Pedal pusher
Jeudi 16 juillet 2009C’est un ancien entrepĂ´t qui ne paye pas de mine, tout en haut de Regent’s street Ă Londres. La troupe, elle aussi, est presque sans moyens. Elle s’appelle le Delicatessen Theater. Le spectacle qu’elle prĂ©sente en ce moment est pourtant formidable d’ingĂ©niositĂ©. Il s’appelle « pedal pusher », que l’on pourrait traduire par le pĂ©daleur. Ce titre est aussi un jeu de mot avec une expression qui signifie « pousser sur la seringue ». Bref, c’est bien du tour de France, de notre tour de France, qu’il est question. Â
Alors que Lance Amstrong fait son retour sur la grande boucle, le metteur en scène anglais, Roland Smith, revisite une pĂ©riode qui va de 1997 Ă 2004. Autrement dit de la victoire de Jan Ulrich Ă la mort de Marco Pantani, dĂ©pressif et toxicomane. Il met en scène ces trois champions : Ullrich vainqueur du tour en 1997, Pantani, vainqueur en 1998 et Amstrong en 1999. Ils ne se sont alors jamais mesurĂ©s les uns aux autres. Et vient l’annĂ©e 2000, celle oĂą ils se retrouvent enfin ensemble sur les routes du tour. Celle oĂą ils avaient tous leurs chances. Celle de la confrontation, et du virage pour chacun.Â
A partir de là , les trois personnages prennent en effet des directions différentes. Ullrich s’incline, mais raisonnable, il finit par en tirer les leçons et accepte de reconstruire sa vie hors des pelotons. Amstrong, qui revient d’une victoire contre un cancer, perd peu à peu son pouvoir de séduction pour devenir une machine à gagner des courses rongé par le cynisme. Tandis que Marco Pantani, le maudit, enchainera accidents et contrôles positifs, pour finir comme un paria.
 La pièce est fascinante Ă plusieurs titres :Â
 D’abord, parce qu’elle s’appuie sur le tour de France pour y puiser les ingrĂ©dients qui font les vraies tragĂ©dies. La lutte pour le pouvoir (ici la victoire), la grandeur et la dĂ©chĂ©ance, les rivalitĂ©s, les jalousies, le soupçon (du dopage), l’injustice (l’un Ă©tant pris l’autre non), et finalement la mort… MĂŞme avec une distribution exclusivement masculine, Othello est bien lĂ Â !Â
Ensuite, elle assume de prĂ©senter des personnages rĂ©els, en s’appuyant sur des propos qui ont Ă©tĂ© tenus et sur des faits qui ont existĂ©, mais sans s’interdire d’en imaginer d’autres. Certains dialogues entre les trois champions ne sont que pure fiction. La fiction est alors lĂ pour interprĂ©ter le rĂ©el et lui donner un sens.Â
Enfin, rĂ©ussir Ă recrĂ©er le suspense des grandes Ă©tapes sans qu’un seul vĂ©lo ne soit prĂ©sent sur scène relevait de la gageure. Or, de simples chaises suffisent Ă recrĂ©er le peloton et Ă nous plonger dans l’attaque magistrale d’Amstrong portant le coup de grâce Ă Jan Ulrich dans la montĂ©e du Tourmalet. La juxtaposition de plusieurs espaces (podium d’arrivĂ©e, estrade de confĂ©rence de presse, route goudronnĂ©e, et chambre d’hĂ´tel de Pantani) dans un mĂŞme lieu oĂą le public circule librement est aussi une excellente idĂ©e… Â
Roland Smith a maintenant un rêve. Après avoir créé ce spectacle plutôt anachronique à Londres (même si le Tour est parti de là il y a deux ans) il voudrait le montrer à Avignon. Et pourquoi pas à Paris ?














