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Le blog de Jacques Monin


Article(s) de mai 2009

L’ange dĂ©chu

Dimanche 31 mai 2009

Allez, tant pis pour mes confrères. J’ai envie de recadrer quelques contre-vĂ©ritĂ©s que j’ai entendues ces derniers temps au sujet de l’affaire qui mobilise la Grande-Bretagne en ce moment. Je veux parler (vous l’aviez devinĂ©, non ?)  de Susan Boyle, cette Ecossaise de 47 ans qui a fini seconde de l’émission de variĂ©tĂ© « Britain’s got talent ».   

Certes elle a suscitĂ© un intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ralisĂ© tout autour de la planète. Selon les sources, il y a aurait eu jusqu’à 280 millions de connexions sur You tube. A partir de lĂ , elle est devenue la « sainte chevelue » (the hairy angel). Et combien de fois ai-je lu au sujet d’elle : « la voix d’or » de Susan Boyle… Oh ! On se calme.   Susan Boyle n’a jamais eu une voix d’or. Elle chante bien. Personne ne lui enlèvera. Mais son timbre n’est pas cristallin, et lors de chaque interprĂ©tation elle a soit dĂ©raillĂ© Ă  un moment donnĂ©, soit ratĂ© son dĂ©part. Bref, elle n’est pas ce gĂ©nie d’opĂ©ra qu’on a bien voulu dĂ©crire. 

La vrai raison de son succès, c’est son histoire qui fait d’elle un phĂ©nomène mĂ©diatique. C’est le contraste qu’il y a entre cette vieille fille sans travail vivant seule avec son chat, celle qu’on surnommait la simplette dans les cours de recrĂ©ation, celle qui suscitait l’arrogance d’un jury blasĂ©, et le son de sa voix si surprenant qu’il en devient Ă©blouissant. C’est la revanche d’une sans grade qui met une claque Ă  l’élite musicale, à laquelle beaucoup se sont identifĂ©s. Les anonymes, les laissĂ©s pour compte se sont vengĂ©s par procuration. Cendrillon ou le vilain petit canard Ă©taient rĂ©incarnĂ©s. Moi-mĂŞme, je me suis laissĂ© sĂ©duire. Pourquoi bouder son plaisir ? Ajoutez Ă  cela le snobisme d’une Ă©lite qui tout d’un coup s’extasie devant un tenant de la classe populaire (« mon dieu, c’est pas croyable qu’une femme si simple soit capable de faire ça ! ») et vous avez les ingrĂ©dients la mayonnaise qui est montĂ© ces dernières semaines à travers toutes les classes sociales.

Dans un deuxième temps, les tabloĂŻds ont dĂ©truit ce qu’ils avaient montĂ© en Ă©pingle. Susan est devenue acariâtre, intolĂ©rante, mauvaise coucheuse. La pression a Ă©tĂ© telle qu’il a fallu la changer d’hĂ´tel et l’isoler de ses camarades. La encore, c’est une histoire, un scĂ©nario que l’on a exploitĂ©, pas une chanteuse.  La finale l’a d’ailleurs montrĂ©. Contrairement Ă  ses camarades, Susan a Ă©tĂ© incapable de se renouveler. Elle a rĂ©interprĂ©tĂ© sans magie la chanson qui l’avait fait connaĂ®tre, comme si elle n’en avait que deux Ă  son rĂ©pertoire. Son visage grimaçant et ses pitreries en fin d’Ă©mission n’étaient pas amusantes. On pourra toujours dire, comme je l’ai encore lu, qu’elle n’a pas supportĂ© la pression. Mais, et si la vĂ©ritĂ© Ă©tait plus simple ? Elle a simplement rĂ©vĂ©lĂ© ses limites.

Simon Cowell, juge et producteur de l’émission, si prompte Ă  « casser » d’autres candidats n’a surtout pas voulu abĂ®mer sa poule aux Ĺ“ufs d’or. Il l’a flattĂ©e sans rĂ©serve. Mais l’honneur de son Ă©mission est sauf. C’est “Diversity”, un groupe de hip hop Ă©poustouflant qui l’a emportĂ©. “DiversitĂ©”, après tout, ce nom incarne tout aussi bien, et peut-ĂŞtre mieux, ce pays que Susan la caricature. 

Pour finir, si vous avez une minute, jetez un Ĺ“il Ă  cette Ă©tonnante vidĂ©o. C’est l’un d’entre vous qui m’a alertĂ© sur son existence. C’était lors de la première saison de « Britain’s got talent ». Paul Potts, un vendeur de tĂ©lĂ©phones portables au physique ingrat et Ă  l’air empotĂ©, Ă©blouissait les jurĂ©s d’abord plutĂ´t sceptiques. Ca ne vous rappelle rien ? La seule diffĂ©rence, c’est que lui avait ensuite remportĂ© la finale.

22 ème jour de crise

Vendredi 29 mai 2009

22 ème jour et rien  ne change. La classe politique est toujours tétanisée. Aujourd’hui, c’est un député qui a utilisé ses indemnités de logements pour sa fille qui est épinglé par le Daily Telegraph. 

Allons-y donc pour deux ou trois remarques supplĂ©mentaires.  Je ne sais pas si vous avez Ă©coutĂ© l’émission « Et pourtant elle tourne » sur France Inter consacrĂ©e Ă  la crise parlementaire en Grande-Bretagne. On a pu ressentir Ă  travers les propos du dĂ©putĂ© travailliste Denis Mc Shane quelle est l’ampleur de la tension qui règne autour de ce scandale dans le pays. Lui croit dĂ©celer dans cette affaire une offensive des conservateurs dirigĂ©s par David Cameron, qui a les moyens de s’offrir une rĂ©sidence Ă  Londres, contre des travaillistes moins fortunĂ©s qui ont du mal Ă  se loger. Cela me donne l’occasion de prĂ©ciser ceci : 

1 : Le Daily Telegraph est certes un journal conservateur, mais il faut reconnaître qu’il s’en prend désormais autant à son camp qu’à celui de ses adversaires en portant le combat sur le terrain des valeurs.  

2 : L’argent n’est pas le privilège de la droite. Nombreux sont les travaillistes qui sont fortunés. Tony Blair qui fut leur porte drapeau ne fait partie des plus à plaindre. 

 3 : Ce qui est en cause ici n’est pas le droit pour les députés de financer un deuxième logement à Londres. Ce droit existe et leur est reconnu. Ce qui est condamné, c’est l’abus de ce droit. C’est de revendiquer des remboursements pour des frais qui n’existent pas, ou de l’utiliser pour avantager ses proches en leur offrant un logement au frais du contribuable. Ce n’est donc pas le principe, mais le détournement de ce principe qui est en cause. Ce qui devait être alloué au cas par cas sur justificatifs, est peu à peu devenu un complément de salaire validé par le parlement.  

La révélation de cette pratique condamnable était souhaitable. Passé le choc et ses conséquences dommageables pour les grands partis démocratiques, elle débouchera peut-être sur une clarification du système. Mais le fait de dénoncer un à un les députés comme on les exhiberait sur la place publique tourne maintenant au lynchage. 

Tout le monde Ă  compris que le système avait vĂ©cu et que la pratique devait cesser. Ce qu’il faut maintenant, c’est apporter une rĂ©ponse institutionnelle au problème. Continuer d’Ă©grainer les turpitudes des uns et des autres, risque d’alimenter un climat dĂ©lĂ©tère dont on ne sait oĂą il conduira…

Un scandale qui n’en finit pas

Mardi 26 mai 2009

19 ème jour. Cela fait maintenant 19 jours que le Daily Telegraph (dont les ventes ont explosé) distille les notes de frais abusives des députés et autres ministres.

La liste est maintenant impressionnante : Aux frais de jardinage, achats de home cinéma, remboursement de crédits fictifs et autres somptueux tapis payés par le contribuable, s’ajoutent d’autres turpitudes. Certains ont fait payer par la chambre des Communes le loyer de leur soi-disant deuxième logement, alors que celui-ci était occupé par leur fils, leur fille ou d’autres membres de leur famille. Le Chancelier de l’échiquier lui-même (autrement dit, le patron du trésor) fait rembourser par le parlement le comptable qu’il paye pour remplir… sa déclaration d’impôt ! 

Face à ce grand déballage, les réactions du genre « j’ai agi selon les règles » ou « j’ai fait une erreur » ont un effet désastreux dans l’opinion. Chacun sait bien que l’administration, lorsqu’elle débusque un fraudeur lambda, ne se contente pas d’un « je me suis trompé ». Et pas question pour un artisan de faire passer sa déclaration de revenus au titre des frais professionnels.

Le scandale a donc des conséquences bien supérieures à celles du Watergate aux Etats-Unis. Ici, ce n’est pas un président qui saute, mais peut-être 200 députés qui ne seront pas renouvelés, et la monarchie parlementaire qui sera sans doute réformée.

Chacun y va en effet de ses propositions pour regagner la confiance de l’opinion. Alan Johnson, le ministre de la santĂ© (et accessoirement postulant potentiel Ă  la succession de Gordon Brown) propose d’instiller une dose de proportionnelle dans le parlement, qui ne favoriserait pas pour autant les petits partis (il faudra d’ailleurs m’expliquer en quoi cela a un rapport avec le comportement des Ă©lus). Et David Cameron, dans une tribune publiĂ©e par le Guardian aujourd’hui, propose de rĂ©duire les pouvoirs du Premier ministre pour accroitre ceux du parlement.

En attendant, la campagne des europĂ©ennes, elle, n’existe pas. Tout ce qu’on en attend, c’est de voir Ă  quel niveau se monte la perte de confiance dans les grands partis et quelle sera l’abstention. La crainte des leaders ici, ce serait que le parti d’extrĂŞme droite, le BNP, remporte son premier siège (et peut-ĂŞtre plus) au parlement de Strasbourg. L’affolement est tel, qu’Ă  trop en parler, ils lui offrent une publicitĂ© inespĂ©rĂ©e.

le dilemme du festival d’Edimbourg

Mercredi 20 mai 2009

Couper la poire en deux. C’est ce que vient de faire le festival du film international d’Edimbourg sous la pression de Ken Loach.

Le soutien de Ken Loach à la cause palestinienne ne date pas d’hier. Et personne ne peut le blâmer de dénoncer les massacres de Gaza ou de soutenir la création d’un Etat palestinien. Au contraire.

Mais jusqu’où ce combat doit-il aller ? Doit-on au nom de l’opposition à la politique israélienne aller jusqu’à refuser absolument tout ce qui émane de son gouvernement ? Y compris ses aides à la culture ? Dénoncer sa politique est une chose. Considérer que tout ce qu’il fait (y compris soutenir une jeune réalisatrice de cinéma qui ne se mêle pas de politique), doit être combattu, en est une autre.

Or, emboitant le pas d’associations pro-palestiniennes, Ken Loach a appelé au boycott du festival, sous prétexte qu’il avait accepté une subvention de 350 euros de l’ambassade d’Israël pour permettre à une jeune réalisatrice de venir présenter son film en Ecosse. Il considère qu’accepter cet argent, c’est cautionner la politique répressive d’Israël à Gaza.

Résultat, le festival a décidé de rendre la subvention. Ce qui provoqué la colère de l’ancien patron de Channel Four, qui en son temps, avait passé des commandes à Ken Loach. Cité par le Times, Jeremy Isaacs s’indigne de ce qu’un homme qui a lui-même combattu la censure s’érige maintenant en censeur.

Le plus sage finalement dans l’affaire, c’est sans doute le festival lui-même. Il a décidé de rendre la subvention, mais de ne rien changer à sa programmation. Il invitera la réalisatrice sur ses fonds propres. Loach a donc obtenu gain de cause, et la jeune israélienne ne sera pas pénalisée.

Une page est tournée

Mardi 19 mai 2009

Ce que je retiens du mardi 19 mai :

Michael Martin voulait s’accrocher à son poste. Il finalement été emporté. Après avoir perdu la confiance du public, il avait perdu celle des députés. Se faire interpeller publiquement par des membres du parlement, puis essuyer une motion de défiance, ont fini de saper sa légitimité. Et c’est sans panache (comme il a géré le reste de la crise) que cet homme à l’allure débonnaire a annoncé qu’il quitterait son poste le 21 juin prochain. 25 secondes lui auront suffit. Puis la scéance a commencé comme si rien ne s’était passé.

C’est une drôle de leçon. Voila comment on peut passer de la gloire à la honte. L’ancien ouvrier syndicaliste au physique débonnaire avait accédé à la prestigieuse fonction, mais on se souviendra désormais de lui comme de l’homme qui a couvert les dérives du parlement. Il est toujours frappant de voir que l’on peut rayer trente ans de carrière politique en quelques secondes. Michael Martin est déjà oublié. Tout le monde se demande déjà qui lui succèdera.

Mais le speaker n’est pas le seul responsable de la crise. Les députés fautifs aussi sont à blâmer. Et Gordon Brown l’a bien compris.

Il propose donc une petite révolution : créer un organisme indépendant qui supervisera les indemnités et les dépenses des députés.

Je vous renvoie donc à deux réflexions que j’avais faites dans deux autres chroniques.

J’avais tracé un parallèle entre les turpitudes de la finance et celle du milieu politique, et je m’étais demandé si les élus français ne devraient pas eux aussi réexaminer leurs dépenses.

Je persiste donc et je signe :

1 : Gordon Brown calque ses propositions pour plus de régulation sur celles qu’il avait faites pour assainir la finance.

2 : Après tout, est-il normal aussi chez nous que les députés décident eux-même du montant de leur indemnité ?

Allez, je vous laisse. Pas facile de trouver un moment de calme en ce moment !

Gagner du temps Ă  dĂ©faut d’agir

Lundi 18 mai 2009

Sept présidents de la chambre des communes ont été décapités et un autre assassiné. Cela c’était avant 1560. Depuis, un seul a été destitué, John Trevor en 1695 pour avoir accepté des pots de vin. C’est dire si ce qui s’est passé le 18 mai au parlement n’est pas anodin. Michael Martin, le speaker (autrement dit le président), a été chahuté par plusieurs députés qui ont réclamé sa démission après le scandale des notes de frais des députés.

Face Ă  cela, Michael Martin a lu une dĂ©claration dans laquelle il a exprimĂ© ses regrets pour les errements qui ont conduit Ă  la crise politique actuelle (Rappelons que lui-mĂŞme a Ă©tĂ© plusieurs fois Ă©pinglĂ©, et qu’il a tout fait jusqu’ici pour empĂŞcher la publication de ces notes de frais). On aurait pu penser que cet acte de contrition allait donc le conduire Ă  annoncer des dĂ©cisions rapides et spectaculaires pour mettre un terme au climat dĂ©lĂ©tère qui règne actuellement, voire, Ă  annoncer sa dĂ©mission dans l’intĂ©rĂŞt de l’institution qu’il reprĂ©sente.

C’était se mettre le doigt dans l’œil.

1 : Martin Martin a certes demandé pardon, mais au nom de tout le parlement, même s’il s’inclut dans ce nombre. Pourquoi donc payer individuellement le prix d’une erreur collective ? A partir de là, la question de sa démission ne se posait plus.

2 : Il invite le Premier ministre et les chefs de partis à venir faire des propositions pour présenter un projet de réforme des règles à l’automne prochain. Autrement dit, ce sont ceux qui sont eux-mêmes impliqués dans la crise qui vont la résoudre. Et l’important est de gagner du temps, ce qui permettra à M Martin de tenir jusqu’au printemps 2010, (date des prochaines élections) pour sortir par la grande porte.

Bref : l’important c’est de sauver son poste, pas son institution. Nul doute que ces annonces et mesures dilatoires ne mettront pas un terme aux polémiques. Au contraire. Ces attermoiements apportent de l’eau au moulin de David Cameron, le chef des conservateurs. Il appelle à la dissolution du parlement immédiatement après les élections européennes. « Seuls les électeurs peuvent remettre de l’ordre dans ce bazar » dit-il.

Mais il a peu de chances d’aboutir, car Gordon Brown lui aussi va tenter de gagner du temps. Du temps, mais pour quoi faire ?

Notes autour d’un scandale

Samedi 16 mai 2009

Quelques réflexions autour du scandale des notes de frais des députés… (deuxième chapitre)

Non. Je ne vais pas répéter ce que vous pouvez par ailleurs lire dans la presse. Ni me livrer au même exercice que le Daily Telegraph qui depuis 8 jours distille ces notes de frais jusqu’à en donner la nausée. Ce faisant, il a raison. Loin de moi l’idée de m’en prendre à un éminent confrère qui fait un travail remarquable et salutaire. Même si cela tourne un peu au chapelet qu’on égrène.

Passons donc sur les détails (tapis acheté chez un antiquaire, remboursement d’un prêt fictif, réparation de sa piscine, équipement de Hifi ou de télévision surévalué…), pour faire quelques remarques.

1 : Comment en est-on arrivé là ?

Margaret Tatcher avait Ă©tĂ© alertĂ©e en son temps de ce que les dĂ©putĂ©s n’étaient pas assez payĂ©s. Vivre Ă  Londres lorsqu’on habite en province nĂ©cessite des moyens. Mais elle avait jugĂ© qu’une augmentation de leur indemnitĂ© serait impopulaire. On a donc prĂ©fĂ©rĂ© jouer sur les notes de frais. Et c’est lĂ  que le système a dĂ©rapĂ©. Cette dĂ©rive s’est aggravĂ©e sous Tony Blair, lui-mĂŞme très Ă  l’aise face à un argent dĂ©complexĂ©, alors que la finance prospĂ©rait. A cela s’est ajoutĂ©e une jalousie secrète : celle d’un personnel politique qui a vu les banquiers s’enrichir et qui a voulu suivre leur train de vie.

Le speaker (le président de la chambre des communes) porte aussi une lourde responsabilité. Lui-même a été plusieurs fois épinglé pour des notes de frais abusives.

Il s’est donc finalement produit ici la mĂŞme chose que dans le secteur financier. C’est l’absence de contrĂ´le qui a conduit le système Ă  la faillite. Et le fait que le parlement rembourse des prĂŞts et non pas des loyers a permis aux Ă©lus de spĂ©culer en pleine bulle immobilière.

3 : Les réponses sont-elles convaincantes ?

A l’évidence, non. Il est affligeant de voir comment les députés ont réagi. D’abord en expliquant qu’ils avaient agi sans enfreindre les règles. Autrement dit, un abus n’est pas condamnable lorsqu’il est toléré par le système. Comment venir voter des lois et demander à ce qu’elles soient respectées, alors que les mêmes (en tout cas une partie d’entre eux) sont les premiers à s’arranger avec ces règles. Contrairement à ce que disent les députés ou les leaders politiques, il n’y a pas besoin de réformer les règles. Il suffit de les respecter. De cesser de déclarer faussement la nature de son logement, de facturer des frais qui n’ont rien à voir avec le parlement, ou de faire rembourser des prêts qui n’existent pas.

4 : Les leaders sont-ils Ă  la hauteur ?

Là encore, Gordon Brown a tergiversé. Attendre les propositions d’une commission indépendante (même si l’idée est bonne en soi) n’est pas faire preuve de « leadership » dans un moment de crise. Il a fallu plusieurs jours que les premières sanctions tombent et qu’il envisage de ne pas réinvestir les fautifs.

David Cameron anticipe mieux l’opinion. Il agi plus vite. Même si lui-même doit rembourser les frais de taille de sa glycine, il va mettre en ligne ses notes de frais sur Internet. Il interdit à ses députés de déclarer faussement leurs logements, et il leur imposera le paiement d’une taxe s’ils revendent avec plus value un logement dont le prêt a été financé par le contribuable.

Conclusion :

Il est difficile de mesurer les dégâts d’une affaire qui éclabousse désormais toute la classe politique. Les conséquences seront peut-être judiciares, mais de toutes façons, électorales.

Le constrate est, du coup, saisissant. En Grande-Bretagne aujourd’hui on insulte les députés, on casse même les vitres de leurs permanence. Bref, les représentants de la république sont bousculés par le peuple, tandis que la monarchie, intouchable, dort, elle, sur ses deux oreilles.

Qui est le plus Ă  blamer dans l’affaire ?

Jeudi 14 mai 2009

Petite réflexions autour des notes de frais des députés britanniques…

Depuis 7 jours maintenant le Daily Telegraph, très en pointe sur cette affaire, distille le contenu des notes de frais des députés, de tous bords, qui ont de quoi donner la nausée au contribuable.

Passons sur les détails halucinants que j’ai déjà mentionnés ici. Arrêtons-nous cependant sur les conséquences de ce grand déballage.

1 : C’est la panique au sommet du pouvoir avec deux types de réactions. David Cameron (pourtant légèrement épinglé lui aussi pour avoir fait tailler sa glycine aux frais du parlement) prend l’initiative. Il vient de se séparer d’un de ses collaborateurs, Andrew McKay. Il tance ses proches de rembourser leurs notes excessives. Mais il, suggère surtout de réduire le nombre de députés aux communes, de supprimer une allocation de 10 000 livres destinée à la communication des députés, et de mettre leurs notes sur Internet afin que les remboursements se fassent en toute transparence.

Face à cela, Gordon Brown tergiverse. Il se dit « très préoccupé » et attend les suggestions d’une commission indépendante. La seule initiative qu’il a prise c’est d’ordonner un réexamen des notes de frais sur les quatre dernières années.

2 : Du coup, c’est l’affolement général. Pour échapper à de nouvelles accusations et tenter de minimiser la vindicte de l’électorat, nombreux sont ceux qui annoncent qu’ils vont rembourser le parlement. Le secrétaire d’Etat à la santé Phil Hope va rendre 47 000 euros touchés pour du mobilier. Et Eliott Morley (l’ancien ministre travailliste de l’agriculture) 18 000, pour avoir demandé le remboursement d’un prêt qui n’existait plus depuis deux ans !

Cela étant dit, il y a une certaine hypocrisie de la part de la presse française à se délecter des affres de nos voisins britanniques. Car ici, au moins, les choses se disent, et même s’ils sont inexcusables, au moins, certains députés vont rembourser.

Qui peut dire que le parlement ou les ministres français sont blancs comme neige ?

Mettre les notes de frais de nos députés et de nos ministres en ligne. Allez, chiche ?

Message in a bottle

Mercredi 13 mai 2009

Une bouteille à la mer © J Monin

Une bouteille à la mer © J Monin

 

C’est une histoire triste. Histoire d’une femme, Sue, qui se promène sur une plage sans charme, tout près d’immeubles gris, un jour de pluie, sur une plage du Kent en février 2002. Histoire d’une bouteille jetée à la mer, qu’elle va retrouver, et dans laquelle se trouve un message. Histoire d’une écrivaine, Karen Liebriech qui se met à pleurer en traduisant ce message que son amie vient de lui remettre.

Cette bouteille a été jetée par une française anonyme et éplorée après la mort de son fils Maurice âgé de 13 ans. Ecrit sur un bout de papier, il est un cri de souffrance autant qu’un témoignage d’amour.

Depuis 7 ans maintenant, Karen cherche à savoir qui est cette maman, et si elle va bien, dans la crainte qu’elle se soit suicidée. Sa découverte s’est transformée en quête. Elle a entamé un travail de fourmi : recherches sur Internet, contact avec la police française, demande auprès de statisticiens dans l’Hexagone pour essayer de retrouver ce Charles, 13 ans, fauché prématurément par la mort… En vain.

Elle publie donc maintenant un livre « La lettre dans la bouteille » (éditions Michel Lafon), dans lequel elle raconte cette recherche inachevée. Son éditeur anglais ne l’a pas vraiment soutenue. Il s’agit d’une histoire sans fin, bref, d’un échec, lui a-t-on fait comprendre. En revanche, l’éditeur français attend beaucoup de cette parution. Qui sait, peut-être le bruit fait autour de cette quête permettra-t-il de retrouver cette femme, ou au moins de l’identifier si elle a quitté ce monde.

Pour Karen, c’est en tout cas une manière de lancer une autre bouteille à la mer…

Affolement dans la classe politique

Mardi 12 mai 2009

J’avais laissé Londres pour quelques jours en me disant que peut-être j’en faisais trop sur le climat délétère qui régnait désormais ici. Ma vue était peut-être obscurcie. Etait-il temps que je prenne des vacances ?

De retour cependant, le constat est brutal. Le scandale du remboursement des frais parlementaires occupe tout l’espace médiatique. Et il fait désormais des ravages.

Pas un jour sans que de nouvelles révélations (écœurantes) apparaissent. On ne compte plus les députés qui ont fait prendre en charge les frais d’entretien de leur piscine par le contribuable. Un autre aurait fait nettoyer les douves de son château. Il y en a même un qui a fait rembourser par le parlement la nourriture de son chien ! La pratique est tellement généralisée que la BBC a créé une page spéciale sur laquelle on peut cliquer sur le nom du député pour voir quelles dépenses il a effectuées. voir : http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/8039273.stm

La nouveautĂ© depuis mon dĂ©part, c’est l’ampleur du scandale et le fait que dĂ©sormais, les dĂ©putĂ©s conservateurs sont Ă  mettre dans le mettre sac que les travaillistes. Les rĂ©vĂ©lations Ă©claboussent en effet les deux camps. D’oĂą un discrĂ©dit gĂ©nĂ©ralisĂ©. Et chacun a beau dire qu’il a agit « selon les règles », il en ressort que ces règles sont obsolètes, et que le sens du devoir des dĂ©putĂ©s s’effacent devant leur propension a abuser de leur position.

La panique est du coup totale. Gordon Brown a du s’excuser “de la part de tous les partis politiques pour le comportement des dĂ©putĂ©s”, tandis que David Cameron souhaite que la classe politique change de comportement et n’exclut pas des sanctions contre les membres de son propre parti.

Il se passe du coup ce qui était prévisible.

1 : Travaillistes et conservateurs chutent de 4 points dans le dernier sondage Populus du Times, tandis que les libéraux démocrates gagnent 3 points.

2 : Quant au parti d’extrême droite BNP, il profitait déjà de la crise et de la montée du chômage (des militants travaillistes faisant défection pour le rejoindre). Mais voilà qu’au sommet de l’Etat on lui fait maintenant un cadeau inespéré.