Bienvenue Ă  Londres !

Le blog de Jacques Monin


Le non “repentant”

Non classé

Ronnie Biggs, malade, 79 ans, voulait souffler ses 80 bougies auprès de sa famille. Mais il restera en prison. Ainsi en a décidé le ministre de la justice, Jack Straw. Il a estimé que Biggs n’avait pas fait acte de « repentance ». Il considère donc qu’il n’a aucune raison de faire un geste à son égard. Ronnie Biggs, c’est un mythe. Une légende. Même si ce n’en était pas l’auteur principal, c’est celui qui incarne le fameux hold-up du siècle : l’attaque du train Glasgow Londres en 1963. Avec 14 comparses, il avait dérobé 3 millions d’euros. C’est ce fait divers qui avait inspiré le film de Gérard Oury, « le cerveau » avec David Niven.

En fait, tous les membres du gang avaient été rapidement arrêtés et condamnés à 30 ans de prison, mais deux d’entre eux, dont Biggs, avaient réussi à s’évader. Ce dernier avait ensuite vécu avec sa famille en cavale en Espagne, en Australie puis au Brésil. 

Biggs a d’autant plus irrité les autorités britanniques que depuis son asile doré, il ne s’est pas privé de les narguer. Il se montrait sur des photos devant de belles piscines en compagnie de jolies filles.  Il recevait des touristes à qui il offrait des tee-shirts sur lesquels il était écrit « j’ai rencontré Ronnie Biggs ». Il avait même eu le culot d’enregistrer deux titres avec les Sex Pistols, à Rio, dont un intitulé « no one is innocent ».

 Mais le soleil ne fait pas tout. En 2001, âgĂ© et après plusieurs attaques cĂ©rĂ©brales il s’est rĂ©signĂ© Ă  rentrer en Angleterre oĂą il a immĂ©diatement Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©. Sa santĂ© s’est de nouveau dĂ©gradĂ©e et il s’est cassĂ© la hanche. Son fils, Michael Biggs, espĂ©rait donc qu’il bĂ©nĂ©ficierait d’une libĂ©ration conditionnelle. Il la souhaitait d’autant plus que son père, explique-t-il, a purgĂ© la mĂŞme peine que tous ses autres comparses de l’époque, et qu’il est très malade.   

Mais voilà : il n’aurait pas fait acte de repentance. Jack Straw a encore en travers de la gorge sa cavale provocatrice. Peu importe que les faits remontent à 46 ans. Peu importe la durée de la peine déjà effectuée. Peu importe son âge. Peu importe sa santé fragile. Peu importe qu’il soit aujourd’hui un homme diminué. Peu importe que le risque de récidive soit nul… On voudrait le voir supplier. « Il a clairement exprimé ses regrets pour le vol » explique son fils, « mais pour sa fuite, non, car il ne regrette pas d’avoir vécu auprès de sa famille ». 

Biggs Ă©nerve donc toujours. A cause d’une lĂ©gende qui s’est construite autour de sa cavale. Car dans les faits, le hold-up n’a pas Ă©tĂ© si brillant qu’on le croit. D’abord, les malfaiteurs ne pensaient pas qu’il y avait un tel butin dans le train. Ils en ont Ă©tĂ© les premiers surpris. Ensuite, ils ont laissĂ© leurs empreintes partout dans la maison qu’ils avaient louĂ©e pour se cacher après le forfait. La plupart ayant des casiers judiciaires, ils ont Ă©tĂ© facilement arrĂŞtĂ©s, puis condamnĂ©s Ă  une peine dont beaucoup s’accordent pour dire qu’elle Ă©tait dĂ©mesurĂ©e. 

Michael Biggs va maintenant faire appel de la décision du ministre. Il espére que face à l’absence de « repentance » de son père, elle saura au moins faire preuve de clémence.

Ronnie Biggs

Ronnie Biggs

Co BBC

Les 50 concerts de trop

culture

Et si c’était vrai. Et si Londres l’avait tué ? 

Quels que soient les résultats des autopsies et des analyses toxicologiques qui seront communiquées, disséquées, commentées, interprétées, il restera une part de mystère autour de la mort de Michael Jackson. Un mythe, une légende est en train de se créer, comme cela avait été le cas en d’autres temps avec Elvis Presley. Alors pourquoi n’irais-je pas moi-même me confronter aux hypothèses ? A une en l’occurrence : celle d’un impossible retour qui a eu raison de lui.

 Car enfin : il y a encore deux ans, Michael Jackson n’était plus que l’ombre de lui-mĂŞme. Physiquement dĂ©chu, il avait parfois besoin qu’on le porte. Il ne rĂ©ussissait mĂŞme plus Ă  s’alimenter correctement. Ce mutant immature a vĂ©cu un enfer judiciaire, psychologique et financier. Au delĂ  des accusations de pĂ©dophilie qui ont marquĂ© ces dernières annĂ©es, il n’a jamais pu trouver la sĂ©rĂ©nitĂ©. Ni adulte ni enfant, il n’a jamais su grandir dans une vie qui lui a volĂ© son enfance. Ni noir ni blanc, il s’est cherchĂ© une identitĂ© au prix de treize opĂ©rations de chirurgie esthĂ©tique qui en ont fait un presque zombie. A cela se sont ajoutĂ©es ses pertes colossales et la vente de son ranch, qui expliquent qu’il ait dĂ» (ou qu’on l’ait poussĂ© Ă ) faire un come back spectaculaire.

 Mais peut-on redevenir ce dont on s’est tellement éloigné ? Ressusciter un génie de la pop et de la danse qui n’était déjà plus qu’un souvenir ?  

Le projet tenait déjà de la gageure. Enchainer 50 concerts en l’espace de six mois de la folie pure. 

 La machine infernale s’est donc mise en route ce jour de mars oĂą il est venu annoncer son retour Ă  Londres. Il Ă©tait alors incapable de faire face aux acclamations de la foule. Il se tortillait dans tous les sens comme un gamin ahuri. ArrivĂ© très en retard, il ne s’est exprimĂ© que deux minutes trente. J’aurais alors dĂ» affiner le malaise que j’avais ressenti ce jour-lĂ . Mais sans doute, aveuglĂ© moi aussi, par l’évĂ©nement qui s’annonçait, je n’ai pas voulu voir qu’il serait incapable d’assurer un tel dĂ©fi.

Je n’affirme rien, Ă©videmment. Mais j’imagine. Michael Jackson a du faire des efforts surhumains pour essayer de redevenir lui-mĂŞme. MalgrĂ© son immaturitĂ©, il a dĂ» comprendre qu’il s’était lui-mĂŞme piĂ©gĂ©. Que le dĂ©fi Ă©tait insurmontable, et  qu’il risquait de terminer sa carrière en offrant sa dĂ©chĂ©ance au public. Pas Ă©tonnant qu’il ait eu recours Ă  un excès de mĂ©dicaments pour essayer de faire face Ă  la panique qui a dĂ» l’assaillir. Les multiples traces de piqures que l’on a trouvĂ©es sur ses bras parlent d’elles-mĂŞmes.

 Le possible échec ou la mort. C’est la deuxième qui l’a emporté. Sa légende n’en sera que plus grande. Les tabloïds la cultivent déjà. Ils affirment que ses dernières répétitions portaient la marque d’un génie de retour. Je pense pourtant que c’est parce qu’il avait peur de l’impossible qu’il a trop demandé à lui-même. Et qu’on lui a trop demandé.  

 Londres était une nasse dont il n’a pas su sortir.

Wimbledon, 36 ans après ?

sport

Allez, pour une fois, je vous emmène au tennis. Car ici, Wimbledon, c’est sacré !

Allez faire un tour sur le site de la BBC http://www.bbc.co.uk/ et vous verrez que le tennis en occupe tout l’espace. On a relégué le reste des infos en bas de la page d’accueil (en tout cas sur la version accessible en Grande-Bretagne). Mais cette année, l’épreuve est encore plus médiatisée pour deux raisons. 

D’abord, on étrenne le nouveau toit du court numéro 1. Un toit magnifique, ouvrant et translucide. Une merveille. Je vous l’assure. Lorsqu’il est fermé, on a tout de même l’impression d’être en plein jour et en plus, il fait frais. Un courant d’air humide parcours l’arène. Fini donc les éternels « rain delays » (les matchs interrompus par la pluie) qui faisaient les délices de Wimbledon. Seul hic : il fait en ce moment un temps si beau que l’on se demande s’il servira cette année. On l’a bien fermé hier, mais pour éviter que le soleil n’abime le gazon ! 

Ensuite, la Grande Bretagne mise sur la victoire d’Andy Murray, jeune écossais de 22 ans, troisième joueur mondial. En l’absence de Nadal, et après sa victoire au Queens, beaucoup y croient. Lors de ses quatre dernières rencontres face à Federer, il a gagné. L’espoir est d’autant plus fort que ce serait la première fois en 73 ans qu’un britannique remporte Wimbledon. Le dernier, c’était Fred Perry en 1936 ! 

Murray n’a pourtant pas toujours été apprécié par les anglais. Parce que c’est un Ecossais, et il se revendique comme tel. Ensuite, parce qu’il a un caractère plutôt trempé et que ses sourires sont rares. Mais tout ça  semble aujourd’hui oublié (en tout cas, tant qu’il peut gagner). Parce qu’il est le seul véritable espoir britannique (le second anglais à l’ATP est classé 189 ème !) Parce qu’il a mis de  l’eau dans son vin. Il a supprimé la mention faite à William Wallace (le nationaliste Ecossais) de son site web. Il a aussi choisi une tenue qui rappelle celle de Fred Perry. Et lors de sa victoire au Queens, il est allé faire une bise attendrissante à sa maman devant les caméras… 

Si avec ça, la mayonnaise ne prend pas. A moins que l’excès de médiatisation qui l’entoure produise l’effet inverse…

John Bercow, 46 ans, conservateur, et nouveau speaker

politique

Je sais, cette élection n’est pas très populaire en France. Je me demande même si vous auriez pu citer le nom de plus d’un des dix candidats en lice. Et pourtant, elle a fait la une de l’actualité ici. La chambre des communes a finalement élu son nouveau speaker (autrement dit son nouveau président) après la démission du précédent, Michael Martin, emporté par  le scandale des frais parlementaires. Et c’est finalement un conservateur, John Bercow qui a été élu avec une confortable majorité.  

Bon. Et alors ? Un revers de plus pour le gouvernement Brown pourrait-on dire ? Oui et non en fait.  Oui parce que les travaillistes avaient comme favorite l’ancienne ministre des affaires étrangères Margaret Beckett. Ce faisant, ils avaient tout faux. A 66 ans, elle est certes expérimentée, mais elle n’incarne pas vraiment le renouvellement qui semblait nécessaire après autant de turbulences. De plus, elle a été épinglée pour avoir touché 85 000 euros d’indemnité de logement alors qu’elle occupait un appartement de fonction. Difficile ensuite de se positionner comme celle qui veut tourner le dos aux pratiques du passé. D’ailleurs, elle n’en avait pas vraiment l’intention.  

Conclusion : au bout de trois tours de scrutin, les deux seuls candidats en lice étaient des conservateurs (John Bercow et George Young) ! 

Mais le résultat du vote est en trompe l’œil. Les travaillistes sont finalement assez satisfaits du choix de Bercow tandis que les Tories ne cachent pas leur déception. L’homme est en effet avant tout un modéré. Lui qui a un enfant autiste avait accepté il y a plus d’un an de conseiller le gouvernement Brown sur l’apprentissage des enfants en difficulté. Une trahison qui avait fait enrager ses confrères pour qui l’opposition ne peut être que systématique. Certains envisagent d’ailleurs de le destituer après les prochaines élections pour mettre à sa place un speaker plus authentiquement conservateur. 

A voir… En attendant, son élection est sans doute la meilleure nouvelle que le parlement ait reçue ces derniers mois. Certes, lui aussi a quelques indemnités à rembourser parce qu’il a abusé du système. Mais à 46 ans, il incarne la jeunesse et le dynamisme. Il s’est surtout positionné comme l’élu le plus déterminé à mettre un terme aux pratiques du passé « immédiatement, et de manière permanente » a-t-il dit. Il a, enfin, pour lui le fait de ne pas être étiquetté comme un partisan. 

 Les travaillistes l’ont adoubé par défaut et les conservateurs rongent leur frein. Mais devant l’opinion, c’était sans doute le meilleur des speakers possibles.    

Le “timing” de Tony Blair

international, défense, politique

Le temps se gâte au dessus de Tony Blair… 

Jusqu’ici, l’ex Premier ministre britannique avait fait un sans faute. Il a d’abord quitté le pouvoir avant la crise financière, laissant le soin à son successeur d’affronter la tempête. Il a ensuite été nommé au poste d’émissaire du Quartet pour le Proche Orient, occupation qui lui laisse le loisir  de donner de lucratives conférences dans le monde et de s’occuper de sa nouvelle fondation pour le rapprochement des religions. Il semble cependant qu’il caresse un autre rêve : devenir le premier président de l’Union Européenne. 

Jusqu’ici, les choses ne se prĂ©sentaient pas trop mal. Gordon Brown, fragilisĂ©, n’a pas l’intention d’ouvrir un nouveau front sur ce chapitre avec son ancien partenaire. Et mĂŞme l’eurosceptique David Cameron se dit qu’il ne ferait pas un mauvais patron de l’Union. Il lui reste cependant Ă  convaincre les autres prĂ©sidents des pays europĂ©ens. Mais mathĂ©matiquement, il n’est pas exclu qu’il parvienne Ă  ses fins. En admettant que l’Irlande finisse par accepter le traitĂ© de Lisbonne, les choses pourraient donc s’accĂ©lĂ©rer en octobre prochain.  

Sauf qu’un grain de sable risque d’enrayer la machine. Et ce grain de sable s’appelle l’Irak. Si vous avez lu une de mes précédentes chroniques, vous savez que Gordon Brown a finalement décidé d’ouvrir une enquête pour clore ce chapitre. Une enquête qui devait rester secrète.   

Mais deux nouveaux éléments sont intervenus ces derniers jours.  

1 : Devant l’indignation suscitée par cette décision, le Premier ministre a finalement accepté que certains volets de cette enquête soient publics. 

2 : Plusieurs journaux ont révélé ce week-end que Gordon Brown a souhaité la discrétion pour satisfaire Tony Blair qui lui aurait demandé (par émissaires interposés) de mettre un étouffoir sur la procédure car il redoutait un « cirque médiatique » qui pourrait entacher sa candidature à la tête de l’Union.  

RĂ©sultat : Tony Blair va peut-ĂŞtre devoir tĂ©moigner en public et rĂ©pondre Ă  plusieurs questions embarrassantes : pourquoi a-t-il voulu la guerre alors qu’il n’existait pas d’armes de destructions massives ? Pourquoi n’a-t-il pas attendu une rĂ©solution de l’ONU autorisant la guerre ? Pourquoi son Attorney General (son conseiller juridique) a-t-il brusquement changĂ© d’avis sur le sujet ? Une note Ă  laquelle « The Independent » fait rĂ©fĂ©rence montrerait que Tony Blair et George Bush avaient évoquĂ© ensemble plusieurs hypothèses pour justifier la guerre dans l’hypothèse oĂą la recherche des armes de destructions massives aurait Ă©choué…. VoilĂ  des questions qui pourraient minimiser les chances de succès de l’ancien Premier ministre d’apparaĂ®tre comme le bon candidat pour l’Europe.

Reste cependant un timing : L’enquête prendra sans doute plus d’un an. Le « cirque médiatique » pourrait donc avoir lieu après la désignation du futur président. Wait and see.

La queue de la comète

social, syndicats, politique

Tiens, le revoilà… Le scandale des frais des députés. 

On le croyait en voie d’extinction. Le Daily Telegraph en avait fini avec son chapelet de révélations. Gordon Brown avait promis un nouveau système de contrôle. Le speaker (celui qui occupe le perchoir britannique) Michael Martin avait prononcé son dernier discours. La population aussi aspirait sans doute à un répit. Mais voilà que dans un souci de transparence,  le parlement vient de publier à son tour la liste des notes de frais avec une maladresse qui tourne à la farce.

 Afin de préserver la soit disant « sécurité » des députés, de nombreux bordereaux de règlement ont été noircis. La tentative de transparence produit donc l’effet inverse. Loin de mettre point final à l’affaire, elle la ravive en donnant le sentiment que l’on cherche à cacher les choses. « The blackout » titre the Independent. « The cover-up » répond en écho le Telegraph. Résultat, le journal annonce un supplément de 68 pages pour livrer l’ensemble des détails qui ont été omis, dont des reçus réglés par Gordon Brown chez Ikea. Le Premier ministre qui aurait par ailleurs vu 9 pages de règlements retirées des dossiers publiés.  

C’est donc reparti pour un tour ! On en oublierait presque que Fred Goodwin, l’ex patron de la Royal Bank of Scotland, qui est parti avec un parachute doré en laissant sa banque exsangue en pleine crise financière, vient de faire un geste : il propose de rendre un tiers de sa retraite.  

Dans le même temps, 900 employés de la raffinerie de Lindsey sont mis à la porte. Motif : ils s’étaient lancés dans une grève sauvage pour soutenir 51 salariés licenciés. Pas question de tolérer une grève illégale explique la direction de Total qui gère le site. « C’est peut-être illégal, mais les députés aussi ont commis des illégalités, et personne ne les met à la porte » maugrée John Mc Ewan, un de ces licenciés. 

Le scandale des frais parlementaires. Quand je vous dit qu’on en sort pas…

Cabinet expenses in full published by Telegraph

Cabinet expenses in full published by Telegraph

Ni la prison, ni la mort

police justice, médias

Bonne nouvelle : Suzanne Breen, cette journaliste d’Irlande du nord à qui la police réclamait ses notes vient d’obtenir gain de cause devant la justice de Belfast (cf ma précédente chronique « la prison ou la mort). Le juge a finalement décidé qu’elle n’avait pas à produire son travail, ni à divulguer le contenu de son ordinateur, car cela risquait de mettre sa vie en danger. Or la convention européenne des droits de l’homme reconnaît ce droit à la vie. 

Cette jurisprudence est importante. Non seulement elle sauve Suzanne Breen de l’impossible dilemme devant lequel elle se trouvait : donner ses documents et risquer d’être la cible de l’Ira Véritable, ou refuser de le faire et être condamnée à aller en prison. Mais elle reconnaît de fait le droit pour les journalistes de ne pas divulguer leurs sources, une condition essentielle à l’exercice de leur profession.   

Si vous souhaitez partager sa joie (son soulagement aussi), vous pouvez vous rendre sur ce lien :  

http://news.bbc.co.uk/1/hi/northern_ireland/8107230.stm

Calendrier…

société, politique

Trois jours passés, et trois infos… 

Lundi : Gordon Brown annonce qu’une enquête aura enfin lieu sur la guerre en Irak. Elle était réclamée par l’opposition et des parents de victimes. Elle aura pour but de solder l’héritage irakien. Tony Blair devrait être entendu dans ce cadre-là. Seul souci : elle sera secrète et ses résultats ne seront pas divulgués avant les prochaines élections générales.

 Argument invoqué : Il ne faut pas mettre en danger les troupes qui sont encore sur place, et en différant ses conclusions, on évite d’en faire un argument de politique intérieure. La guerre risque en effet d’être à mettre au compte des échecs du gouvernement travailliste. 

Encore une fois cependant, Gordon Brown fait dans une demi-mesure qui ne satisfait personne. Les partisans d’une enquête sont frustrés de la voir se dérouler en catimini. Quant aux autres, de toutes façons, ils n’en voulaient pas. Résultat : le gain politique est une fois de plus négatif. 

 Mardi : On croit rêver. Avec la crise, certaines entreprises avaient mis leurs personnels au chômage forcé. D’autres avaient réduits leurs salaires. Mais British Airways fait encore plus fort. La compagnie aérienne propose à ses salariés de travailler un mois sans salaire.  BA traverse en effet une période de turbulences, financières, et peut-être bientôt syndicales, si cette proposition devait se préciser. 

Mercredi : David Cameron, le leader conservateur verrait finalement d’un bon Ĺ“il la candidature de Tony Blair Ă  la prĂ©sidence de l’Union EuropĂ©enne. Si L’Irlande vote finalement oui au traitĂ© de Lisbonne en Septembre, et s’il finit par s’appliquer, il faudra bien Ă©voquer un nom. Et Ă  tout prendre, l’ancien Premier ministre, libĂ©ral comme lui, n’est pas le pire des candidats qu’il imagine Ă  ce poste.  

 Tony Blair, c’est pourtant celui qui avait entrainĂ© son pays dans l’affaire irakienne (lundi). C’est encore celui qui en refusant toute rĂ©gulation financière a laissĂ© prospĂ©rer les bases qui ont conduit à la crise d’aujourd’hui (mardi). Et son pays n’a pas adoptĂ© l’euro. Incarne-t-il vraiment ce que l’on peut souhaiter de mieux pour l’Europe ? 

Vivement jeudi !

la prison ou la mort

terrorisme, police justice, politique

On peut reprocher aux journalistes, lorsqu’ils défendent un de leurs confrères, de tomber dans le corporatisme. Mais si j’ai décidé de vous parler de cette affaire, c’est parce qu’elle va bien au-delà. Elle touche aux bases mêmes de la démocratie. Les conditions de l’encadrement du droit à l’information, renvoient aux droits des citoyens à être informés. Et par delà ce droit se pose une question : le droit à la la sécurité des citoyens justifie-t-elle une restriction du droit à l’information ?

De quoi s’agit-il donc ? Dans quelques jours, un tribunal de Belfast en Irlande du Nord va statuer sur le cas de Suzanne Breen, une journaliste du Sunday Tribune. Elle avait réalisé l’interview d’un membre de l’IRA véritable, un groupe soupçonné d’avoir assassiné le 7 mars dernier deux soldats alors hébergés dans leur garnison d’Antrim.

Comme le prévoit la loi contre le terrorisme, la police lui demande de lui remettre son ordinateur, ses numéros de téléphones et ses contacts. Bref, de livrer l’identité de celui qu’elle a interviewé. Dans le cas contraire, elle est passible de 5 ans de prison.

Mais la journaliste refuse en invoquant deux arguments :

D’abord, collaborer avec les autorités en Irlande du Nord est puni de mort par l’IRA Véritable. Donner ses sources équivaut donc à la mettre en danger, elle et sa famille. Elle préfèrera aller en prison, plutôt que de prendre ce risque-là.

Ensuite, livrer ses sources, c’est attenter à l’essence mĂŞme du droit Ă  l’information. Le journaliste doit pouvoir ĂŞtre indĂ©pendant et crĂ©dible. Qui oserait lui parler s’il savait qu’il peut ĂŞtre « balancĂ© » ? La protection des sources est d’ailleurs reconnue par la convention europĂ©enne des droits de l’homme Ă  laquelle Suzanne Breen se rĂ©fère dĂ©sormais.

Presse et police doivent coexister sans collaborer. Le premier enquĂŞte et rĂ©vèle. Il Ă©claire l’opinion. Le second enquĂŞte et rĂ©prime. A chacun sa fonction. On peut, certes, reprocher Ă  un journaliste de donner une tribune Ă  des terroristes. Ce dĂ©bat-lĂ  est justifiĂ©. Je ne suis d’ailleurs pas sĂ»r que j’aurais moi-mĂŞme acceptĂ© de “mettre en scène” les propos de meurtriers, mĂŞme pour des motifs soi-disant politiques. Mais admettre une collusion entre la police et la presse, c’est se rapprocher de la frontière qui sĂ©pare les dĂ©mocraties des dictatures.

Plusieurs grandes signatures britanniques ont pris fait et cause pour Suzanne Breen. Amnesty international aussi. Le jugement qui sera rendu n’est pas neutre. Soit il montrera que la Grande-Bretagne reste une démocratie qui ne rogne pas sur la liberté de la presse. Soit elle bascule vers une pente glissante…

Une autre planète

société, sport

La planète foot marche-t-elle sur la tête ? On l’avait dit lors du transfert de Zinedine Zidane (déjà au Real Madrid). Transfert record à l’époque de 73 millions d’euros. On l’entend à nouveau à l’occasion de celui de Ronaldo (encore au Real) pour 93 millions d’euros. 

Il est vrai qu’il y a de quoi avoir le tournis. Les stars du foot ne vivent pas sur la même planète que nous. Et le foot européen fonctionne à deux vitesses. Il y a d’un côté les clubs français qui galèrent pour équilibrer leurs budgets avec une DNCG intraitable. Et de l’autre des clubs détenus par des milliardaires qui en ont fait leurs jouets, et qui achètent les stars à prix d’or. Pas étonnant dans ces conditions que les meilleurs français finissent tous par jouer en Espagne, en Italie ou en Angleterre.  

On pourra toujours objecter que si ces clubs peuvent se le permettre, pourquoi les en empêcher ? Ronaldo comme Zidane sont des joueurs d’exception. Des génies à leur manière. Qu’ils boxent dans la catégorie des millionnaires, donc, pourquoi pas ? La contrepartie de ces salaires, ce sont aussi des stades pleins. A côté, les pelouses dégarnis du championnat français font pâle figure. Et que dire du jeu des clubs les plus riches ? Offensif, léché, spectaculaire… Barcelone en finale de la ligue des champions approchait la perfection. Là encore, pardon, mais le football français a quelque chose d’étriqué. 

Mais une fois que l’on a fait ce constat, on ne peut pas occulter qu’il existe deux poids et deux mesures. Est-il normal que les règles du jeu ne soient pas les mêmes pour tous ? Que la transparence des budgets des grands clubs laisse à désirer ? Que l’on tolère que les déficits se creusent ? A Manchester, il est de 800 millions d’euros. Or le club aurait l’intention de dépenser l’intégralité de l’argent récolté à l’occasion du transfert de Ronaldo, plus une rallonge de 25 millions d’euros, pour assurer son recrutement en vue de la saison prochaine.  

On croit rêver !  

 Les bonus sont dans le collimateur de l’opinion. L’heure est à la réduction des salaires. Le gouvernement envisage de plafonner les salaires des baques nationalisées. Mais le foot peut tout se permettre. La crise semble en fait accentuer l’intérêt pour ces jeux du cirque qu’est devenu le football ici. Cela vaut sans doute aussi pour l’Espagne dont l’économie se porte encore plus mal. Mais l’emballement ne va-t-il pas trop loin ?    

Qui avait vu venir la chute de Lehmann Brother ?