Le blog de Grégory Philipps

Jérusalem, Gaza, Tel-Aviv, Ramallah

Israël et la télé-réalité

Culture

On savait les habitants de ce pays accros à la télé-réalité. Ces dernières années, Akh Hagadol (le Big Brother version locale) a battu tous les records d’audience. Comme le note ma consœur du point Danièle Kriegel sur son blog, c’est un peu comme si « Israël s’admirait dans le miroir de la télé-réalité…/… Le public israélien, s’interroge la journaliste, préfère-t-il la pseudo-réalité narrée dans l’étrange lucarne pour fuir son quotidien fait de guerres, de conflits internes et de crise économique ? »

Deux épisodes récents viennent en tout cas illustrer cet engouement. Et racontent aussi ce qu’est Israël aujourd’hui, à travers ses programmes télé.

 © Ofir Ben Shetret Facebook page

© Ofir Ben Shetret Facebook page

L’adaptation israélienne de l’émission The Voice est l’une des émissions les plus regardées en ce moment. Particulièrement remarquée : une candidate de 17 ans, Ofir Ben Shitrit originaire de la ville d’Ashdod dans le sud du pays. Voix cristalline, joli regard, Ofir a tout d’une future vedette de la chanson. Mais à Ashdod la jeune fille est scolarisée dans une école religieuse. Et la direction de l’établissement n’a pas apprécié qu’elle participe à ce télé-crochet. Les autres parents d’élèves non plus et l’ont fait savoir. Résultat : Ofir Ben Shitrit a été suspendue deux semaines de son école, pour avoir chanté en public devant des hommes (ce qui est interdit par le judaïsme orthodoxe). L’affaire a été rapportée par plusieurs journaux. Vous pouvez découvrir et entendre la voix d’Orit ici en vidéo.

L’autre émission dont on parle ici depuis quelques jours, c’est l’adaptation locale de Masterchef dont la troisième édition vient de s’achever. La finale a été remportée par un jeune chef israélien, d’origine allemande et converti au judaïsme. Mais ce que tout le monde retient, c’est l’amitié forte qui est née entre deux finalistes : Selma, l’arabe israélienne qui vit à Kfar Kassem, et Elinor qui habite l’implantation de Tekoa en Cisjordanie.

 © DR

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Les deux jeunes femmes se sont découvertes pendant l’émission et ont sympathisé (dans la « vraie » vie, toutes les deux ne souhaitent pas se rendre l’une chez l’autre, par peur. Pour la première d’aller dans une colonie juive, pour la seconde de se rendre dans un village arabe). Les téléspectateurs arabes ont été passionnés par le parcours et la personnalité de Selma, et l’ont massivement soutenue. Le programme a d’ailleurs battu des records d’audience, en partie grâce à ces téléspectateurs arabes (même si on apprend dans l’excellent papier de Danièle Kriegel que « les taux d’audience dans le secteur arabe n’ont aucune retombée économique pour la chaîne. En effet, les tarifs publicitaires pour passer dans Masterchef  ne sont calculés que d’après le nombre de téléspectateurs juifs »).

PS : pendant ce temps là à Gaza, ce n’est pas une émission de télé-réalité qui fait parler d’elle mais une vidéo dans laquelle de jeunes palestiniens (eux aussi !) ont réalisé une parodie de la chanson Gangnam Style du sud-coréen PSY. La version est un peu bricolée, artisanale.

 © DR

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Mais ces jeunes gens, keffieh sur la tête, parviennent à raconter avec humour le quotidien des gazaouis : le distributeur de billets de banque est vide, il n’y a pas d’essence dans les pompes (alors on circule sur des carrioles à cheval) et tout fonctionne grâce à des générateurs. Vous pouvez découvrir ici le Gangnam Gaza Style !

Manuels scolaires israéliens et palestiniens

Culture, Politique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la publication de cette étude inédite sur les manuels scolaires israéliens et palestiniens (et financée par le secrétariat d’Etat américain) fait pas mal de bruit ici. Côté israélien, le ministère de l’Education a parlé d’un rapport « partial, non professionnel et qui n’avait pour objectif que de diffamer l’état hébreu ». Le ministre Gideon Saar s’est félicité que ses services aient refusé de collaborer avec les chercheurs à l’origine de cette enquête. De son coté, le premier ministre palestinien Salam Fayyad a dit sa satisfaction de lire la confirmation que, selon lui, « les manuels palestiniens ne contiennent aucune forme d’incitation flagrante à la haine ». A Washington, la parole-parole du département d’Etat qui a soutenu financièrement le projet a salué « une analyse indépendante et qui encourage la paix et la tolérance dans les programmes scolaires ».

Alors de quoi s’agit-il précisément et qui dit ce rapport ?

L’étude s’appelle : « Le portrait de « l’Autre » dans les manuels scolaires israéliens et palestiniens ». Elle a été dirigée par le chercheur américain Bruce E. Wexler de la prestigieuse université de Yale. Wexler a été secondé par le palestinien Sami Adwan de l’université de Bethléem et l’israélien Daniel Bar-Tal, spécialiste des sciences de l’éducation à l’université de Tel-Aviv. Sous leur direction, pendant trois ans, une vingtaine de chercheurs indépendants ont lu et analysé plus de 600 manuels scolaires, approuvés en 2011 par les ministères de l’éducation des deux côtés, ainsi que les livres distribués par l’enseignement ultra-orthodoxe juif. Voici d’ailleurs le tableau qui présente le fonctionnement des deux systèmes scolaires (NB : UNRWA = Agence des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens) :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

L’une des conclusions de ce rapport est que : « de part et d’autre, rares sont les tentatives de déshumanisation de l’autre et sa diabolisation ». En revanche, « les livres israéliens comme palestiniens présentent un récit national unilatéral. Les événements historiques y sont présentés de manière sélective pour renforcer chacune de ces narrations (narratives en anglais)». Dans 49% des manuels israéliens, « l’autre » est décrit de manière négative, ou très négative. C’est le cas dans 84% des manuels palestiniens. Voici deux exemples retenus par les chercheurs :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

Autre question très sensible : celles des cartes géographiques. Seuls 4% des manuels palestiniens et 13% des livres israéliens font figurer à la fois une frontière et une légende mentionnant Israël et les territoires palestiniens. Selon les auteurs de cette enquête, ces omissions d’informations sur « l’autre » servent « malheureusement à délégitimer sa présence » :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

Le collège d’experts arrive à la conclusion que ce sont les manuels palestiniens et ceux des écoles religieuses juives qui offrent la version la plus biaisée de « l’autre » et des évènements historiques. Tandis que les livres proposés par le ministère israélien de l’Education semblent plus pondérés. « Pour aboutir à la paix, écrivent les chercheurs, la question de l’éducation et celle des manuels scolaires devra être au coeur de futures négociations entre israéliens et palestiniens».

D’ailleurs cette question des livres scolaires reste extrêmement sensible. Lors de la signature des accords d’Oslo en 1993, elle avait été évoquée par les deux parties. Mais jamais vraiment réglée.

 

 

 

 

 

Bouche cousue

Diplo

No comment. Pas un mot. Pas de confirmation. Bouche cousue. Ni l’armée, ni le gouvernement israélien ne souhaitent commenter les informations d’hier sur un probable raid aérien mené plus tôt à l’aube par les F15 et les F16 de l’état hébreu en territoire syrien. La presse israélienne, soumise à la censure militaire, se voit contrainte de citer des journaux étrangers pour évoquer ce ou ces raid(s). Il(s) aurai(en)t visé, selon le régime de Damas, un centre de préparation militaire situé en banlieue de la capitale syrienne. D’autres sources évoquent la destruction d’un convoi d’armement (sans doute des missiles SA-17) qui s’apprêtait à franchir la frontière libanaise, et qui aurait pu terminer aux mains du Hezbollah.

 © Haaretz

© Haaretz

Il faudra des mois, peut-être des années pour savoir précisément ce qui s’est passé hier matin et de quelle manière l’aviation israélienne a pénétré en territoire syrien, et avec quels objectifs. Ainsi, les autorités israéliennes n’ont encore jamais commenté le bombardement en 2007 de l’installation nucléaire d’al-Kibar dans le nord de la Syrie. Or, il y a quelques mois, le magazine américaine New Yorker, publiait une enquête formidable sur le déroulé de cette opération de 2007. A la relecture de cet article de David Makovsky, on imagine mieux comment la décision d’envoyer des avions au-dessus de la Syrie a été prise il y a un peu plus de 48 heures par le gouvernement et l’état major israélien. Cet article avait été évoqué et résumé sur ce blog. Papier publié le 11 septembre 2011 :

…/… le magazine américain New Yorker raconte comment l’état hébreu a décidé il y a cinq ans, en 2007, de bombarder une mystérieuse installation nucléaire située dans le nord-ouest de la Syrie. L’opération a jusqu’ici été tenue secrète et jamais commenté par des officiels israéliens, même si tout le monde s’accorde sur le fait que ce sont bien des F16 israéliens qui ont détruit le site d’al-Kibar. Dans ses mémoires, le président Bush avait même évoqué cette opération. En Israël en revanche, elle est toujours soumise à la censure militaire.

Ce qui est nouveau et absolument passionnant dans cet article de David Makovsky (ancien correspondant politique du Haaretz et du Jerusalem Post, aujourd’hui membre du Washington Institute for Near East Policy), c’est que l’auteur raconte comment les israéliens ont découvert l’existence de ce site d’al-Kibar, comment cette attaque a été décidée, par qui, et pour quelles raisons. Il reconstitue enfin avec brio le déroulement de l’opération militaire. Ce long papier se lit comme un roman d’espionnage. En voici un rapide résumé.

Selon le New Yorker, l’état hébreu suspecte dès la fin de l’année 2006 le régime syrien de s’être lancé dans la fabrication d’un programme nucléaire. A l’époque, les services de renseignement font état d’un mystérieux bâtiment en construction dan la région de Deir-Al-Zour. Le 7 mars 2007, à Vienne en Autriche, des agents du Mossad parviennent à pénétrer à l’intérieur de l’appartement d’Ibrahim Othman, qui n’est autre que le patron de l’agence atomique syrienne. Othman est à Vienne pour prendre part à une réunion de l’AIEA. Les agents israéliens s’introduisent chez lui, sans aucune trace d’effraction, copient le disque dur de son ordinateur, et y trouvent une douzaine de photos en couleur du site suspect. Selon Makovsky, on voit clairement sur ces images des ouvriers nord-coréens, ce qui confirmerait que Pyongyang est en train d’aider Damas à construire un réacteur nucléaire. Les agents du Mossad en tirent la conclusion que la seule raison d’être de cette installation, située près des frontières turques et irakiennes, est de fabriquer une bombe atomique.

Dès le lendemain, le patron du Mossad Meir Dagan vient rendre compte au premier ministre de l’époque Ehud Olmert. Et il insiste : « il faut agir vite, plus nous attendons, plus nous prenons le risque en cas d’attaque de contaminer le fleuve Euphrate tout proche, avec des substances radioactives ». Le chef du gouvernement israélien lance alors toute une série de consultations. Chez lui, à sa résidence, plutôt que dans son bureau de premier ministre, pour ne pas attirer l’attention. Il prend aussi l’avis de ses prédécesseurs : Peres, Netanyahu, et Barak. Les chefs des différents services de renseignement sont aussi consultés. Une réunion a lieu chaque vendredi, dans le plus grand secret.

Le 18 avril 2007, selon le New Yorker, Israël décide d’informer la Maison Blanche. Rapidement, les experts américains semblent persuadés que les documents et photos présentés par le Mossad sont authentiques. Et c’est le message qu’ils font passer au président des Etats-Unis Georges W. Bush.

Dans les semaines qui suivent, Olmert tente à plusieurs reprises de convaincre Bush et son vice-président Cheney, de mener l’opération militaire contre le site syrien. « Sinon, menace-t-il, Israël devra y aller seul ».

Le 13 juillet, Bush téléphone à Olmert et lui fait savoir que si son administration décide d’aller bombarder la Syrie, elle devra d’abord en informer le congrès US et expliquer qu’elle se fonde, pour prendre cette décision, sur des informations émanant des services de renseignements israéliens. L’état hébreu tient-il vraiment à ce que tout ceci soit rendu public ?

Pendant ce temps là, à Tel-Aviv, l’état-major commence à échafauder des plans pour une éventuelle attaque. Les israéliens misent sur le fait que si l’opération militaire est rapide et discrète, Bachar Al Assad ne répondra pas militairement, car il ne voudra pas reconnaître qu’il était en train de développer un programme nucléaire.

Au même moment, des forces spéciales israéliennes sont déjà entrées clandestinement dans le nord de la Syrie, effectuent des prélèvements du sol à proximité du site, et photographient les installations à moins de 1500 mètres.

Dans le courant de l’été, Ehud Barak remplace Amir Peretz au poste de ministre de la Défense. Dans les semaines qui suivent, pas moins de six réunions du cabinet israélien sont consacrées à ce sujet.

Le 1er septembre 2007, l’aide de camp d’Ehud Olmert informe la Maison Blanche que l’aviation israélienne est prête pour une attaque.

Le 5 septembre, dernière délibération du cabinet de sécurité. A un ministre près, le cabinet vote pour une opération militaire.

Aux alentours de minuit, quatre avions F16 et quatre avions F15 décollent de la base militaire de Ramat David dans le nord d’Israël. Les appareils survolent les cotés méditerranéennes, puis longent la frontière turco-syrienne. Olmert, Barak et Tzipi Livni suivent toute l’opération depuis le quartier général de l’armée à Tel-Aviv. Peu avant une heure du matin, les pilotes déclenchent l’opération qui porte le nom de code « Arizona ». 17 tonnes de bombes sont larguées sur le site d’al-Kibar. On estime que 10 à 35 ouvriers sont tués dans l’explosion.

Quelques minutes plus tard, Olmert appelle Bush : « juste pour vous dire que quelque chose qui existait n’existe plus ».

 

La dix-neuvième Knesset

Politique

Au lendemain de ces élections législatives israéliennes finalement plus intéressantes et plus surprenantes que ce que l’on attendait, voici quelques statistiques à propos du nouveau parlement (merci à l’ami Michael Blum de l’Agence France Presse qui a compilé une grande partie de ces informations). Ce portrait en chiffres de la Knesset résume bien la réalité complexe de ce pays…

Sur les 120 députés de cette nouvelle Knesset, 53 nouveaux dont 47 élus pour la première fois. Les nouveaux députés représentent près de la moitié du parlement. Un vrai renouvellement de la classe politique du pays.

27 femmes élues (il y en avait 23 dans le précédent parlement). La parité est encore loin d’être à l’ordre du jour.

La benjamine de la Knesset s’appelle Stav Shaffir, elle a 27 ans. Cette activiste de gauche et journaliste s’était illustrée lors du mouvement des indignés de l’été 2011.

13 députés vivent dans des colonies de Cisjordanie.

Sur 120 députés, 39 sont des religieux (ultra-orthodoxes ou non) répartis dans six formations différentes.

4 parlementaires sont d’anciens généraux, dont deux des ex chefs d’état-major.

16 députés sont des anciens journalistes, dont le centriste Yair Lapid (son parti Yesh Atid a créé la surprise en récoltant 19 mandats) et la dirigeante du parti travailliste Shelly Yacimovich.

Sur 120 députés, 12 ne sont pas juifs (10 sur les listes des partis arabes, 1 sur la liste Likoud-Beiteinou, et 1 chez Meretz, la gauche israélienne).

Il est particulièrement intéressant enfin d’observer les résultats de ces élections ville par ville. Ils illustrent par exemple le divorce entre Jérusalem la religieuse et Tel-Aviv la laïque.

A Jérusalem, le parti ultra orthodoxe Judaïsme Unifié de la Torah l’emporte (22%) devant le Likoud (20%) et l’autre parti ultra-orthodoxe Shas (sépharade) est troisième (15%). Quatrième : le Foyer Juif de Naftali Bennett, droite nationaliste et religieuse (12%). Le parti de centre droit Yesh Atid de Yair Lapid, désormais deuxième force politique du pays, n’obtient que 7% des voix à Jérusalem.

A Tel-Aviv, Yesh Atid l’emporte (20%). Le Likoud est à la deuxième place (17%) devant le parti Travailliste (16%). Le parti de gauche Meretz est quatrième (14%).

Dans la ville arabe de Tayibe (près de Netanya), la liste arabe emporte 56% des suffrages. 22% pour les communistes de la liste judéo-arabe Hadash. Seuls 22 électeurs ont voté pour la liste Likoud-Beiteinou.

A Efrat enfin, une colonie du Gush Etzion (sud de Jérusalem), le Foyer Juif de Naftali Bennett s’impose avec 59% des suffrages. Le Likoud est second (21%). Et le parti centriste de Yair Lapid ne récolte que 2% des voix.

 

 

 

 

Le roi est nu

Politique

On a l’habitude de dire qu’un bon dessin vaut souvent mieux qu’un papier un peu long. Au lendemain des ces législatives surprenantes, c’est encore plus vrai. Dessin reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’ami et voisin Michel Kichka : 

  © Michel Kichka

© Michel Kichka

 

Shelly Yachimovich (parti travailliste), Yair Lapid (Yesh Hatid), et Tzipi Livni. A droite Naftali Bennett du Foyer Juif. Benyamin Netanyahu se cache derrière Avigdor Lieberman.

Vous pouvez retrouver les meilleurs dessins et une production quasi quotidienne de Michel Kichka sur son blog. Et je ne peux que vous recommander chaudement la lecture de son dernier ouvrage : “Deuxième Génération, ce que je n’ai pas dit à mon père” chez Dargaud. Dessins magnifiques. Textes forts, sensibles et drôles.

Cohen, Kashua, Trio Joubran, Hatufim et danse du ventre !

Culture

Depuis des semaines, les médias israéliens ne parlent plus que de politique. Les élections législatives anticipées sont dans sept jours. Tout le monde semble persuadé que Benyamin Netanyahu sera reconduit au poste de Premier ministre mais avec quelle coalition ? La presse et les journaux télévisés vont de supputation en supputation. Bibi Netanyahu choisira-t-il de prendre un virage à droite ? Quelle place accordera-t-il au Foyer Juif nationaliste et religieux de Naftali Bennett (crédité de 13 à 15 sièges dans les derniers sondages) et aux partis ultra-orthodoxes ? Ou bien au contraire sa future coalition incluera-t-elle des partis de centre gauche, et notamment celui créé par l’ancien journaliste vedette Yair Lapid ? Avant de plonger complètement dans cette fièvre électorale, voici un peu de détente et cinq bonnes nouvelles culturelles à partager avec vous.

Riff Cohen est l’une des personnalités devenue incontournable de la jeune scène musicale israélienne. La jeune femme qui chante à la fois en français, en hébreu et parfois en arabe mélange rock, pop, variété, dans un joyeux « balagan ». Riff Cohen sera à Paris le 22 janvier prochain à l’Olympia en première partie d’Enrico Macias. Le 23 janvier au Sunset, rue des Lombards, toujours à Paris. Et le 24 janvier à l’International, rue Moret, dans le 11ème arrondissement de la capitale. Sa chanson, A Paris, à découvrir ici.

Le Trio Joubran fête ses 10 ans d’existence avec un concert événement le 7 prochain février, également à l’Olympia de Paris. Le trio originaire de Nazareth vit désormais en France et est devenu en dix années de concerts à travers le monde le plus célèbre groupe de musique traditionnelle palestinien. Leur dernier disque « Asfâr » est sorti l’an passé. La date parisienne a été rôdé il y a quelques jours à Ramallah lors d’un concert exceptionnel à guichets fermés.

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

La série « Avoda Aravit » dont la quatrième saison vient de débuter à la télévision israélienne tout juste primée aux Israeli Awards. En tout, cinq récompenses pour cette série imaginée par le journaliste de Haaretz Sayed Kashua. « Avoda Aravit » (« Travail arabe ») raconte le quotidien des arabes israéliens, qui représente 20% de la population, avec humour et ironie. A découvrir absolument…

« Hatufim » (« Prisonniers de guerre ») est l’autre série télé dont on parle en ce moment. C’est elle qui a inspiré aux américains la série « Homeland » qui pour la seconde année consécutive vient d’être récompensée par un Golden Globe…

Enfin l’actualité culturelle de la semaine se déroule à Eilat avec à partir de demain le plus grand festival mondial… de danse du ventre ! 950 danseurs réunis pendant quatre jours. Le site internet Ynet note que les participants viendront de 30 pays, dont la Turquie, l’Egypte et la Jordanie. La danse du ventre abolit les frontières !

 © DR

© DR

N’hésitez pas à découvrir ces artistes et ces séries, que je vous recommande chaudement. Et à partir de maintenant… place à la politique !

Bethleem

Palestine, Religion

Bethleem. Basilique de la Nativité. 24 décembre 2012. Bonnes fêtes de fin d’année à tous !

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

2013 sera chargée. Dans moins de cinq semaines maintenant, les législatives israéliennes…

Joyeux Noel de Jérusalem

Non classé

Petite revue de presse israélienne à deux jours de Noel.

A Jérusalem, la polémique du jour porte sur un sapin de Noel installé à l’une des huit portes de la vieille Ville, et qui provoque la colère de groupes juifs ultra-orthodoxes. Le sapin et ses guirlandes ont été montés par un commerçant de la porte de Jaffa et cela irrite un conseiller municipal du parti Shass (ultra orthodoxe séfarade) qui y voit une provocation. L’histoire est rapportée dans le Jerusalem Post de ce matin. Le conseiller municipal ultra religieux voit dans ce sapin un geste d’idolâtrie,  déplacé. La mairie qui a autorisé son installation se défend en expliquant que Jérusalem est la ville des trois religions, et que pour Hanoucca par exemple, elle installe au même endroit un gigantesque chandelier à huit branches. Ce matin d’ailleurs, la mairie de Jérusalem a décidé de maintenir la distribution de sapins de noël que chaque année elle offre aux chrétiens de la ville.

La presse du jour revient aussi sur les annonces de cette semaine du gouvernement israélien : la construction de milliers de logements à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Environ 10.000 logements vont être ou devraient être construits de l’autre coté de la ligne verte, la ligne d’armistice de 1949. La condamnation est quasi unanime de la part de la communauté internationale qui parle de provocation. Mais le journal Israël Hayom note ce matin que « Benyamin Netanyahu a décidé d’ ignorer cette avalanche de critiques ». Pour le premier ministre israélien, l’état hébreu a le droit de construire où il le souhaite, que ce soit à Jérusalem ou autour de Jérusalem. Le Maariv de ce matin revient d’ailleurs sur les déclarations de Bibi Netanyahu hier soir à la télévision israélienne : « je me fiche de ce que peut dire l’ONU ». Enfin dans le Jérusalem Post de ce matin, ce dessin plutôt amusant :

 © Jerusalem Post

© Jerusalem Post

Pour terminer, à lire dans le Times of Israel, le portrait de Vera Baboun, première femme élue maire à Bethléem. Chrétienne, première femme à diriger la ville ou selon les évangiles le Christ est né il y a un peu plus de 2.000 ans. Aujourd’hui à Bethléem les chrétiens ne représentent plus qu’un tiers de la population, mais la loi dit que le maire de la ville doit être issu de cette minorité. Le journal rappelle que, malgré cela, depuis 2006 le conseil municipal était dominé par les islamistes du Hamas, ce qui avait eu pour conséquence de couper l’aide internationale. Aujourd’hui, cette professeur d’université d’une cinquantaine d’années, très élégante, veut se battre contre la crise économique, le chômage (+de 20% à Bethléem) et les conséquences de l’occupation. Depuis 2002, la ville est entourée par le mur de séparation (ou barrière de sécurité) construit par les israéliens.

« Ce Noel 2012 est particulier » affirme Vera Baboun. « Car, dit-elle, nous allons célébrer la naissance de Jésus, mais aussi celle de l’état de Palestine » reconnu le mois dernier par les Nations Unies. Ce sapin de Noel de 17 mètres de haut, installé sur la place de la Mangeoire, Vera Baboun souhaite qu’il soit un arbre « de paix, d’espoir et d’amour ».

 Joyeux Noel !

 

 

 

Mechaal à Gaza

Palestine

100.000 personnes sur la place de la Katiba à Gaza le weekend dernier pour accueillir le chef politique du Hamas Khaled Mechaal à l’occasion des commémorations du 25ème anniversaire du Mouvement. C’était la première visite de Mechaal dans la bande de Gaza et la première fois qu’il se rendait dans un territoire palestinien depuis 1967. Devant une foule acquise et agitant les drapeaux verts du Mouvement de la Résistance Islamique, Khaled Mechaal a tenu un discours particulièrement agressif à l’égard d’Israël. “La Palestine que nous revendiquons, a clamé le leader islamiste, s’étend de la rivière à la mer, du Jourdain à la Méditerranée”. Voici en quelques photos un résumé de cette visite qui aura duré un peu plus de 48 heures.

Katiba © G. Philipps / Radio France

Katiba © G. Philipps / Radio France

M75 © G. Philipps / Radio France

M75 © G. Philipps / Radio France

Mechaal © G. Philipps / Radio France

Mechaal © G. Philipps / Radio France

Scout © G. Philipps / Radio France

Scout © G. Philipps / Radio France

M75 © G. Philipps / Radio France

M75 © G. Philipps / Radio France

Ezzedine Al Qassam © G. Philipps / Radio France

Ezzedine Al Qassam © G. Philipps / Radio France

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

1 élection, 34 listes, 42 partis !

Politique

Le 22 janvier prochain les israéliens iront aux urnes pour élire leurs représentants à la 19ème Knesset. Dans les derniers sondages du jour, le bloc de droite dirigé par Benjamin Netanyahu est toujours largement en tête des intentions de vote. La liste commune que le Likoud a imaginée avec le parti Israël Beiteinou d’Avigdor Liberman est créditée - à un peu plus d’un mois des élections - de 39 sièges sur 120 (le sondage est à lire ici dans le Haaretz du jour). Ses alliés du parti Shass (ultra-orthodoxe séfarade) obtiendraient 12 députés, le Foyer juif (nationaliste religieux) 11, et le Judaïsme unifié de la Torah (ultra-orthodoxe ashkénaze) 6. Faisons les comptes : 39 + 12 + 11 + 6 =  68. Autant dire que les partis de la droite nationaliste et religieuse sont quasiment assurés de décrocher une large majorité au parlement. Ce qui fait dire à Yossi Verter du Haaretz ce matin que le « jeu est fini » : game over !

Pour autant, la campagne électorale n’est pas encore terminée. Et comme à chaque élection israélienne, elle nous offre la chance de découvrir une multitude de petits partis, et de candidats plus ou moins étranges, qui n’ont quasiment aucune chance d’aller à la Knesset, mais qui font, comment dire, le charme de la politique locale !

34 listes ont donc été enregistrées par le Comité Central des Elections (et 42 partis mais certains ont choisi de faire liste commune). Parmi nos préférés :

Le parti des Pirates. Son programme : la protection des droits et libertés fondamentales, et la légalisation du partage des fichiers sur Internet. Son dirigeant Ohad Shem Tov est connu pour avoir lors de scrutins précédents mené la liste des survivants de l’Holocauste, ou celui de la Feuille Verte (pour la légalisation du cannabis). Le jour où Shem Tov à déposé sa liste devant la commission, il était déguisé en pirate et sa main gauche était recouverte d’un crochet en plastique. Le premier parti Pirate au monde a été créé en Suède il y a sept ans…

 © Parti des pirates

© Parti des pirates

Le parti Kalkala dirigé par une ex députée de Kadima, Yulia Shamalov-Berkovich, qui n’ayant pas réussi à décrocher un ticket sur la liste du Likoud, a donc rejoint ce nouveau parti (ça aussi, ça fait partie des charmes de la politique israélienne, le retournement de veste permanent). Le programme de Kalkala est avant tout économique et porte sur l’amélioration du pouvoir d’achat des israéliens. Sur cette liste on trouve aussi un vainqueur de la version locale de « Qui veut gagner des millions ? » et un ancien candidat de l’émission « Big Brother ».

Le parti Kulanu Khaverim Na Nach (« Nous sommes tous frères ») regroupe enfin des hassidim (ultra orthodoxes) persuadés que tous les problèmes du monde et du Proche-Orient se régleront par le chant, la danse et le rire. Ces religieux se réclament de l’héritage du rabbin Nachman de Bratslav et sont persuadés que le Rav (décédé en 1810) attirera sur son seul nom de nombreux électeurs…

 © Na Nach

© Na Nach

Sur ces deux derniers partis, n’hésitez pas à regarder les deux excellents reportages télé de ma consœur et amie Fleur Sitruk. Les liens s’affichent plus haut. Et sur ce balagan (« bordel ») électoral typiquement israélien, l’analyse amusée et amusante de mon confrère (et ami aussi) Michael Blum.