Le blog de Grégory Philipps

Jérusalem, Gaza, Tel-Aviv, Ramallah

Article(s) pour mai 2012

La drôle d’élection de la 8ème circonscription

Lundi 28 mai 2012

Pour la première fois, le 3 juin, les franco-israéliens sont appelés à voter pour élire le député qui les représentera à l’Assemblée nationale. Israël appartient à la 8ème circonscription des français de l’étranger qui comprend aussi l’Italie, la Grèce, la Turquie, Malte, Chypre, le Vatican et San Marin. En tout, près de 110.000 électeurs pourront donc voter dans cette circonscription, dont 62.000 en Israël.

Première particularité : il semble que les territoires palestiniens aient été oubliés dans ce découpage électoral. La Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est n’apparaissent ni sur la carte publiée par le ministère des affaires étrangères, ni d’ailleurs dans la 11ème circonscription, ni ailleurs : 

 © Ministère des affaires étrangères

© Ministère des affaires étrangères

Un groupe des français des territoires palestiniens (GFTP) s’est constitué et a écrit au ministre des affaires étrangères Laurent Fabius et à celui de l’intérieur Manuel Valls. Voici une copie de leur courrier :

  © DR

© DR

Après enquête, il apparaît que les 229 français qui vivent dans les territoires palestiniens, ou franco-palestiniens, pourront tout de même voter à Ramallah et à Jérusalem, mais que n’appartenant à aucune circonscription, ils ne seront officiellement pas représentés par le (la) futur(e) député(e). A ce sujet, lire l’excellente tribune publiée par Anwar Abu Eisheh sur Rue 89.

Drôle d’élection aussi eu égard au nombre de candidats. Ils sont dix à se présenter et à « draguer » depuis des semaines maintenant (et beaucoup sur les réseaux sociaux) les français d’Israël qui évidemment pèseront lourd dans la 8ème circonscription. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy avait obtenu 92% des voix au deuxième tour de la présidentielle contre François Hollande.

Voici la liste des dix candidats telle que présentée par nos confrères de l’AFP (merci Michael Blum) :

- Daphna Poznanski, seule candidate à vivre en Israël, représentant le parti socialiste

- Valérie Hoffenberg, secrétaire nationale de l’UMP en charge des relations avec les partis politiques étrangers

- Gil Taïeb, président-fondateur de l’association de soutien à Israël (ASI)

- Philippe Karsenty, maire-adjoint de Neuilly-sur-Seine, candidat de centre droit avec le soutien du Parti Libéral Démocrate

- Pierre Jestin, qui vit en Italie, investi par Europe Ecologie Les Verts

- Corine Rouffi, franco-israélienne, candidate du Parti Radical de Gauche

- Huguette Livernault-Levy, candidate du Rassemblement Bleu Marine

- Michèle Parrivicini, candidate du front de gauche, elle réside en Grèce

- Guy Fitoussi, indépendant, franco-israélien

- Julien Lemaitre, candidat de Solidarité et Progrès

Premier tour le 3 juin, second tour le 17 juin.

 

 

 

 

Yom Yeroushalaim

Lundi 21 mai 2012

Les israéliens ont donc commémoré hier le 45ème anniversaire de la « réunification » de Jérusalem, 45 ans après la conquête et l’annexion de la partie orientale de la Ville Sainte. Yom Yeroushalaim, le jour de Jérusalem, est chaque année l’occasion pour des milliers de jeunes israéliens de défiler dans les rues de la ville pour une « marche des drapeaux ».  Cette journée est aussi souvent et malheureusement le théâtre de confrontations, notamment quand cette marche traverse les quartiers arabes de la Vieille ville ou de Jérusalem-Est. Hier après-midi, des groupes de jeunes israéliens et palestiniens ont d’ailleurs, comme l’an passé, échangé coups de poings et insultes.

 © CD

© CD

A l’occasion de cette journée, l’office israélien des statistiques a publié des chiffres particulièrement intéressants et qui illustrent bien la guerre démographique qui se joue en ce moment à Jérusalem.  La ville (Ouest et Est) compte désormais 801.000 habitants. C’est la ville d’Israël la plus peuplée, loin devant Tel-Aviv (400.000 habitants). 

A l’Ouest vivent 310.000 juifs et 10.000 arabes. A l’Est, 290.000 arabes et 190.000 juifs. D’après ces statistiques, 62% des habitants de Jérusalem sont juifs (497.000 personnes), 35% sont des musulmans (281.000 personnes), 2% de chrétiens (14.000 personnes) et 9.000 personnes sont sans religion déclarée. 

L’économiste et chercheur en sciences sociales Jacques Bendelac note dans ce papier publié par Israel Valley, que depuis la guerre des Six jours, la proportion de juifs au sein de la population de Jérusalem a diminué et est passée de 74% en 1967 à 62% aujourd’hui. La part de la population arabe elle a légèrement augmenté.  Sur un plan plus politique, Benyamin Netanyahu a rappelé hier lors des cérémonies que « Jérusalem, la capitale d’Israël, ne serait jamais divisée ». L’état hébreu en effet considère Jérusalem comme sa capitale « éternelle et indivisible ». La communauté internationale n’a jamais reconnue cette décision. De leur côté, les palestiniens souhaitent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Il y a quelques mois enfin, l’Union européenne avait accusé Israël de « miner systématiquement la présence palestinienne dans la ville, en y construisant des colonies ». Le rapport est à relire ici. 

 

Bibi, politicien numéro 1

Mercredi 9 mai 2012

Et bien voici donc Benjamin Netanyahu à la tête de l’une des coalitions les plus fortes qu’un gouvernement israélien ait jamais connue. En signant cet accord surprise avec les centristes de Kadima et leur nouveau patron Shaul Mofaz, Bibi renonce aux élections anticipées qu’il avait pourtant annoncées pour le 4 septembre prochain. Et se retrouve donc à la tête d’une coalition de 94 députés (!) sur les 120 que compte la Knesset.   

Voici un petit graphique qui permet de visualiser tout cela. Netanyahu peut désormais compter sur le soutien des députés appartenant aux cinq plus grosses formations du parlement. 

 © Ministère israelien des affaires étrangères

© Ministère israelien des affaires étrangères

Alors bien sur, Netanyahu avait annoncé des élections pour dans quatre mois et a changé d’idée en moins de 24 heures. Bien sur, Shaul Mofaz, avant de conclure cet accord, n’a eu de cesse de critiquer le premier ministre, et de le traiter de menteur. L’éditorialiste Yossi Verter écrivait dans Haaretz il y a deux jours : « après avoir ressenti comme un sentiment de dégout et de nausée (en apprenant cet accord), il faut admettre que, encore une fois, Netanyahu nous a donné à tous une leçon. Il est le politicien, numéro 1, sans aucun doute, et loin devant tous les autres. Il a acheté Kadima, et ses 28 députés pour rien, deux sous et demi, et cela lui assure 18 mois supplémentaires au pouvoir, à la tête d’une coalition de 94 parlementaires ! »

 © tv israelienne

© tv israelienne

 

La gauche (et notamment la leader du parti travailliste Shelly Yachimovich) a fustigé “un pacte de lâches” et “le plus ridicule zigzag de l’histoire politique israélienne”. Une manifestation pour dénoncer cet accord entre Netanyahu et Mofaz a réuni plusieurs centaines de personnes hier soir à Tel Aviv. Et d’autres rassemblements sont prévus samedi soir…

Les prisonniers palestiniens

Mercredi 9 mai 2012

Les nouveaux « héros » des palestiniens ne sont plus ces jeunes lanceurs de pierre masqués que l’on aperçoit chaque vendredi ou presque dans les manifestations de Qalandya ou Nabi Saleh, mais des prisonniers qui se sont lancés dans un véritable bras-de-fer avec l’administration pénitentiaire israélienne. Les portraits de ces détenus s’affichent désormais un partout sur les murs de Gaza, Ramallah ou Naplouse.

Tente de soutien aux prisonniers à Gaza © G. Philipps / Radio France

Tente de soutien aux prisonniers à Gaza © G. Philipps / Radio France

   

Depuis le 17 avril, 1.550 palestiniens détenus dans des prisons israéliennes  (sur environ 4.700) se sont lancés dans ce mouvement de grève de la faim, imitant ainsi Khader Adnane ou Hanna Chalabi qui ont réussi à faire plier l’administration pénitentiaire et ont finalement été libérés. Le premier après 66 jours sans s’alimenter, la seconde a été libérée après 43 journées de grève de la faim mais exilée à Gaza. 

En tout cas, ce dossier des prisonniers devient chaque jour plus sensible. Deux d’entre eux, Bilal Diab (34 ans) et Thaer Halahla (27 ans) sont entrés aujourd’hui dans leur 72ème journée de grève de la faim.

Le CICR (comité international de la Croix  la Croix Rouge) se dit extrêmement préoccupé par l’état de santé d’au moins six détenus. 

Le 1er ministre du Hamas Haniyeh rend visite aux familles des prisonniers © G. Philipps / Radio France

Le 1er ministre du Hamas Haniyeh rend visite aux familles des prisonniers © G. Philipps / Radio France

Ces prisonniers palestiniens protestent contre leurs conditions d’incarcération, réclament la levée des sanctions prises après l’enlèvement du soldat Shalit, et dénoncent le régime de détention administrative, héritée du mandat britannique, qui permet l’incarcération d’un suspect sur une période de six mois, renouvelable indéfiniment, sans comparution ni jugement (ils sont environ 310 à être placés en détention administrative). Ce soir, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon affirme d’ailleurs que « ces prisonniers doivent être jugés ou libérés ». 

 La tente de soutien aux prisonniers, à Gaza © G. Philipps / Radio France

La tente de soutien aux prisonniers, à Gaza © G. Philipps / Radio France

A quelques jours des commémorations de la Nakba (la « catastrophe » en arabe, terme par lequel les palestiniens désignent la création de l’état d’Israël en 1948), Tsahal est sur les dents et redoute des incidents sérieux. Et le Djihad Islamique, et les dirigeants du Hamas à Gaza, ont promis des représailles si l’un de ces détenus venait à mourir.  

Il y a 48 heures (lundi soir), les membres de brigades Izz ad-Dine Al-Qassam (branche armée du Mouvement de la Résistance islamique) ont d’ailleurs défilé dans les rues de Beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza, en solidarité avec les détenus grévistes de la faim. Ambiance martiale. Défilé militaire impressionnant, entre 1.000 et 2.000 hommes, aux visages recouverts par des cagoules.  

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

 © G. Philipps / Radio France

© G. Philipps / Radio France

Jérusalem a voté… Sarkozy

Lundi 7 mai 2012

Voici les résultats du second tour de l’élection présidentielle enregistrés par le consulat de France à Jérusalem. Quatre bureaux (trois à Jérusalem, un à Ramallah). Et les scores des deux candidats divergent franchement de ceux enregistrés au niveau national.  

Nombre d’inscrits : 13458

Nombre de votants : 3269

Suffrages exprimés : 3238

François Hollande : 367 (11,3%)

Nicolas Sarkozy : 2871 (88,7%) 

Attention, ces résultats ne concernent que ceux du consulat de France à Jérusalem. Ceux enregistrés par l’ambassade de France en Israel ne seront connus que demain matin… A noter que Shelly Yachimovitch, la chef du parti travailliste israélien, a été la première ici à féliciter le président Hollande nouvellement élu. « Votre victoire est un encouragement pour nous, et nous sert d’exemple » écrit Yachimovitch. 

L’état hébreu en effet se prépare aussi à des élections. La tenue de ce scrutin anticipé a été confirmée ce soir par Benjamin Netanyahu devant les membres de son parti, le Likoud. Ces élections auront lieu dans les quatre mois qui viennent (peut-être le 4 septembre). Selon les derniers sondages, le Likoud obtiendrait 31 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Contre 18 au parti travailliste dirigé par Shelly Yachimovitch.