Le faux scandale
Jeudi 12 novembre 2009L’émotion et le rationnel ne font pas toujours bon mĂ©nage…Â
On l’a déjà vu lors de mon précédent « post ». Comment un Premier ministre peut-il argumenter face à une mère qui vient de perdre son fils ? Qu’il ait tort ou raison, il est forcément perdant. Nouvel exemple aujourd’hui, avec l’affaire des bonus versés aux fonctionnaires du ministère de la défense.
En lisant les journaux ce matin, j’ai un haut le cĹ“ur. Comment a-t-on pu autoriser le versement de 52 millions d’euros de bonus Ă des employĂ©s qui travaillent dans des bureaux, alors que les soldats sur le terrain souffrent d’un sous-Ă©quipement chronique ? N’aurait-il pas fallu affecter cet argent Ă ceux qui sont en première ligne. A ceux qui souffrent. A ceux qui prennent des risquent ? Â
Cette interrogation est partagĂ©e par des parents de soldats tuĂ©s. Une mère, Lee Mackie, dont le fils a Ă©tĂ© tuĂ© Ă 21 ans, s’insurge. « Les soldats de base ne gagnent presque rien. On va attribuer des bonus Ă©normes alors que nos garçons se sacrifient ». Qu’ajouter face Ă cela ? Lorsque je lis le mot « obscène » dans le titre du Times, pour une fois, je ne suis pas choquĂ©.Â
 Et pourtant. Les apparences sont trompeuses. Ces fameux « bonus » sont en fait Ă diviser par 50 000 fonctionnaires. Cela revient Ă leur verser Ă chacun une prime annuelle de 1100 euros par mois. Ainsi mise en perspective, l’information prend un tout autre sens. Est-il vraiment scandaleux d’accorder un 13ème mois Ă©quivalent au smic Ă des fonctionnaires qui, eux aussi, ont sans doute eu une annĂ©e difficile compte tenu de l’engagement britannique en Afghanistan ?Â
 Conclusion : « Bonus » Ă©quivaut dĂ©sormais Ă scandale. Dans l’imaginaire, ce mot rĂ©sonne forcĂ©ment comme primes faramineuses accordĂ©s aux traders de la City. Il faudrait plutĂ´t parler ici de “prime”. Encore une fois, la presse tabloĂŻd fait la campagne des conservateurs, et tout est bon pour humilier le gouvernement. Qu’il rĂ©tribue justement ses fonctionnaires devient un scandale. L’amalgame devient une règle. On jette un chiffre en pâture sans le remettre dans son contexte.
Si la campagne qui s’annonce est de ce niveau, les coups-bas n’ont pas fini de pleuvoir.














