Et si Olmert était encore au pouvoir ?
Blanchi. Acquitté. Après plus de deux années d’instruction, l’audition de 280 témoins, et la rédaction d’un rapport de 700 pages, le tribunal de Jérusalem a donc innocenté l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, qui était poursuivi pour trois affaires de corruption. Plus exactement, Olmert est blanchi dans deux dossiers : une affaire de surfacturation de billets d’avion, et une affaire de financement illégal (l’ancien chef du gouvernement était accusé d’avoir reçu de la part d’un homme d’affaires américain des centaines de milliers de dollars en liquide). Olmert en revanche est reconnu coupable dans un troisième dossier dit du « Centre d’Investissement ». Alors ministre du Commerce et de l’Industrie, Olmert aurait favorisé des prêts et des garanties officielles au profit d’un ex associé. Dans ce dossier, l’ex Premier ministre risque jusqu’à trois années de prison. La peine sera connue à l’automne.
Il n’empêche : Olmert est ressorti extrêmement satisfait et souriant du tribunal cette semaine : « il n’y a pas eu de corruption, je n’ai pas reçu d’argent, tout était faux » a-t-il réagi. Et la presse israélienne a ces derniers jours largement commenté cette victoire judiciaire pour l’ancien chef du gouvernement, mais aussi les errements des enquêteurs accusés d’avoir fait tomber Olmert (il avait du annoncer sa démission en septembre 2008 et avait effectivement quitté le pouvoir en mars 2009)… pour rien.
Du coup, et sans tomber dans la théorie du complot, beaucoup de commentateurs et d’observateurs de la vie politique israélienne s’interrogent : qui avait intérêt à faire tomber Olmert ? Sur son compte Twitter, mon confrère Charles Enderlin écrit : « les accusations contre Olmert ont-elles été lancées à l’époque parce qu’il était sur le point de conclure un accord avec Abbas ? Probablement ». Et c’est vrai, qu’après avoir été un fervent partisan du Grand Israël et soutenu les colons de Cisjordanie et de Gaza, après s’être opposé aux accords de paix avec l’Egypte et ceux d’Oslo, Olmert avait fini par accepter la création d’un Etat Palestinien. Dans ses mémoires, l’ex secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice a raconté que « Ehud Olmert lui a proposé, en mai 2008, de restituer aux palestiniens 94% de la Cisjordanie, moyennant quelques échanges de territoires, et un partage de Jérusalem, future capitale des deux Etats »… Est-ce pour faire échouer ce projet qu’Olmert a été visé par ces enquêtes ? Les proches de l’ancien chef du gouvernement pensent que des juifs américains ultraconservateurs ont peut-être « téléguidé » ces investigations. Et que ceci mériterait une enquête.
Dans le quotidien Haarezt, Carlo Strenger va même jusqu’à se poser la question : « Que se serait-il passé si Olmert était resté Premier ministre ? S’il n’avait pas été contraint à la démission ? ». L’article de politique fiction est passionnant. « Je ne peux m’empêcher de penser que l’Histoire d’Israël aurait été radicalement différente » écrit l’éditorialiste. « En aout 2008, Olmert aurait sans doute poursuivi ses négociations de paix avec Mahmoud Abbas. En juin 2009, sous la houlette de Barack Obama, dirigeants arabes, palestiniens et israéliens se seraient retrouvés à New York, et auraient trouvé un accord. Dans l’année qui aurait suivi, la Ligue Arabe aurait officiellement reconnu l’existence de l’état hébreu. Dans le cadre de cet accord de paix, Israël serait devenu membre de l’OTAN, et dans les deux années suivantes, membre à part entière de l’Union Européenne. En 2010, Olmert aurait organisé un référendum en Israël sur la conclusion de ces accords de paix. Et malgré quelques violences et des tentatives pour faire échouer le projet, les israéliens auraient à 72% validé le principe de ce traité de paix. La même année, Olmert aurait été réélu. En septembre 2011, la Palestine aurait enfin été reconnue comme Etat aux Nations Unies. Abbas aurait été élu à la tête de cet Etat et le Hamas, affaibli, aurait été contraint de revoir sa charte, et d’accepter la paix avec le voisin israélien ».
Tout ceci évidemment n’est que fiction. Olmert n’est pas le Premier ministre idéal parfois décrit par les journalistes israéliens. On lui doit la catastrophique guerre du Liban de 2006, et l’opération Plomb Durci sur Gaza en 2008/2009. Et il reste poursuivi dans une quatrième affaire, Holyland, le plus gros scandale immobilier de l’Histoire d’Israël, à l’époque où il était maire de Jérusalem.
Certains journaux ont tout de même envisagé cette semaine un retour en politique d’Ehud Olmert. Le Jerusalem Post a commandé un sondage qui montre que l’ancien leader du parti Kadima pourrait à lui seul décrocher pas moins de 17 sièges à la Knesset. Ehud Olmert a toutefois juré qu’il ne comptait pas revenir aux affaires.
Mais sait-on jamais.
La politique en Israël, et sans doute plus que dans n’importe quel pays, est faite de surprises, de rebondissements, et de coups d’éclat…










