Les murs de Belfast
Echapper au stĂ©rĂ©otype et raconter quelque chose de neuf sur une histoire rebattue⊠Câest sans doute un des exercices les plus difficiles pour un journaliste. Mais puisque les murs sont Ă la mode, je vous propose un voyage au cĆur de ceux de Belfast. On en dĂ©nombre 88 ! Des murs, des grilles, des barriĂšres, des barbelĂ©s, dâimmenses palissades mĂ©talliquesâŠ
Ces cicatrices sĂ©parent les zones dĂ©favorisĂ©es protestantes des quartiers catholiques dans le nord de Belfast, formant un puzzle sans rĂ©elle cohĂ©sion. VoilĂ pour lâimage dâEpinal. Rien de nouveau sous le soleil. Ces murs ne seraient que la rĂ©miniscence dâun passĂ© rĂ©volu. Dâune guerre fratricide entre oranges et verts, entre protestants et catholiques, entre loyalistes et rĂ©publicains⊠Et pourtant, il y a quelques idĂ©es reçues Ă tordre.Â
1 : Dâabord, ils ne sont pas des vestiges. Ils sont tout Ă fait actuels. On en construit chaque annĂ©e de nouveaux. Un magnifique lotissement en train de sortir de terre est ceint dâun immense mur tout neuf. Câest le prix Ă payer de la tranquillitĂ© pensent les futurs propriĂ©taires. Dans une zone oĂč on ne connaĂźt pas son voisin, il vaut mieux sâarmer de prĂ©cautions.Â
2 : Si ce quâon appelle le processus de paix suit son cours… Si les ennemis dâhier (Sinn Fein rĂ©publicain et DUP loyaliste) co-gouvernent dĂ©sormais au parlement, sur le terrain il nâen va pas de mĂȘme. Le gouvernement cultive dâautant plus le statuquo que faire tomber les murs voudrait dire donner plus de moyens Ă la police.Â
3 : La violence a changĂ© de nature. Il nâest plus question de catholiques ou de protestants. Ceux qui jettent des projectiles par dessus les murs sont dĂ©sormais des jeunes dĂ©sĆuvrĂ©s, animĂ©s par une culture de gangs qui dĂ©fendent leur territoire. La premiĂšre de leurs armes sâappelle Facebook ou Bebo. Câest par internet que lâon se donne rendez-vous le week-end pour organiser les violences. Â
 
© jm
4 : Les murs qui Ă©taient une solution Ă court terme sont aujourdâhui devenus le problĂšme. Des jeunes ont grandis sans mĂȘme savoir qui Ă©tait leur voisin. Ils ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s dans lâidĂ©e que celui qui se trouve derriĂšre le mur est un ennemi. Si ces Ă©difices étaient censĂ©s apaiser les tensions, ils sont aujourdâhui des lieux de focalisation des violences, au point que, derriĂšre, les maisons sont bardĂ©es de grilles. Certaines se sont mĂȘme construites sans fenĂȘtres. Comme cela, elles ne seront jamais brisĂ©es.Â
5 : Belfast est du coup une ville Ă deux visages : Dynamique au sud oĂč rien ne permet plus dâidentifier les diffĂ©rences, et ghettoĂŻsĂ©e au nord. Si Berlin fĂȘte la chute de son mur, ici, hormis quelques louables initiatives, aucune dĂ©molition dâenvergure nâest donc en vue.


























2 novembre 2009 Ă 16:57
Je ne connaissais pas l’existence de tels murs en Irlande, c’est effrayant… Il y a une telle violence dans ce genre de sĂ©paration, c’est presque normal que ça crĂ©e plus de problĂšmes que ça n’en a rĂ©solu…
merci de cet éclairage !
2 novembre 2009 Ă 23:28
Et oui, il ne faut pas oublier non plus qu’a West Belfast les “peace walls” sont encore fermĂ©s tous les soir entre 21h et 6h du matin pour empecher les habitants de passer d’un quartier a l’autre et prĂ©venir tout probleme…
Apres, quand on habite a South Belfast ou en centre ville, tout ca parait completement dĂ©passĂ© et on a (trop?) vite tendance a l’oublier !
3 novembre 2009 Ă 8:26
Un article trĂšs intĂ©ressant, mĂȘme s’il est plutĂŽt triste Ă lire. Triste de se rendre compte que la situation n’Ă©volue pas beaucoup.