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Le blog de Jacques Monin


Les murs de Belfast

société, politique

un passage ensoleillé ? © jm

un passage ensoleillé ? © jm

 

Echapper au stĂ©rĂ©otype et raconter quelque chose de neuf sur une histoire rebattue
 C’est sans doute un des exercices les plus difficiles pour un journaliste. Mais puisque les murs sont Ă  la mode, je vous propose un voyage au cƓur de ceux de Belfast. On en dĂ©nombre 88 ! Des murs, des grilles, des barriĂšres, des barbelĂ©s, d‘immenses palissades mĂ©talliques


 la porte n

la porte n

Ces cicatrices sĂ©parent les zones dĂ©favorisĂ©es protestantes des quartiers catholiques dans le nord de Belfast, formant un puzzle sans rĂ©elle cohĂ©sion.  VoilĂ  pour l’image d’Epinal. Rien de nouveau sous le soleil. Ces murs ne seraient que la rĂ©miniscence d’un passĂ© rĂ©volu. D’une guerre fratricide entre oranges et verts, entre protestants et catholiques, entre loyalistes et rĂ©publicains
 Et pourtant, il y a quelques idĂ©es reçues Ă  tordre. 

 A peine sorti de terre © jm

A peine sorti de terre © jm

1 : D’abord, ils ne sont pas des vestiges. Ils sont tout Ă  fait actuels. On en construit chaque annĂ©e de nouveaux. Un magnifique lotissement en train de sortir de terre est ceint d’un immense mur tout neuf. C’est le prix Ă  payer de la tranquillitĂ© pensent les futurs propriĂ©taires. Dans une zone oĂč on ne connaĂźt pas son voisin, il vaut mieux s’armer de prĂ©cautions. 

un commissariat aux allures de prison © jm

un commissariat aux allures de prison © jm

 on dirait un tank © jm

on dirait un tank © jm

2 : Si ce qu’on appelle le processus de paix suit son cours… Si les ennemis d’hier (Sinn Fein rĂ©publicain et DUP loyaliste) co-gouvernent dĂ©sormais au parlement, sur le terrain il n’en va pas de mĂȘme. Le gouvernement cultive d’autant plus le statuquo que faire tomber les murs voudrait dire donner plus de moyens Ă  la police. 

mĂȘme les parcs sont lacĂ©rĂ©s © jm

mĂȘme les parcs sont lacĂ©rĂ©s © jm

 A chacun son aire de jeu © jm

A chacun son aire de jeu © jm

 

3 : La violence a changĂ© de nature. Il n’est plus question de catholiques ou de protestants. Ceux qui jettent des projectiles par dessus les murs sont dĂ©sormais des jeunes dĂ©sƓuvrĂ©s, animĂ©s par une culture de gangs qui dĂ©fendent leur territoire. La premiĂšre de leurs armes s’appelle Facebook ou Bebo. C’est par internet que l’on se donne rendez-vous le week-end pour organiser les violences.  

les murs et l

les murs et l

  © jm

© jm

 la paix : une affaire partagée © jm

la paix : une affaire partagée © jm

4 : Les murs qui Ă©taient une solution Ă  court terme sont aujourd’hui devenus le problĂšme. Des jeunes ont grandis sans mĂȘme savoir qui Ă©tait leur voisin. Ils ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s dans l’idĂ©e que celui qui se trouve derriĂšre le mur est un ennemi. Si ces Ă©difices étaient censĂ©s apaiser les tensions, ils sont aujourd’hui des lieux de focalisation des violences, au point que, derriĂšre, les maisons sont bardĂ©es de grilles. Certaines se sont mĂȘme construites sans fenĂȘtres. Comme cela, elles ne seront jamais brisĂ©es. 

une maison bien protégée © jm

une maison bien protégée © jm

 cherchez les fenĂȘtres © jm

cherchez les fenĂȘtres © jm

5 : Belfast est du coup une ville Ă  deux visages : Dynamique au sud oĂč rien ne permet plus d’identifier les diffĂ©rences, et ghettoĂŻsĂ©e au nord. Si Berlin fĂȘte la chute de son mur, ici, hormis quelques louables initiatives, aucune dĂ©molition d’envergure n’est donc en vue.

3 commentaires pour “Les murs de Belfast”

  1. Vincent dit :

    Je ne connaissais pas l’existence de tels murs en Irlande, c’est effrayant… Il y a une telle violence dans ce genre de sĂ©paration, c’est presque normal que ça crĂ©e plus de problĂšmes que ça n’en a rĂ©solu…
    merci de cet éclairage !

  2. Etienne dit :

    Et oui, il ne faut pas oublier non plus qu’a West Belfast les “peace walls” sont encore fermĂ©s tous les soir entre 21h et 6h du matin pour empecher les habitants de passer d’un quartier a l’autre et prĂ©venir tout probleme…
    Apres, quand on habite a South Belfast ou en centre ville, tout ca parait completement dĂ©passĂ© et on a (trop?) vite tendance a l’oublier !

  3. barbara dit :

    Un article trĂšs intĂ©ressant, mĂȘme s’il est plutĂŽt triste Ă  lire. Triste de se rendre compte que la situation n’Ă©volue pas beaucoup.

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