Une rumeur n’est pas une information
J’aurais mis du temps à vous en parler. Et à juste titre. Mais il est temps de le faire. Parce que le temps a passé, et avec lui vient la distance, et donc les conclusions.
Et surtout, parce que l’ « affaire » est Ă la fois rĂ©vĂ©latrice du fonctionnement des mĂ©dias britanniques  et de la non fiabilitĂ© d’internet, ce qui est plutĂ´t rassurant pour le journalisme dit « traditionnel ».Â
De quoi s’agit-il donc…Â
Depuis plusieurs jours ici, la presse s’est emparée d’une rumeur sur une prétendue infidélité et de Nicolas Sarkozy, et de Carla bruni.  Rappelons avec vigueur qu’une rumeur n’est pas une information.
C’est pour cela que les mĂ©dias français l’ont passĂ©e sous silence. Aussi parce que le respect Ă la vie privĂ©, y compris pour les plus hauts dirigeants, est encore une vertu que les mĂ©dias français prĂ©servent, Ă condition que cette vie privĂ©e n’interfère pas sur la vie publique.Â
Silence radio donc. Silence justifiĂ©. Â
Mais pendant ce temps, la presse britannique, elle, s’est dĂ©chainĂ©e. Surfant sur les suppositions, les interprĂ©tations de signes sans importance, comme l’absence de bague de mariage au doigt de Carla Bruni ou le port de talons haut, elle a multipliĂ© les unes Ă coup de titres tapageurs : « Carla bruni a-t-elle trouvĂ©e sa rivale ? », ou « le couple Sarkozy-Bruni touche-t-il à sa fin ? »… Et j’en passe.Â
Cette couverture n’a pas Ă©tĂ© le fait que de la presse tabloĂŻd. Des journaux engagĂ©s politiquement mais dit sĂ©rieux comme le Daily Telegraph en ont fait leur une, photos des intĂ©ressĂ©s Ă l’appui. Le Times n’a pas fait exception…
Bref, tournant le dos au BA–BA du journalisme, ils ont colporté, amplifié et accrédité des rumeurs.
Pire : pour griller ses concurrents, la chaine Sky news a du coup diffusĂ© un interview de Carla bruni rĂ©alisĂ© avant l’affaire, donnant le sentiment qu’elle rĂ©pondait aux rumeurs en affirmant que jamais son mari ne la tromperait.Â
J’ai donc vĂ©cu cette situation surrĂ©aliste dans laquelle la Grande-Bretagne se dĂ©lectait d’un feuilleton qui, soi disant, agitait la France, tandis que rien ne paraissait sur cette pseudo information dans le pays concernĂ©.Â
Venons-en donc aux conclusions :Â
1 : Une fois de plus, la presse britannique fait la dĂ©monstration qu’à vouloir ne rien censurer elle confond commĂ©rage et information. Certes la presse française est parfois plus rĂ©vĂ©rencieuse, mais du coup, plus sĂ©rieuse et plus respectueuse.Â
2 : Encore une fois, l’idĂ©e qu’un homme politique trompe sa femme et vice versa est considĂ©rĂ©e comme une faute qui mĂ©rite un lynchage de l’opinion. Ce qui est une information dans un pays anglo-saxon, n’en est pas forcĂ©ment une en France.  La presse est donc aussi un reflet (dĂ©formĂ© en l’occurence) de la culture d’un pays. De son rapport au monde et Ă la morale.
3 : Tout est (apparemment) parti d’un post fantaisiste sur Twitter qui, en se propageant, a créé ce qu’on appelle un buzz et donné le sentiment qu’Internet parlait d’une vérité censurée, alors que la presse officielle n’en disait rien.
On peut pourtant penser exactement le contraire.
Preuve est faite une fois de plus que l’on peut raconter n’importe quoi sur Internet et que la presse traditonnelle, pour rébarbative et critiquable qu’elle soit, tri encore les informations, les vérifie et les hiérarchise. Bref, de même que la télé n’a pas tué la radio, Internet ne tuera pas la presse.
Il la pousse Ă Ă©voluer, mais il la rend au contraire plus nĂ©cessaire que jamais. Â














