Le blog de Grégory Philipps

Jérusalem, Gaza, Tel-Aviv, Ramallah

Manuels scolaires israéliens et palestiniens

Culture, Politique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la publication de cette étude inédite sur les manuels scolaires israéliens et palestiniens (et financée par le secrétariat d’Etat américain) fait pas mal de bruit ici. Côté israélien, le ministère de l’Education a parlé d’un rapport « partial, non professionnel et qui n’avait pour objectif que de diffamer l’état hébreu ». Le ministre Gideon Saar s’est félicité que ses services aient refusé de collaborer avec les chercheurs à l’origine de cette enquête. De son coté, le premier ministre palestinien Salam Fayyad a dit sa satisfaction de lire la confirmation que, selon lui, « les manuels palestiniens ne contiennent aucune forme d’incitation flagrante à la haine ». A Washington, la parole-parole du département d’Etat qui a soutenu financièrement le projet a salué « une analyse indépendante et qui encourage la paix et la tolérance dans les programmes scolaires ».

Alors de quoi s’agit-il précisément et qui dit ce rapport ?

L’étude s’appelle : « Le portrait de « l’Autre » dans les manuels scolaires israéliens et palestiniens ». Elle a été dirigée par le chercheur américain Bruce E. Wexler de la prestigieuse université de Yale. Wexler a été secondé par le palestinien Sami Adwan de l’université de Bethléem et l’israélien Daniel Bar-Tal, spécialiste des sciences de l’éducation à l’université de Tel-Aviv. Sous leur direction, pendant trois ans, une vingtaine de chercheurs indépendants ont lu et analysé plus de 600 manuels scolaires, approuvés en 2011 par les ministères de l’éducation des deux côtés, ainsi que les livres distribués par l’enseignement ultra-orthodoxe juif. Voici d’ailleurs le tableau qui présente le fonctionnement des deux systèmes scolaires (NB : UNRWA = Agence des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens) :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

L’une des conclusions de ce rapport est que : « de part et d’autre, rares sont les tentatives de déshumanisation de l’autre et sa diabolisation ». En revanche, « les livres israéliens comme palestiniens présentent un récit national unilatéral. Les événements historiques y sont présentés de manière sélective pour renforcer chacune de ces narrations (narratives en anglais)». Dans 49% des manuels israéliens, « l’autre » est décrit de manière négative, ou très négative. C’est le cas dans 84% des manuels palestiniens. Voici deux exemples retenus par les chercheurs :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

Autre question très sensible : celles des cartes géographiques. Seuls 4% des manuels palestiniens et 13% des livres israéliens font figurer à la fois une frontière et une légende mentionnant Israël et les territoires palestiniens. Selon les auteurs de cette enquête, ces omissions d’informations sur « l’autre » servent « malheureusement à délégitimer sa présence » :

 © Council of Religious Institutions of the Holy Land

© Council of Religious Institutions of the Holy Land

Le collège d’experts arrive à la conclusion que ce sont les manuels palestiniens et ceux des écoles religieuses juives qui offrent la version la plus biaisée de « l’autre » et des évènements historiques. Tandis que les livres proposés par le ministère israélien de l’Education semblent plus pondérés. « Pour aboutir à la paix, écrivent les chercheurs, la question de l’éducation et celle des manuels scolaires devra être au coeur de futures négociations entre israéliens et palestiniens».

D’ailleurs cette question des livres scolaires reste extrêmement sensible. Lors de la signature des accords d’Oslo en 1993, elle avait été évoquée par les deux parties. Mais jamais vraiment réglée.

 

 

 

 

 

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