Une chasse à courre bien particulière
Mercredi 30 septembre 2009C’est une expression triviale, mais elle veut bien dire ce qu’elle veut dire : « les chiens sont lâchĂ©s ! ». La meute est lancĂ©e aux trousses du gibier. DĂ©sormais : plus de quartier. Et en politique, c’est un peu la mĂŞme chose.Â
Les chiens sont lâchĂ©s parce que la campagne des futures lĂ©gislatives est dĂ©sormais bien lancĂ©e, et on en connaĂ®t les principaux protagonistes, ainsi que leurs lignes de fractures. Gordon Brown a survĂ©cu au congrès du parti travailliste qui vient de se terminer Ă Brighton. Mieux, faute de prĂ©tendants Ă la trahison rĂ©signĂ©s Ă sombrer avec le chef, il a mĂŞme plutĂ´t fait bonne impression. C’est un Premier ministre combattif qui a haranguĂ© ses troupes, en dĂ©finissant clairement ce que sera la campagne et en recrĂ©ant un clivage idĂ©ologique clair.Â
Pour Gordon Brown, il y a dĂ©sormais d’un cĂ´tĂ© le Labour, du cĂ´tĂ© des plus pauvres et des classes moyennes, qui va rĂ©tablir une justice dans l’imposition, mettre Ă contribution les plus riches, et empĂŞcher de tourner en ronds les banquiers cupides de la City. Et de l’autre les conservateurs qui ne visent qu’à privilĂ©gier une minoritĂ© de nantis, et dont l’idĂ©ologie purement libĂ©rale a Ă©chouĂ©. Â
Le rĂŞve de Gordon Brown, c’est donc de rĂ©veiller l’électeur de gauche qui sommeille en ceux qui l’ont abandonnĂ©.  Ce rĂŞve va cependant se heurter Ă de sĂ©rieux Ă©cueils. D’abord, le dĂ©samour est si profond qu’on voit mal comment il pourrait se transformer en adhĂ©sion. Ensuite, nombreux n’oublient pas que ce « libĂ©ralisme » pourfendu par le Premier ministre Ă©tait aussi celui qu’il dĂ©fendait il n’y a pas si longtemps. Qui Ă©tait ministre des finances lorsque la City jouait au poker avec l’argent des autres ? Enfin, il va avoir l’ensemble de la presse Murdoch face Ă lui. Car un autre chien a Ă©tĂ© lâchĂ©, ou plutĂ´t vient de lâcher les travaillistes : le journal le Sun, le premier tirage de Grande-Bretagne. Il vient de titrer Ă la une : « après 12 ans de pouvoir, ce gouvernement a perdu sa direction. Il a aussi perdu le soutien du Sun ». L’Ă©dition suivante, du 1 octobre est un chef-d’oeuvre de malhonnĂŞtĂ© intellectuelle, de racolage et d’amalgame. On y voit des victimes de guerre, d’agressions au couteau, de maladies nosocomiales, et une ancienne conseillère de Downing street, dire tout le mal qu’ils pensent du gouvernement responsable de leurs malheurs. Le coup est si bas qu’il en est Ă©coeurant.
Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Tony Blair avait passé un accord avec Rupert Murdoch, considérant qu’il lui fallait le soutien de son puissant groupe de presse (Le Times, et Sky news notamment). Le lâchage du Sun est donc un coup dur de plus pour le Premier ministre désormais aux abois.















