L’ange dĂ©chu
Dimanche 31 mai 2009Allez, tant pis pour mes confrères. J’ai envie de recadrer quelques contre-vĂ©ritĂ©s que j’ai entendues ces derniers temps au sujet de l’affaire qui mobilise la Grande-Bretagne en ce moment. Je veux parler (vous l’aviez devinĂ©, non ?) de Susan Boyle, cette Ecossaise de 47 ans qui a fini seconde de l’émission de variĂ©tĂ© « Britain’s got talent ».  Â
Certes elle a suscitĂ© un intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ralisĂ© tout autour de la planète. Selon les sources, il y a aurait eu jusqu’à 280 millions de connexions sur You tube. A partir de lĂ , elle est devenue la « sainte chevelue » (the hairy angel). Et combien de fois ai-je lu au sujet d’elle : « la voix d’or » de Susan Boyle… Oh ! On se calme.  Susan Boyle n’a jamais eu une voix d’or. Elle chante bien. Personne ne lui enlèvera. Mais son timbre n’est pas cristallin, et lors de chaque interprĂ©tation elle a soit dĂ©raillĂ© Ă un moment donnĂ©, soit ratĂ© son dĂ©part. Bref, elle n’est pas ce gĂ©nie d’opĂ©ra qu’on a bien voulu dĂ©crire.Â
La vrai raison de son succès, c’est son histoire qui fait d’elle un phĂ©nomène mĂ©diatique. C’est le contraste qu’il y a entre cette vieille fille sans travail vivant seule avec son chat, celle qu’on surnommait la simplette dans les cours de recrĂ©ation, celle qui suscitait l’arrogance d’un jury blasĂ©, et le son de sa voix si surprenant qu’il en devient Ă©blouissant. C’est la revanche d’une sans grade qui met une claque Ă l’élite musicale, à laquelle beaucoup se sont identifĂ©s. Les anonymes, les laissĂ©s pour compte se sont vengĂ©s par procuration. Cendrillon ou le vilain petit canard Ă©taient rĂ©incarnĂ©s. Moi-mĂŞme, je me suis laissĂ© sĂ©duire. Pourquoi bouder son plaisir ? Ajoutez Ă cela le snobisme d’une Ă©lite qui tout d’un coup s’extasie devant un tenant de la classe populaire (« mon dieu, c’est pas croyable qu’une femme si simple soit capable de faire ça ! ») et vous avez les ingrĂ©dients la mayonnaise qui est montĂ© ces dernières semaines à travers toutes les classes sociales.
Dans un deuxième temps, les tabloĂŻds ont dĂ©truit ce qu’ils avaient montĂ© en Ă©pingle. Susan est devenue acariâtre, intolĂ©rante, mauvaise coucheuse. La pression a Ă©tĂ© telle qu’il a fallu la changer d’hĂ´tel et l’isoler de ses camarades. La encore, c’est une histoire, un scĂ©nario que l’on a exploitĂ©, pas une chanteuse. La finale l’a d’ailleurs montrĂ©. Contrairement Ă ses camarades, Susan a Ă©tĂ© incapable de se renouveler. Elle a rĂ©interprĂ©tĂ© sans magie la chanson qui l’avait fait connaĂ®tre, comme si elle n’en avait que deux Ă son rĂ©pertoire. Son visage grimaçant et ses pitreries en fin d’Ă©mission n’étaient pas amusantes. On pourra toujours dire, comme je l’ai encore lu, qu’elle n’a pas supportĂ© la pression. Mais, et si la vĂ©ritĂ© Ă©tait plus simple ? Elle a simplement rĂ©vĂ©lĂ© ses limites.
Simon Cowell, juge et producteur de l’émission, si prompte à « casser » d’autres candidats n’a surtout pas voulu abĂ®mer sa poule aux Ĺ“ufs d’or. Il l’a flattĂ©e sans rĂ©serve. Mais l’honneur de son Ă©mission est sauf. C’est “Diversity”, un groupe de hip hop Ă©poustouflant qui l’a emportĂ©. “DiversitĂ©”, après tout, ce nom incarne tout aussi bien, et peut-ĂŞtre mieux, ce pays que Susan la caricature.Â
Pour finir, si vous avez une minute, jetez un Ĺ“il Ă cette Ă©tonnante vidĂ©o. C’est l’un d’entre vous qui m’a alertĂ© sur son existence. C’était lors de la première saison de « Britain’s got talent ». Paul Potts, un vendeur de tĂ©lĂ©phones portables au physique ingrat et Ă l’air empotĂ©, Ă©blouissait les jurĂ©s d’abord plutĂ´t sceptiques. Ca ne vous rappelle rien ? La seule diffĂ©rence, c’est que lui avait ensuite remportĂ© la finale.














