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Le blog de Jacques Monin


la prison ou la mort

terrorisme, police justice, politique

On peut reprocher aux journalistes, lorsqu’ils défendent un de leurs confrères, de tomber dans le corporatisme. Mais si j’ai décidé de vous parler de cette affaire, c’est parce qu’elle va bien au-delà. Elle touche aux bases mêmes de la démocratie. Les conditions de l’encadrement du droit à l’information, renvoient aux droits des citoyens à être informés. Et par delà ce droit se pose une question : le droit à la la sécurité des citoyens justifie-t-elle une restriction du droit à l’information ?

De quoi s’agit-il donc ? Dans quelques jours, un tribunal de Belfast en Irlande du Nord va statuer sur le cas de Suzanne Breen, une journaliste du Sunday Tribune. Elle avait réalisé l’interview d’un membre de l’IRA véritable, un groupe soupçonné d’avoir assassiné le 7 mars dernier deux soldats alors hébergés dans leur garnison d’Antrim.

Comme le prévoit la loi contre le terrorisme, la police lui demande de lui remettre son ordinateur, ses numéros de téléphones et ses contacts. Bref, de livrer l’identité de celui qu’elle a interviewé. Dans le cas contraire, elle est passible de 5 ans de prison.

Mais la journaliste refuse en invoquant deux arguments :

D’abord, collaborer avec les autorités en Irlande du Nord est puni de mort par l’IRA Véritable. Donner ses sources équivaut donc à la mettre en danger, elle et sa famille. Elle préfèrera aller en prison, plutôt que de prendre ce risque-là.

Ensuite, livrer ses sources, c’est attenter à l’essence mĂŞme du droit Ă  l’information. Le journaliste doit pouvoir ĂŞtre indĂ©pendant et crĂ©dible. Qui oserait lui parler s’il savait qu’il peut ĂŞtre « balancĂ© » ? La protection des sources est d’ailleurs reconnue par la convention europĂ©enne des droits de l’homme Ă  laquelle Suzanne Breen se rĂ©fère dĂ©sormais.

Presse et police doivent coexister sans collaborer. Le premier enquĂŞte et rĂ©vèle. Il Ă©claire l’opinion. Le second enquĂŞte et rĂ©prime. A chacun sa fonction. On peut, certes, reprocher Ă  un journaliste de donner une tribune Ă  des terroristes. Ce dĂ©bat-lĂ  est justifiĂ©. Je ne suis d’ailleurs pas sĂ»r que j’aurais moi-mĂŞme acceptĂ© de “mettre en scène” les propos de meurtriers, mĂŞme pour des motifs soi-disant politiques. Mais admettre une collusion entre la police et la presse, c’est se rapprocher de la frontière qui sĂ©pare les dĂ©mocraties des dictatures.

Plusieurs grandes signatures britanniques ont pris fait et cause pour Suzanne Breen. Amnesty international aussi. Le jugement qui sera rendu n’est pas neutre. Soit il montrera que la Grande-Bretagne reste une démocratie qui ne rogne pas sur la liberté de la presse. Soit elle bascule vers une pente glissante…

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baudelaire

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