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Le blog de Jacques Monin


Et maintenant ?

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Pardon de vous avoir délaissés. 

Pour tout vous dire, je n’ai pas vraiment eu une minute. Et après tout, il y avait tant à lire et à entendre ailleurs que je n’aurais sans doute pas ajouté grand-chose aux flot d’informations dont vous avez pu disposer. 

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So, this is it. On y est ! 

Un parlement sans majorité. Gordon Brown cramponné à son fauteuil, en espérant que Nick Clegg, courtisé par David Cameron, finisse par décliner son offre et revienne vers lui…

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« Le squatter » titre le Sun. 

Maintenant, pour Nick Clegg, le choix est cornélien. Il se sent plus proche des travaillistes, mais s’allier à un Gordon Brown très affaibli, c’est se voir accuser de forfaiture, c’est disposer d’une majorité très courte, et c’est obtenir au mieux (pour l’instant) un référendum. Pas une réforme du mode de scrutin elle-même. 

Avec les conservateurs, c’est tout aussi compliqué. Car les couleuvres sont dures à avaler : l’Europe, l’immigration, la défense… Comment partager le pouvoir lorsqu’on partage tant de désaccords ? Et une réforme électorale sera très difficile à faire admettre aux Tories.

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Une chose est sûre : le choix sera douloureux (et le parti est très divisé sur la question), mais ne rien faire serait peut-être pire. Car on risquerait de s’acheminer vers de nouvelles élections, avec le risque pour Nick Clegg d’avoir manqué une opportunité historique : celle d’inscrire son parti une fois pour toute dans le paysage politique. Faute d’accord, c’est en effet le retour dans l’anonymat qui le guette. 

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Wait and see, donc… Et vous, qu’en pensez-vous ? 

Pour le reste, j’avoue que les plaintes déposées par les nombreux électeurs qui n’ont pas pu voter me laissent rêveur. Dans de nombreuses villes, on les a refoulés faute de bulletins. Ici (comme le rappelle Charles dans un de ses précédents commentaires), il n’y a pas d’isoloir. Une de mes amies a été autorisée à voter sans pouvoir justifier de son identité (sans parler des cartes d’identité qui n’existent pas). Une vingtaine de villes sont ainsi concernées. 

Une pensée enfin pour Jacqui Smith, l’ex ministre de l’intérieur dont je vous ai parlé récemment. Elle avait été soutenue par Tony Blair venu lui donner un coup de pouce sur le terrain. Coup de pouce très efficace en l’occurrence.  

Elle n’est, aujourd’hui, plus députée.   

The d day

politique

Jour J !!! 

Les jeux sont faits. Rien ne va plus ! 

C’est l’occasion pour  moi de vous donner quelques précisions pratiques sur ces élections. 

D’abord, en Grande-Bretagne, on vote un jour de semaine. Le jeudi en l’occurrence. On peut s’interroger sur la pertinence de la formule lorsque l’on voit que les taux d’abstention sont souvent très élevés. Pas simple de se motiver lorsqu’il faut aller travailler. Une commission électorale a proposé de passer au dimanche à titre expérimental.  

Il s’agit en fait d’une convention qui remonterait à l’époque où l’on touchait sa paye le vendredi. Le soir même, et le week-end suivant, nombreux étaient ceux qui flambaient leur salaire dans l’alcool. Voter le jeudi, c’était donc une manière de s’assurer que les électeurs n’étaient pas saouls ! 

Ensuite, on ne vote qu’une fois. Sur le papier, c’est simple : celui qui arrive en tête, quel que soit son score, est élu. Point à la ligne. 

Sauf que, de fait, cela conduit les électeurs à voter tactiquement. A éliminer les petits partis, même s’ils s’en sentent proches, pour faire barrage à un candidat qu’ils ne veulent absolument pas. Et cela conduit, compte tenu aussi de la sociologie des circonscriptions, aux aberrations suivantes : un parti peut être minoritaire en voix, et majoritaire en sièges.  

Autre différence avec la France : les résultats ne sont pas proclamés le soir même, mais dans la nuit ou le lendemain. Personne à la télé ne se hasarde à avancer un résultat à 20 heures. Ce qui semble simple à Paris est toujours plus compliqué ici, pour plusieurs raisons. 

1 : On dépouille dans une salle commune, et cela prend du temps. S’ajoutent aux décomptes les bulletins des élections locales qui ont lieu en même temps. Quant aux votes d’Irlande du nord, ils ne sont dépouillés que le lendemain.  

2 : En 1992, la BBC s’était risqué à commander un sondage en sortie des urnes. Et elle avait, à tort, annoncé la défaite de John major. Devant le tollé, personne jusqu’à aujourd’hui ne s’est risqué à recommencer. Nous en aurons un nouveau cette année, mais avec les trois grandes chaines d’informations associés, et de gros moyens. Il sera communiqué à 22 heures (heure britannique).

Autre donnée importante : les votes par correspondance sont incroyablement nombreux. Sur 46 millions d’électeurs, 7 millions votent par correspondance. Cela complique encore le dépouillement, car chaque bulletin doit être scrupuleusement vérifié. Et cela alimente aussi des soupçons de fraude électorale. 

Etrangement, il y a eu un afflux d’inscriptions pour voter par correspondance dans des circonscriptions indécises. La police enquête déjà sur d’éventuels « électeurs fantômes » dans 12 arrondissements de Londres.   

Et pour finir, allez ! Je vais positiver !

Une fois le résultat connu, pas d’esprit de clan comme en France où chaque candidat est retranché avec ses soutiens dans sa permanence. Ici, tous (quel que soit leur bord) doivent se présenter en ligne sur une estrade, pour entendre ensemble le résultat. Le vainqueur avance ensuite d’un pas et prononce un discours devant les militants de tous les partis.  

N’a-t-on pas dit que le « fair play » était britannique ?   

PS : les derniers sondages montreraient un tassement de la “bulle ” libérale-démocrate. A voir…

Dernière ligne droite

politique

Elections, J-2 

1 : Décidément, une élection, c’est une épreuve sportive. 

C’est d’abord un marathon pour les candidats. David Cameron termine la campagne en bus, en sillonnant 1000 kilomètres sans dormir. Tandis que Gordon Brown se casse maintenant la voix dans ses discours.  

Mais c’est aussi une compétition mise en scène comme telle par les médias.  

Le Sun publiait déjà son baromètre de la campagne en dessinant les trois leaders avec des maillots de coureurs de fond. Et voilà que la BBC fait maintenant la même chose. Lors de l’émission spéciale qu’elle diffuse le soir, le présentateur a, accroché, à côté de lui, des maillots de sportifs. 

Et c’était cela qui a réconcilié les britanniques avec la politique ? Non pas les enjeux de société et les idées des uns et des autres, mais l’incertitude, la nouveauté, la concurrence, la course à trois, le suspense…   

De même que les sociétés de paris ont pignon sur rue, on se passionne maintenant pour savoir qui va gagner. La politique serait donc un substitut au football ! 

2 : Les derniers soutiens se manifestent.

Après le Sun, Le Times et le Daily Telegraph qui faisaient déjà campagne (avec de gros sabots ou plus subtilement) pour les conservateurs, voilà que The Economist et le Financial Times prennent ouvertement parti pour David Cameron.  

Et malgré cela, il n’est pas encore assuré d’obtenir une majorité absolue !  

3 : Flèches assassines.

Manish Sood, candidat travailliste du nord ouest du Norfolk vient de crucifier Gordon Brown en expliquant publiquement qu’il est le pire Premier ministre que son pays ait connu. C’est ce qui s’appelle jouer contre son camp à deux jours du scrutin.

 

Gordon Brown sur GMTV a, quant à lui, tenu des propos de quasi-perdant. “Si je ne peux pas faire la différence” a-t-il dit, “j’en assumerai l’entière responsabilité. Je m’en irai et je ferai autre chose”.

 4 : Les alliances se préparent en coulisse. 

David cameron tente de séduire les irlandais du nord du parti unioniste DUP. Ils pourraient être une dizaine. Qui sait, un soutien qui pourrait être suffisant. Cela mérite bien une étape de fin de campagne…. Et cela ravive des craintes sur une possible rupture du fragile équilibre qui garantit la paix dans la province.

Les libéraux démocrates, eux, restent très ambigus sur un éventuel soutien aux conservateurs ou aux travaillistes (tout en reconnaissant qu’ils ont plus d’affinités avec ces derniers). Mais les travaillistes, eux, sont très explicites. 

Peter Hain, le secrétaire d’Etat au Pays de Galles, et Ed Balls, le ministre de l’éducation, viennent d’appeler leur électorat à voter avec le cÅ“ur dans les circonscriptions où leur parti peut gagner. Mais avec la raison (donc à voter libéral démocrate) là où les candidats de Nick Clegg sont les mieux placés, pour empêcher la victoire d’un conservateur.  

Cela s’appelle essayer de limiter la casse, tout en faisant un geste de bonne volonté en direction d’un allié potentiel.  

Ajoutez à cela les propos de Peter Mandelson, le numéro deux du gouvernement, qui vient de dire que les deux tiers des britanniques ne dansaient pas sur la musique des conservateurs. On entrevoit ce que souhaitent les travaillistes…

Seul hic : Nick Clegg ne lâche rien pour l’instant. Il a même reproché à Gordon Brown de refaire les rideaux de Downing Street sans même savoir s’il y sera encore dans une semaine… 

Effectivement donc : les paris sont ouverts. Et il y a gros à gagner.

Carnet de campagne (5)

politique

Elections J-3 ! 

1 : le suspense augmente. Pour la première fois, un sondage laisse entrevoir aux conservateurs la possibilité de décrocher une majorité absolue. Ce n’est pas ce que disent les autres enquêtes, mais cette perspective booste David Cameron, le chef des conservateurs, qui fait désormais campagne jour et nuit. 

2 : Il y a aujourd’hui deux courses dans la course : celle pour la première place, que les conservateurs espèrent bien remporter. Et celle pour la seconde, toute aussi cruciale. Si les travaillistes arrivaient seconds en voix et en sièges, ils pourraient en effet légitimement prétendre à s’allier aux libéraux démocrates (ou en tout cas, tenter cette alliance …). Mais s’ils arrivaient troisièmes en voix, ce serait beaucoup plus difficile car ils apparaîtraient comme les grands vaincus du scrutin. 

3 : Les conservateurs durcissent leur campagne. Oublié le côté compassionnel de David Cameron. C’est désormais le côté « tough » (dur) qu’il met en avant. Ses nouvelles affiches proclament en substance : « Soyons durs avec ceux qui ne veulent pas travailler », « restaurons l’autorité dans les écoles » et «finissons-en avec le nouvel impôt contre les emplois ».  

Précision en passant : Gordon Brown n’a jamais parlé de créer un nouvel impôt, ni de pénaliser l’emploi. Il veut simplement augmenter de 1% les charges sociales pour financer le déficit. Mais tout est bon pour jouer sur les peurs.  

Ce qui apparaît de plus en plus clairement, c’est qu’en cas de victoire des conservateurs, il ne serait plus question de réforme fiscale, ni de réforme électorale (sauf peut-être sous la pression libéral démocrate), ni de réforme de la chambre des Lords pour avoir une assemblée élue.

Plus question de réformer non plus le système bancaire en profondeur. Simplement donner plus de pouvoir à la banque d’Angleterre. 

4 : Tony Blair est allé soutenir Jacqui Smith, son ex ministre de l’intérieur, qui fait campagne à Redditch. Jacqui Smith avait dû demander pardon devant les députés pour avoir faussement déclaré comme résidence principale le domicile de sa soeur. C’est elle dont le mari avait aussi facturé au parlement le visionnage de deux films porno…

 5 : Pour finir : les sondages sont intéressants à d’autres titres. Ils montrent que Nick Clegg séduit parce qu’il est brillant, parce qu’il est jeune, parce qu’il n’est pas marqué par le pouvoir… Mais paradoxalement, si l’opinion l‘aime, elle n’aime pas ses idées. Sur l’immigration ou l’Europe, la pilule passe mal. 

Bref, les britanniques ont envie de changement. Mais la tentation du repli est toute aussi forte.

carnet de campagne (4)

politique

Quelques réflexions en vrac pour ce week-end, avant la dernière semaine !

1 : C’est drôle comme les avis peuvent diverger. Comme vous l’avez compris, j’ai franchement trouvé le dernier débat ennuyeux. Certes, les débatteurs maitrisaient mieux l’exercice, et les échanges étaient parfois vifs. Mais cette impression de déjà vu, déjà entendu, ajouté au style plutôt vieux jeu de David Dimbelby ne m’a pas convaincu. 

Mes confrères de la presse écrite ne tarissent pourtant pas d’éloges. Le Daily Telegraph a trouvé ce débat passionnant. Mais n’est-ce pas aussi parce que son champion, David Cameron, a dominé ses rivaux ? Du moins en communication, car ce n’est que de cela qu’il s’agit ! 

Le Times quant à lui a trouvé Dimbleby formidable. Pédagogue. Concentré. Dont acte.  

2 : Mes confrères anglais ont une propension à vouloir noter assez extraordinaire. Quelques secondes après la fin de chaque débat tombent les sondages qui désignent le vainqueur. Et là encore, ce qui étonnant, c’est de voir les différences qu’il peut y avoir d’un institut à l’autre.

Tous sont d’accord pour donner Cameron vainqueur, mais ensuite, Nick Clegg est soit second soit troisième, et Gordon Brown passe de 20 à 25 points selon les instituts. 

Mais mieux : Mes confrères notent aussi les présentateurs. Le Times publie son palmarès qui sacre Dimbleby de la BBC, devant Adam Boulton de Sky news, et Alastair Stewart, au style plus « militaire » d’ITV. 

3 : Tiens donc : Tony Blair sort de sa réserve. L’ex premier ministre va faire deux apparitions pour dynamiser une campagne qui s’essouffle. Un ex Premier ministre impopulaire au secours d’un Premier ministre affaibli, n’y-a-t-il pas quelque chose qui cloche ? 

4 : On ne le rappellera jamais assez. Attention aux apparences. Les sondages sont une chose ici, et le résultat des urnes en est une autre. Ce n’est pas parce que David Cameron a remporté le débat qu’il est assuré de remporter une majorité. Et ce n’est pas parce que Gordon Brown est à la traine qu’il ne peut pas avoir le plus de députés. Il faut garder cela en tête pour ne pas se tromper dans les interprétations. Rien n’est joué pour l’instant. 

5 : On savait que personne ne dévoilait ses cartes. Mais Mervin King, le patron de la banque d’Angleterre vient de mettre les pieds dans le plat. Il affirme que le plan d’austérité qui sera mis en place par le futur Premier ministre sera si draconien et impopulaire, que ce dernier sera ensuite renvoyé dans l’opposition pour une génération.  

Pourquoi se battent-ils donc avec autant d’acharnement ?

Dernier acte

politique

 © The Times

© The Times

 

So this is it ! 

Le troisième débat de la campagne est terminé.

Un débat qui ne restera pas dans les annales. 

D’abord le cadre avait quelque chose de trop solennel. Dans ce grand hall universitaire de Birmingham aux allures de cathédrale, le son résonnait. 

Le décor derrière les candidats changeait de couleur, ce qui détournait l’attention.  

Quand au style de la BBC, comment dirait-on ? Vieux-jeu en l’occurrence, il nous donnait parfois le sentiment de nous retrouver à l’école. L’animateur, David Dimbleby, avait tellement à cœur d’être sûr que l’on ait bien compris la question qu’il se sentait obligé de la répéter en épelant les syllabes, comme lors d’une grande dictée. 

Il est aussi vrai que les candidats sont désormais rompus à l’exercice. On avait donc parfois le sentiment de se retrouver à la chambre des communes.

Quand aux thèmes abordés, on a tellement l’impression de les avoir déjà entendus que l’effet de répétition contribue aussi à une certaine lassitude. Trois actes au théâtre, c’est bien. Dans une campagne, c’est peut-être un de trop.

Je retiendrai cependant deux choses : 

1 : David Cameron avait retrouvé le mordant qui le caractérise, alors que Gordon Brown, visiblement encore marqué par sa bourde de la veille (que personne n’a exploité), semblait avoir perdu de sa combativité. Il y avait derrière les mots des hésitations inhabituelles, une forme de résignation.  

2 : Plus que jamais Nick Clegg a été attaqué sur les deux fronts. Et les attaques ont été plus violentes que la dernière fois. Sur l’Euro, sur la régularisation des sans papiers installés de longue date, le trublion a été secoué, sans jamais cependant être mis en difficulté. 

C’en est donc fini des débats…

On peut en profiter pour remarquer que la télé gouverne cette campagne. C’est à l’issue du premier débat que le bipartisme a volé en éclat. C’est encore un micro de télé qui a déstabilisé Gordon Brown à Rochdale. Une télé qui marque les candidats à la culotte et les suit en direct, caméra à l’épaule, toute la journée, sur les chaines d’information continue.  

On annonçait une campagne du web et de l’internet. Il n’en donc est rien. C’est bien le petit écran qui mène le bal. Et la presse écrite ne fait que se nourrir de ce qui est diffusé.

Le pêcheur pénitent

médias, politique

Elections J-9. 

C’est journée folle a laquelle on a assisté ! 

Imaginez : Gordon Brown pris a parti dans la rue à Rochdale (près de Manchester) par Gillian Duffy, une veuve retraitée de 65 ans. L’immigration, l’insécurité, la dette, les impôts, l’Europe, les étudiants…

Tout y passe.  Et on ne la fait pas à Gillian. Elle a regard assuré derrière ses lunettes. Elle fixe le Premier ministre et ne se démonte pas.

Lui reste poli, pédagogue. A tel point qu’à la fin de l’entretien, sous le regard des caméras, la retraitée confirme qu’il l’a convaincue de voter Labour, encore une fois.  

 © The Guardian

© The Guardian

Exercice réussi donc.

Son staff voulait qu’il aille à la rencontre des « vrais gens » (comme s’il y en avait des faux). La mission est accomplie. 

Sauf que… Gordon Brown, lui, ne l’a pas vécu ainsi. Et en rentrant dans sa voiture, il oublie qu’il est équipé d’un micro HF que lui ont fourni les chaines de télévision. 

Il se laisse donc aller : « C’est un désastre ! On aurait jamais du me mettre avec elle. Qui a eu une idée aussi ridicule ? Cette femme est une sectaire ». 

Ses propos sont immédiatement diffusés.

Poursuivie par les journalistes, Gillian Duffy tombe de haut : « comment ? Moi une femme ordinaire qui pose des questions que tout le monde se pose ? Me traiter de sectaire ? ?? » 

Gordon Brown mesure très vite les dégâts… Il devait travailler l’après midi pour préparer le dernier débat télévisé. Mais il se précipite au domicile de Gillian Duffy. Et après trois quart d’heures d’entretien, il lâche quelques mots avec un sourire forcé : « Je lui ai présenté mes excuses et elle les a acceptées. Je suis un peu comme un pêcheur pénitent. Il y a eu une incompréhension entre nous ».   

La voiture repart. La foule se disperse. On se serait cru sur une étape du tour de France. 

Scène surréaliste donc ! Mais oh combien dommageable. 

Car cette séquence n’a rien à voir avec le « casse-toi pauvre con » du salon de l’agriculture. Ici, Gordon Brown n’a pas été insulté. Simplement interrogé sur des questions que beaucoup se posent, par une femme certes à la forte personnalité, mais banale, retraitée et grand-mère. Le “coeur de cible” de l’électorat travailliste.

Bref, par une « vraie » britannique à laquelle beaucoup de gens vont s’identifier. 

Comment peut-on affirmer vouloir rencontrer les gens, et s’offusquer dès que quelqu’un vous contredit ? Que penser de quelqu’un qui dit “nice to talk to you” et qui manifeste son mépris une fois le dos tourné ? Que vaut les ” I care for people”, “I want to help” lorsque l’on confond “the people” avec des “sectaires”.

La longueur de l’entretien au domicile de l’intéressée, l’exercice de contrition, et le fait que Gillian Duffy ait refusé de s’exprimer après la visite de Gordon Brown laisse aussi planer le doute sur ce qui s’est dit. 

Pêcheur donc, il l’est. Pénitent, peut-être.

Maintenant, jusqu’où le mènera le chemin de croix ?

Carnet de campagne (3)

politique

J-10. Un jour de campagne comme les autres. Ou presque… 

David Cameron a été pris à parti par un parent qui l’accusait de discriminer les enfants handicapés qui veulent être scolarisés.

David Cameron a récemment perdu un fils, Yvan, lui-même handicapé. Le sujet le tient à cœur. On l’a vu encaisser en serrant les dents, tout en veillant à rester poli. 

Gordon Brown a, lui, rencontré les habitants de Glasgow, dans la rue. Histoire de faire mentir ceux lui reprochent de ne pas rencontrer les « vrais gens » lors de ses meetings. 

Quand à Nick Clegg, il s’est adressé aux infirmières réunies en congrès. 

Et l’évidence saute aux yeux. Il a suffit d’un débat pour qu’il se retrouve au même niveau que les deux autres.

Le système politique et médiatique faisait tout pour le marginaliser. Il était mis de côté à la chambre des communes, et n’avait le droit d’intervenir qu’après les deux poids lourds. Les journaux se résumaient à un combat de boxe entre Brown et Cameron en l’ignorant superbement.  

Mais depuis qu’il a fait irruption dans le champ médiatique, à la faveur du premier débat, et qu’il a explosé dans les sondages, il ne cesse de prendre de l’ampleur.  La BBC lui donne maintenant une part égale. Et plus il occupe cet espace, plus il s’impose.  

Preuve en est  les sondages qui placent désormais son parti devant les travaillistes, et au coude à coude avec les conservateurs. 

Preuve en est la crainte qu’il suscite chez ses adversaires. Après le Sun hier, aujourd’hui, c’est le Times qui rappelle, avec beaucoup plus de finesse, que sa grande tante était un agent double russe ! La duplicité. Voilà donc ce qui le caractériserait ! 

Sa seule fausse note, pour l’instant, a été sa propension à anticiper les négociations compliquées qui s’annoncent en cas d’abscence de majorité. Pas sûr que cela soit de nature à séduire l’électorat. 

D’autant plus qu’il le fait dans la confusion. Après avoir laissé entendre qu’il exigerait le départ de Gordon Brown si les travaillistes devaient être le troisième parti du pays en voix après le 6 mai, il se fait aujourd’hui beaucoup plus évasif, en affirmant qu’il travaillerait avec quiconque porterait ses idées. 

Il est vrai que sa base verrait d’un assez mauvais œil une alliance avec les conservateurs. Et  s’immiscer dans le choix du leader de ses partenaires n’est pas du meilleur effet non plus. 

Imagine-t-on une minute Gordon Brown renoncer au pouvoir après avoir survécu à tout ce qu’il a enduré ces deux dernières années ?

La part d’ombre du Sun

médias, politique

J-11 avant les législatives… 

Les supputations sur ce que feraient les libéraux-démocrates en cas d’absence de majorité ternissent la campagne. 

Les travaillistes se divisent sur leur stratégie. 

Tandis que les conservateurs regagnent quelques points dans les sondages et s’attaquent à des circonscriptions Labour qui, avec l’irruption d’un troisième parti, leur semblent maintenant prenables. 

Rien de très palpitant, donc, pour commencer la semaine. 

C’est donc, exceptionnellement, des extraits du quotidien Le Sun (le plus lu de Grande-Bretagne) que je vous citerai aujourd’hui. 

Retenez ce nom : Trevor Kavanagh. Sans aucun doute un grand journaliste. Un modèle de crédibilité et d’à-propos. Un homme pour qui équilibre et proportion sont des mots sacrés. 

Trevor Cavanagh, donc, signe dans le Sun un éditorial au vitriol contre Nick Clegg.

A le lire, le président des libéraux-démocrates est un vrai danger pour son pays. Il veut régulariser les sans papiers, écrit-il, car il n’a pas le courage de les « foutre dehors ». De même qu’il veut légaliser les drogues.  

Mais il a commis un crime bien plus grave : celui de considérer que les anglais ne sont pas forcément les meilleurs en tout. Et qu’ils auraient aussi quelques leçons à prendre du côté de la France où les services publics notamment, sont plus performants. 

Comment a-t-il osé ? 

Heureusement, Trevor Kavanagh, avec toute la finesse qu’on lui connaît, remet cet impudent en place. 

Il lui rappelle que la France est secouée par une révolution tous les 25 ans. 

Que la France s’est rendue aux nazis, bien qu’elle ait eu plus de soldats et d’armes qu’Hitler. 

Qu’elle proclame sa fraternité alors qu’elle a envoyé des milliers de ses ressortissants dans les camps de la mort. 

Que pour chaque résistant il y avait dix collaborateurs. 

Et que la France a construit un arc de triomphe pour célébrer toutes les batailles que l’Angleterre a perdues… 

Nick Clegg a donc eu tort de citer en exemple un pays que chacun ici devrait abhorrer. 

Mais tout cela est normal après tout. Car, poursuit M Kavanagh, Nick Clegg (dont le père était russe, la mère hollandaise, et qui a épousé une espagnole) est un « agent double ». Un pur produit de « l’aristocratie bruxelloise au service de l’autre côté ». 

Voter Clegg, c’est donc commettre le crime suprême : c’est voter Bruxelles ! 

Le Daily Mail récemment se demandait si cet être hybride avait vraiment quelque chose d’anglais.  ”Le parti conservateur a changé” proclame pourtant aujourd’hui David Cameron.

Le parti peut-être, mais ses soutiens… Je vous laisse juge.

Au jeu des hypothèses…

politique

L’heure de la cuisine électorale aurait-elle déjà sonné ? 

Je vous disais il y a peu, combien cette élection est indécise. Les nouveaux sondages continuent de prédire une absence de majorité absolue à la chambre des communes et laissent la porte ouverte à toutes sortes de cas de figure.

Avant même que l’on ait voté (rendez-vous pour le résultat le 7 mai), chacun y va donc de ses pronostics, étudie les scénarii possibles, et avance ses pions.  Dans ce jeu d’échiquiers, les libéraux démocrates commencent à laisser entrevoir une stratégie à géométrie variable. 

Ne retenons donc ici que les cas les plus réalistes compte tenu des sondages du moment. Je lance trois pistes, et on verra, après-coup, si elles tenaient la route. 

Cas n° 1 : Le parti conservateur dispose d’une majorité absolue. David Cameron forme un gouvernement conservateur. 

Cas n°2 : Le parti conservateur obtient la majorité des voix et des sièges au parlement, mais ne dispose pas d’une majorité absolue. Dans ce cas de figure, les libéraux démocrates n’excluent pas de les soutenir au sein d’une coalition, à condition qu’ils s’engagent à réformer le système électoral pour que le troisième parti puisse disposer à l’avenir d’une majorité plus confortable.

 Etrangement, David Cameron, défavorable jusqu’ici à une telle, réforme, refuse désormais de l’exclure lorsqu’on lui pose la question. Bref, il prépare le terrain. 

Cas n° 3 : Le parti travailliste obtient une minorité de voix au plan national, mais avec le mode scrutin actuel à un tour, il dispose tout de même de la majorité des sièges au parlement, sans cependant avoir de majorité absolue. 

Dans ce cas (aberrant, mais tout à fait possible), les libéraux démocrates ne sont pas hostiles à une alliance, mais qu’ils feraient payer extrêmement chère : pour rééquilibrer l’injustice du scrutin, ils réclameraient une réforme électorale (déjà envisagée dans le programme du Labour), mais en prime, le départ de Gordon Brown et la parité des fauteuils de ministres.  

On imagine la difficulté ! 

Si l’une de ces hypothèses se confirmait, cela signifierait que les libéraux démocrates sont prêts à sacrifier une partie de leurs propositions : régularisation des sans papiers,  retour des conservateurs au sein du PPE, réduction de la taille des grosses banques… au profit d’un mode de scrutin qui garantirait leur pérennité dans le champ politique. 

Mais dans ce cas-là, que vaudrait la formule « try something different » largement mise en avant par Nick Clegg durant cette campagne ?