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Le blog de Jacques Monin


Article(s) du 11 novembre 2009

Le coup de fil piégé

Mercredi 11 novembre 2009

C’est une lettre manuscrite à entête de Downing Street. Une lettre de condoléances écrite de la main même de Gordon Brown et envoyée à Jacqui Janes, dont le fils, Jamie, 20 ans, est mort en Afghanistan. Cette lettre avait pour but, sinon, d’apaiser une douleur inconsolable, au moins de témoigner de la reconnaissance du pays et d’assurer cette mère que son fils ne serait jamais oublié. 

Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Loin de soulager Jaqui Janes, cette lettre l’a rendue furieuse. Elle a décelé plusieurs fautes d’orthographe dans l’écriture du nom de son fils, ce qu’elle a interprété comme un manque flagrant de respect. Elle s’en est donc ouvert au journal Le Sun, qui ne manque jamais une occasion de piétiner le Premier ministre, et qui s’en est fait l’écho.  

Informé de la chose, Gordon Brown a alors décroché son téléphone, pour appeler lui-même la mère du soldat et lui faire part de ses regrets. Un cours d’une longue conversation, il a répété maintes fois le mot « désolé », mais la conversation a tourné au calvaire. Loin d’être intimidée par le Premier ministre, Jaqui Janes lui a calmement rétorqué : « je connais chaque blessure que mon fils a enduré ce jour-là.  Je sais que mon fils aurait pu survivre mais qu’il a saigné jusqu’à la mort… Comment réagiriez-vous si un de vos enfants allait faire la guerre pour protéger la Reine et votre pays, qu’il saigne à mort à cause d’un manque d’hélicoptère et d’équipement, et que le légiste doive vous décrire chacune de ses blessures ? »

L’humiliation a été double pour Gordon Brown. D’abord, parce qu’il n’a pu convaincre une mère dont la souffrance se doublait d’arguments tout à fait  recevables. Face à la douleur, il n’est aucune rhétorique efficace. Ensuite, parce qu’elle a eu la présence d’esprit d’enregistrer la conversation, et elle l’a transmise au Sun qui l’a immédiatement publiée sur deux pages.  

Le Premier ministre s’est une nouvelle fois retrouvé trainé dans la boue. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le lendemain, il lui a fallu s’expliquer. « Je suis moi-même un parent qui comprend ce qu’on ressent lorsque l’on fait face à un drame. Je comprends très bien la tristesse que ressent cette mère. La manière dont elle a exprimé son chagrin est aussi quelque chose que je peux comprendre ». Jaqui Janes a finalement accepté ses excuses, jugeant qu’elles lui semblaient sincères cette fois-ci.

Il n’y aura donc ni gagnant ni perdant dans cet épisode. Juste une mère en deuil, et un Premier ministre affaibli dont on peut comprendre l’embarras. Le seul perdant finalement, c’est Le Sun. Les coups qu’il porte sont tellement bas qu’on se demande (sans doute est-ce un voeu pieux), s’ils ne se retourneront pas un jour contre lui.