Irresponsables
Samedi 18 juillet 2009Cela fait deux fois que cela se produit en une semaine. D’abord c’est un confrère de France-Info qui m’appelle pour me dire : « qu’est-ce que cette histoire de « grippe party » dont Le Monde parle en une ? ». Trois jours plus tard, c’est un confrère de France-Inter qui m’appelle pour me poser la mĂŞme question, parce que Le Parisien a rĂ©digĂ© un article sur le mĂŞme sujet. Â
A chaque fois évidemment, ma réponse est la même : c’est une ABSURDITE qui a été lancée ici par deux sources.
1 : par une mère de famille se demandant Ă la radio s’il ne vaudrait pas mieux que les enfants soient contaminĂ©s rapidement, plutĂ´t que dans quelques mois.
2 : par The Independent, le journal britannique, qui a citĂ© une adolescente racontant avoir participĂ© Ă une rĂ©union oĂą chacun cherchait Ă se frotter Ă Â une personne grippĂ©e pour essayer de s’immuniser conter le virus. Problème : c’est le SEUL tĂ©moignage de ce type qui a pu ĂŞtre recueilli. L’exemple Ă©tait si isolĂ© qu’AUCUN mĂ©dia anglais n’a repris l’information. Pas question de transformer une initiative idiote en phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©. D’autant plus qu’il y aurait danger Ă s’appuyer sur un non-Ă©vĂ©nement pour donner de (mauvaises) idĂ©es Ă des adolescents dĂ©sĹ“uvrĂ©s. N’en dĂ©plaise aux chasseurs de scoop : la “grippe party” est un mythe urbain.
Le Monde est donc tombĂ© dans le panneau.  Dans un chef d’œuvre d’approximation, ce journal, d’ordinaire sĂ©rieux et mieux inspirĂ©, a fait Ă©tat d’un « phĂ©nomène » qui se dĂ©velopperait dans les pays « anglo-saxons ». S’agit-il de la Grande-Bretagne ? S’agit-il des Etats-Unis ? On ne le sait pas. Sans citer le moindre exemple, la moindre ville, le moindre lieu, la moindre date, sans s’appuyer sur le moindre tĂ©moignage, il en profite pour interroger des spĂ©cialistes qui donnent leur avis sur l’intĂ©rĂŞt de se contaminer. Â
Quant au Parisien, il fait Ă©tat d’un collĂ©gien qui aurait entendu dire que quelqu’un se serait livrĂ© Ă ce genre d’initiative (bonjour la rumeur !), et il se rĂ©fère encore Ă l’article de The Independent, unique source, rappelons-le, qu’aucun organe de presse n’a osĂ© reprendre. Nous avons donc cette situation paradoxale : la France parle de soi-disant “grippe parties” qui auraient lieu en Grande-Bretagne alors qu’aucun mĂ©dia britannique ne les Ă©voque !
Alors tant pis pour le confraternellement correct : sur ce sujet-lĂ , mes confrères ne sont pas responsables. Evoquer un phĂ©nomène qui n’existe pas est grave. Je suis peut-ĂŞtre un mauvais journaliste, mais je n’ai jamais trouvĂ© personne qui se soit livrĂ© Ă ces « grippe parties ». Au contraire, ce que je vois ici, ce sont des adolescents terrifiĂ©s Ă l’idĂ©e de contracter la maladie. Souvent Ă tort d’ailleurs, puisque dans la grande majoritĂ© des cas, elle est moins agressive que la grippe dite classique. Â
Et puisqu’on y est. Il y a des fois où je me pince aussi en entendant les chiffres officiels lancés par le chef des services de santé publics, Liam Donaldson. Il admet travailler sur une hypothèse de 65 000 morts dans le pays, soit 350 morts par jour ! On imagine le grain à moudre pour les tabloïds. Lorsque j’ai demandé son avis à un médecin français de Londres, lui aussi a spontanément employé le qualificatif « d’irresponsable ».
Recadrons donc quelques faits : oui, il y a 100 000 cas de grippe A en Grande-Bretagne, 840 personnes hospitalisĂ©es et dĂ©jĂ près de 30 morts. Oui, c’est le pays europĂ©en le plus touchĂ©. Oui elle est dangereuse pour les personnes prĂ©sentant des insuffisances respiratoires, cardiaques ou du système immunitaire (ceux que l’on vaccine en prioritĂ© dans le cas de la grippe classique). Oui, elle peut ĂŞtre très agressive envers les plus jeunes. Mais elle reste Ă ce jour une maladie sans gravitĂ© pour les autres. Chaque annĂ©e, la grippe classique fait des ravages bien plus importants sans que l’on mĂ©diatise pour autant le nombre de morts qu’elle provoque.Â
Tout nouveau virus provoque un phénomène de crainte. Ne l’amplifions donc pas en s’inventant des « grippe parties » qui n’existent pas. Si jamais elles devaient se développer, pour le coup, nous en serions les premiers responsables.
Ps : Cela fait du bien de ne pas se sentir seul ! Non seulement, vous réagissez, mais quelques confrères ont embrayé. Allez donc voir là : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2168
Quand Ă mon confrère Mickael Thebault, il a fait son travail : celui de rendre compte de ce que dit la presse (France Inter ne peut pas ĂŞtre tenu responsable des bĂŞtises qu’elle publie), et celui d’assurer le suivi des informations, d’oĂą les prĂ©cisions donnĂ©es le lendemain Ă l’antenne. Grâce Ă vous !














