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Le blog de Jacques Monin


La politique des larmes

politique, Non classé

Gordon le terne redeviendrait-il « Flash » Gordon ? 

On le disait au fond du trou (je le disais d’ailleurs !), usé par un règne de 13 ans, usé par des affaires à n’en plus finir, affaibli par la crise économique. Bref, c’en était fini des travaillistes, et David Cameron, aux abois, se préparait à prendre les commandes de Downing street. 

Bien sûr, tout cela reste d’actualité. Mais il y a des signes qu’il ne faut pas sous estimer. 

Ainsi, pour la deuxième semaine consécutive, les conservateurs sont en baisse d’un point, tandis que le labour monte d’autant. Certes, il y a encore 9 points d’écart en faveur des Tories, mais l’hypothèse d’un parlement sans majorité reste plausible. Et une coalition peut-être à portée de main. Qui sait ? 

C’est ce qui explique le soudain regain de dynamisme du Premier ministre qui cultive le don d’ubiquité. Le voici ce dimanche interviewé sur deux pages dans The Observer.

Alors que son pays émerge (enfin) de la récession, et en dépit des rudes mois qui s’annoncent, il retrouve des ailes. « Les électeurs verront bien qui a fait les bons choix pour les sortir de là » clame le premier ministre.

Il a désormais trois cordes à son arc : sa compétence économique retrouvée, sa colère contre les banquiers, et sa volonté de restaurer la confiance envers les politiques en tirant un trait sur le scandale des frais parlementaires. 

Bon, soyons clairs : il prĂ´ne aujourd’hui au plan Ă©conomique l’inverse de ce qu’il prĂ´nait il y a deux ans. Et son parti a Ă©tĂ© autant Ă©claboussĂ© que les autres par l’affaire des remboursements indus. Mais Ă  tout prendre, il finirait presque par devenir convainquant. 

Il joue aussi sur la carte émotionnelle. Ainsi ITV va diffuser le week-end prochain une interview très people du Premier ministre qui pleure en évoquant la mort de sa fille Jennifer, et ses craintes de voir son fils, Fraser, atteint de mucoviscidose, subir le même sort. 

Bref, Gordon est compétent. Il force l’admiration d’avoir résisté à tant d’adversité. Mais, de plus, il est humain ! 

Alors là, j’ai un peu de mal. Quand la vie privée se mélange à la vie publique. Quand les sentiments l’emportent sur la raison… tout est possible. Et si David Cameron lui répliquait sur Channel 4 en évoquant la mort récente de son enfant handicapé ?

Justice ou communication ?

police justice

On y voit enfin un peu plus clair sur l’affaire de cette mère de 51 ans, Christiane Chocat, et de son fils de 20 ans, Benjamin, emprisonnés à Portsmouth, après avoir été surpris avec 16 vietnamiens entassés à l’arrière de leur camionnette de location.

Les douaniers avaient été alertés le 1 er octobre dernier, à la descente d’un Ferry en provenance de Cherbourg, par de la bué visible sur les fenêtres du véhicule. 

A l’écoute de leurs avocats, on peut maintenant reconstituer ce qui s’est passé.  

Benjamin, un jeune homme plutôt gentil et sans histoires, au chômage, se laisse convaincre par un, ou des, ressortissants de la communauté vietnamienne de Paris de faire le passeur. L’affaire peut être juteuse puisque l’on devait lui remettre 24 000 euros à son retour. 

Mais Benjamin n’a pas suffisamment d’argent pour payer les frais du voyage. Pour la location de la camionnette, c’est donc un mystĂ©rieux vietnamien qui règle 660 euros dans une agence de la gare de Lyon. Et pour les billets de l’Eurostar qui devaient le ramener en France, c’est sa mère qui fait l’avance de 250 euros. La mĂŞme qui conduira la camionnette, puisqu’il n’a pas non plus le permis de conduire. 

Tout est minutieusement préparé. Par qui ? On ne sait pas. Mais un cadre de bois recouvert de carton cache les 16 vietnamiens qui resteront au moins 7 heures serrés comme des sardines (calcul fait par la police britannique en fonction de la distance parcourue et des horaires du Ferry).

Pour qu’ils puissent respirer, on a percé des trous dans la carrosserie à la chignole. Et des espaces ont été aménagés entre l’arrière et les fauteuils avant. 

Il semble donc clair que pour Benjamin, c’est l’argent qui a été la première motivation. Et pour sa mère, conseillère municipale de la région parisienne, ce serait  le dévouement, la générosité, dira son avocat. Un dévouement pour son fils dans le besoin, qui va jusqu’à l’inconscience, et finalement, la complicité. 

Venons-en donc aux condamnations … 

Cinq ans de prison ferme pour Benjamin. Huit s’il n’avait pas eu 20 ans ! lui dira le juge qui s’estime clément. Et trois ans de prison pour Christiane.  

Vu de France, la sanction peut sembler lourde.  

Et j’en viens à ma conclusion : 

Le rôle de la justice est de juger en fonction du délit commis, des circonstances, du passé judiciaire (inexistant ici), et des risques de récidive (à priori très faibles).  

Seulement ici, le juge a ajouté cette phrase : « la sentence doit aussi être dissuasive pour d’autres français qui seraient tentés de commettre le même délit ». D’où cette grande sévérité. 

Est-il donc normal qu’un juge ne fonde pas sa décision que sur les faits et la personne, mais sur un message qu’il veut adresser à d’autres qui n’ont encore commis aucun délit ? 

Bref, la sanction s’adresse-t-elle au prévenu, dans le prétoire, ou à l’extérieur du tribunal. Doit-on faire un exemple ? Rend-on la justice, ou fait-on de la communication politique ? 

Voilà qui ferait sans doute un bon sujet de débat dans les écoles de magistrature…

“La loi de la nature”

religion, politique, Non classé

Le pape serait-il un adversaire de Gordon Brown ?

Il s’est en tout cas invité dans le débat politique, au risque de faire quelques vagues. 

De quoi s’agit-il ? 

Le gouvernement essaie de faire passer un texte qui viendra renforcer les lois déjà en vigueur pour lutter contre la discrimination. Cette loi pénalisera toute entreprise qui écarterait les gays des postes à responsabilité.  

Le problème, c’est que l’église catholique, comme une grande partie de l’église Anglicane, voit cette mesure d’un très mauvais œil. Elles risquent de devoir embaucher des gays au sommet de leur hiérarchie, faute de quoi elles pourraient faire l’objet de poursuites. 

Le Pape leur a donc donné un coup de pouce et les a invités à entrer en résistance. Il a écrit aux évêques catholiques anglais pour leur dire : 

1 : Votre pays est réputé pour lutter contre les inégalités. Mais il est des cas où cette démarche pénalise injustement des chrétiens qui ne peuvent plus vivre en accord avec leur croyance.  

2 : Est donc visée, la loi contre la discrimination des gays qui, à l’en croire, irait contre la « loi de la nature ». 

Il y a donc plusieurs débats dans le débat : 

D’abord, une sociĂ©tĂ© tolĂ©rante doit-elle accepter que certains ne respectent pas la loi si celle-ci est contraire à leurs croyances ? Bref, faut-il faire des exceptions pour les religions ? Ce dĂ©bat, inconcevable en France, est tout Ă  fait d’actualitĂ© dans un pays multiconfessionnel oĂą le culte est diffusĂ© Ă  la radio, oĂą des Ă©coles religieuses sont financĂ©es par l’Etat, et oĂą la Reine coiffe encore le clergĂ© anglican. 

Ensuite, peut-on parler d’être « contre nature » lorsque l’on n’a pas une orientation hétérosexuelle ? Et pour le coup, la formule du pape a de quoi choquer. D’où la polémique qui agite le milieu homosexuel mais bien au-delà.

La société nationale laïque a mis en ligne une pétition contre la venue du Pape prévue en septembre prochain. Elle a recueilli 50 000 signatures en 4 heures. 

Le gouvernement, lui, évite de polémiquer avec le souverain pontife. 

Permettez-moi simplement de prolonger le débat en l’étendant à la Burqa ou au voile islamique, cible ou futur cible de la loi française cette fois-ci. Les religieux ne pourraient-ils aussi pas y voir une atteinte au libre exercice de leur croyance ?  

Mais le Pape n’avait peut-ĂŞtre pas cela en tĂŞte en s’adressant aux anglais…

Le Tiger Woods britannique

société, médias, politique, Non classé

C’est l’affaire qui mobilise les médias en ce moment. Et quelle affaire ! 

Alors que Tony Blair venait de témoigner pour la postérité devant la commission Chilcot, les journaux titraient sur tout autre chose. De sacrément plus grave ! John Terry, le chouchou des anglais, le capitaine de football de Chelsea et de l’équipe d’Angleterre a trompé sa femme.

C’est un crime suffisant pour que la presse (y compris la plus sérieuse et la BBC) en parle, et pour qu’il soit lynché sur la place médiatique. Mais il y a plus grave : il l’a trompée avec un mannequin français qui n’est autre que l’ex petite amie de son meilleur ami qui joue aujourd’hui à Manchester City. 

Bref, non seulement ce n’est pas un bon mari, mais, de plus, l’amitié n’a pas valeur à ses yeux.  

Pire : en fouillant de plus belle, certains ont cru dĂ©couvrir qu’elle Ă©tait tombĂ© enceinte et qu’il avait payĂ© pour son avortement.  Devant un tel dĂ©ballage, son Ă©pouse a pris le large pour DubaĂŻ avec ses enfants.

 Alors là, c’en est trop ! Le secrétaire d’Etat aux sports s’interroge. Est-il légitime qu’il continue de porter le brassard de capitaine de l’Angleterre avec un tel palmarès ? Les journalistes sportifs lui emboitent le pas. Celui qui porte les couleurs du pays sur les stades du monde fait plus que de taper dans un ballon. Il représente les valeurs d’exemplarité que ledit pays pense véhiculer.  

Peut-on, donc, laisser un homme qui incarne la tromperie occuper ce poste-là ? 

A vous de juger…. Pour ma part, je me laisse aller Ă  deux rĂ©flexions, sans doute naĂŻves… 

1 : Et si finalement, tout cela ne nous regardait pas ? Si sa vie privée était, après tout, privée ?  

2 : Puisqu’à ma connaissance il n’a enfreint aucune loi, n’a été inculpé de rien, la vraie question n’est-elle pas ailleurs ? Au fait, joue-t-il bien au football ? N’est-ce pas avant tout ce qu’on lui demande ?  

On en aurait presque oublié une information qui, à mes yeux, parait plus importante : l’écart dans les sondages vient de se rétrécir entre travaillistes et conservateurs. Il serait de 7 à 9 points, ce qui rend de plus en plus possible l’hypothèse d’un parlement sans majorité. Autrement dit, d’un gouvernement de coalition.  

Le plus drôle, c’est que David Cameron interprète ce revers par son indécision à promettre une réduction d’impôt pour les couples mariés. 

John Terry pourra toujours se consoler en se disant que, compte tenu de son salaire, il n’en aura pas besoin !

Une occasion manquée

international, défense, politique

Que dire après l’audition de Tony Blair par la commission d’enquĂŞte sur l’Irak que vous n’ayez pas dĂ©jĂ  vu ou entendu ? 

Comme on s’y attendait, il a défendu pied à pied tous ses choix, sans exception, quitte à s’arranger avec les faits, les contradictions, ou à jouer Madame soleil. 

Les armes de destruction massives ? J’y croyais sincèrement sur la foi des documents dont nous disposions à l’époque. 

Les liens avec Al Qaïda ? Il n’y en avait pas. D’accord. Mais c’était le genre de régime qui en aurait forcément lié.  

George Bush ? Dans un premier temps, je lui ai promis de m’attaquer au problème irakien, mais pas d’entrer en guerre.

La lĂ©galitĂ© de la guerre ? Il valait mieux essayer d’obtenir une nouvelle rĂ©solution de l’Onu, mais, compte tenu de l’obstruction de la France, l’Allemagne et la Russie,  la rĂ©solution prĂ©cĂ©dente Ă©tait une base lĂ©gale suffisante. Et après le 11 septembre, ne pas agir aurait Ă©tĂ© un mauvais signal aux rĂ©gimes terroristes. 

La déstabilisation de la région ? Au contraire, sans cette intervention, aujourd’hui vous auriez l’Irak rivalisant avec l’Iran pour obtenir une arme nucléaire. Le monde est donc plus sûr. 

D’éventuelles pressions sur son Attorney Général (conseiller juridique) pour avoir un avis positif ? Pas du tout, lorsqu’il a émis des réserves cela compliquait les choses et j’avais d’autres choses à régler. Et par la suite, j’avais juste besoin d’un oui ou d’un non clair. 

Un manque de préparation ? Non. Nous avons fait ce que nous devions. 

Deux guerres menées en même temps (avec l’Afghanistan) et une armée sous pression ? C’était nécessaire. 

Etc, etc… 

Bref, Tony Blair ne lâche rien. Ne regrette rien, et c’est bien là le problème. 

Il avait une occasion de faire preuve d’humilité, de contrition devant les familles de victimes et l’opinion. Mais son insistance l’a desservi. Car contrairement aux craintes de beaucoup, les membres de la commission ont été à la hauteur de la tache. « Etes-vous si certain que l’Irak soit sûr en ce moment ? », lui a-t-on objecté. « Qui dit que le pays rivaliserait avec l’Iran s’il était sous surveillance de l’Onu ?»…

Du coup, Tony Blair n’a pas été convaincant. 

Et puis il y a eu ce moment où il a été pris en défaut.  Sir Roderic Lyne, un des membres de la commission les plus pugnaces, lui a dit : « Vous avez récemment dit à la BBC que, même sans armes de destruction massive, vous auriez pris la même décision. Le prétexte était donc faux ». 

Et Tony Blair de répondre : « Malgré mon expérience des médias, j’ai encore à apprendre. Mais si vous écoutez bien l’interview, vous verrez que je n’ai pas employé le mot de changement de régime ».  

J’ai donc réécouté l’extrait. Il parle explicitement de « remove him », autrement dit, il s’agit bien de renverser l’ex dictateur. Chacun en tirera les conclusions qu’il veut.  

Voici ce qui est dit devant la commission :

Commission d’enquête Irak

Et voici l’interview original :

Question de point de vue

syndicats, economie, politique

Qu’est-ce qui fait l’ambiance, l’atmosphère, le sentiment général que l’on ressent dans un pays ? La réalité ?  Permettez-moi d’en douter.  

La France vient d’annoncer une légère baisse du chômage, et à cette occasion est publié le nombre de demandeurs d’emplois : 2 millions 610 000. Or quasiment en même temps, la Grande-Bretagne vient de publier ce chiffre : il y a ici 2 millions 458 000 demandeurs d’emplois. 

D’accord, vous pourriez me dire que près de 150 000 de plus en France, c’est une grande différence. Sauf qu’ici, il faut rajouter les « incapacite benefits » (les inaptes au travail qui ne sont pas décomptés) et tous les temps partiels  qui se sont développés avec la crise. Or deux mi-temps créés, cela fait un poste de moins qui n’est pas pris en compte dans ces statistiques. 

On pourra encore arguer qu’en France, les chiffres sont aussi revus à la baisse. Il n’empêche, j’en arrive au même constat : le nombre de chômeurs dans nos deux pays est désormais sensiblement le même. Pire : ici, l’indemnisation n’est pas calculée par rapport au salaire précédent. Elle est la même que l’on soit pauvre ou millionnaire. Vivre au chômage est donc beaucoup plus dur. 

Or le ressenti est en revanche complètement diffĂ©rent. MĂŞme s’ils en parlent, les mĂ©dias ne sont pas farcis de sujets sinistres sur le chĂ´mage. L’accent est mis sur les banques et les entreprises. Pas sur la vie de leurs employĂ©s. Lorsque vous discutez avec vos amis, il est rare qu’il fasse parti des prĂ©occupations prioritaires.

Si la situation est aujourd’hui comparable, le vĂ©cu est donc diffĂ©rent. 

Alors pourquoi ? 

Peut-être d’abord parce que la tradition syndicale n’est pas la même dans les deux pays et que l’extrême gauche ici n’existe quasiment pas. 

Peut-être aussi parce qu’il existe une conviction : c’est au secteur privé de régler le problème du chômage, pas à l’Etat. Il ne sert donc à rien de manifester pour lui demander des comptes. 

Parce qu’il existe aussi une culpabilité par rapport au chômage. Je connais une personne qui a caché à sa famille qu’elle était sans travail pendant près d’un an.  

Il n’empêche, il y a encore deux ans, la Grande-Bretagne était présentée comme un modèle à suivre. Or si l’on gratte derrière le vernis, on constate que les indicateurs sont au rouge.  

Une autre étude dirigée par le professeur John Hill publiée cette semaine montre que les inégalités se sont accrues depuis les années 1960. Ce à quoi s’ajoute une autre récente démontrant que le fossé se creuse entre le nord, plus pauvre, et le sud, plus riche.  

La question pourrait donc être : qui a raison et qui a tort ?  Les britanniques qui s’accommodent d’un système qui produit de telles inégalités. Ou les français qui se plaignent d’un système qui ne marche pas si mal que cela ?

Judgment day ?

international, défense, politique

Ce vendredi, le monde aura les yeux braqués sur Londres. Tony Blair va être entendu par la commission d’enquête sur la guerre en Irak. Celui qui a pris la responsabilité d’engager son pays dans ce conflit contesté va enfin s’expliquer devant les caméras. 

Son audition durera 6 heures dans une salle pleine à craquer. 3000 personnes s’étaient portées volontaires pour assister aux débats. Mais le tirage au sort n’en a désigné que 80, parmi lesquels des familles de soldats tués au front. 

Il y a donc eu une grande attente, et le battage médiatique est à son comble.  Et pourtant…

La grande audience risque d’accoucher d’une souris. Car le plus instructif a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entendu. 

Mardi dernier, deux ex fonctionnaires du Foreign Office (le ministère des affaires étrangères) ont apporté un témoignage édifiant. Michael Wood, l’ex patron du service juridique, et une de ses anciennes collaboratrices, Elisabeth Wilmshurst, ont été catégoriques. A les entendre, les juristes du ministère considéraient unanimement qu’une guerre serait illégale. Car faute d’une seconde résolution de l’Onu, elle serait en infraction avec les règles internationales. 

Ils en ont informé leur ministre, Jack Straw, qui n’a rien voulu entendre. Il a traité son juriste en chef de « dogmatique ». Bien que désavoué, ce dernier est resté en poste. En revanche, Elisabeth Wimlshurst a démissionné. La façon dont cette affaire a été conduite a été « lamentable » a-t-elle expliqué. Son départ de la salle, après son témoignage, a été salué par une salve d’applaudissement. 

Tout le monde sait donc désormais que tous les fonctionnaires juristes jugeaient la guerre illégale, mais que le cercle des politiques autour de Tony Blair n’en a écouté aucun. 

Tout le monde comprend que le dossier faisant Ă©tant de la menace des armes de destruction massive a Ă©tĂ© gonflĂ©. Les fonctionnaires n’avaient d’abord pas pris au sĂ©rieux les Ă©lements qu’il contenait, puis ils en ont Ă©tĂ© choquĂ©s. Pas le cercle rapprochĂ© de Tony Blair.  

Ce dernier va sans doute répéter qu’il croyait sincèrement à la menace irakienne, qu’il ne s’était engagé à rien devant les Etats-Unis, et qu’il a jusqu’au bout tout fait pour obtenir le soutien de la communauté internationale. 

Mais la vraie question est finalement ailleurs : en l’absence de ce soutien, la guerre Ă©tait-elle illĂ©gale ? Car si oui, c’est un acte agression. 

C’est ce qui explique qu’une pétition sur le web vient d’être lancée pour appeler à l’arrestation de Tony Blair pour « crime de guerre ». C’est pour cela que « Stop the War Coalition » manifeste encore ce vendredi. 

Mais les mĂŞmes vous expliquent qu’ils ne croient pas Ă  leur succès. Parce que la commission d’enquĂŞte est trop proche du pouvoir. Parce que les conservateurs n’ont pas plus envie que les travaillistes de voir Tony Blair traduit en justice. Enfin parce que si c’était le cas, ce serait une trentaine de dirigeants qu’il faudrait poursuivre, dont Sylvio Berlusconi, Jose-Maria Aznar et George Bush. Impensable ! 

Le coĂ»t ne sera donc sans doute que politique. Mais il n’est pas nĂ©gligeable. Peter Mandelson, le ministre du commerce vient d’annoncer que Tony Blair va faire son retour pour soutenir Gordon Brown pendant la campagne Ă©lectorale. Dans ce contexte, il serait sans doute plus inspirĂ© de s’abstenir…

Le vrai Van Gogh

culture

 autoportrait © Royal Academy of Arts

autoportrait © Royal Academy of Arts

Je sais. Vous n’aurez peut-être pas la chance, le temps, ou les moyens d’aller voir l’exposition « The real Van Gogh » qui vient de débuter à la Royal Academy of Arts de Londres, et qui se poursuivra jusqu’au 18 avril. Raison de plus pour vous en dire quelques mots, tant j’ai été enthousiasmé. 

Elle présente 65 tableaux venus du monde entiers, de musées ou de collections privées. Ce qui est déjà une prouesse. Ils sont disposés dans six salles selon un ordre quasi chronologique : la période hollandaise, parisienne, provençale, avec une évolution sensible dans le style, dans le traitement des couleurs, des sujets, de la lumière…

Rien que leur vision est éblouissante (et nous rappelle qu’aucune reproduction ne peut provoquer de tels frissons). Mais il y a aussi une trentaine de lettres écrites par le peintre qui sont autant de clés pour comprendre son travail, sa vie et ses tableaux. 

Van Gogh avait en effet l’habitude d’écrire (en général à son frère et bienfaiteur Théo) lorsqu’il avait terminé un tableau, pour lui expliquer comment il s’y était pris. Et il joignait à son texte un croquis simplifié dudit tableau.  

On se rend ainsi compte que Van Gogh n’était pas un illuminé qui laissait filer son pinceau au grès de son inspiration. C’était au contraire une personne très cultivée, très réfléchie, qui prenait son temps et travaillait les couleurs avec minutie. L’exposition nous montre aussi les livres qu’il possédait : l’assommoir, les misérables, le père Goriot ou encore Candide de Voltaire. 

nature morte aux oignons © RAA

nature morte aux oignons © RAA

Le tableau accroché dans l’entrée (nature morte aux oignons) a été présenté par un universitaire anglais, Martin Bailey, comme la clé de l’énigme de l’automutilation de Van Gogh. Il a été peint peu après que l’artiste se soit tranché l’oreille. On peut y voir une enveloppe sur la table ou reposent les oignons. Selon Bailey, cette lettre annonçait à Van Gogh le mariage de son, frère Théo. Van Gogh, craignant de voir celui-ci s’éloigner de lui, aurait été pris d’un accès de fureur. 

Ann Dumas, la commissaire de l’exposition reste cependant prudente. L’épilepsie, ou la colère provoquée par le départ de son ami Gauguin, lui semblent de plus plausibles explications.  

Il n’empêche… Les lettres sont encore là pour interroger sa vie. 

Un mot enfin de ces curiosités : des estampes japonaises sont aussi au programme de l’exposition. Anachronisme dans cette profusion de tableaux impressionnistes ? Eh bien non. Van Gogh était fasciné par le Japon. Avec Théo, il possédait près de 300 estampes dont le style et les perspectives ont influencé sa peinture. Van Gogh regardait le Japon comme une sorte de paradis terrestre. Au point que, lorsqu’il est arrivé à Arles, il a écrit à Gauguin pour lui dire comment les paysages étaient si merveilleux qu’il s’était demandé s’il n’était pas arrivé au Japon…

 © RAA

© RAA

Eclaircissements salutaires

terrorisme, international, police justice, politique, Non classé

Bon, on y voit un peu plus clair désormais sur les raisons qui ont motivé le rehaussement du seuil d’alerte terroriste en Grande-Bretagne.  

Il y a d’abord des renseignements échangés entre les services secrets indiens et britanniques. Les indiens ont arrêté un homme, Amjad Khwadja, soupçonné d’être impliqué dans plusieurs attaques contre des intérêts indiens. Or cet homme aurait fait état d’un complot ourdi depuis le Pakistan visant à s’en prendre à des avions indiens au départ de Bombay ou de New Delhi. 

Il y a ensuite deux hommes, un Egyptien et un Saoudien, interdits de vol très récemment à Heathrow et à Chicago, car ils figuraient sur une liste noire de suspects liés à la mouvance intégriste islamiste. 

Il y a encore un précédent : un attentat raté à Noël en lien avec le Yémen. 

Et deux réunions internationales d’importance prévues la semaine à Londres. L’une sur le Yémen justement, et l’autre sur l’Afghanistan. 

Voilà donc pourquoi, dans ce contexte, le comité chargé de la sécurité ( le JTAC) a préféré renforcer sa garde, même si aucun de ces renseignements ne mentionne de menace spécifique d’attentat contre la Grande-Bretagne. 

Mais jusqu’où la menace terrorisme empiète-t-elle sur les libertés ? C’est la question que posait dans le même temps cette manifestation plutôt inhabituelle qui a eu lieu ce week-end dans les rues de Londres.

Des photographes professionnels, de plusieurs pays, ont manifesté pour dire qu’ils en avaient assez de se faire interpeller par la police lorsqu’ils prennent des clichés dans les lieux publics. C’est désormais assez courant. Les lois antiterroristes sont détournées pour justifier des fouilles policières qui n’ont pour but que de dissuader les photographes de travailler. 

Cela Ă©tant, ces lois sont dĂ©tournĂ©es dans bien d’autres domaines…    

Des municipalités les utilisent pour surveiller leurs administrés, afin de vérifier qu’ils sont bien domiciliés où ils le prétendent. Certains vont même jusqu’à fliquer les possesseurs de chiens pour vérifier qu’ils ne laissent pas leurs animal préféré faire leurs déjections dans la rue. 

Il est vrai que dans ces cas là, la sécurité des citoyens est sérieusement menacée !

Big brother…

terrorisme, défense, police justice, société

Coup de fil à 9 heures du soir de deux rédactions de Radio-France : « As-tu vu l’alerte qui vient de tomber sur l’AFP ? ».

La Grande-Bretagne vient de rehausser son niveau d’alerte pour passer d’ « important » à « grave ». 

Effectivement. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. Après les attentats de juillet 2005, la Grande-Bretagne a mis en place un système d’alerte qui correspond à ce que sont les couleurs avec la météo française. C’est en quelque sorte la version anglaise du plan Vigipirate. Selon le grade sur l’échelle, les services de sécurités sont plus ou moins vigilants, et la population est appelée à rapporter le moindre fait suspect. 

Jusqu’ici, tout est cohérent. Mais à regarder de plus près les dépêches ce soir-là, je me dis que le paradoxe est un art que les britanniques manient avec virtuosité.  

L’affaire est certes sérieuse. Après une tentative d’attentat ratée pendant les vacances de Noël, et alors que la situation s’est tendue au Yémen, on peut comprendre que le pays renforce sa garde. Peut-être aussi les services de renseignements disposent-ils d’indications que nous n’avons pas.  

Mais les propos du ministre de l’intérieur, Alan Johnson, laissent rêveur. Il dit textuellement : 

1 : « Le centre d’analyse sur le terrorisme a rehaussé son niveau d’alerte. Cela signifie qu’un attentat est très probable ». 

Et il ajoute : 

2 : « Mais je dois souligner qu’il n’y a aucun renseignement qui laisse entendre qu’un attentat est imminent ». 

Bref, un attentat est très probable, mais rien ne montre qu’il soit si probable que cela… Ou pour traduire autrement, “un attentat est possible, mais pas forcĂ©ment probale”… Comment voulez-vous commenter ce type d’informations dont on ne sait finalement pas sur quoi elle reposent ? 

***

Le lendemain, c’est encore la lutte contre le terrorisme qui fait la une du Guardian, avec cette révélation à faire froid dans le dos. 

La Grande-Bretagne Ă©tait dĂ©jĂ  le pays le plus surveillĂ© du monde avec une camĂ©ra pour 14 habitants. Mais elle va franchir un pas supplĂ©mentaire. Le ministère de l’intĂ©rieur a passĂ© commande Ă  BAE system, le fabricant d’engins aĂ©riens pour l’armĂ©e, de drones qui seront testĂ©s par 5 unitĂ©s de polices dans un premier temps. 

L’idée, c’est d’appliquer la technologie militaire au civil. Ces avions sans pilotes permettront de surveiller les côtes pour lutter contre l’immigration clandestine. Mais aussi les automobilistes en excès de vitesse sur les routes, les manifestations, et même les afficheurs à la sauvette.  

L’objectif, c’est un démarrage en 2012 pour les jeux olympiques. 

Vous imaginez ? Vous vous baladez en ville. Un petit appareil avec une antenne descend Ă  votre niveau avec un Ĺ“il qui vous regarde, avant de vous dire : « vous avez vos papiers ?  Bien sĂ»r, je caricature. Mais au fait, j’oubliais… ici, les camĂ©ras vous observent, mais les cartes d’identitĂ© ne sont toujours pas obligatoires.