Bruno n’est pas Borat
Mercredi 22 juillet 2009En regardant quelques sites internet aujourd’hui, je me suis demandĂ© si je n’étais pas devenu un ringard rĂ©actionnaire insensible Ă l’humour au deuxième degrĂ©. Nombreux apparemment sont ceux pour qui Bruno, le dernier film de l’humoriste Sacha Baron Cohen, est un chef d’œuvre. Une dĂ©nonciation provocatrice rĂ©ussie de l’AmĂ©rique homophobe et de la course Ă la cĂ©lĂ©britĂ©. Et pourtant… Â
« Borat » Ă mes yeux Ă©tait un coup de gĂ©nie. Ce genre dans lequel un imposteur se met face Ă des personnalitĂ©s rĂ©elles avait un cĂ´tĂ© dĂ©capant. La vulgaritĂ©, voire l’obscĂ©nitĂ©, y avaient un sens. Elles agissaient comme un rĂ©vĂ©lateur des travers de l’AmĂ©rique des prĂ©jugĂ©s, du puritanisme et de la « guerre contre la terreur ». Face aux outrances de ses interlocuteurs, celles de Borat paraissaient finalement bien pâles. Bref, le film avait un message.Â
Or dans Bruno, se combinent trois Ă©lĂ©ments :Â
1 : Les scènes sont si obscènes que la réaction outrée des interlocuteurs du comédien s’en trouve affaiblie. Qu’un homme politique s’offusque de ce qu’on le drague en lui montrant son postérieur ne signifie pas qu’il est homophobe. Que le personnel d’un hôtel soit choqué de voir deux hommes enchainés, l’un ayant la télécommande de la télévision dans l’anus devant un plastique tâché de sang, n’est pas non plus révélateur de quoi que ce soit. C’est une réaction banale devant une situation extrême.
 2 : Tout le monde sait qu’il y a des groupes de chasseurs machistes, des groupes de pression anti-gays, et des amateurs de soirĂ©es échangistes homophobes. Il faut le dĂ©noncer, mais on peut s’interroger sur l’efficacitĂ© et la pertinence de cette dĂ©nonciation. Que deux hommes s’ébattent devant un groupe d’homophobes provoque forcĂ©ment une rĂ©action outrĂ©e, mais attendue. Face aux pitreries insistantes de Bruno, on est mĂŞme tentĂ© de se dire que le chasseur qui essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de dormir fait finalement preuve de beaucoup de patience. Â
 3 : Reproduire une recette Ă succès fonctionne forcĂ©ment moins bien, car l’élĂ©ment surprise n’est plus lĂ . D’oĂą la nĂ©cessitĂ© de pousser les situations Ă l’extrĂŞme au dĂ©triment du sens.Â
Alors c’est vrai, on ne peut ĂŞtre qu’Ă©difiĂ© devant la rĂ©action d’une mère prĂŞte Ă faire faire une liposuccion Ă son enfant pour qu’il dĂ©croche un rĂ´le de nazillon dans un film hollywoodien. Mais cette pauvre femme Ă qui il manque un semblant de jugeote semble presque plus Ă plaindre qu’emblĂ©matique d’une sociĂ©tĂ© oĂą l’on est prĂŞt Ă tout pour dĂ©crocher la cĂ©lĂ©britĂ©. Â
Il y a certes des passages très drĂ´les.  Le voir perturber une sĂ©quence tournĂ©e dans un tribunal après avoir dĂ©crochĂ© un rĂ´le de figurant dans le jury est un rĂ©gal.  L’entendre raconter qu’il a échangĂ© un bĂ©bĂ© contre un Ipod, comme Madonna a pris un enfant aux africains, ou voir un israĂ©lien et un palestinien se mettre d’accord pour lui expliquer qu’il confond Hamas et houmous a quelque chose d’hilarant.Â
Mais le film n’a pas la force de Borat. Il est avant tout une performance. Celle d’un comĂ©dien qui repousse les barrières de l’extrĂŞme, de la provocation et du politiquement correct. Celle aussi d’un homme qui se place dans des situations rĂ©elles parfois si dangereuses qu’on se demande comment il fait pour en rĂ©chapper. Ce peut ĂŞtre drĂ´le. Mais le sujet n’est plus la sociĂ©tĂ©. C’est lui-mĂŞme.Â














