Le non “repentant”
Ronnie Biggs, malade, 79 ans, voulait souffler ses 80 bougies auprès de sa famille. Mais il restera en prison. Ainsi en a décidé le ministre de la justice, Jack Straw. Il a estimé que Biggs n’avait pas fait acte de « repentance ». Il considère donc qu’il n’a aucune raison de faire un geste à son égard. Ronnie Biggs, c’est un mythe. Une légende. Même si ce n’en était pas l’auteur principal, c’est celui qui incarne le fameux hold-up du siècle : l’attaque du train Glasgow Londres en 1963. Avec 14 comparses, il avait dérobé 3 millions d’euros. C’est ce fait divers qui avait inspiré le film de Gérard Oury, « le cerveau » avec David Niven.
En fait, tous les membres du gang avaient Ă©tĂ© rapidement arrĂŞtĂ©s et condamnĂ©s Ă 30 ans de prison, mais deux d’entre eux, dont Biggs, avaient rĂ©ussi Ă s’évader. Ce dernier avait ensuite vĂ©cu avec sa famille en cavale en Espagne, en Australie puis au BrĂ©sil.Â
Biggs a d’autant plus irrité les autorités britanniques que depuis son asile doré, il ne s’est pas privé de les narguer. Il se montrait sur des photos devant de belles piscines en compagnie de jolies filles.  Il recevait des touristes à qui il offrait des tee-shirts sur lesquels il était écrit « j’ai rencontré Ronnie Biggs ». Il avait même eu le culot d’enregistrer deux titres avec les Sex Pistols, à Rio, dont un intitulé « no one is innocent ».
 Mais le soleil ne fait pas tout. En 2001, âgĂ© et après plusieurs attaques cĂ©rĂ©brales il s’est rĂ©signĂ© Ă rentrer en Angleterre oĂą il a immĂ©diatement Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©. Sa santĂ© s’est de nouveau dĂ©gradĂ©e et il s’est cassĂ© la hanche. Son fils, Michael Biggs, espĂ©rait donc qu’il bĂ©nĂ©ficierait d’une libĂ©ration conditionnelle. Il la souhaitait d’autant plus que son père, explique-t-il, a purgĂ© la mĂŞme peine que tous ses autres comparses de l’époque, et qu’il est très malade.  Â
Mais voilĂ Â : il n’aurait pas fait acte de repentance. Jack Straw a encore en travers de la gorge sa cavale provocatrice. Peu importe que les faits remontent Ă 46 ans. Peu importe la durĂ©e de la peine dĂ©jĂ effectuĂ©e. Peu importe son âge. Peu importe sa santĂ© fragile. Peu importe qu’il soit aujourd’hui un homme diminuĂ©. Peu importe que le risque de rĂ©cidive soit nul… On voudrait le voir supplier. « Il a clairement exprimĂ© ses regrets pour le vol » explique son fils, « mais pour sa fuite, non, car il ne regrette pas d’avoir vĂ©cu auprès de sa famille ».Â
Biggs Ă©nerve donc toujours. A cause d’une lĂ©gende qui s’est construite autour de sa cavale. Car dans les faits, le hold-up n’a pas Ă©tĂ© si brillant qu’on le croit. D’abord, les malfaiteurs ne pensaient pas qu’il y avait un tel butin dans le train. Ils en ont Ă©tĂ© les premiers surpris. Ensuite, ils ont laissĂ© leurs empreintes partout dans la maison qu’ils avaient louĂ©e pour se cacher après le forfait. La plupart ayant des casiers judiciaires, ils ont Ă©tĂ© facilement arrĂŞtĂ©s, puis condamnĂ©s Ă une peine dont beaucoup s’accordent pour dire qu’elle Ă©tait dĂ©mesurĂ©e.Â
Michael Biggs va maintenant faire appel de la décision du ministre. Il espére que face à l’absence de « repentance » de son père, elle saura au moins faire preuve de clémence.

Ronnie Biggs















