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Le blog de Jacques Monin


Une occasion manquée

international, défense, politique

Que dire après l’audition de Tony Blair par la commission d’enquĂŞte sur l’Irak que vous n’ayez pas dĂ©jĂ  vu ou entendu ? 

Comme on s’y attendait, il a défendu pied à pied tous ses choix, sans exception, quitte à s’arranger avec les faits, les contradictions, ou à jouer Madame soleil. 

Les armes de destruction massives ? J’y croyais sincèrement sur la foi des documents dont nous disposions à l’époque. 

Les liens avec Al Qaïda ? Il n’y en avait pas. D’accord. Mais c’était le genre de régime qui en aurait forcément lié.  

George Bush ? Dans un premier temps, je lui ai promis de m’attaquer au problème irakien, mais pas d’entrer en guerre.

La lĂ©galitĂ© de la guerre ? Il valait mieux essayer d’obtenir une nouvelle rĂ©solution de l’Onu, mais, compte tenu de l’obstruction de la France, l’Allemagne et la Russie,  la rĂ©solution prĂ©cĂ©dente Ă©tait une base lĂ©gale suffisante. Et après le 11 septembre, ne pas agir aurait Ă©tĂ© un mauvais signal aux rĂ©gimes terroristes. 

La déstabilisation de la région ? Au contraire, sans cette intervention, aujourd’hui vous auriez l’Irak rivalisant avec l’Iran pour obtenir une arme nucléaire. Le monde est donc plus sûr. 

D’éventuelles pressions sur son Attorney Général (conseiller juridique) pour avoir un avis positif ? Pas du tout, lorsqu’il a émis des réserves cela compliquait les choses et j’avais d’autres choses à régler. Et par la suite, j’avais juste besoin d’un oui ou d’un non clair. 

Un manque de préparation ? Non. Nous avons fait ce que nous devions. 

Deux guerres menées en même temps (avec l’Afghanistan) et une armée sous pression ? C’était nécessaire. 

Etc, etc… 

Bref, Tony Blair ne lâche rien. Ne regrette rien, et c’est bien là le problème. 

Il avait une occasion de faire preuve d’humilité, de contrition devant les familles de victimes et l’opinion. Mais son insistance l’a desservi. Car contrairement aux craintes de beaucoup, les membres de la commission ont été à la hauteur de la tache. « Etes-vous si certain que l’Irak soit sûr en ce moment ? », lui a-t-on objecté. « Qui dit que le pays rivaliserait avec l’Iran s’il était sous surveillance de l’Onu ?»…

Du coup, Tony Blair n’a pas été convaincant. 

Et puis il y a eu ce moment où il a été pris en défaut.  Sir Roderic Lyne, un des membres de la commission les plus pugnaces, lui a dit : « Vous avez récemment dit à la BBC que, même sans armes de destruction massive, vous auriez pris la même décision. Le prétexte était donc faux ». 

Et Tony Blair de répondre : « Malgré mon expérience des médias, j’ai encore à apprendre. Mais si vous écoutez bien l’interview, vous verrez que je n’ai pas employé le mot de changement de régime ».  

J’ai donc réécouté l’extrait. Il parle explicitement de « remove him », autrement dit, il s’agit bien de renverser l’ex dictateur. Chacun en tirera les conclusions qu’il veut.  

Voici ce qui est dit devant la commission :

Commission d’enquête Irak

Et voici l’interview original :

4 commentaires pour “Une occasion manquĂ©e”

  1. Gilles dit :

    Joli resume. C’est vrai qu’il rearrange l’Histoire avec des “si” et des “peut-etre que”. Il est si imbu de sa personne qu’il doit etre fier de lui le matin en se rasant. Et pourtant les soldats britanniques continuent de tomber, par sa faute. Que dirait-il si son fils etait parti en guerre au lieu de faire de la finance?
    Quand je pense a tout ce que s’etait mange Chirac a l’epoque dans les media Britanniques et meme l’opinion publique pour sa “lachete” (et a travers lui le peuple francais, celui qui ne connait que le drapeau blanc), je trouve aussi qu’ils ont du culot de se retourner si vite contre Blair (meme s’il le merite), quelles girouettes! Blair etait parti en guerre avec quelque chose comme 60% d’opinion favorable.

  2. dom dit :

    Les Conservateurs et le Labour Ă©taient favorables, mais pas les anglais. Ils avaient mĂŞme manifestĂ© Ă  Londres et ailleurs dans le pays avant l’invasion. Je crois me souvenir que le ratio de favorables Ă©tait bien infĂ©rieur Ă  40%?
    Peut-ĂŞtre Monsieur Monin pourrait nous le confirmer ou l’infirmer.
    Après l’invasion, ils n’avaient pas d’autres choix que de montrer de la retenue, pour soutenir leurs troupes sur le terrain.

    C’est effectivement ce qui s’est passĂ©. Selon l’enquĂŞte ICM/News of the World rĂ©alisĂ©e les 6 et 7 mars 2003, le soutien de la population n’Ă©tait que de 29%, contre 53% d’insatisfaits. Puis, les 21 et 22 mars, 55% des personnes interrogĂ©es approuvaient la façon dont Tony Blair gèreait la crise irakienne, contre 37% de critiques. PrĂ©cisons que le soutien est aussi fonction des informations dont on dispose. Et beaucoup des arguments donnĂ©s Ă  l’Ă©poque se sont rĂ©vĂ©lĂ©s faux.
    JM

  3. Dom dit :

    Merci Monsieur pour votre réponse.
    Il y a aujourd’hui dans le journal Le Temps un commentaire sur la stature de grand chef d’Ă©tat de Tony Blair . Je le pense aussi, mais il me semble difficile de lier objectivement le 11 sept et l’invasion de l’Irak, comme le fait l’article du Temps, quand on sait que les terroristes Ă©taient en majoritĂ© saoudiens. Du cotĂ© amĂ©ricain, l’invasion de l’Irak Ă©tait dans les tuyaux dès l’Ă©lection de Bush.
    J’apprĂ©cie beaucoup Le Temps pour la mesure de ses commentaires, sa clartĂ© dans la pratique de la langue, et une certaine objectivitĂ©. C’est pourqoi c’est article m’a surpris en ce qu’il prend le parti de Tony Blair.
    Si le but de cette invasion Ă©tait d’Ă©radiquer l’Irak, alors oui, “mission accomplie”.
    J’aimerais beaucoup avoir votre sentiment.

  4. Gilles dit :

    55% approuvaient a un moment donne la politique de Blair (les 60 % etaient tres certainement aux US, mes excuses! :) )
    Je suis d’accord avec Jacques quant au fait qu’ils (les Brits) avaient ete trompe sur “la marchandise” par Blair et ses spin doctors, mais d’autres populations (France, Allemagne) avaient quand meme compris a l’epoque que cette guerre n’etait pas si necessaire que cela. Mais les Brits ont cette fierte de leur armee, ils se font appeler “hero” des qu’ils partent aux conflits, Prince Charles et son frangin Andrew ne sont jamais les derniers a parader leurs medailles (!), des funerailles qui passent regulierement en direct sur Sky News et BBC News depuis Wootton Bassett etc, bref c’est un pays (a tort ou a raison c’est selon) tres tres fier de son armee, alors quelqeu part est-ce latent de vouloir montrer au monde entier ce que leurs “boys” savent faire……….

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