Pas de malades chez Amazon.co.uk
Je suis parfois surpris de constater combien certains sujets dĂ©clenchent des rĂ©actions passionnĂ©es et contradictoires, lorsque d’autres ne semblent pas appeler de commentaires particuliers. Dernier exemple en date : j’ai fait Ă©tat des conditions dans lesquelles travaillent  les salariĂ©s d’Amazon en Grande-Bretagne, dans un entrepĂ´t du centre de l’Angleterre. Â
En fait, c’est un journaliste du Sunday Times qui a levĂ© le lièvre. Il s’est fait embaucher pendant une semaine pour voir quelles Ă©taient les coulisses de ce cĂ©lèbre site Internet Ă bon marchĂ© abreuvĂ© de commandes en cette pĂ©riode de NoĂ«l.Â
Il a ainsi dĂ©couvert des choses que l’on connaĂ®t aussi en France : travail intensif 6 jours sur 7, avec interdiction de prendre son tĂ©lĂ©phone portable, nĂ©cessitĂ© d’informer sa hiĂ©rarchie pour aller aux toilettes, des trajets de près de 20 kilomètres Ă faire Ă pieds dans le hangar, tout cela sous le regard permanent des camĂ©ras et pour l’équivalent du SMIC.Â
Mais il y a pire : non seulement parler une autre langue que l’anglais est interdit, mais l’entreprise a mis au point un système de permis Ă 5 points. Un retard, et c’est un point de moins. Une absence pour maladie, mĂŞme avec un arrĂŞt de travail en bonne et due forme, c’en est un autre enlevĂ©. Et 5 points perdus, c’est la porte ! Â
Le père NoĂ«l n’est donc pas pour tout le monde.Â
Mais au pays oĂą l’on travaille encore facilement 60 heures par semaines, tout cela est lĂ©gal et assumĂ©. La direction explique que tout le monde fait un effort en cette pĂ©riode de NoĂ«l pour la plus grande satisfaction du consommateur. Daniel Foggo, du Sunday Times, considère qu’il n’y a pas que dans les pays du Tiers monde que l’on exploite la main d’œuvre. Nos pays dĂ©veloppĂ©s n’ont parfois pas grand-chose Ă leur envier.   Â
Face Ă son tĂ©moignage, j’ai donc reçu deux types de rĂ©actions.  Les uns se sont dits choquĂ©s de cette situation et ont applaudis Ă cette diffusion. Mais d’autres m’ont fait part de leur Ă©tonnement que l’on prĂ©sente comme scandaleuses des pratiques qui, grosso modo, se retrouvent dans de nombreuses entreprises françaises. Certes, le permis de travail Ă point n’existe pas. La maladie est encore autorisĂ©e. Mais, m’a fait remarquer une auditrice, « il existe des moyens plus pervers d’arriver au mĂŞme rĂ©sultat ». Â
Raison de plus, me semble-t-il, pour dénoncer ce qui est déjà visible et assumé.














