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Le blog de Jacques Monin


Gordon, Nicolas et Carla

médias, politique, Non classé

De l’interview people réalisé par Piers Morgan (ex roi des tabloïds) de Gordon Brown sur ITV, je vous ais déjà parlé plusieurs fois ici. 

On en a surtout retenu les larmes à peine contenues qui lui sont venues lorsqu’il a évoqué la mort de sa fille… 

Je ne reviendrai donc pas là-dessus. En revanche, un passage est passé presque inaperçu en France.

Et ce sera mon bonus, pour vous chers lecteurs. 

Ma contribution people pour une fois…. 

Il suffit donc de cliquer ci-dessous :

ITV

Puzzle

médias, culture, economie

Un puzzle, ce sont des morceaux que l’on assemble et qui finissent par avoir un sens. 

Et c’est un puzzle de chiffres que j’ai envie de vous livrer aujourd’hui. 

On commence par le chiffre des profits réalisés par la banque Barclays en 2009 : 12 milliards d’euros. Ce qui lui permet d’annoncer de gros bonus cette année. Précisément : 4 milliards d’euros ( même si, reconnaissons-le, deux de ses plus gros dirigeants ont renoncé à leur prime cette année) !

La banque insiste : elle n’a pas profité de la manne de l’Etat et s’est débrouillé toute seule pour redresser la barque. Elle oublie de dire que si elle a pu le faire, c’est parce que la banque d’Angleterre, avec le soutien de l’Etat, lui permet de bénéficier de taux d’intérêts de 0,5 %. 

Or dans le même temps… Autre chiffre.

Les taux d’intérêts des cartes de crédits ont explosé pour atteindre un taux moyen de 18,8 %. Cherchez l’erreur. Ce sont les contribuables les moins fortunés, souvent les plus vulnérables, qui s’endettent plus qu’il ne faut, qui vont se retrouver avec des factures en hausse.  

Enfin, troisième morceau du puzzle : une enquête du « institut of the director » montre que 60 % des entreprises qui demandent des prêts se voient opposer un refus par les banques.  

L’image pourrait donc ressembler à ça :

Les banques reconstituent des profits Ă©normes en prĂŞtant sans prendre le moindre risque et en augmentant leurs taux d’intĂ©rĂŞts tout en bĂ©nĂ©ficiant de conditions très avantageuses. Ce qui leur permet d’en faire bĂ©nĂ©ficier leurs personnels en ne tirant aucune leçon du passĂ©. 

Cela peut sembler  caricatural, je vous le concède. Mais quelle autre conclusion en tirer ? 

Maintenant pour vous dire la vérité, c’est un autre chiffre qui m’a presque tiré une larme ce matin : Terra Firma, la holding qui contrôle la maison de disque EMI, doit trouver 150 millions d’euros d’ici juin pour pouvoir rembourser ses dettes. Et pour cela, elle met en vente les studios historiques d’Abbey Road. 

Les studios rendus célèbre par les Beatles. Ceux où a été enregistré « Dark side of the moon » des Pink Floyds. 

Je vous parlais d’argent, mais si la nostalgie s’en mêle…

Confusion

politique

Décidément il est difficile de cerner la campagne, tellement elle est à contresens… 

Gordon Brown, qui excellait à jouer les rocs indestructibles, et qui se méfiait du people en politique, est au bord des larmes sur ITV lorsqu’il évoque la mort de sa fille.  

Lui qui ne voulait pas intervenir dans le secteur bancaire, exige désormais plus de responsabilité de sa part. 

Lui qui prônait une imposition « light », crée une nouvelle tranche à 50%. 

Lui qui ne voulait pas entendre parler d’endettement, propose de maintenir un investissement public fort à court terme pour ne pas risquer la rechute. 

Lui qui vantait les mérites de l’immigration veut désormais la limiter. 

Bref, le New Labour fait campagne sur une politique inverse de celle qu’il avait bâtie jusqu’ici.  

Et en face, même constat : 

Le parti conservateur se propose de réduire les inégalités. 

Il jure qu’il réduira les dépenses publiques sans toucher aux services publics essentiels, à commencer par le système de santé publique. 

Il veut restaurer la compétitivité du secteur bancaire tout en exigeant plus de morale de la part des banquiers. 

Bref, le parti d’Eton, de la compétition et du libéralisme a découvert les vertus des services publics et le scandale de la pauvreté. « Mend the broken society ». Réparer la société fracturée. Cela ne vous rappelle rien ?  

Dans le même temps, les sondages, eux, font le yoyo. Si la semaine dernière, ils montraient un rétrécissement de l’écart entre les deux grands rivaux, voici que cet écart s’élargirait de nouveau… 

Un fait nouveau cependant : le parti libéral démocrate ne dit plus qu’il soutiendra les conservateurs s’ils arrivent en tête sans obtenir de majorité. Il explique qu’il soutiendra celui qui proposera de mettre en œuvre certaines des mesures qu’il prône. 

Par exemple : une meilleure redistribution des richesses, une politique plus écologique, et une réforme en profondeur de la chambre des Lords, toujours non élus.

Je vous pari que chacun va bientôt rivaliser de propositions dans ces domaines-là !

Le Far West

police justice

Il m’arrive souvent dans ce blog d’être critique envers le pays que j’observe (et après tout, un journaliste n’est-il pas fait pour ça ?), mais il y a aussi des pratiques dont nous devrions sans doute nous inspirer. 

Pour nuancer mon post précédent sur l’usage de la torture, et alors que le débat sur la garde à vue est lancé en France, j’ai donc envie de vous faire part de ma plongée dans l’univers des gardes à vue britanniques.  

Jon Morgan, superintendant au commissariat de Charing Cross à Londres m’a en effet ouvert les portes de ses cellules.  

Charing Cross, c’est le plus gros centre de garde à vue d’Angleterre. 46 cellules accueillent 12 500 interpellés par an. 

Jusqu’ici, rien de très nouveau. Mais une fois passé la grille d’entrée, la différence entre les cellules françaises et britanniques se fait évidente.   

D’abord, il n’y a que des cellules individuelles. Il est interdit de mettre plusieurs gardés à vue ensemble.  

Ensuite, dans chaque cellule, il y a des toilettes.

Et de la couleur : du jaune, du bordeaux, un matelas bleu… Jon Morgan me surprend : ”On veut que les dĂ©tenus soient dĂ©stressĂ©s ”, m’explique-t-il. ” Pour qu’il nous disent la vĂ©rité ”. 

Curieux. En France on aurait plutôt tendance à considérer qu’un peu de pression peut faire « craquer » les gens et conduire aux aveux.  Il me fait alors cette réponse : « oui. Mais nous, on pense que les informations obtenues sous la pression ne sont pas fiables ». A méditer ! 

Mais ma surprise ne s’arrête pas là.  

Dans le centre, il y a aussi une infirmerie, avec une vraie infirmière. Au cas où les personnes interpellées auraient un problème de santé.   

Les surveillants ne sont pas des policiers, mais des civils formĂ©s pour se comporter de manière moins sĂ©vère avec ceux qu’ils gardent. Ils ont des notions mĂ©dicales, pour dĂ©pister un diabète par exemple. « C’est important » insiste Jon Morgan, « car dans certain cas, cela peut vouloir dire la mort ». 

Ils sont recrutés parmi les minorités ethniques, ce qui permet parfois de mieux communiquer. 

Mais s’il n’y avait que cela…

 Ici, rien n’est secret. Tout est filmé. L’intérieur des cellules comme les interrogatoires.  

Quant à l’avocat… Où est le problème ? Il vient quand il le veut. Pour voir son client en cellule s’il le souhaite, à n’importe quel moment, ou pour assister aux interrogatoires.  

Y-a-t-il pour autant moins d’élucidations, moins d’incarcérations qu’en France ? Pas du tout. La Grande-Bretagne bat les records du nombre de détenus (condamnés) en Europe. 

Certes tout n’est pas rose au royaume de la garde Ă  vue britannique. Le prise systĂ©matique de l’ADN au commissariat et son fichage, mĂŞme pour les personnes relachĂ©es sans poursuites, pose question.   

Mais en sortant, je me dis que nous avons peut-être toute une culture policière à revoir. Que la preuve vaut sans doute mieux que l’aveu. Et qu’un peu de respect de la dignité ne nuit pas à la conduite d’une enquête.  

Et je peux m’empêcher de vous citer cette phrase que m’a aussi dite Jon Morgan : « En France, de mon point de vue professionnel, je trouve que certaines de vos cellules sont dangereuses. A Paris, il y a encore des barreaux aux cellules. Comme dans le Far West… ».  

Ou le moyen âge…  

L’enfer de Binyam Mohamed

terrorisme, international, police justice

Bon d’accord !

Binyam Mohamed n’est sans doute pas un enfant de cœur. Cet Ethiopien de 32 ans, qui a vécu 7 ans en Angleterre où il avait demandé l’asile politique, n’a sans doute pas participé à des camps d’entrainement au Pakistan sans arrières pensées. Et lorsqu’on l’a arrêté en 2002 à Karachi, il était, après tout, en possession d’un faux passeport. 

Mais c’est bien là le seul délit qu’on puisse formellement lui reprocher.  

Or, lorsqu’il est interpellé, puis remis aux forces américaines, il est poursuivi pour un complot terroriste imaginaire dont l’administration Bush reconnaitra qu’il n’a jamais existé.  

Commence pourtant pour lui un cauchemar : 

Il est d’abord interrogé au Pakistan par la CIA qui utilise des méthodes assimilables à la torture. Il est systématiquement privé de sommeil, interrogé enchainé, et menacé de « disparition ».  

Puis il est transféré au Maroc où, dit-il, il a été torturé, et interrogé par des américains qui, apparemment, relayaient des questions transmises par le MI5, les services de renseignement britanniques. Byniam Mohamed affirme que Londres coopérait avec les américains, en sachant pertinemment que ces derniers utilisaient la torture. 

Troisième et ultime étape de son voyage : Guantanamo, que l’on ne présente plus, et d’où il a finalement été libéré sans charges l’an dernier. 

Jusqu’à cette semaine, l’ex détenu a prêché dans le désert. Mais une décision de la cour d’appel de Londres vient d’accréditer ses propos en publiant 7 paragraphes d’un rapport transmis par la CIA au MI5.  

Il y apparaît clairement qu’il a effectivement été interrogé dans des conditions dégradantes et indignes. Et que les britanniques, même si rien ne prouve qu’ils en étaient partie prenante directement, étaient au courant de méthodes condamnables qu’ils couvraient. 

Voilà qui met à mal les explications de David Miliband, le ministre des affaires étrangères, qui affirmait que son pays ne « conduisait ni ne cautionnait des actes de tortures ». En l’occurrence, il savait et il fermait les yeux. Et il a fallu des juges opiniâtres pour s’opposer à la volonté du Foreign Office de lever le secret sur ses documents. 

Du coup, Washington réagit en se disant « déçu » que Londres ait publié ce rapport. L’administration de Barack Obama redoute que cela ne « complique  la coopération entre les services de renseignements » qui doivent reposer sur la confidentialité et la confiance. 

Ah bon ? Ne serait-il pas plus simple de ne pas torturer ? Ainsi, des juges n’auraient pas à publier des documents faisant état de pratiques contraires à la dignité humaine. Puisque ceux-ci n’existeraient pas.

Les mondes parallèles

société, médias, politique

Tower blocks of commons.

C’est un jeu de mots avec d’un côté, des tours HLM, et de l’autre, la chambre des communes.  

C’est aussi le titre de la nouvelle série de Channel 4. La chaine, réputée pour ses reality shows provocateurs, vient de lancer son dernier avatar. Pendant quatre épisodes, à raison d’un par semaine, le téléspectateur plonge dans la vie de députés de tous bords qui vont partager pendant 8 jours le quotidien de familles de quartiers défavorisés.  

L’idée de base, c’était de rapprocher deux mondes qui sont censés se connaître. Après tout, ce sont les citoyens qui élisent les députés. Et les députés sont censés améliorer le quotidien de leurs concitoyens. 

Mais il saute aux yeux que ces deux mondes sont étrangers l’un à l’autre.  D’un côté, on est bien habillé. On a le Blackberry facile. Et la conviction d’être au service des autres. Tandis que de l’autre, on se débat entre le chômage, de faibles allocations, des appartements exigus, bruyants et sales, au milieu des enfants qui braillent, à deux pas des parkings où trainent les seringues.  

Pour les députés, entrer dans ce milieu (que d’autres appelleraient « le monde réel ») est un choc. « Ca pue » lâche maladroitement l’un d’entre eux en poussant une porte. « Je les hais » admet une mère célibataire, en évoquant les élus. Ce dialogue entre la conservatrice Nadine Dorries et une mère célibataire de South Acton, dans la banlieue de Londres, est d’ailleurs lourd de sens :  

Channel 4

Le raisonnement de Nadine Dorries est caricatural. Mais il faut remettre plus généralement cette diffusion dans le contexte.

La Grande-Bretagne peine à sortir du scandale des frais parlementaires. Quatre députés viennent de faire l’objet de poursuites judiciaires. A un désamour entretenu par les désillusions de l’ère post Blair et la crise économique, s’ajoute maintenant un soupçon de corruption généralisé. 

Et c’est dommage.  Car si certains ont fraudé, ils sont une minorité. Et si d’autres ont abusé d’un système laxiste, ils ne sont pas tous dans ce cas-là.  

De l’émission de Channel 4, je retiendrai donc trois choses : 

D’accord, il faut sanctionner sévèrement ceux qui portent atteinte au système.

D’accord, il serait temps que les députés comprennent que la vie est souvent d’une dureté qu’ils ne peuvent pas imaginer.

Mais sans doute faudrait-il aussi cesser de croire que les Ă©lus sont tous des « salopards » qui ne pensent qu’Ă  s’engraisser sur le dos des autres. Ou c’est la dĂ©mocratie qui vacille.

La politique des larmes

politique, Non classé

Gordon le terne redeviendrait-il « Flash » Gordon ? 

On le disait au fond du trou (je le disais d’ailleurs !), usé par un règne de 13 ans, usé par des affaires à n’en plus finir, affaibli par la crise économique. Bref, c’en était fini des travaillistes, et David Cameron, aux abois, se préparait à prendre les commandes de Downing street. 

Bien sûr, tout cela reste d’actualité. Mais il y a des signes qu’il ne faut pas sous estimer. 

Ainsi, pour la deuxième semaine consécutive, les conservateurs sont en baisse d’un point, tandis que le labour monte d’autant. Certes, il y a encore 9 points d’écart en faveur des Tories, mais l’hypothèse d’un parlement sans majorité reste plausible. Et une coalition peut-être à portée de main. Qui sait ? 

C’est ce qui explique le soudain regain de dynamisme du Premier ministre qui cultive le don d’ubiquité. Le voici ce dimanche interviewé sur deux pages dans The Observer.

Alors que son pays émerge (enfin) de la récession, et en dépit des rudes mois qui s’annoncent, il retrouve des ailes. « Les électeurs verront bien qui a fait les bons choix pour les sortir de là » clame le premier ministre.

Il a désormais trois cordes à son arc : sa compétence économique retrouvée, sa colère contre les banquiers, et sa volonté de restaurer la confiance envers les politiques en tirant un trait sur le scandale des frais parlementaires. 

Bon, soyons clairs : il prĂ´ne aujourd’hui au plan Ă©conomique l’inverse de ce qu’il prĂ´nait il y a deux ans. Et son parti a Ă©tĂ© autant Ă©claboussĂ© que les autres par l’affaire des remboursements indus. Mais Ă  tout prendre, il finirait presque par devenir convainquant. 

Il joue aussi sur la carte émotionnelle. Ainsi ITV va diffuser le week-end prochain une interview très people du Premier ministre qui pleure en évoquant la mort de sa fille Jennifer, et ses craintes de voir son fils, Fraser, atteint de mucoviscidose, subir le même sort. 

Bref, Gordon est compétent. Il force l’admiration d’avoir résisté à tant d’adversité. Mais, de plus, il est humain ! 

Alors là, j’ai un peu de mal. Quand la vie privée se mélange à la vie publique. Quand les sentiments l’emportent sur la raison… tout est possible. Et si David Cameron lui répliquait sur Channel 4 en évoquant la mort récente de son enfant handicapé ?

Justice ou communication ?

police justice

On y voit enfin un peu plus clair sur l’affaire de cette mère de 51 ans, Christiane Chocat, et de son fils de 20 ans, Benjamin, emprisonnés à Portsmouth, après avoir été surpris avec 16 vietnamiens entassés à l’arrière de leur camionnette de location.

Les douaniers avaient été alertés le 1 er octobre dernier, à la descente d’un Ferry en provenance de Cherbourg, par de la bué visible sur les fenêtres du véhicule. 

A l’écoute de leurs avocats, on peut maintenant reconstituer ce qui s’est passé.  

Benjamin, un jeune homme plutôt gentil et sans histoires, au chômage, se laisse convaincre par un, ou des, ressortissants de la communauté vietnamienne de Paris de faire le passeur. L’affaire peut être juteuse puisque l’on devait lui remettre 24 000 euros à son retour. 

Mais Benjamin n’a pas suffisamment d’argent pour payer les frais du voyage. Pour la location de la camionnette, c’est donc un mystĂ©rieux vietnamien qui règle 660 euros dans une agence de la gare de Lyon. Et pour les billets de l’Eurostar qui devaient le ramener en France, c’est sa mère qui fait l’avance de 250 euros. La mĂŞme qui conduira la camionnette, puisqu’il n’a pas non plus le permis de conduire. 

Tout est minutieusement préparé. Par qui ? On ne sait pas. Mais un cadre de bois recouvert de carton cache les 16 vietnamiens qui resteront au moins 7 heures serrés comme des sardines (calcul fait par la police britannique en fonction de la distance parcourue et des horaires du Ferry).

Pour qu’ils puissent respirer, on a percé des trous dans la carrosserie à la chignole. Et des espaces ont été aménagés entre l’arrière et les fauteuils avant. 

Il semble donc clair que pour Benjamin, c’est l’argent qui a été la première motivation. Et pour sa mère, conseillère municipale de la région parisienne, ce serait  le dévouement, la générosité, dira son avocat. Un dévouement pour son fils dans le besoin, qui va jusqu’à l’inconscience, et finalement, la complicité. 

Venons-en donc aux condamnations … 

Cinq ans de prison ferme pour Benjamin. Huit s’il n’avait pas eu 20 ans ! lui dira le juge qui s’estime clément. Et trois ans de prison pour Christiane.  

Vu de France, la sanction peut sembler lourde.  

Et j’en viens à ma conclusion : 

Le rôle de la justice est de juger en fonction du délit commis, des circonstances, du passé judiciaire (inexistant ici), et des risques de récidive (à priori très faibles).  

Seulement ici, le juge a ajouté cette phrase : « la sentence doit aussi être dissuasive pour d’autres français qui seraient tentés de commettre le même délit ». D’où cette grande sévérité. 

Est-il donc normal qu’un juge ne fonde pas sa décision que sur les faits et la personne, mais sur un message qu’il veut adresser à d’autres qui n’ont encore commis aucun délit ? 

Bref, la sanction s’adresse-t-elle au prévenu, dans le prétoire, ou à l’extérieur du tribunal. Doit-on faire un exemple ? Rend-on la justice, ou fait-on de la communication politique ? 

Voilà qui ferait sans doute un bon sujet de débat dans les écoles de magistrature…

“La loi de la nature”

religion, politique, Non classé

Le pape serait-il un adversaire de Gordon Brown ?

Il s’est en tout cas invité dans le débat politique, au risque de faire quelques vagues. 

De quoi s’agit-il ? 

Le gouvernement essaie de faire passer un texte qui viendra renforcer les lois déjà en vigueur pour lutter contre la discrimination. Cette loi pénalisera toute entreprise qui écarterait les gays des postes à responsabilité.  

Le problème, c’est que l’église catholique, comme une grande partie de l’église Anglicane, voit cette mesure d’un très mauvais œil. Elles risquent de devoir embaucher des gays au sommet de leur hiérarchie, faute de quoi elles pourraient faire l’objet de poursuites. 

Le Pape leur a donc donné un coup de pouce et les a invités à entrer en résistance. Il a écrit aux évêques catholiques anglais pour leur dire : 

1 : Votre pays est réputé pour lutter contre les inégalités. Mais il est des cas où cette démarche pénalise injustement des chrétiens qui ne peuvent plus vivre en accord avec leur croyance.  

2 : Est donc visée, la loi contre la discrimination des gays qui, à l’en croire, irait contre la « loi de la nature ». 

Il y a donc plusieurs débats dans le débat : 

D’abord, une sociĂ©tĂ© tolĂ©rante doit-elle accepter que certains ne respectent pas la loi si celle-ci est contraire à leurs croyances ? Bref, faut-il faire des exceptions pour les religions ? Ce dĂ©bat, inconcevable en France, est tout Ă  fait d’actualitĂ© dans un pays multiconfessionnel oĂą le culte est diffusĂ© Ă  la radio, oĂą des Ă©coles religieuses sont financĂ©es par l’Etat, et oĂą la Reine coiffe encore le clergĂ© anglican. 

Ensuite, peut-on parler d’être « contre nature » lorsque l’on n’a pas une orientation hétérosexuelle ? Et pour le coup, la formule du pape a de quoi choquer. D’où la polémique qui agite le milieu homosexuel mais bien au-delà.

La société nationale laïque a mis en ligne une pétition contre la venue du Pape prévue en septembre prochain. Elle a recueilli 50 000 signatures en 4 heures. 

Le gouvernement, lui, évite de polémiquer avec le souverain pontife. 

Permettez-moi simplement de prolonger le débat en l’étendant à la Burqa ou au voile islamique, cible ou futur cible de la loi française cette fois-ci. Les religieux ne pourraient-ils aussi pas y voir une atteinte au libre exercice de leur croyance ?  

Mais le Pape n’avait peut-ĂŞtre pas cela en tĂŞte en s’adressant aux anglais…

Le Tiger Woods britannique

société, médias, politique, Non classé

C’est l’affaire qui mobilise les médias en ce moment. Et quelle affaire ! 

Alors que Tony Blair venait de témoigner pour la postérité devant la commission Chilcot, les journaux titraient sur tout autre chose. De sacrément plus grave ! John Terry, le chouchou des anglais, le capitaine de football de Chelsea et de l’équipe d’Angleterre a trompé sa femme.

C’est un crime suffisant pour que la presse (y compris la plus sérieuse et la BBC) en parle, et pour qu’il soit lynché sur la place médiatique. Mais il y a plus grave : il l’a trompée avec un mannequin français qui n’est autre que l’ex petite amie de son meilleur ami qui joue aujourd’hui à Manchester City. 

Bref, non seulement ce n’est pas un bon mari, mais, de plus, l’amitié n’a pas valeur à ses yeux.  

Pire : en fouillant de plus belle, certains ont cru dĂ©couvrir qu’elle Ă©tait tombĂ© enceinte et qu’il avait payĂ© pour son avortement.  Devant un tel dĂ©ballage, son Ă©pouse a pris le large pour DubaĂŻ avec ses enfants.

 Alors là, c’en est trop ! Le secrétaire d’Etat aux sports s’interroge. Est-il légitime qu’il continue de porter le brassard de capitaine de l’Angleterre avec un tel palmarès ? Les journalistes sportifs lui emboitent le pas. Celui qui porte les couleurs du pays sur les stades du monde fait plus que de taper dans un ballon. Il représente les valeurs d’exemplarité que ledit pays pense véhiculer.  

Peut-on, donc, laisser un homme qui incarne la tromperie occuper ce poste-là ? 

A vous de juger…. Pour ma part, je me laisse aller Ă  deux rĂ©flexions, sans doute naĂŻves… 

1 : Et si finalement, tout cela ne nous regardait pas ? Si sa vie privée était, après tout, privée ?  

2 : Puisqu’à ma connaissance il n’a enfreint aucune loi, n’a été inculpé de rien, la vraie question n’est-elle pas ailleurs ? Au fait, joue-t-il bien au football ? N’est-ce pas avant tout ce qu’on lui demande ?  

On en aurait presque oublié une information qui, à mes yeux, parait plus importante : l’écart dans les sondages vient de se rétrécir entre travaillistes et conservateurs. Il serait de 7 à 9 points, ce qui rend de plus en plus possible l’hypothèse d’un parlement sans majorité. Autrement dit, d’un gouvernement de coalition.  

Le plus drôle, c’est que David Cameron interprète ce revers par son indécision à promettre une réduction d’impôt pour les couples mariés. 

John Terry pourra toujours se consoler en se disant que, compte tenu de son salaire, il n’en aura pas besoin !