Bienvenue Ă  Londres !

Le blog de Jacques Monin


Une rumeur n’est pas une information

société, médias, politique, Non classé

J’aurais mis du temps à vous en parler. Et à juste titre. Mais il est temps de le faire. Parce que le temps a passé, et avec lui vient la distance, et donc les conclusions.

Et surtout, parce que l’ « affaire » est à la fois révélatrice du fonctionnement des médias britanniques  et de la non fiabilité d’internet, ce qui est plutôt rassurant pour le journalisme dit « traditionnel ». 

De quoi s’agit-il donc… 

Depuis plusieurs jours ici, la presse s’est emparée d’une rumeur sur une prétendue infidélité et de Nicolas Sarkozy, et de Carla bruni.  Rappelons avec vigueur qu’une rumeur n’est pas une information.

C’est pour cela que les médias français l’ont passée sous silence. Aussi parce que le respect à la vie privé, y compris pour les plus hauts dirigeants, est encore une vertu que les médias français préservent, à condition que cette vie privée n’interfère pas sur la vie publique. 

Silence radio donc. Silence justifié.  

Mais pendant ce temps, la presse britannique, elle, s’est déchainée. Surfant sur les suppositions, les interprétations de signes sans importance, comme l’absence de bague de mariage au doigt de Carla Bruni ou le port de talons haut, elle a multiplié les unes à coup de titres tapageurs : « Carla bruni a-t-elle trouvée sa rivale ? », ou «  le couple Sarkozy-Bruni touche-t-il à sa fin ? »… Et j’en passe. 

Cette couverture n’a pas Ă©tĂ© le fait que de la presse tabloĂŻd. Des journaux engagĂ©s politiquement mais dit sĂ©rieux comme le Daily Telegraph en ont fait leur une, photos des intĂ©ressĂ©s Ă  l’appui. Le Times n’a pas fait exception…

Bref, tournant le dos au BA–BA du journalisme, ils ont colporté, amplifié et accrédité des rumeurs.

Pire : pour griller ses concurrents, la chaine Sky news a du coup diffusé un interview de Carla bruni réalisé avant l’affaire, donnant le sentiment qu’elle répondait aux rumeurs en affirmant que jamais son mari ne la tromperait. 

J’ai donc vécu cette situation surréaliste dans laquelle la Grande-Bretagne se délectait d’un feuilleton qui, soi disant, agitait la France, tandis que rien ne paraissait sur cette pseudo information dans le pays concerné. 

Venons-en donc aux conclusions : 

1 : Une fois de plus, la presse britannique fait la démonstration qu’à vouloir ne rien censurer elle confond commérage et information. Certes la presse française est parfois plus révérencieuse, mais du coup, plus sérieuse et plus respectueuse. 

2 : Encore une fois, l’idĂ©e qu’un homme politique trompe sa femme et vice versa est considĂ©rĂ©e comme une faute qui mĂ©rite un lynchage de l’opinion. Ce qui est une information dans un pays anglo-saxon, n’en est pas forcĂ©ment une en France.  La presse est donc aussi un reflet (dĂ©formĂ© en l’occurence) de la culture d’un pays. De son rapport au monde et Ă  la morale.

3 : Tout est (apparemment) parti d’un post fantaisiste sur Twitter qui, en se propageant, a créé ce qu’on appelle un buzz et donné le sentiment qu’Internet parlait d’une vérité censurée, alors que la presse officielle n’en disait rien.

On peut pourtant penser exactement le contraire.

Preuve est faite une fois de plus que l’on peut raconter n’importe quoi sur Internet et que la presse traditonnelle, pour rébarbative et critiquable qu’elle soit, tri encore les informations, les vérifie et les hiérarchise. Bref, de même que la télé n’a pas tué la radio, Internet ne tuera pas la presse.

Il la pousse à évoluer, mais il la rend au contraire plus nécessaire que jamais.  

Le mystère de la malle fermée

société, culture

Voilà une énigme qu’Hercule Poirot aurait aimé résoudre : comment se fait-il qu’un trésor détenu par la célèbre romancière Agatha Christie ait été négligé au point de finir entre les mains d’une anonyme qui l’a acquis pour une bouchée de pain ?  

Il ne s’agit pas d’un roman posthume qu’aurait écrit la reine du mystère. Mais bien de sa vie. Ou plutôt, des suites de sa vie… 

Car tout commence par la fin, en 1976, lorsqu’elle décède. Ses affaires sont alors transmises à sa fille unique, Rosalind Hicks. Celle-ci stocke on ne sait où, une malle fermée à clé héritée de sa mère.  

A sa mort, ses affaires sont vendues par lots par la maison de vente aux enchères Bearnes Hampton & Littlewood. Qui étrangement, ne prend pas la précaution de faire ouvrir la malle pour en vérifier son contenu. Résultat : une femme l’achète pour 120 euros. Une paille ! 

Mais lorsqu’elle prend la peine de faire sauter les serrures, elle comprend qu’elle a touché le Jack Pot.

 © Daily Mail

© Daily Mail

 

Car la malle contient une boîte métallique dans laquelle se trouvent 50 pièces d’or, une broche, et ce qui ressemble en tous points à la bague de fiançailles de la mère d’Agatha Christie.   

  © Daily Mail

© Daily Mail

Une première estimation de ces bijoux s’établie Ă  120 000 euros, mais sans doute beaucoup plus si l’on prend en compte la notoriĂ©tĂ© de son ancienne propriĂ©taire.  On comprend que la maison de vente aux enchères ne soit pas « ravie » de la dĂ©couverte. La bourde est en effet de taille.  

Du coup, le petit fils d’Agatha Christie se dit prĂŞt Ă  les racheter si jamais ils venaient sur le marchĂ©. L’hĂ©ritier rachetant Ă  prix d’or les bijoux qu’il a lui-mĂŞme vendu pour rien… Si le mystère de la malle Ă©tait digne d’un roman noir, sa conclusion est plutĂ´t digne de Peter Sellers. Toujours très british après tout…

Bon, je vous laisse. Je vais prend mon thé.

Le lièvre et la tortue

politique

Vous vous souvenez de ce post que j’avais signĂ© il y a quelques temps ? “Il y a des signes qu’il ne faut pas sous estimer”. Ces petits signes qui me faisaient dire que la prochaine Ă©lection n’était pas encore jouĂ©e. 

Eh bien, de retour après une semaine passée hors de Londres, il semble que ces signes se précisent. Comme en témoigne ce sondage publié par le Sun.  

Non seulement il n’y a plus que 5 points d’écart dans les intentions de vote entre travaillistes et conservateurs,  mais on se rend compte que, côté Tories, la mayonnaise ne prend toujours pas. 

Certes, 48 % des sondés veulent voir le Labour quitter le pouvoir, mais si l’on y regarde de plus près, seuls 12 % estiment qu’ils se porteraient mieux avec un gouvernement conservateur, et 11 % seulement considèrent que le parti de David Cameron est vraiment en phase avec leurs valeurs.  

Bref, une fois de plus, c’est le même constat qui s’impose : si le Labour ne séduit plus, les conservateurs ne convainquent pas non plus. 

Et finalement, c’est une bonne nouvelle pour la campagne. Car on la disait terne. Jouée d’avance. Or du coup, au contraire, tout est encore possible. Et chacun y va de ses pronostics. D’une courte majorité conservatrice, à un gouvernement travailliste s’appuyant sur les libéraux démocrates dans un parlement sans majorité, voire une victoire à l’arrachée de Gordon Brown. 

Quoi qu’il en soit, le constat est cruel : David Cameron n’inspire pas confiance. Sa ligne politique ne se dessine pas clairement. PlutĂ´t que de proposer une vision de l’avenir, il attaque son rival sur tous les fronts, y compris les plus mesquins et les moins crĂ©dibles. 

Son incapacité à décoller risque de le placer dans une position défensive qui pourrait lui nuire un peu plus. 

Au contraire, Gordon Brown revient de si loin qu’il pourrait presque inspirer un film Hollywoodien.  

VoilĂ  un homme peu charismatique, usĂ© par le pouvoir et par une succession d’affaires, attaquĂ© dans ses propres rangs, avec la presse Murdoch liguĂ©e contre lui, donnĂ© grand perdant face Ă  un rival bien assis, et qui peu Ă  peu, Ă  force d’obstination, relève la tĂŞte, se forge une image plus humaine, semble le plus Ă  mĂŞme de rassurer en pĂ©riode de crise. L’envie de changer se conjugant avec la peur du changement, qui sait s’il ne finira pas par sauver sa tĂŞte ? 

On n’en est pas lĂ , bien sĂ»r. Mais dans un pays oĂą le people et l’émotion jouent un grand rĂ´le, voilĂ  un retournement de situation qu’il ne faut pas exclure. Je ne jurerai de rien, mais je ne peux m’empĂŞcher de me demander dĂ©sormais si la fable du lièvre et de la tortue n’est pas exportable outre-Manche.

L’antre de Peter

culture

Vous avez sans doute entendu parler, ou peut-ĂŞtre Ă©coutĂ© mĂŞme, le dernier album de Peter Gabriel, “Scracth my back”.

Un album de reprises rĂ©arrangĂ©es avec des instruments symphoniques, sans guitare ni batterie, qui appelle d’ailleurs une suite puisque les artistes qu’il interprète devraient (Ă  l’exception notable de David Bowie), rĂ©interprĂ©ter certains de ses titres sur un prochain album. 

Peter Gabriel, c’est un pape de la musique moderne. Ex fondateur du groupe Genesis, il explore toujours de nouvelles voies, produit aujourd’hui 70 artistes de musiques du monde, et s’investit dans Womad, qui organise de 8 à 10 festivals de « world musique » chaque année sur la planète.  

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Pour mieux connaitre dans quel environnement il travaille, je vous emmène donc aujourd’hui dans son univers. A « Real World », les studios qu’il a créés à Box, non loin de Bath, dans le sud-ouest de l’Angleterre.  

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Real world, c’est tout l’inverse des studios londoniens. Ils sont intégrés dans un environnement champêtre. Ils ont été construits dans un ancien moulin. Et le premier bruit que l’on entend en arrivant par une route très étroite, c’est l’eau qui coule dans la rivière… 

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Car Peter Gabriel a voulu travailler près de l’eau, source de vie et d’inspiration…  

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Il a aussi voulu conserver l’authenticité du lieu. Les vieilles pierres, les poutres… l’atmosphère est restée intacte. Une petite salle s’appelle salle de la pierre. C’est là qu’était la machinerie du moulin. En marchant sur des carreaux de verre, on voit l’eau qui s’écoule et qui entrainait la meule.

Le soir, les artistes soupent dans une salle à manger commune, sur des tables en vieux bois, chauffés par la grande cheminée. 

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Il a aussi voulu que ses studios soient inondés de lumière naturelle. Ici, pas de bunker. Il y a des fenêtres partout.  Il a encore voulu casser la séparation qui existe entre les studios et les régies.

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Ainsi, dans ce grand studio (celui oĂą Sade a enregistrĂ© pendant un an), il n’y a qu’un espace. Lorsqu’il y enregistre, Peter Gabriel se met au centre, les musiciens se rĂ©partissent sur les cĂ´tĂ©s. Les techniciens peuvent ainsi leur parler ou mĂŞme les toucher.  

La console  est montĂ©e sur rails. Elle peut se dĂ©placer pour laisser place Ă  un Ă©cran de cinĂ©ma du descend du plafond. Cela permet de mixer des musiques de films. Ce fut le cas pour le dernier James Bond…

Il y a 20 ans, tout ce type de dispositif unique faisait bondir les puristes. Aujourd’hui, les vitres se multiplient, et les « open spaces » aussi. 

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Mais l’antre de Peter Gabriel, c’est cette « cabane » dans le jardin. On l’appelle la salle d’écriture. C’est là qu’il s’enferme pour composer. C’est son jardin secret. Son grenier. Un désordre apparent qui n’en est pas un. 

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C’est donc lĂ  qu’il joue et rĂ©pète, lorqu’il ne va pas puiser l’inspiration Ă  l’Ă©tranger, en Afrique ou dans les neiges de Meribel.  

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Ce tom, cette espèce de gros caisson, a été utilisé pour tous ses albums.

A l’exception du dernier….

 

Enjoy ! Quant à moi, je vous laisse savourer. Et je vous retrouve après le 8 mars.

confusion des genres

religion, politique

Je vous ais déjà raconté combien les rapports entre l’église et l’Etat sont différents en Grande-Bretagne de ceux qu’on observe en France. 

Pour faire simple, dans l’hexagone, les choses sont claires. L’église et l’Etat sont séparés. Et la loi s’applique. La religion relève clairement de la sphère privée.  

Ici en revanche, la confusion est reine. Des religieux s’expriment chaque matin à l’heure de grande écoute sur la BBC. Le synode de l’église d’Angleterre a récemment réclamé plus d’espace dans les médias publics. Son clergé siège à la chambre des Lords et a son mot à dire sur les lois. Etonnamment, il existe aussi de nombreuses écoles d’Etat confessionnelles. Et chacun argue du droit à faire primer ses convictions religieuses sur la loi. 

On a ainsi vu récemment un indien obtenir d’un tribunal le droit d’être brûlé sur un bucher, bien que cela soit théoriquement interdit.  

On vient aussi de voir le gouvernement remodeler avec d’infinies prĂ©cautions la loi sur l’enseignement sur la sexualitĂ© Ă  l’école. DĂ©sormais les Ă©coles confessionnelles devront certes expliquer ce qu’est la contraception ou l’avortement (jusqu’Ă  maintenant, elles pouvaient adapter leur programme en fonction de leurs convictions religieuses). Mais celles-ci pourront aussi librement expliquer aux Ă©lèves qu’elles s’y opposent et que l’homosexualitĂ© est contre nature. 

Et l’homosexualité justement… 

Autre imbrication surprenante de l’église et de l’Etat : la loi qui a créé le partenariat homosexuel  (popularisée par Elton John) a en même temps interdit à ces derniers de célébrer leur union dans une église.  Eh bien les Lords devraient remettre cette loi sur le tapis très prochainement pour que cette disposition soit abolie.

L’homosexualité n’étant ni de droite, ni de gauche, le projet devrait aboutir. Les gays devraient donc pouvoir se marier à l’église, comme le font les hétérosexuels. 

Il reste cependant un dernier obstacle à franchir : l’église anglicane elle-même dont les règles internes interdisent toujours cette pratique. Mais l’église est si divisée sur le sujet, pour ne pas dire au bord du shiisme, que l’on peut parier que la jurisprudence se fera d’elle-même, au cas par cas, et que les mariages gays dans les églises vont bientôt se multiplier. 

Cette crise pourrait par contrecoup profiter à l’église catholique romaine. Le Pape en effet, lui, ne semble cultiver aucune ambiguïté sur la question de l’homosexualité. 

C’est donc aussi ce qui se jouera en filigrane lors de sa visite à Londres en septembre prochain. Profiter sans le dire d’un effet de vases communiquant qui pourrait se produire entre une église qui tente de se moderniser dans la douleur, et une autre dont la hiérarchie campe sur des positions plus traditionalistes. 

Here comes the sun

culture, economie

Enfin une bonne nouvelle dans cet amas de grisaille… 

Il y a ce débat nauséabond sur la brutalité supposée du Premier ministre (voir ci-dessous), largement exploité par les conservateurs. 

Les Eurostar qui roulent toujours au ralenti après une nouvelle panne, et une communication que n’aurait pas reniée Lapalisse. « Les retards sont dus à la même cause qu’hier », nous dit-on, « mais cette cause n’est toujours pas identifiée ». Bref,  on sait que les ennuis sont dus à une cause qu’on ne connaît pas.  

Cela rappelle les explications d’Air France qui confond parfois la conséquence et la cause en expliquant qu’un retard est dû à une arrivée tardive de l’appareil.   

Bonne nouvelle, quand même, donc, au milieu de tout cela :

EMI renonce à vendre les studios d’Abbey road. 

Il est vrai que l’annonce de la mise en vente avait suscité une vive émotion. Les fans avaient inondé internet de messages d’inquiétude. Paul McCartney avait fait part de sa déception. Même le National Trust s’y était mis. Il envisageait de se porter acquéreur pour sanctuariser ce temple de la musique moderne.  

On ne touche pas impunément aux symboles, même lorsqu’on est un ex golden boy de la City endetté. Guy Hands, le patron de Terra Firma, qui contrôle désormais EMI, vient sans doute de l’apprendre à ses dépends.  

L’émoi suscité l’aura cependant servi, en accélérant les choses. Il semble qu’un groupe d’investisseurs soit en effet près à épauler EMI pour « revitaliser » le site. Comment ? Attendons un peu. Car en matière de communication et d’annonce, Eurostar, pour le coup, est  un orfèvre comparé à EMI.  

Mais savourons tout de même l’information… 

Comme le chantait George Harrison, « here comes the sun ».

Harcèlement ?

politique

Bon, puisqu’il faut y revenir, revenons-y ! 

Gordon Brown a beau avoir juré qu’il n’avait jamais agressé personne physiquement, voilà la polémique relancée. 

C’est la directrice d’une association nationale contre le harcèlement, qui le jure à son tour. Christine Pratt affirme avoir été contactée par « deux ou trois » personnes, employées de Downing street, qui se sont plaintes de travailler dans une ambiance de harcèlement. « J’aurais préféré que Gordon Brown examine ces accusations plutôt que de rester dans le déni » a-t-elle expliqué pour justifier son apparition sur les médias.  

Et voilà le Sun qui s’en donne à cœur joie, avec la délicatesse qui le caractérise, en titrant : « Brown le monstre ». Et le conservateur William Hague, un proche de David Cameron, qui explique que cette affaire est la preuve que Gordon Brown n’a pas le sang froid nécessaire pour diriger le pays…  

Mais comme souvent, l’important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui n’est pas dit. 

Passons sur le fait que Christine Pratt fasse Ă©tat d’ « un ou deux appels ». Lorsqu’on lance de telles accusations, la prĂ©cision devrait s’imposer. Je constate qu’une fois de plus, le lecteur n’a pas les Ă©lĂ©ments qui lui permettent de se forger une opinion Ă©clairĂ©e.  

1 : On ne sait pas si les coups de fils allégués dénoncent une ambiance de harcèlement directement liée au comportement du Premier ministre, ou à un responsable trop zélé de son cabinet. Ni s’il s’agit d’un service en particulier, ou d’une culture généralisée.

2 : Gordon Brown a jurĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision n’avoir jamais agressĂ© physiquement un collaborateur. Mais son dĂ©menti peut lui aussi ĂŞtre questionnĂ©. Car si l’on y regarde de plus près, dans le livre qui l’accuse, on se rend compte qu’hormis une anecdote affirmant qu’il aurait saisi un conseiller par le col, il n’est jamais dit qu’il a “frappĂ©” quelqu’un. Tout au plus le siège de son vĂ©hicule.

En revanche ce qui est dit, c’est qu’il pique de mĂ©morables colères et qu’il hurle facilement. Ce qui, lĂ  encore, n’est pas la mĂŞme chose. Piquer une colère dans une ambiance de pression est un travers que beaucoup de dirigeants cultivent, mĂŞme si cela n’est pas excusable. Harceler son personnel, c’est autre chose. Et le frapper encore une autre.  

Bref, difficile de diffĂ©rencier ce qui relève de l’analyse critique d’un mode de fonctionnement, et de l’exploitation Ă©lectorale.  

(Et pour répondre à Laure et Stephane qui se demandent quand auront lieu ces « satanées » élections. Seul Gordon Brown le sait. La tradition ici, c’est que le Premier ministre dissolve le parlement avant terme, au moment qui lui semble le plus opportun. La date la plus communément avancée, c’est le 6 Mai. Mais elle reste à confirmer).

Punchy Gordon

politique

Décidément, rien ne lui sera épargné ! 

Gordon Brown avait fait un discours de lancement de campagne tout Ă  fait honorable Ă  Coventry.

« Je ne suis pas parfait » avait-t-il lancé avec un sourire. Un ces rares sourires qui ne le servent pas forcément. Mais il était tombé tellement bas, que reconnaitre ses défauts est, après tout, la meilleure carte qu’il puisse abattre aujourd’hui.  

Il s’était aussi montré offensif. « Essayez de porter un nouveau regard sur le Labour » a-t-il lancé, montrant qu’il a compris que sa base s’en est écarté. « Et prenez le temps de réfléchir longuement à ce que préparent les conservateurs ». Sous entendu, sinon, vous allez vous tirer une balle dans le pied. 

Quoi que l’on pense de Gordon Brown et de sa politique, son entrée en campagne était donc assez réussie… 

Or voilà qu’à peine rentré de Coventry, il doit se défendre d’accusations de brutalité.  

Un livre intitulé « la fin de la fête » écrit par un éditorialiste, Andrew Rawnsley, dresse un portait peu flatteur du Premier ministre. Non seulement il serait colérique (ce dont personne ne doutait), mais il agresserait physiquement ses collaborateurs.  

On apprend ainsi qu’après le scandale de la perte de millions de données personnelles en 2007, il aurait hurlé contre le directeur adjoint de son cabinet en le prenant par le col. 

Apprenant d’autres mauvaises nouvelles dans sa voiture, il aurait frappé si fort contre le siège avant, que son garde du corps en aurait été ébranlé, et son conseiller, à côté, se serait couvert la tête de peur de prendre un coup. 

Un conseiller des affaires étrangères aurait, quant à lui, reçu une volée de bois vert pour avoir organisé une réunion avec des ambassadeurs européens. « Pourquoi me faites-vous rencontrer ces connards ! »  aurait-il hurlé. 

Sa conduite aurait provoqué de tels remous dans son entourage que son chef de cabinet, Gus O’Donnell, aurait dû le mettre en garde en lui expliquant qu’il ne pouvait pas continuer à se conduire comme cela. 

Allez donc entamer une campagne dans ses conditions ! 

RĂ©sultat : Gordon Brown a du se fendre d’interviews tĂ©lĂ©visĂ©s et dans la presse Ă©crite pour mettre les choses au point. Pour dĂ©mentir avoir jamais frappĂ© quiconque. “Jamais !” a-t-il jurĂ© la main sur le cĹ“ur.

La seule chose qu’il a concédée, ce sont quelques bons tacles au rugby lorsqu’il était jeune. Mais le reste, a-t-il dit, est simplement « ridicule ». 

A force de l’attaquer ainsi (le Sun passe aussi son temps à l’enfoncer quotidiennement), il passerait presque pour une victime sympathique. Il en devient plus humain. Et du coup, il gagne des points dans les sondages. L’écart n’est plus que de 6 points entre les conservateurs et les travaillistes.  

On ne saura donc pas si Gordon Brown est un puncheur. Mais ce que l’on peut reconnaître qu’il faut un sacré punch pour résister à toutes ces attaques.

Fébrilité

politique

Chez les conservateurs, une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule…

 Il y a d’abord cette « une » du financial Times (qui ne passe pas vraiment pour un soutien des travaillistes). Il s’oppose frontalement au Times (quotidien de Ruppert Murdoch qui lui fait la campagne des conservateurs), en annonçant que 60 économistes renommés soutiennent la stratégie du chancelier de l’échiquier, Alastair Darling, qui consiste à repousser à 2011 les réductions drastiques des dépenses publiques pour ne pas risquer la rechute.  

Voilà qui plante une épine dans le pied de David Cameron, partisan au contraire d’une politique rapide d’austérité.  

Il y a encore ces états généraux de la vieillesse organisés par Gordon Brown. Alors que les libéraux démocrates ont accepté de siéger autour de la table, les Tories ont préféré jouer la politique de la chaise vide.

On peut comprendre qu’ils ne veuillent pas cautionner  une initiative de leurs adversaires si près des élections. Mais cela, à contrario, donne l’impression qu’ils ne se sentent pas concernés par le sort de leurs aînés. Et le Premier ministre ne se prive pas de dire que c’est le cas. 

Il y a aussi une concertation en cours pour créer (enfin!) une ligne à grande vitesse entre Londres et Birmingham. Les conservateurs refusent de prendre connaissance du livre blanc  qui en sortira, tout en affirmant qu’ils sont pour cette création.

La ministre fantôme des transports avait bien du mal sur la BBC à justifier cette contradiction. A expliquer pourquoi elle souhaite rester aveugle à un dossier qu’elle devra prendre en charge, et en quoi lire le livre blanc l’engage à quoi que ce soit… 

Mais le pire est venu d’un député conservateur, Nicholas Winterton.

Conséquence du scandale des frais parlementaires (dont il fut un des grands bénéficiaires), les élus ne seront plus autorisés à voyager en première classe. Il s’en est donc plaint publiquement, en expliquant qu’il ne pourra plus travailler en seconde. Il y trop de bruit, trop d’enfants, trop de mouvements… 

Cela fait des années que David Cameron fait tout ce qu’il peut pour persuader que son parti a changé. Qu’il est proche du peuple. Il n’a pas ménagé sa peine pour le « déthatcheriser ». Or voilà qu’en quelques phrases, un de ses membres met tout ça en péril en recréant le parti des élites. En ravivant la lutte des classes (en l’occurrence, celles qui séparent les voyageurs de première de seconde ). 

 

Le parti conservateur a donc dû se fendre d’un communiqué pour dire que ces propos ne « représentent en aucune manière la vision de David Cameron ». 

Voilà qui devait être précisé.

Il faut sauver les studios d’Abbey road

culture

Vision prémonitoire ? © jm

Vision prémonitoire ? © jm

 

Les mythiques studios d’Abbey road transformés en appartements, en bureaux, ou en abattoirs que sais-je… Qui peut croire à une telle hypothèse ? 

Et pourtant, ils sont bien à vendre. Pas le passage clouté.

  © jm

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Mais la bâtisse elle même. 

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Guy Hands, le nouveau patron d’EMI nous montre une fois de plus qu’il aime le Monopoly, mais que sa passion pour la musique reste limitée.

EMI après tout n’était qu’une décoration de plus dans une panoplie d’activités. Avant la major, l’ex golden boy de la City avait investi dans le cinéma, la bière, les ordures ménagères, le matériel ferroviaire… De là à devenir  le fossoyeur du temple de la musique anglo-saxonne, il n’y a qu’un pas. 

 © jm

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Abbey road, c’est pourtant une partie du patrimoine britannique. Contrairement Ă  une idĂ©e reçue, ces studios n’ont pas attendu les Beatles pour ĂŞtre renommĂ©s. Ni les Rolling Stones ou le Pink Floyds (c’est lĂ  qu’avait notamment Ă©tĂ© enregistrĂ© “The dark side of the moon”). 

Bien avant eux, Glen Miller s’y Ă©tait produit avant de disparaĂ®tre dans un accident d’avion. Elisabeth Schwartzkof y avait aussi chantĂ©. Plus tard, John Williams y avait enregistrĂ© la bande originale de “La guerre des Ă©toiles” et d’”Indiana Jones”… idem pour “Le seigneur des anneaux”. 

EMI a besoin de trouver rapidement 120 millions d’euros pour éponger une dette qui ressemble fort à la partie immergée de l’iceberg. Une course contre la montre s’est donc engagée.  

Des sous !!! © jm

Des sous !!! © jm

 

A en croire ce qu’a confié Paul McCartney à la BBC, une solution serait cependant  en vue (cliquer ci-dessous) :  

Paul McCartney sur la BBC

En attendant, le défilé des badauds se poursuit, mi fascinés, mi inquiets. Et quoi qu’il advienne, le sport national qui consiste à se faire prendre en photo sur le passage clouté a sans doute de beaux jours devant lui. 

 © jm

© jm