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Le blog de Jacques Monin


Article(s) du 9 juillet 2009

La revanche des anonymes

Jeudi 9 juillet 2009

Bon, je sais, vous allez me trouver ronchon, pessimiste, critique… Mais je ne peux m’empêcher de vous faire partager une réflexion que j’ai eu avec un confrère autour de la « sculpture vivante » qui a été mise en place à Trafalgar square. 

Je vous en rappelle le principe : pendant 100 jours, 24 heures sur 24, plus de 600 anonymes, choisis par tirage au sort parmi 14500 volontaires, vont passer chacun une heure sur une des quatre colonnes de la place. Le concepteur du projet, Antony Gormley, veut ainsi réaliser un portrait varié et vivant de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui. Chacun y va ce qu’il est, de ce qu’il a à dire, de ce qu’il veut montrer. Une mère de famille, un artisan, un  cycliste, on se déguise, on joue de la musique, on lit un message… « Ainsi nous découvrirons peut-être ce qui compte à nos yeux, quelles sont nos aspirations et nos craintes » explique Gromley. 

Pour positive qu’elle soit, l’initiative est rĂ©vĂ©latrice de la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous vivons dĂ©sormais. La parole n’est plus aux artistes ni aux politiques. A ceux qui ont un talent reconnu ou qui ont mandat pour parler Ă  notre place. Elle est donnĂ©e aux sans grades, aux anonymes. A ceux qui sont des citoyens ordinaires et qui ont envie, eux aussi, de porter une parole ou d’être dans la lumière. 

Dont acte. Mais cela me renvoie à deux événements qui ont marqué l’actualité de ce pays cette année. D’abord, le succès mondial de Suzan Boyle, cette femme au physique ingrat qui a séduit par son interprétation de « I’ve dreamed a dream » dans l’émission « Britain’s got talent ». Ensuite, l’hyper médiatisation de la mort de Jade Goody, cette jeune femme révélée au grand public par l’émission Big Brother, qui assumait sa vulgarité et qui revendiquait le fait de n’avoir aucun talent. 

Dans un cas, c’est la revanche des anonymes. Des « petits », ignorés, qui montrent qu’ils peuvent aussi faire quelque chose de grand. Dans l’autre, c’est la disqualification des élites. Le public n’aspire plus ressembler à ceux qui leurs sont supérieurs. Il veut désormais s’identifier à ceux qui lui ressemblent. Max Clifford, le gourou des médias britanniques le disait récemment : « avant, mon travail consistait à valoriser des personnes qui avaient un don, maintenant, il s’agit de médiatiser des gens sans talent particulier ». 

C’est encourageant et prĂ©occupant Ă  la fois. Encourageant car des talents cachĂ©s peuvent se rĂ©vĂ©ler et des anonymes ont soudain une parole. Mais c’est prĂ©occupant car une sociĂ©tĂ© qui valorise la mĂ©diocritĂ© galvaude les valeurs qui devraient l’animer. Â