Le blog de Grégory Philipps

Jérusalem, Gaza, Tel-Aviv, Ramallah

Israël et la télé-réalité

Culture

On savait les habitants de ce pays accros à la télé-réalité. Ces dernières années, Akh Hagadol (le Big Brother version locale) a battu tous les records d’audience. Comme le note ma consœur du point Danièle Kriegel sur son blog, c’est un peu comme si « Israël s’admirait dans le miroir de la télé-réalité…/… Le public israélien, s’interroge la journaliste, préfère-t-il la pseudo-réalité narrée dans l’étrange lucarne pour fuir son quotidien fait de guerres, de conflits internes et de crise économique ? »

Deux épisodes récents viennent en tout cas illustrer cet engouement. Et racontent aussi ce qu’est Israël aujourd’hui, à travers ses programmes télé.

 © Ofir Ben Shetret Facebook page

© Ofir Ben Shetret Facebook page

L’adaptation israélienne de l’émission The Voice est l’une des émissions les plus regardées en ce moment. Particulièrement remarquée : une candidate de 17 ans, Ofir Ben Shitrit originaire de la ville d’Ashdod dans le sud du pays. Voix cristalline, joli regard, Ofir a tout d’une future vedette de la chanson. Mais à Ashdod la jeune fille est scolarisée dans une école religieuse. Et la direction de l’établissement n’a pas apprécié qu’elle participe à ce télé-crochet. Les autres parents d’élèves non plus et l’ont fait savoir. Résultat : Ofir Ben Shitrit a été suspendue deux semaines de son école, pour avoir chanté en public devant des hommes (ce qui est interdit par le judaïsme orthodoxe). L’affaire a été rapportée par plusieurs journaux. Vous pouvez découvrir et entendre la voix d’Orit ici en vidéo.

L’autre émission dont on parle ici depuis quelques jours, c’est l’adaptation locale de Masterchef dont la troisième édition vient de s’achever. La finale a été remportée par un jeune chef israélien, d’origine allemande et converti au judaïsme. Mais ce que tout le monde retient, c’est l’amitié forte qui est née entre deux finalistes : Selma, l’arabe israélienne qui vit à Kfar Kassem, et Elinor qui habite l’implantation de Tekoa en Cisjordanie.

 © DR

© DR

Les deux jeunes femmes se sont découvertes pendant l’émission et ont sympathisé (dans la « vraie » vie, toutes les deux ne souhaitent pas se rendre l’une chez l’autre, par peur. Pour la première d’aller dans une colonie juive, pour la seconde de se rendre dans un village arabe). Les téléspectateurs arabes ont été passionnés par le parcours et la personnalité de Selma, et l’ont massivement soutenue. Le programme a d’ailleurs battu des records d’audience, en partie grâce à ces téléspectateurs arabes (même si on apprend dans l’excellent papier de Danièle Kriegel que « les taux d’audience dans le secteur arabe n’ont aucune retombée économique pour la chaîne. En effet, les tarifs publicitaires pour passer dans Masterchef  ne sont calculés que d’après le nombre de téléspectateurs juifs »).

PS : pendant ce temps là à Gaza, ce n’est pas une émission de télé-réalité qui fait parler d’elle mais une vidéo dans laquelle de jeunes palestiniens (eux aussi !) ont réalisé une parodie de la chanson Gangnam Style du sud-coréen PSY. La version est un peu bricolée, artisanale.

 © DR

© DR

Mais ces jeunes gens, keffieh sur la tête, parviennent à raconter avec humour le quotidien des gazaouis : le distributeur de billets de banque est vide, il n’y a pas d’essence dans les pompes (alors on circule sur des carrioles à cheval) et tout fonctionne grâce à des générateurs. Vous pouvez découvrir ici le Gangnam Gaza Style !

Un commentaire pour “Israël et la télé-réalité”

  1. coline dit :

    Merci de ce blog que je découvre aujourd’hui. Petit pays mais problèmes immenses.

Laisser un commentaire

tokyo

Recopiez le code ci-dessus afin que votre commentaire soit pris en compte.