Le blog de Jacques Monin

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Article(s) pour 8 novembre 2009

Les dessous du G20 de Saint Andrews

Dimanche 8 novembre 2009

Si vous surfez sur certains sites web britanniques, vous trouverez souvent ce qu’on appelle les FAQ (frequently asked questions). Ils résument les questions les plus souvent posées, et vous apportent les réponses afin de limiter le flot des emails que vous pourriez leur envoyer. 

Voici donc le FAQ (ou plutôt les remarques les plus fréquemment entendues) lors de la réunion des ministres de finances du G20 de St Andrews en Ecosse au cours de laquelle a été évoquée cette fameuse « bombe » fiscale : une nouvelle taxe qui  pourrait être instaurée sur les établissements financiers. 

Au cours de mes récentes conversations téléphoniques avec des confrères français, voici ce que j’ai pu entendre sur le sujet : 

1 : Remarque : Incroyable ! Gordon Brown vient en personne recevoir les ministres du G 20. 

Réponse : Cela n’a rien d’incroyable. Il préside le G 20 jusqu’à l’année prochaine. Il est donc classique qu’il les accueille. 

2 : remarque : Bon, mais il propose quand même l’instauration d’une taxe sur les institutions financières ! 

Réponse : il n’a rien proposé du tout. Il a simplement  invité les participants à examiner toutes les options définies lors du G20 des chefs d’Etat de Pittsburg, et parmi ces mesures figure notamment l’examen d’une taxe qu’il a citée en énumérant un ensemble de sujets. Le problème, c’est que sa langue a fourché. Il a parlé de taxe sur les transactions financières. Ce qui a contraint Dominique Strauss Kahn, le directeur général du FMI à recadrer les choses en expliquant qu’il avait été chargé d’y réfléchir dès septembre dernier. Mais à l’époque, personne parmi les journalistes n’avait relevé.

3 : Remarque : On va donc instaurer une taxe sur les transactions financières ! 

Réponse : absolument pas. C’est là que Brown a semé le confusion. Rien à voir avec une taxe Tobin. L’idée sur laquelle planche le FMI, c’est celle d’une taxe qui serait imposée aux banques (pas aux transactions) au prorata des risques qu’elles prennent, pour constituer un fond de réserve que l’on pourrait utiliser pour éponger les dettes des banques en cas de crise. Cela aurait un double avantage. Cela éviterait que ce soit les gouvernements qui payent, et cela inciterait les banques à prendre moins de risques puisque, plus elles en prendraient, et plus elles paieraient. Dominique Strauss Kahn, le directeur général du FMI a été très clair : « je préfère une idée pratique qui marche à une idée généreuse (la taxe Tobin) qui n’a aucune chance de voir le jour ». 

4 : Question : Comment se fait-il que Gordon Brown qui défendait bec et ongle les intérêts la City et ne voulait d’aucune régulation, tout un coup en parle ?   

Réponse : Parce que la situation a changé. Gordon Brown se fichait de l’Europe. Aujourd’hui Premier ministre, il la défend parce qu’il n’a pas le choix. Il ne voulait pas entendre parler de nationalisations. Il a nationalisé une partie des banques britanniques parce qu’il n’avait pas le choix non plus. Et c’est la même chose pour cette taxe. Les errements des banques l’ont poussé  à les renflouer avec l’argent du contribuable, ce qui a fait exploser le déficit et la dette. Il n’est donc plus hostile à ce qu’elles financent elles-mêmes les conséquences de leurs turpitudes grâce à une sorte de fond d’assurance. Rien d’autre. 

5 : Remarque : Mais cette idée n’a aucune chance de voir le jour, puisque Tim Geithner et même le chancelier britannique Alastair Darling la rejettent ! 

Réponse : Là encore, une partie de la presse américaine et la presse Murdoch racontent n’importe quoi. Ce qu’ont rejeté les argentiers britanniques et américains à St Andrews, c’est l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Or on vient de le voir, ce n’est pas là-dessus que travaille le FMI. Bref, ils sont hors sujet. On saura vraiment si cette mesure a une chance d’être adoptée en juin 2010, lors du nouveau sommet des chefs d’Etat du G 20. 

6 : Enfin : Dominique Strauss Kahn serait le seul socialiste à pouvoir battre Nicolas Sarkozy lors de la prochaine présidentielle (sondage CSA pour le Figaro)… 

Réponse : Peut-être, mais là-dessus, à Saint Andrews, « no comment ».