote, ce consensus porté à son paroxysme sont au fond assez reposants et surement rassurants pour les électeurs allemands dont beaucoup disaient ces derniers jours ” qu’ils prenent leur temps , du moment qu’ils nous préparent un bon programme”.

Bien sûr le Bundestag va passer par là, les mesures seront discutées en temps et en heure et ça prendra encore longtemps. Mais au moins les Allemands savent à quoi s’en tenir , le programme de gouvernement définit  noir sur blanc ce que sera l’avenir politique de l’Allemagne pour les 4 ans à venir. Sans grande surprise.

Der deutsche Spagat : le grand écart allemand

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 © Die Welt

© Die Welt

Plusieurs chercheurs en sciences sociales , du bureau des statistiques et de plusieurs instituts , dans leur rapport sur la situation sociale en Allemagne l’an dernier,  nous confirment ce que nous savions déjà .

L’an dernier, JAMAIS en Allemagne, il n’y a eu autant de personnes au travail mais dans le même temps, le nombre d’heures travaillées est aujourd’hui plus bas qu’en 1991.

Conséquences, certes,  41, 5 millions ont un job  mais JAMAIS la menace de pauvreté n’a été aussi  forte. Par pauvreté, on entend vivre avec moins de 980 € par mois.

Un salarié sur cinq ( un salarié sur trois chez les jeunes et les femmes) n’a pas de contrat de travail ” normal ” et soumis à cotisations sociales…. La faute aux mini-jobs mais pas seulement , la faute aussi aux contrats de sous-traitance ( Werkvertäge) et au travail en free lance ou en indépendant.  Mais les ” vollbeschäftig”, ceux qui ont un vrai travail à temps complet, ne sont pas à l’abri non plus : une famille sur 10 pourrait facilement basculer selon le DIW, l’institut économique berlinois.

Le taux de pauvres est passé  de 15,2% en 2007 à 16, 5 % en 2012, soit 13,5 millions de pauvres,  alors que l’économie allemande est triomphante et les caisses de l’état excédentaires. Et il atteint les 20,7 % chez les 55 - 65 ans ….

Dans le même temps, ceux qui ont un emploi solide gagnent davantage et plus on gagne , plus le salaire progresse.  Bref, l’écart se creuse considérablement au sein de la société allemande. Et ce malgré le manque criant de main d’oeuvre.

Et selon les chercheurs, l’introduction du salaire minimum n’inversera pas forcement la tendance….surtout s’il atteint les 8,50€ de l’heure . Les chercheurs restent très prudent quand à la hauteur de ce salaire minimum qui , à 8,50 € pourrait être problémantique pour l’Est où se trouvent encore beaucoup de zone d’emplois fragiles. Certains préconisent une différentiation Est-Ouest. Paradoxalement , ils rappellent aussi que les salaires planchers qui ont été institutés dans 12 branches professionnelles n’ont pas non plus abouti à une destruction de l’emploi. Mais ces branches professionnelles n’étaient pas les plus fragiles.

Ce salaire minimum généralisé devrait concerner près de 6 millions de salariés, 17% d’entre eux . ce qui signifie aussi que 36 millions de personnes gagent davantage…

En tout cas, tous annoncent des gains supplémentaires  pour les caisses publiques, les caisses de l’Etat et les caisses sociales. L’IAB calcule qu’un salaire minimum de 8€ 50 de l’heure, rapportera 800 millions de plus en impôts, 1, 7 milliards en cotisation sociales, et soulagera l’état d’ 1 milliards de moins sur les 10 milliards annules versés au titre du e Harz IV,  le RSA allemand. Toujours avec 8,50 € de l’heure, le DIW voit même un coup de pouce important à la consommation . 

On espère que ce gros rapport a été lu en profondeur par les négociateurs de la coalition avant de mettre au point leur programme de gouvernement et qu’il siffira à briser les réticences…..

http://www.welt.de/wirtschaft/article122267332/Armutsrisiko-steigt-trotz-Boom-auf-dem-Arbeitsmarkt.html

http://www.welt.de/wirtschaft/article121830512/Alterung-laesst-Einkommen-stark-auseinanderdriften.html

Ost : das Wiedereraufblühen ( Est : la renaissance )

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Dresden Frauenkirche © Monuments.ws

Dresden Frauenkirche © Monuments.ws

Le mur est tombé il y a 24 ans maintenant et les paysages florissants promis par Helmut Kohl et si longtemps attendus semblent désormais au rendez-vous de l’ex RDA .

En se promenant à l’Est, ça crève les yeux , surtout dans les villes les plus grandes .

Comme la renaissance du pays disparu.

Dresde et sa Frauenkirche reconstruite, Weimar refait à neuf, Leipzig et sa vitalité commerciale retrouvée, les bords de la Baltique revivifiés, Berlin et sa gentrification en marche , autant de ville qui non seulement ont retrouvé une activité économique mais croulent sous le tourisme.

Leipzig © inconnu

Leipzig © inconnu

Du côté des entreprises, le Rotkäppchen , le mousseux Est allemand a survécu à la réunification, comme la lessive Spee  ou le Club Cola. L’anneau du Sachsenring a doublé sa population de spectateurs des sports mécaniques . A Jena , l’optique fait toujours recette chez Karl Zeiss et Jenoptik. A Eisenach, la ville natale de Bach, Opel est une des 4 000 entreprises présentes. BMW st à Leipzig, dans l’ancienne ville de production des Wachtburg. Eisenhuttenstadt, EKO Stahl, a laissé la place ,entre autres, à Arcelor Mittal. La leuna, l’ancienne Schwarze Pumpe polluante de l’Allemagne de l’Est est passée sous pavillon Total et raffine 1/5 du pétrole brut destiné à l’Allemagne. Les exemples sont nombreux.

Usedom © inconnu

Usedom © inconnu

Côté université, la Viadrina , uni germano polonaise est le fleuron de Francfort sur l’Oder.  Leipzig est une ville universitaire convoitée non seulement pour son unversité mais aussi pour sa vie culturelle . A Dessau, l’école du Bauhaus a fait peau neuve en 2006.

Ce que nos yeux voient , les statistiques de l’INSEE allemand, Destatis , viennent le confirmer . Dans l’ancienne allemagne de l’est aujourd’hui , le salaire moyen est à 2390€ par mois mais le différentiel avec l’allemagne de l’Ouest n’a pas bougé depuis le milieu des années 90, toujours 80 %,  et les situations sont très contrastées selon les branches.En 24 ans , le chômage a été diminué par deux passant de plus de 20 % après la réunification à 10,7 % aujourd’hui.

Il n’y a plus de départ massif vers l’est mais un juste équilibre entre les nouveaux venus dans les nouveaux länder et ceux qui en partent. Le taux de natalité est légèrement meilleur qu’à l’Ouest . Et les femmes  ont de meilleures retraite qu’à l’Ouest malgré le différentiel qui existe encore car elles ont des carrières plus complètes.

L’ex Allemagne de l’est, avant guerre  moteur économique de l’Allemagne avec la Ruhr, n’a pas encore retrouvé son lustre d’antan.

Une génération après, les 40 ans de communisme semblent comme effacés du paysage , mais sans doute pas de toutes les mémoires. Mais ça , c’est un autre sujet….

Dornröschen ( La belle au bois dormant )

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 © no credit

© no credit

L’Allemagne s’endort …

Les élections sont passées depuis deux mois déjà et le pays n’a toujours pas de gouvernement . On nous le promet pour Noël, peut être . L’accord de coalition et le programme de gouvernement devraient être prêts la semaine prochaine . Mais… car il y a un mais, les militants du SPD vont devoir l’approuver ou … le rejeter .

Depuis deux mois donc , on se demande si la grande coalition verra bien le jour, et si, en cas d’échec, les verts sont toujours dans la course pour s’allier avec la CDU-CSU ou encore , si rien ne marche, s’il ne faudra pas revoter. Le tout dans l’indifférence générale. Le gouvernement précédent expédie les affaires courantes , le Bundestag se réunit on se demande pour quoi faire puisqu’aucun projet de loi , aucune décision ne peut être prise . Pourtant les sujets ne manquent pas , une vraie foire aux questions ….

Le salaire minimum légal et généralisé de 8€ 50 de l’heure verra t-il le jour ou bien faudra t-il se contenter de salaires mimimaux dans les branches ? Les quotas de femmes au sein des conseils de surveillance des entreprises vont ils enfin être instaurés ? Quid en matière de politique familiale pour relancer la natalité ? Les retraités pauvres vont ils voir leur niveau de vie s’améliorer ? La double nationalité sera t-elle possible pour les étrangers hors union européenne ? Le coût de l’énergie va t-il baisser ? Les impôts vont ils augmenter pour les plus riches ? Cette to-do list est longue .

A certaines questions se dessinent déjà des réponses comme la question des quotas de femmes , du salaire minimum ou encore des impôts pour les plus riches . Mais rien pour l’instant n’a été écrit noir sur blanc . La commission européenne qui veut faire l’inventaire de la politique économique allemande et de ses surplus budgétaire peut venir en toute tranquillité, elle n’aura pas d’interlocuteur avant longtemps. Car après l’accord, il faut encore former un gouvernement, on n’est pas encore au bout du chemin…

Quant aux questions européennes, elles attendent que l’Allemagne se réveille.

Les électeurs ont pourtant été clairs , ils veulent une chancelière du centre droit qu’ils ont porté en avant dans le scrutin pour faire une politique de centre gauche puisque plus d’un sur deux a voté  pour un parti d’opposition. Mais la formule magique a du mal a sortir de ces négociations interminables qui ennuient l’électeur moyen .

Il attend le réveil de la Belle au Bois dormant…

Verhandlungen ohne Akohol ! ( Négociations au régime sec)

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 © Spiegel

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C’est a peu près tout ce qu’on retient des négociations entre les Unions chrétiennes CDU-CSU et le SPD :

il n’y avait pas une goutte d’alcool pendant les 8 heures qu’a duré ce round de négociation.

C’est la social- démocrate Andréa Nahles qui s’en plaint . Au moins en 2005 , où ces négociations de coalition avaient duré deux mois , fait elle remarquer, il y avait de l’alccol . A cette époque là , Schroeder menait le jeu et savait vivre lui au moins ,  c’est ce qu’on en conclut en lisant entre les lignes!!!

Si on ne retient que ça , c’est que pour le reste, ils ne sont d’accord sur rien ,

ni sur le salaire minimum à 8,50€ de l’heure - ce qui dans l’économie la plus riche d’Europe ne cesse d’étonner ;

ni sur la politique familiale car le SPD critique l’avantage fiscal réservé aux seuls couples ( et non aux familles) ainsi que la fameuse prime aux fourneaux;

ni sur les impôts que les sociaux démocrates veulent augmenter pour les plus riches afin d’investir notamment dans l’éducation;

ni même sur la politique d’asile du gouvernment Merkel.

Se marrier quand on est à ce point différents semble assez difficile . Pourtant le SPD va réunir dimanche un congrès exceptionnel : 200 délégués qui devront donner ou non leur feu vert à la participation au gouvernement , la base doit être aussi consultée …On n’est pas sortis de l’auberge !

Pendant ce temps Merkel hésite entre deux époux potentiels et mène en parallèle des négociations avec les Verts, qui ont pourtant fait un mauvais score aux élections générales et se sentent tout à coup requinqués par cet honneur.

Là encore, les unions et les Verts ne sont d’accord sur rien , preuve en est les dernières passes d’armes entre les deux formations sur l’insuffisance de l’accueil des réfuigés syriens en Allemagne.

Le ministre des finances , Wolfgang Shäuble , paraissait pourtant optimiste dimanche dernier et voyait un gouvernmeent pour la mi -novembre. On le lui souhaite.

Car à partir du 22 octobre ,le nouveau Bundestag se réunit et le gouvernement actuel ne fera plus que gérer les affaires courantes. Tant pis si l’Europe et ses dossiers  attend … .

Ce gel de la vie politique , c’est tout le paradoxe de cette élection du 22 septembre :  les Unions chrétiennes n’ont jamais fait un si bon score, mais plus d’un allemand sur deux à voté pour qu’un parti de gauche ou écologiste soit présent au Bundestag. La chancelière n’a pas obtenu la majorité pour sa formation , le bloc qui fait face aux Unions à un léger avantage. Le compromis est donct difficile et  chacun vend chèrement sa peau pour ne pas décevoir son électorat .

Le SPD  a déjà perdu son âme non seulement à cause des réformes Schroeder mais aussi pendant la grande coalition de 2005-2009 et les Verts , eux, ont peur de se faire manger tout crus par Merkel qui a déjà envoyé au tapis son allié précédent , le parti libéral.

Mais au delà de tout ça, comme le souligne l’hebdomadaire Cicerohttp://www.cicero.de/berliner-republik/ratlose-regierungsbildung-das-parteiensystem-steht-vor-dem-umbruch/56112), cet immobilisme trahit aussi la peur de l’avenir qu’ont les politiques allemands.

Car si l’Allemagne va plutôt bien aujourd’hui, les problèmes à résoudre sont légions :  la dénatalité , le viellissement de la population , la pauvreté des retraités, la précarité d’un salarié sur 4 ou encore le coût du logement et de l’énergie qui ont été les thèmes de la campagne.

Partis comme on est là : on espère au mojns que pour Noël , dans nos chaussons , on trouvera enfin un gouvernement ….

Un petit coup de schnaps, une petite bière, ça aiderait peut être, non ?

Die einsame Königin ( La reine esseulée)

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 © Focus

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Certes Angela merkel a bien mérité cet enthousiasme délirant qui a accueilli le score des unions chrétiennes.

Elle les a amenées à leur plus haut niveau depuis longtemps avec 41,5 % des suffrages. Le fameux Raute, le losange de ses mains rassemblées devant elle, son visage partout sur les murs d’Allemagne , son ” vous me connaissez tous” en début de meeting , ces 56 rassemblements en 5 semaines et ses slogans ” L’Allemagne est dans de bonnes mains”, ” Nous allons mieux qu’il y a 4 ans “, ” nous avons bien gouverné”, tout ça a formidablement bien marché . Son entêtement à ne pas parler programme mais bilan n’a même pas fait tiquer ses détracteurs. Tant pis si son succès , elle le doit davantage à ses prédécesseurs ou à sa collaboration avec les socio démoccrates entre 2005-2009. Les réformes Schroeder qui ont assoupli le marché du travail et taillé dans le social jusqu’à l’indécence  parfois, l’énorme plan de relance de 80 milliards d’Euros de la grande coalition pour payer le chômage partiel , booster le BTP et sortir de la crise de 2009 sans trop de dommage , tout ça l’a formidablement servi et elle s’en est formidablement servie. Mais la reine est seule. Les résultats montrent que l’Allemagne est en réalité coupée en deux avec un bloc de droite, une CDU -CSU et  un bloc de gauche ( SPD, di Linke et les Verrts) qui pèsent presque le même poids au sein de l’assemblée . Cette gauche hétéroclite a même un peu d’avance en sièges. . C’est une situation que les Allemands aiment bien . Le pat des unions et du SPD en 2002 l’avait déjà montré : une façon de dire gouvernez nous ensemble et sans accoups dans un pays où un électeurs sur deux à plus de 50 ans . 

 Bundestag 630 sièges Majorité : 316 sièges

Unions ( CDU-CSU) :  311 sièges,

SPD-Linke-Verts : 319 sièges

Source Spiegel -

Alors qui va être le prochain prince-consort de la reine Angie ?

Pas facile . Le SPD se souvient que le dernier mariage entre 2005 et 2009 lui avait fait perdre son âme et les élections suivantes avec un score dramatiquement bas . Il pose déjà des conditions que la chancelière a rejeté  à savoir le changement de politique européenne et la fin du tout austérité . Au tant dire qu’il franchit déjà la ligne rouge qu’elle avait tracé samedi dernier lors de son dernier meeting . Si le SPD n’y va pas , il passera aux yeux des Allemands pour un parti qui ne prend pas ses responsabilités . S’il y va, il risque de se voir étouffé par la reine et tenu pour responsable , dans quatre ans , des erreurs politiques qui ne manqueront pas de se produire . A moins que le parti jouisse de la même chance insolente que dans les années 60 , quand après la grande coalition, Willy Brandt avait été élu chancelier ( en 69). Mais Brandt , c’était Brandt . Quant aux verts, qui se sont décapités eux mêmes dès le lendemain du vote pour élire une nouvelle direction, comment discuter avec un parti sans tête , surtout quand la CSU bavaroise ne veut pas en entendre parler . Une alliance avec les unions marquerait sans doute encore plus leur déclin. Les libéraux en ont fait les frais, ils ont été mangés tous crus par la chancelière. L’exercice n’était pas difficile : dans la coalition , ils n’ont pas vraiment joué le meilleur jeu et se sont  tirés tous seuls une balle dans le pied. La reine est seule , les tractations vont durer , les conditions seront dures. Mais en tout cas, elle sera bien obligée d’entendre le message que lui ont fait parvenir une bonne partie des Allemands , il est temps de revenir à une politique plus sociale .

 

 

Bilderkrieg ( La guerre des images)

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 © SZ

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Il faut bien le dire la campagne nous ennuie . Les deux grands partis, CDU-CSU et SPD, se disputent les électeurs du centre , les autres , on ne les entend pas, on les voit pas .

Mais soudain, Peer Steinbrück est arrivé avec sa dernière gaffe : faire la une du magazine de la Süddeutsche  , dans une interview ” gestuelle ” comme c’est la règle dans cette page intitulée ” Ne dites plus rien” , en faisant un doigt d’honneur à ses détracteurs. Enfin, du grain à moudre pour les débatteurs . Mauvais exemple pour les enfants, indigne d’un futur chancelier, disent certains. C’est vrai qu’ici un tel geste au volant vous coute jusqu’ à 4 000€ d’amende . Les rieurs ,eux, assurent que c’est de l’humour et que ça ne peut pas faire de mal, que ça change de la campagne molassonne de Mutti et ses mains croisées sur le ventre . Le candidat ne s’est pas excusé , ce n’est guère son genre . 

 © Spiegel

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Dans cette ” chanson de  geste” , le net s’amuse bien , les caricaturistes aussi  

 

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 © Tagesspiegel

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  © Klaus Stuttmann

© Klaus Stuttmann

Alors , outre cette guéguerre des images , que défendent ils ?

Merkel défend sa bonne gestion , a déjà fait un geste pour le niveau des retraites et promet des salaires plancher dans les branches professionnelles où il n’y en a pas et se refuse à toute augmentation d’impôt mais elle est contestée sur la gestion de la transition énergétique qui fait du kw/h allemand le plus cher d’Europe , deux fois plus cher qu’en France .

Le SPD prône plus de justice sociale avec un salaire minimum généralisé à toute l’Allemagne à 8€ 5 de l’heure , des crèches et des écoles toute la journée et une pension décente pour les retraités qui sont de plus en plus nombreux. Mais le SPD ( de Schroeder ) a initié la politique de dumping salarial que pratique l’Allemagne depuis 10 ans et dont Merkel a receuilli les fruits . Une politique qui fait qu’ici on trouve des salaires quasi chinois ( 1€ 79 de l’heure pour livrer des pizzas) et beaucoup de précarité  notamment au travers du développement des mini jobs qui débouchent à l’âge de la retraite sur quasi rien en terme de revenus et qui sont souvent l’apanage des femmes . Mais le SPD veut aussi une tranche d’impôt à 49 % pour les plus riches…ce qui ne le rend pas forcément populaire.

Les Verts glissent doucement vers le bas depuis que Merkel s’est ralliée à leur abandon du nucléaire , décidé par la coalition rouge-verte dans les années 2 000. Et ils ne sont plus le parti pacifiste d’autrefois, depuis que Fischer a plaidé pour une intervention militaire au Kosovo en 99.

Die Linke, du très contesté Grégor Gysi , s’est emparée de ce thème en pleine crise syrienne et veut peser sur la formation de la future coalition.

Les Pirates ont totalement raté le coche : on ne les a pas entendus au moment de l’affaire de la NSA , l’affaire d’espionnage des données par les USA.

Quand aux Libéraux du FDP, l’allié de Merkel  , on se demande encore s’ils réussiront vraiment à demeurer au sein du Bundestag tant ils jouent avec la barre limite des 5 % pour entrer au Bundestag.

Reste le parti anti euro, Alternative für Deutschland , dont le principal thème consiste à prôner l’entre soi , c’est à dire entre pays à l’économie solide et à cesser de payer pour les autres …

Ce que donnent les sondages :

S © Welt / Infratest

© Welt / Infratest

Reste les indécis  : 20 à 40 %  selon les insititus de sondages et l’inconnue sur la coalition qui va sortir de ces urnes , une fois le vote terminé….Rien de tout ça n’est vraiment lisible pour l’instant . Et si Angela Merkel et son parti la CDU font la course en tête, ses alliés actuels du FDP sont faiblards . En face , le SPD, les Verts et die Linke arrivent au même niveau que la CDU et les libéraux ensemble …. Une coalition avec Die Linke a été exclue par Steinbrück, reste un mariage CDU -Verts improbable et enfin une nouvelle grande coalition , CDU-SPD , comme il y a 4 ans encore.

Ueberalterung- Vieillissement !

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 © inconnu

© inconnu

Le modèle allemand c’est aussi ça  :

Un pays de vieux dont 42 % de la population a plus de 50 ans et qui ne compte que 16 % de moins de 18 ans …

Un pays dont la population se réduit comme peau de chagrin et qui vient de tomber de l’armoire en découvrant les chiffres de son premier recensement depuis la réunification : 1, 5 millions d’habitants en moins.

Un pays qui ne fait dont les femmes ne font qu’1, 3 % d’enfant chacune et qui se refuse à mettre en place une politique familiale digne de ce nom , nécessaire depuis des années déjà.

Un pays qui compte aujourd’hui sur les jeunes diplômés des pays du sud pour faire tourner ses entreprises . Des jeunes dont l’éducation et la formation ont été assumées financièrement par leur pays d’origine. Et celà pour longtemps.

Un pays qui avait prévu , par la loi, une place en crèche pour chaque enfant de moins de trois ans dès cette année mais qui n’a pas jugé utile d’investir suffisamment puisqu’il manque encore 200 000 places.

Un pays qui favorise ce qu’on appelle élégamment ici le Ehegattesplitting , c’est à dire un avantage fiscal au sein des couples dont l’un ne gagne presque rien, et devinez sur qui ça tombe : les femmes évidemment …dont un demi million serait pourtant a même de rejoindre le marché du travail.

Un pays où 40 % des jeunes diplômées ne veulent pas d’enfant pour pouvoir faire carrière et où celles qui ne peuvent qu’occuper des petits boulots percevront demain des retraites de misère.

Un pays obsédé par l’épargne car  la pauvreté des plus vieux  est une bombe à retardement qui va exploser demain.

Un pays qui , comme pour son système scolaire au moment de l’étude Pisa des années 2000, semble aujourd’hui se réveiller devant les chiffres de ce recensement comme si tout ça n’était pas depuis longtemps évident.

La CDU de Mme Merkel vient de faire connaître son programme pour les élections de septembre : il comporte une augmentation du quotient familial et une augmentation des allocations familiales ( 209€ par enfant soumis à impôts ) pour soutenir les familles et une retraite pour les mères. Un programme a un peu plus de 20 milliards d’euros dans un pays dont les caisses sont pour l’instant pleines.

La chancelière se réveille et semble avoir compris les limites de la prime aux fourneaux inspirée par la CSU Bavaroise pour payer les femmes une misère ( 100 à 150€ par mois)  a garder leurs enfants jusqu’à 3 ans. Quatre ans ont été perdus, et même davantage.

Comme le montre le recensement,la main d’oeuvre étrangère, même formée,  ,finit par rentrer chez elle et ne suffira pas à payer les retraites des Allemands. En matière de démographie, on peut légitimement se demander s’il n’est pas déjà trop tard pour agir.

Le modèle allemand , qui aujourd’hui fait référence pour nombre de français , devra demain se dépétrer d’une situation qu’il n’a pas su ou pas voulu anticiper….