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Le blog de Jacques Monin


Justice ou communication ?

police justice

On y voit enfin un peu plus clair sur l’affaire de cette mère de 51 ans, Christiane Chocat, et de son fils de 20 ans, Benjamin, emprisonnés à Portsmouth, après avoir été surpris avec 16 vietnamiens entassés à l’arrière de leur camionnette de location.

Les douaniers avaient été alertés le 1 er octobre dernier, à la descente d’un Ferry en provenance de Cherbourg, par de la bué visible sur les fenêtres du véhicule. 

A l’écoute de leurs avocats, on peut maintenant reconstituer ce qui s’est passé.  

Benjamin, un jeune homme plutôt gentil et sans histoires, au chômage, se laisse convaincre par un, ou des, ressortissants de la communauté vietnamienne de Paris de faire le passeur. L’affaire peut être juteuse puisque l’on devait lui remettre 24 000 euros à son retour. 

Mais Benjamin n’a pas suffisamment d’argent pour payer les frais du voyage. Pour la location de la camionnette, c’est donc un mystĂ©rieux vietnamien qui règle 660 euros dans une agence de la gare de Lyon. Et pour les billets de l’Eurostar qui devaient le ramener en France, c’est sa mère qui fait l’avance de 250 euros. La mĂŞme qui conduira la camionnette, puisqu’il n’a pas non plus le permis de conduire. 

Tout est minutieusement préparé. Par qui ? On ne sait pas. Mais un cadre de bois recouvert de carton cache les 16 vietnamiens qui resteront au moins 7 heures serrés comme des sardines (calcul fait par la police britannique en fonction de la distance parcourue et des horaires du Ferry).

Pour qu’ils puissent respirer, on a percé des trous dans la carrosserie à la chignole. Et des espaces ont été aménagés entre l’arrière et les fauteuils avant. 

Il semble donc clair que pour Benjamin, c’est l’argent qui a été la première motivation. Et pour sa mère, conseillère municipale de la région parisienne, ce serait  le dévouement, la générosité, dira son avocat. Un dévouement pour son fils dans le besoin, qui va jusqu’à l’inconscience, et finalement, la complicité. 

Venons-en donc aux condamnations … 

Cinq ans de prison ferme pour Benjamin. Huit s’il n’avait pas eu 20 ans ! lui dira le juge qui s’estime clément. Et trois ans de prison pour Christiane.  

Vu de France, la sanction peut sembler lourde.  

Et j’en viens à ma conclusion : 

Le rôle de la justice est de juger en fonction du délit commis, des circonstances, du passé judiciaire (inexistant ici), et des risques de récidive (à priori très faibles).  

Seulement ici, le juge a ajouté cette phrase : « la sentence doit aussi être dissuasive pour d’autres français qui seraient tentés de commettre le même délit ». D’où cette grande sévérité. 

Est-il donc normal qu’un juge ne fonde pas sa décision que sur les faits et la personne, mais sur un message qu’il veut adresser à d’autres qui n’ont encore commis aucun délit ? 

Bref, la sanction s’adresse-t-elle au prévenu, dans le prétoire, ou à l’extérieur du tribunal. Doit-on faire un exemple ? Rend-on la justice, ou fait-on de la communication politique ? 

Voilà qui ferait sans doute un bon sujet de débat dans les écoles de magistrature…

3 commentaires pour “Justice ou communication ?”

  1. christiane lannes dit :

    Dans un de ses billets du 1° février (partie commentaires des internautes, 20:51), Me Eolas écrit:

    “Mais supposer que les dĂ©linquants lisent le code pĂ©nal et passent Ă  l’acte en tenant compte des peines encourues est stupide (…). C’est oublier que le passage Ă  l’acte implique souvent la conviction de l’impunitĂ©. Peu importe la peine encourue : le dĂ©linquant compte bien ne pas ĂŞtre pris”.

    Cordialement.

  2. Gilles dit :

    Justice ou communication? Les deux mon general! :D Ces deux-la essuyent les platres mais au bout du compte ils ne peuvent s’en prendre qu’a eux-memes, ils savaient surement ce qu’ils encourraient ou tout au moins en avaient une idee.
    5 ans et 3 ans peuvent passer pour severe mais il faut voir a plus grande echelle: le trafic humain ne commence et ne s’arrete pas a une frontiere et un van. Et si cette mere et son fils envoyaient ces vietnamiens directement dans les mains de gens extremement dangereux, a des esclavagistes ou des maquereaux, a une vie encore plus miserable ou sait-on jamais a leur mort lente, et si un de ces vietnamiens etait mort d’etouffement dans leur van? Ils auraient alors participe a un homicide, ni plus ni moins.
    Quant au risque de recidive il est pour moi tres tres loin d’etre seulement tres faible: pour quelqu’un a salaire faible et a fortiori un chomeur, 24 000 euros representent un annee entiere “gagnes” en deux jours et sans effort particulier. Alors imaginons que cette petite aventure ait marchee, 1/ le passeur vietnamien reprendrait contact avec ce Benjamain et 2/ ce dernier sera encore plus tente de le faire vu sa premiere reussite.
    En conclusion, ils avaient chosi de faire quelque chose d’illegal pour de l’argent vite fait bien fait qui en plus impliquait la justice d’un autre pays que le leur: on n’a parfois que ce que l’on merite. Fallait pas.

  3. Jean-Paul dit :

    Je ne sais s’il fallait ou s’il ne fallait pas parce que je ne sais pas si la promesse d’une importante somme d’argent Ă©tait ou non l’unique motivation.

    En revanche, tant que les 4/5 de la population mondiale crèveront de faim Ă  cĂ´ter du 1/5 restant (et ça n’est pas demain qu’on inversera la tendance), nous aurons Ă  prendre en compte des flux migratoires clandestins qui, arithmĂ©tique de base oblige, ne pourront que s’intensifier.

    Va falloir apprendre Ă  partager ! Après tout, il paraĂ®t qu’il est plus facile de donner que de recevoir !!

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