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Le blog de Jacques Monin


Pedal pusher

sport, culture

C’est un ancien entrepôt qui ne paye pas de mine, tout en haut de Regent’s street à Londres. La troupe, elle aussi, est presque sans moyens. Elle s’appelle le Delicatessen Theater. Le spectacle qu’elle présente en ce moment est pourtant formidable d’ingéniosité. Il s’appelle « pedal pusher », que l’on pourrait traduire par le pédaleur. Ce titre est aussi un jeu de mot avec une expression qui signifie « pousser sur la seringue ». Bref, c’est bien du tour de France, de notre tour de France, qu’il est question.  

Alors que Lance Amstrong fait son retour sur la grande boucle, le metteur en scène anglais, Roland Smith, revisite une période qui va de 1997 à 2004. Autrement dit de la victoire de Jan Ulrich à la mort de Marco Pantani, dépressif et toxicomane. Il met en scène ces trois champions : Ullrich vainqueur du tour en 1997, Pantani, vainqueur en 1998 et Amstrong en 1999. Ils ne se sont alors jamais mesurés les uns aux autres. Et vient l’année 2000, celle où ils se retrouvent enfin ensemble sur les routes du tour. Celle où ils avaient tous leurs chances. Celle de la confrontation, et du virage pour chacun. 

A partir de là, les trois personnages prennent en effet des directions différentes. Ullrich s’incline, mais raisonnable, il finit par en tirer les leçons et accepte de reconstruire sa vie hors des pelotons. Amstrong, qui revient d’une victoire contre un cancer, perd peu à peu son pouvoir de séduction pour devenir une machine à gagner des courses rongé par le cynisme. Tandis que Marco Pantani, le maudit, enchainera accidents et contrôles positifs, pour finir comme un paria.

 La pièce est fascinante à plusieurs titres : 

 D’abord, parce qu’elle s’appuie sur le tour de France pour y puiser les ingrĂ©dients qui font les vraies tragĂ©dies. La lutte pour le pouvoir (ici la victoire), la grandeur et la dĂ©chĂ©ance, les rivalitĂ©s, les jalousies, le soupçon (du dopage), l’injustice (l’un Ă©tant pris l’autre non), et finalement la mort… MĂŞme avec une distribution exclusivement masculine, Othello est bien là ! 

Ensuite, elle assume de présenter des personnages réels, en s’appuyant sur des propos qui ont été tenus et sur des faits qui ont existé, mais sans s’interdire d’en imaginer d’autres. Certains dialogues entre les trois champions ne sont que pure fiction. La fiction est alors là pour interpréter le réel et lui donner un sens. 

Enfin, réussir à recréer le suspense des grandes étapes sans qu’un seul vélo ne soit présent sur scène relevait de la gageure. Or, de simples chaises suffisent à recréer le peloton et à nous plonger dans l’attaque magistrale d’Amstrong portant le coup de grâce à Jan Ulrich dans la montée du Tourmalet. La juxtaposition de plusieurs espaces (podium d’arrivée, estrade de conférence de presse, route goudronnée, et chambre d’hôtel de Pantani) dans un même lieu où le public circule librement est aussi une excellente idée…  

 Amstrong et Pantani © Holly McGlynn

Amstrong et Pantani © Holly McGlynn

Roland Smith a maintenant un rêve. Après avoir créé ce spectacle plutôt anachronique à Londres (même si le Tour est parti de là il y a deux ans) il voudrait le montrer à Avignon. Et pourquoi pas à Paris ?

2 commentaires pour “Pedal pusher”

  1. theatredelicatessen dit :

    Thank you for the wonderful review. If your readers are interested in tickets to the show, they can buy them at http://www.theatredelicatessen.co.uk/pedal-pusher/tickets.html.

    Many thanks,

    Paul
    theatredelicatessen webmaster

  2. riviere dit :

    est ce normal qu’un pantalon pedal pusher closed s’effrange au bas des jambes après quelques jours ????

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alpes

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