Le blog de Jacques Monin

Bienvenue à Londres !

Article(s) pour 25 novembre 2009

Les français vus d’ailleurs

Mercredi 25 novembre 2009

Il est toujours intéressant de connaître le regard que les autres portent sur nous. Intéressant et dérangeant à la fois… Cela fait parfois mal, mais cela permet aussi d’ouvrir les yeux et de relativiser.  

J’ai donc envie aujourd’hui de vous résumer les propos tenus par mon confrère britannique, John Lichfield, dans The Independent, sur le débat initié par Nicolas Sarkozy au sujet de l’identité nationale. Pardon, John, si je caricature quelque peu vos propos. Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel. C’est l’exercice qui le veut.   

Mon confrère explique donc que, selon lui, il y a en effet matière à débattre en France sur l’identité nationale, et que notre rapport au foot illustre ce malaise. Il en veut pour preuve les propos racistes que tient son voisin lorsqu’il évoque l’équipe de France, qui le “dégoûte parce qu’elle n’est pas assez française”. Il en veut pour preuve ces français des banlieues qui préfèrent célébrer la victoire de l’Algérie plutôt que celle de la France. Il cite encore les propos rapportés par Liberation, d’un policier qui aurait dit à un jeune qui ne provoquait aucune violence : « dégage sale arabe ! ». Ce à quoi s’ajoutent la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles en 2002, et les émeutes des banlieues de 2005. 

John admet cependant que, comme le relève l’opposition, Nicolas Sarkozy « exploite le thème de l’identité nationale plus qu’il ne l’explore ». Il joue en cela les apprentis sorciers à des fins politiciennes. Mais il en arrive tout de même à définir ce qui serait une caractéristique des français. Un trait commun peu flatteur : une forme de duplicité. Et il le démontre par toutes sortes d’exemples. 

Ainsi remarque-t-il, ce qui en dérange beaucoup avec la main de Thierry Henri, n’est pas l’incident en tant que tel. Mais le fait qu’il le dise à l’arbitre après, lorsqu’il est trop tard. Le fait qu’il soit déçu pour les Irlandais, mais qu’il refuse en même temps d’admettre que cette main était intentionnelle. Bref, le fait qu’il veuille le beurre et l’argent du beurre. Préserver à la fois son image de gentil garçon et le bénéfice de la faute.    

De même, poursuit mon confrère, les français se fichent des règles (qu’il s’agisse des essais nucléaires dans le pacifique ou du respect des passages pour piétons) mais ils ont tout de même une assez haute opinion d’eux-mêmes. Ils peuvent à la fois plaider pour le tiers monde et cultiver un fond de racisme. Ils se présentent comme la nation des droits de l’homme, mais acceptent mal que de nombreux footballeurs soient des noirs. Ils veulent garder les Antilles françaises, mais ne veulent pas de français antillais…  

Bon, je sais, vous allez sourire de l’excès. Mais n’y a-t-il pas un fond vérité dans tout excès ? Au fait, j’oubliais de vous le dire. John n’est pas un de ces anglais qui se délectent à bouffer du froggy. Il vit en France depuis presque 13 ans. Et il adore les Français.

http://www.independent.co.uk/news/world/europe/frances-crisis-of-national-identity-1826942.html