Judgment day ?
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Ce vendredi, le monde aura les yeux braqués sur Londres. Tony Blair va être entendu par la commission d’enquête sur la guerre en Irak. Celui qui a pris la responsabilité d’engager son pays dans ce conflit contesté va enfin s’expliquer devant les caméras.
Son audition durera 6 heures dans une salle pleine à craquer. 3000 personnes s’étaient portées volontaires pour assister aux débats. Mais le tirage au sort n’en a désigné que 80, parmi lesquels des familles de soldats tués au front.
Il y a donc eu une grande attente, et le battage médiatique est à son comble. Et pourtant…
La grande audience risque d’accoucher d’une souris. Car le plus instructif a déjà été entendu.
Mardi dernier, deux ex fonctionnaires du Foreign Office (le ministère des affaires étrangères) ont apporté un témoignage édifiant. Michael Wood, l’ex patron du service juridique, et une de ses anciennes collaboratrices, Elisabeth Wilmshurst, ont été catégoriques. A les entendre, les juristes du ministère considéraient unanimement qu’une guerre serait illégale. Car faute d’une seconde résolution de l’Onu, elle serait en infraction avec les règles internationales.
Ils en ont informé leur ministre, Jack Straw, qui n’a rien voulu entendre. Il a traité son juriste en chef de « dogmatique ». Bien que désavoué, ce dernier est resté en poste. En revanche, Elisabeth Wimlshurst a démissionné. La façon dont cette affaire a été conduite a été « lamentable » a-t-elle expliqué. Son départ de la salle, après son témoignage, a été salué par une salve d’applaudissement.
Tout le monde sait donc désormais que tous les fonctionnaires juristes jugeaient la guerre illégale, mais que le cercle des politiques autour de Tony Blair n’en a écouté aucun.
Tout le monde comprend que le dossier faisant étant de la menace des armes de destruction massive a été gonflé. Les fonctionnaires n’avaient d’abord pas pris au sérieux les élements qu’il contenait, puis ils en ont été choqués. Pas le cercle rapproché de Tony Blair.
Ce dernier va sans doute répéter qu’il croyait sincèrement à la menace irakienne, qu’il ne s’était engagé à rien devant les Etats-Unis, et qu’il a jusqu’au bout tout fait pour obtenir le soutien de la communauté internationale.
Mais la vraie question est finalement ailleurs : en l’absence de ce soutien, la guerre était-elle illégale ? Car si oui, c’est un acte agression.
C’est ce qui explique qu’une pétition sur le web vient d’être lancée pour appeler à l’arrestation de Tony Blair pour « crime de guerre ». C’est pour cela que « Stop the War Coalition » manifeste encore ce vendredi.
Mais les mêmes vous expliquent qu’ils ne croient pas à leur succès. Parce que la commission d’enquête est trop proche du pouvoir. Parce que les conservateurs n’ont pas plus envie que les travaillistes de voir Tony Blair traduit en justice. Enfin parce que si c’était le cas, ce serait une trentaine de dirigeants qu’il faudrait poursuivre, dont Sylvio Berlusconi, Jose-Maria Aznar et George Bush. Impensable !
Le coût ne sera donc sans doute que politique. Mais il n’est pas négligeable. Peter Mandelson, le ministre du commerce vient d’annoncer que Tony Blair va faire son retour pour soutenir Gordon Brown pendant la campagne électorale. Dans ce contexte, il serait sans doute plus inspiré de s’abstenir…