Le blog de Jacques Monin

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Article(s) pour 29 novembre 2009

Sale temps pour Tony

Dimanche 29 novembre 2009

« Que fais-tu d’intéressant en ce moment ? ». Question d’un ami responsable de la rédaction d’un quotidien britannique alors que nous déjeunons. « Le sujet le plus remarquable en ce moment à mon sens », lui dis-je, « c’est la commission d’enquête sur la guerre en Irak ». « C’est vrai », acquiesce-t-il, « mais en même temps, tout ce qui en sort, aussi terrible que cela soit, est déjà su, connu et rabâché ». Silence… 

Le pire, c’est que mon ami a raison.  

Il y a d’un côté ce que l’on a entendu lors de la première semaine d’audiences. A peine croyable pour un néophyte. Un ancien responsable de la surveillance des armes de destruction massives au Foreign office est venu expliquer que l’on savait en 2002 que Saddam Hussein n’en avait pas, et qu’il n’avait pas de liens avec Al Qaïda. A cette époque, a-t-il dit, l’Iran et la Lybie nous semblaient bien plus dangereux que l’Irak.  

Un ancien ambassadeur britannique à Washington a lui affirmé que Tony Blair et George Bush avaient signé un « pacte secret de sang » pour destituer Saddam Hussein. Et le dimanche 29 novembre, la Mail on Sunday affirme que la commission d’enquête dispose d’une lettre écrite par Peter Goldmith, l’ex conseiller juridique du gouvernement, prévenant qu’une guerre contre l’Irak serait illégale. Livide, le même Goldmith changera d’avis au dernier moment, après avoir été marginalisé et harcelé par Tony Blair, affirme le même journal. Pas étonnant, dans ces conditions, que Jeremy Greenstock, un ancien proche du Premier ministre ait aussi admis devant la commission que la question de la « légitimité » de la guerre se pose. 

Bref, la première semaine a été catastrophique pour Tony Blair. Les anciens hauts fonctionnaires disent désormais sans pression ce qu’ils ont sur le cœur. Il en ressort que la décision de suivre les américains en Irak était prise de longue date, et que le travail des fonctionnaires ne consistait qu’à chercher les arguments qui pourraient justifier la guerre. Tout ce qui allait dans le sens contraire était écarté. 

A ce stade, trois réflexions me traversent donc l’esprit… 

1 : Pourquoi, comme le souligne mon ami, ces faits sont connus de tous ( depuis 2004, on accumule les enquêtes) sans qu’ils n’aient jamais eu aucune conséquence ? Alors qu’ici, certains le considèrent comme un “criminel de guerre”, Tony Blair travaille toujours pour le quartette à la paix au Proche Orient, tout en prêchant avec son association pour le rapprochement des fois dans le monde.  

2 : Il semble qu’une grande démocratie occidentale puisse déclencher une guerre sur la base de fausses informations en trompant et le parlement et l’opinion. De quelle légitimité dispose-t-elle ensuite pour aller prêcher les valeurs démocratiques dans le monde ? Au nom de quoi peut-elle expliquer à l’Iran que les élections ont été truquées et que la corruption n’est pas acceptable en Afghanistan ? 

3 : Enfin, imaginez rétrospectivement, compte tenu de ce qui s’est dit la semaine passé et de son audition à venir, quelle image donnerait-on de l’Europe si Tony Blair présidait aujourd’hui le conseil européen ? A côté, les critiques qui ont été émises ici après la nomination d’Herman Van Rompuy sont de la rigolade.