Le grand jeu des économies
Lundi 6 juillet 2009Qu’on se le dise ! L’heure est aux Ă©conomies, et le grand dĂ©bat du moment, c’est qui va faire quoi pour rĂ©duire la facture de l’Etat.Â
Les conservateurs ont déjà annoncé la couleur. Pas question pour le gouvernement de continuer à vivre au train actuel tandis que l’endettement augmente à vitesse grand V. Son sport favori, c’est de manier la calculette pour regarder où il pourra sabrer.
Dernière cible en date : les « quangos », autrement dit, les organisations non gouvernementales qui vivent des subsides de l’Etat. C’est le cas de ce qu’on appelle les « rĂ©gulateurs », des organismes autonomes chargĂ©s de superviser l’audiovisuel, le marchĂ© de l’énergie, etc. David Cameron considère que 68 de ces organismes se sont transformĂ©s en un empire dont les patrons sont plus payĂ©s que le Premier ministre. Il est donc temps de rĂ©duire leurs subsides et de rĂ©examiner leur vocation.Â
Après tout, cibler les « quangos » et en faire des boucs Ă©missaires est une façon d’annoncer la couleur sans avoir Ă prĂ©ciser si les services publics (santĂ©, Ă©ducation et transports) seront touchĂ©s. Car il y lĂ plus de risque d’impopularitĂ©.Â
Mais le paradoxe, c’est que ce sont les travaillistes qui sont mal perçus par l’opinion. Car ils refusent d’admettre qu’ils vont aussi devoir sabrer dans les dĂ©penses. Pas question d’appuyer lĂ oĂą cela fait mal avant les Ă©lections. Cette stratĂ©gie prĂ©sente cependant des risques, d’oĂą le dĂ©bat qui existe au sein du cabinet, certains (comme l’ancien ministre de la dĂ©fense John Hutton)  reprochent Ă Gordon Brown de ne pas annoncer la couleur, alors que tout le monde sait pertinemment que la facture se payera.
On pourrait rĂ©sumer la situation ainsi. Que vaut-il mieux ? Quelqu’un qui vous dit les choses mĂŞmes si elles sont dĂ©sagrĂ©ables (les conservateurs), ou quelqu’un qui vous cache ce qu’il se prĂ©pare Ă faire (les travaillistes) ?Â
Le problème, c’est que l’on perd Ă tous les coups.  Le chancelier de l’Echiquier s’est bien risquĂ© Ă reconnaĂ®tre qu’il envisageait un gel des salaires des infirmières et des policiers. La rĂ©action des syndicats n’a pas tardĂ©. Ils menacent de grèves si la menace devait se confirmer. Dans le mĂŞme temps, « The Independent » fait sa une sur les bonus qui redĂ©marrent Ă la City, et sur des sociĂ©tĂ©s qui conseillent les banques pour qu’ils puissent Ă©chapper Ă l’impĂ´t…                                                                                                                                                      Â
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Preuve que les coupes dans les dĂ©penses publiques sont au cĹ“ur du dĂ©bat ici : la première question posĂ©e Ă Gordon Brown, lors de la confĂ©rence de presse du sommet franco-britannique d’Evian, l’a Ă©tĂ© par un journaliste de Sky News qui lui a demandĂ© s’il rĂ©duira les dĂ©penses publiques.  Rien Ă voir avec le sujet du jour. On a traitĂ© Ă Evian de questions bilatĂ©rales : nuclĂ©aire, transport, immigration, relance de l’économie, rĂ©gulation financière… Mais comme d’habitude, ce qui intĂ©resse un journaliste c’est toujours la question qui domine Ă l’instant T dans son propre pays, mĂŞme si elle est hors sujet par rapport Ă l’évĂ©nement.Â
L’ironie de la chose, c’est que Nicolas Sarkozy en a profitĂ© pour rebondir lui aussi sur le terrain intĂ©rieur en insistant sur le fait que Michel Rocard ait acceptĂ© de co-prĂ©sider la commission consacrĂ©e aux futurs investissements français. Ce qui l’intĂ©ressait avant tout, c’était de montrer Ă la presse de son pays qu’il vampirise peu Ă peu la gauche et le centre par la mĂŞme occasion.Â
Résultat : la BBC qui retransmettait la conférence en direct s’est d’abord trompé dans la transcription du nom de Michel Rocard qui est devenu Michel « Roquart » à l’écran. Et pour cause, il est peu connu ici. Puis, comprenant que le président français s’adressait à son électorat sans se soucier du public britannique, elle a tout simplement interrompu la retransmission.
C’est une nouvelle version de l’arroseur arrosĂ©.Â














