police justice
Publié le 12 fĂ©vrier 2010
Il m’arrive souvent dans ce blog d’être critique envers le pays que j’observe (et après tout, un journaliste n’est-il pas fait pour ça ?), mais il y a aussi des pratiques dont nous devrions sans doute nous inspirer.Â
Pour nuancer mon post prĂ©cĂ©dent sur l’usage de la torture, et alors que le dĂ©bat sur la garde Ă vue est lancĂ© en France, j’ai donc envie de vous faire part de ma plongĂ©e dans l’univers des gardes Ă vue britanniques. Â
Jon Morgan, superintendant au commissariat de Charing Cross Ă Londres m’a en effet ouvert les portes de ses cellules. Â
Charing Cross, c’est le plus gros centre de garde Ă vue d’Angleterre. 46 cellules accueillent 12 500 interpellĂ©s par an.Â
Jusqu’ici, rien de très nouveau. Mais une fois passĂ© la grille d’entrĂ©e, la diffĂ©rence entre les cellules françaises et britanniques se fait Ă©vidente.  Â
D’abord, il n’y a que des cellules individuelles. Il est interdit de mettre plusieurs gardĂ©s Ă vue ensemble. Â
Ensuite, dans chaque cellule, il y a des toilettes.
Et de la couleur : du jaune, du bordeaux, un matelas bleu… Jon Morgan me surprend : ”On veut que les dĂ©tenus soient dĂ©stressĂ©s ”, m’explique-t-il. ” Pour qu’il nous disent la vĂ©rité ”.Â
Curieux. En France on aurait plutĂ´t tendance Ă considĂ©rer qu’un peu de pression peut faire « craquer » les gens et conduire aux aveux.  Il me fait alors cette rĂ©ponse : « oui. Mais nous, on pense que les informations obtenues sous la pression ne sont pas fiables ». A mĂ©diter !Â
Mais ma surprise ne s’arrĂŞte pas lĂ . Â
Dans le centre, il y a aussi une infirmerie, avec une vraie infirmière. Au cas oĂą les personnes interpellĂ©es auraient un problème de santĂ©.  Â
Les surveillants ne sont pas des policiers, mais des civils formĂ©s pour se comporter de manière moins sĂ©vère avec ceux qu’ils gardent. Ils ont des notions mĂ©dicales, pour dĂ©pister un diabète par exemple. « C’est important » insiste Jon Morgan, « car dans certain cas, cela peut vouloir dire la mort ».Â
Ils sont recrutĂ©s parmi les minoritĂ©s ethniques, ce qui permet parfois de mieux communiquer.Â
Mais s’il n’y avait que cela…
 Ici, rien n’est secret. Tout est filmĂ©. L’intĂ©rieur des cellules comme les interrogatoires. Â
Quant Ă l’avocat… OĂą est le problème ? Il vient quand il le veut. Pour voir son client en cellule s’il le souhaite, Ă n’importe quel moment, ou pour assister aux interrogatoires. Â
Y-a-t-il pour autant moins d’élucidations, moins d’incarcĂ©rations qu’en France ? Pas du tout. La Grande-Bretagne bat les records du nombre de dĂ©tenus (condamnĂ©s) en Europe.Â
Certes tout n’est pas rose au royaume de la garde Ă vue britannique. Le prise systĂ©matique de l’ADN au commissariat et son fichage, mĂŞme pour les personnes relachĂ©es sans poursuites, pose question.  Â
Mais en sortant, je me dis que nous avons peut-ĂŞtre toute une culture policière Ă revoir. Que la preuve vaut sans doute mieux que l’aveu. Et qu’un peu de respect de la dignitĂ© ne nuit pas Ă la conduite d’une enquĂŞte. Â
Et je peux m’empĂŞcher de vous citer cette phrase que m’a aussi dite Jon Morgan : « En France, de mon point de vue professionnel, je trouve que certaines de vos cellules sont dangereuses. A Paris, il y a encore des barreaux aux cellules. Comme dans le Far West… ». Â
Ou le moyen âge… Â