Le blog de Jacques Monin

Bienvenue à Londres !

Article(s) pour 9 juin 2009

La énième résurrection

Mardi 9 juin 2009

Ce n’est pas un hasard si Shakespeare était anglais. Il y a dans ce pays une propension a alimenter les complots, à attiser la traitrise, et à annoncer les morts avant même qu’elles se produisent, et même si elles ne se produisent pas. Ainsi Gordon Brown devait périr, sous les démissions de ses ministres, devant l’ampleur du désastre électoral. On annonçait même une estocade portée par un groupe de députés toujours plus nombreux… Or qu’a-t-on vu à Westminster au lendemain des européennes ? Des députés applaudissant chaudement leur leader. Bref, le coup d’Etat a fait flop. Les rebelles ont dû rendre les armes (provisoirement), l’orage étant désormais passé.  

N’en déduisons pas que les travaillistes refont surface. Gordon Brown est en situation de faiblesse. Il n’a pu se séparer de son chancelier pourtant mis en cause dans le scandale des frais parlementaires. Et il doit maintenant s’appuyer sur son ancien ennemi, Peter Mandelson, qui lui sert de quasi-vice Premier ministre. Il sait aussi que les frondeurs, même en sourdine, lui rendront la pente glissante.  Mais son ministre des affaires étrangères, David Miliband, a très bien résumé les choses : il n’y a ni poste à pourvoir, ni candidat. Celui qui était pressenti pour prendre la place du calife (Alan Johnson) n’ayant pas envie d’entrer en guerre, la question du putsh ne se pose plus. Ajoutez à cela la peur d’une désunion qui serait pire que le mal, et le spectre d’une élection anticipée qui avancerait la déroute… Vous comprenez que rien ne peut bouger dans l’immédiat. 

Tout cela n’enlève rien à l’accès de fièvre qu’on a connu ces derniers jours. Mais je me souviens vous avoir dit, ici même, que Brown resterait à la barre. Il semble en fait que la presse se complaise à alimenter un feuilleton qui répond au gout qu’ont les britanniques pour le suspense et la mise en scène. Gordon Brown va-t-il s’en aller ? Est-il fini ? A chaque jour une interrogation, un nouvel épisode. Sans parler des photos du Premier ministre triste, fatigué, les yeux fermés… Qu’il soit en France pour les cérémonies du D Day, ou devant les militants de son parti, on l’a montré abattu, meurtri, même dans les réunions où il souriait. Et comme par miracle, ce mardi matin, le ressuscité se remet à sourire. Les photos ne montrent pas la réalité. Elle doivent d’abord accréditer l’idée que l’on se fait d’un homme à terre ou qui se relève. 

Cela ne vous rappelle rien ? Combien de fois a-t-on donné Tony Blair fini, battu, enterré ? Après la guerre en Irak, après sa défaite devant les députés sur l’allongement de la durée de garde à vue, avant les législatives de 2005… Même à l’automne 2006, alors poussé par les frondeurs qui étaient du côté de Brown cette fois-ci. Tony Blair a pourtant tenu 10 ans. Il a encaissé et rebondit. Brown était alors son voisin, et même si lui aussi donnait des coups, il a sans doute beaucoup appris.