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Le blog de Jacques Monin


Article(s) du 29 janvier 2010

Une occasion manquée

Vendredi 29 janvier 2010

Que dire après l’audition de Tony Blair par la commission d’enquĂŞte sur l’Irak que vous n’ayez pas dĂ©jĂ  vu ou entendu ? 

Comme on s’y attendait, il a défendu pied à pied tous ses choix, sans exception, quitte à s’arranger avec les faits, les contradictions, ou à jouer Madame soleil. 

Les armes de destruction massives ? J’y croyais sincèrement sur la foi des documents dont nous disposions à l’époque. 

Les liens avec Al Qaïda ? Il n’y en avait pas. D’accord. Mais c’était le genre de régime qui en aurait forcément lié.  

George Bush ? Dans un premier temps, je lui ai promis de m’attaquer au problème irakien, mais pas d’entrer en guerre.

La lĂ©galitĂ© de la guerre ? Il valait mieux essayer d’obtenir une nouvelle rĂ©solution de l’Onu, mais, compte tenu de l’obstruction de la France, l’Allemagne et la Russie,  la rĂ©solution prĂ©cĂ©dente Ă©tait une base lĂ©gale suffisante. Et après le 11 septembre, ne pas agir aurait Ă©tĂ© un mauvais signal aux rĂ©gimes terroristes. 

La déstabilisation de la région ? Au contraire, sans cette intervention, aujourd’hui vous auriez l’Irak rivalisant avec l’Iran pour obtenir une arme nucléaire. Le monde est donc plus sûr. 

D’éventuelles pressions sur son Attorney Général (conseiller juridique) pour avoir un avis positif ? Pas du tout, lorsqu’il a émis des réserves cela compliquait les choses et j’avais d’autres choses à régler. Et par la suite, j’avais juste besoin d’un oui ou d’un non clair. 

Un manque de préparation ? Non. Nous avons fait ce que nous devions. 

Deux guerres menées en même temps (avec l’Afghanistan) et une armée sous pression ? C’était nécessaire. 

Etc, etc… 

Bref, Tony Blair ne lâche rien. Ne regrette rien, et c’est bien là le problème. 

Il avait une occasion de faire preuve d’humilité, de contrition devant les familles de victimes et l’opinion. Mais son insistance l’a desservi. Car contrairement aux craintes de beaucoup, les membres de la commission ont été à la hauteur de la tache. « Etes-vous si certain que l’Irak soit sûr en ce moment ? », lui a-t-on objecté. « Qui dit que le pays rivaliserait avec l’Iran s’il était sous surveillance de l’Onu ?»…

Du coup, Tony Blair n’a pas été convaincant. 

Et puis il y a eu ce moment où il a été pris en défaut.  Sir Roderic Lyne, un des membres de la commission les plus pugnaces, lui a dit : « Vous avez récemment dit à la BBC que, même sans armes de destruction massive, vous auriez pris la même décision. Le prétexte était donc faux ». 

Et Tony Blair de répondre : « Malgré mon expérience des médias, j’ai encore à apprendre. Mais si vous écoutez bien l’interview, vous verrez que je n’ai pas employé le mot de changement de régime ».  

J’ai donc réécouté l’extrait. Il parle explicitement de « remove him », autrement dit, il s’agit bien de renverser l’ex dictateur. Chacun en tirera les conclusions qu’il veut.  

Voici ce qui est dit devant la commission :

Commission d’enquête Irak

Et voici l’interview original :