Susan, je suis fan
Lundi 30 novembre 2009Bravo Susan ! Allez, je ne vais pas faire dans le bĂ©at qui succombe au phĂ©nomène Susan Boyle. La ficelle est, certes, grosse. Quoi de plus juteux pour un label (en l’occurrence celui du producteur de tĂ©lĂ© qui l’a dĂ©couverte) que de tomber sur une fille d’âge mĂ»r Ă l’allure dĂ©bonnaire, plutĂ´t mal fardĂ©e, mal coiffĂ©e, une vieille fille qui vit seule avec son chat dans son village Ă©cossais, dont le jury d’une Ă©mission de radio-crochet se moque, et qui se rĂ©vèle ĂŞtre une chanteuse hors pair ?Â
Le conte de noĂ«l est trop beau. Car Susan n’est pas qu’une chanteuse ordinaire. C’est une histoire que j’ai dĂ©jĂ Ă©voquĂ©e ici-mĂŞme au printemps dernier. Celle du vilain petit canard qui se rĂ©vèle ĂŞtre un cygne. Celle de Cendrillon qui va Ă©blouir la cour. Et ce conte touche Ă la fois les puissants et les faibles. Les puissants parce qu’il est si agrĂ©able de laisser libre court Ă sa condescendance devant la pauvre Susan qui chante finalement si bien. Et les faibles, parce qu’elle les venge. En se prĂ©sentant sur les plus grandes scènes du monde avec son physique ingrat, ses mimiques de bonne de chambre, et ses yeux Ă demi-fermĂ©s, elle leur montre que l’on peut ĂŞtre simple et s’imposer parmi les meilleurs.Â
Ne nous y trompons pas. Susan n’a pas changé. Sa coiffure, si, bien sûr. Brushing et laque font désormais partie de sa panoplie. Mais pour le reste, personne dans on entourage n’est dupe. Celle qui avait des difficultés d’apprentissage à l’école (autant dire qu’elle est un peu « simplette ») ne s’est pas transformée en surdouée par l’opération du saint esprit.
La crise qu’elle avait faite l’an dernier devant l’excès de pression mĂ©diatique, sa difficultĂ© Ă accepter que de jeunes lui fassent de l’ombre, ou mĂŞme Ă aligner trois phrases sur un plateau tĂ©lé… Tous ces travers, elle les a encore. C’est pour cela qu’elle rĂ©pond rarement Ă des interviews en direct. Ou quelques secondes seulement. C’est pour cela que l’on la prĂ©serve de tout stress. Qu’elle rĂ©pond Ă la presse Ă©crite par emails. Il suffit de la voir faire le pitre avant de chanter dans les rues de New York (regardez bien la fin de la vidĂ©o) pour se rendre compte qu’avec Susan, le dĂ©rapage n’est jamais loin.Â
Mais après tout, quelle importance. Susan voulait ĂŞtre chanteuse. « I’ve dreamed a dream » est sa chanson fĂ©tiche. Pourquoi lui reprocherait-on d’avoir enfin rĂ©alisĂ© son rĂŞve ? Son producteur (Simon Cowell) s’en met plein les poches ? Son disque pulvĂ©rise les records de vente ? Tant mieux pour lui. Et qui peut la blâmer de donner du plaisir Ă ceux qui achètent son disque ? C’est un pur produit de fabrication me dire-vous ? Oui et non. Car si vous y regardez de plus près, vous remarquerez que sa diffĂ©rence lui permet de se dĂ©marquer de ces starlettes de pacotille qui foisonnent Ă la tĂ©lĂ©. Elle peut se permettre de chanter autrement. Son interprĂ©tation de « Wild horses » des Rolling Stones est toute en lenteur. Toute en nuance. Connaissez-vous une chanteuse de variĂ©tĂ© qui se permette d’interprĂ©ter un morceau de 4 minutes aujourd’hui ? Â
Alors oui, Susan, pour tout cela, je suis fan et j’assume. J’espère juste que le système qui aujourd’hui te trouve si “exotique” ne te broiera pas. Parce que te renvoyer Ă tes fourneaux et Ă ton chat serait la plus terrible des punitions. Pour le reste, tu es peut-ĂŞtre simplette, mais peu importe. Il y a tant de gens instruits qui n’ont aucun talent.














