Le blog de Grégory Philipps

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La paix au supermarché

Palestine, Non classé

Rami Lévy est israélien et possède le troisième réseau de supermarchés du pays. Mounib al-Masri est palestinien et sans doute l’un des hommes les plus riches de Cisjordanie. Au cœur de l’été, l’homme d’affaires israélien et le nabab palestinien ont entamé des discussions pour tenter de relancer, ensemble, le processus de paix au point mort depuis deux ans maintenant. Leur base de discussion : l’initiative de paix saoudienne (en 2002, le roi Abdallah avait proposé une normalisation des relations entre l’état hébreu et tous les pays arabes, en échange d’un retrait des territoires occupés par Israël depuis 1967). Les deux businessmen semblent persuadés que les initiatives en faveur de la paix ne pourront réussir que si des membres de la société civile en sont à l’origine, et si elles sont consolidées par une coopération économique renforcée entre les deux parties.

 © Rami Lévy

© Rami Lévy

Suite à la révélation par la presse de ces contacts (« deux ou trois rencontres » a commenté Rami Lévy) le milliardaire palestinien al-Masri a été vivement critiqué par les organisations palestiniennes appelant au boycott d’Israël. La chaîne Rami Levy possède en effet plusieurs supermarchés en Cisjordanie. Pour l’organisation BDS, « ces relations intimes entre des capitalistes israéliens et des capitalistes palestiniens représentent l’une des pires formes de normalisation de l’occupation ». Lévy lui est régulièrement critiqué par l’extrême-droite israélienne qui lui reproche d’employer des arabes dans ses supermarchés, et de permettre aux palestiniens de faire leurs emplettes dans ses magasins de  Cisjordanie.

Mounib al-Masri © G. Philipps / Radio France

Mounib al-Masri © G. Philipps / Radio France

Quelque soit la motivation des deux hommes (volonté politique de faire avancer la paix ou bien démarche commerciale de la part de deux entrepreneurs ?), l’initiative rejoint la thèse de l’économiste Jacques Bendelac qui publie ces jours ci « Israël – Palestine : demain, deux états partenaires ? » aux éditions Armand Colin. Dans cet essai passionnant, l’économiste écrit : « Israël a besoin d’un état palestinien au moins autant que la Palestine a besoin de l’état d’Israël. Aujourd’hui, l’indépendance palestinienne s’avère indispensable à la poursuite du développement de l’état juif : le fardeau de l’occupation nuit à l’économie israélienne et l’état de guerre permanent isole le pays sur la scène diplomatique. En revanche, il reste à définir les conditions selon lesquelles un état de Palestine, sans continuité territoriale et essoufflé par plusieurs décennies d’occupation, sera économiquement viable et politiquement gouvernable ».

 © Armand Colin

© Armand Colin

Bendelac conclut : « La solution des deux états permettra aux deux peuples de vivre sur des bases politiques, économiques, et humaines, viables. (…/…) L’économie israélienne n’a rien à craindre d’une économie palestinienne indépendante à ses côtés : les deux économies sont à un degré de développement si différent qu’elles ne seront pas concurrentes, au contraire. Leur complémentarité permettra à chacune de profiter des avantages comparatifs de l’autre. Israël pourra poursuivre son développement dans la sécurité, et le nouvel état de Palestine pourra jouir de sa pleine souveraineté sur un territoire viable ».

Deux partenaires donc ? A l’image de ce que Lévy et Al Masri sont peut-être en train d’imaginer. A méditer…

 

 

 

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