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01 mars 2012

“Mr Ordinary” in London

Posté dans: France, politique

François Hollande était ce mercredi 29 février à Londres. Une visite suivie avec un intérêt particulier ici depuis la déclaration de guerre du candidat socialiste au monde de la finance. Un intérêt redoublé depuis que François Hollande a annoncé son intention de crée un taux d’imposition à 75% sur les très hauts revenus, au-delà d’un million d’euros par an, une proposition jugée “marxiste” par le Daily Telegraph et The Economist. Cette visite à Londres s’annonçait périlleuse : le député de Corrèze oserait-il tenir ici un discours anti-City, anti-riches ?

 © F. Mathevon / Radio France

© F. Mathevon / Radio France

A peine sorti de l’Eurostar, Hollande rassure tout le monde en VO : “I’m not dangerous”. Mais il faut surtout effacer cette impression de double discours ressortie d’un entretien avec des journalistes anglo-saxons à Paris. Le député de Corrèze a alors souligné qu’en France, les gouvernements socialistes avaient libéralisé l’économie. Il a ensuite reproché au Guardian d’avoir provoqué une polémique avec l’extrême-gauche en déformant ses propos sur la disparition des communistes. L’affaire du Guardian aurait tant agacé Hollande qu’il a failli annuler son voyage à Londres. Il a d’ailleurs décliné avant sa venue toutes les demandes d’interviews avec les médias britanniques.

Le candidat socialiste doit montrer aujourd’hui qu’il n’est pas “Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris” selon la formule de Nicolas Sarkozy. Il s’en prend donc à “la finance folle”, pas celle “qui est au service de l’économie”. Et plaide une nouvelle fois pour davantage de “régulation”. Un discours consensuel aujourd’hui au Royaume-Uni. Voilà des semaines qu’une controverse sur les bonus excessifs des banquiers fait les gros titres de la presse britannique.

Si vous cherchez bien, F. Hollande est quelque part sur cette photo... © F. Mathevon / Radio France

Si vous cherchez bien, F. Hollande est quelque part sur cette photo… © F. Mathevon / Radio France

...les journalistes cherchent eux aussi où il peut bien être. © F. Mathevon / Radio France

…les journalistes cherchent eux aussi où il peut bien être. © F. Mathevon / Radio France

François Hollande n’aura pas l’occasion d’aborder ce sujet avec David Cameron. Même si le socialiste s’en défend, son équipe aurait bien demandé un tête-à-tête au Premier ministre britannique qui a préféré s’abstenir, comme Merkel avant lui, en faisant valoir poliment un motif protocolaire, la vraie raison étant bien sûr le soutien public apporté par Cameron à Sarkozy lors de sa récente visite à Paris. “Pas sûr que ce soit un élément décisif dans la campagne”, ironise le député de Corrèze après un déjeuner avec les responsables travaillistes, dont leur chef Ed Miliband, qui n’est pas sans rappeler le Hollande falot des années 90. Le jeune frère Miliband représente l’aile gauche de son parti, il est surnommé ici “Ed le Rouge” ; Hollande se voit plutôt en “François le Rose”. Red Ed soutient naturellement le candidat du PS dont le dynamisme et le leadership “l’impressionnent” mais il n’ira pas jusqu’à applaudir sa proposition d’un taux d’impôt à 75% pour les très hauts revenus : “Les solutions sont différentes selon les pays“, estime le travailliste. Ce ne serait pas une sanction mais un “signal” envoyé aux entreprises, une arme de “dissuasion”, selon François Hollande.

Illustration du fossé entre France et Grande-Bretagne : le soir même,  dans le Daily Telegraph, plus de 500 dirigeants d’entreprises britanniques signent une lettre appelant à la suppression du taux d’imposition à 50% sur les hauts revenus mis en place par les travaillistes en 2010.

Serait-il quelque part dans le tas? © F. Mathevon / Radio France

Serait-il quelque part dans le tas? © F. Mathevon / Radio France

A part ça…

Malgré de louables efforts, François Hollande parle mal anglais. Mais il parle. Comment traduirait-il par exemple son slogan de campagne “le changement c’est maintenant”? “Everywhere, change and change”, ou “change everywhere, and now”. Mouais…

Au King’s College, prestigieuse université londonienne, le discours du candidat socialiste est très europhile. Plutôt audacieux au pays de l’euroscepticisme mais le speech, assez convenu, ne transporte pas les foules.

François Hollande bavarde pendant près d’une demi-heure avec des étudiants français devant l’université. Pour les caméras? Peu probable, il n’y en a qu’une à ce moment là, qui s’écarte assez vite. Il répond patiemment à toutes sortes de questions sur la finance, l’euthanasie, l’Europe… Une jeune fille, manifestement bien née, lui dit que son père envisage de quitter la France s’il est élu, de peur de voir ses impôts augmenter. “Dites lui de ne pas s’inquiéter. Qu’il m’appelle”, lui lance Hollande. Sans lui laisser le moindre numéro de téléphone…