Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Article(s) pour août 2012

Le carnet de notes des Jeux olympiques

Lundi 13 août 2012

C’est donc l’heure du bilan. L’heure d’attribuer les bons et les mauvais points. Voici le carnet de notes, subjectif bien sûr, des Jeux olympiques de Londres :

SECURITE  8/10

Au début des JO, Londres ne méritait pas la moyenne dans cette matière au coefficient élevé. Déjà en décembre, les organisateurs ont doublé le dispositif. Une décision jugée tardive, à 8 mois seulement de l’événement. 23.000 hommes mobilisés sans compter les agents du privé. Début juillet, on apprenait que la société G4S n’était pas en mesure d’honorer son contrat et de fournir les 10.000 à 15.000 hommes prévus. Les militaires ont donc été appelés à la rescousse. Les 18.000 soldats déployés sur les sites se sont montrés affables et souriants (l’armée mettra toutefois du temps à s’en remettre, selon le témoignage d’un officier dans le Guardian), au diapason des policiers, eux aussi irréprochables. Les files d’attente étaient acceptables. Et surtout, bien sûr, il n’y a eu aucun incident majeur.

TRANSPORTS  7/10

C’était l’autre gros point d’interrogation des Jeux. Mais globalement, les dispositifs prévus ont tenu le choc. Les habitués des transports londoniens ont suivi les consignes et limité leurs déplacements. Pas d’énormes bouchons sur les routes donc, bien que la mise en service des voies olympiques, réservées aux officiels, aux athlètes et aux médias, ait connu des débuts difficiles. Le métro n’a pas échappé à quelques tensions, mais ce fut très occasionnel. Et tout s’est bien passé dans les aéroports qui ont pourtant battu des records de fréquentation.

BILLETTERIE  6/10

Les organisateurs ont été victimes de leur succès. Les billets, souvent très (trop) chers, se sont arrachés, toutes les épreuves ont affiché complet. On peut reprocher son opacité au système de vente par tirage au sort qui a fait beaucoup de déçus. Aux premiers jours des Jeux, les tribunes partiellement vides ont mis en colère des milliers de Britanniques privés de sésames. Ces places inoccupées étaient réservées aux accrédités, sponsors, officiels ou journalistes. Certaines ont été remises en vente après le début des compétitions. Trop tard pour éviter la frustration des supporters. Mais à temps pour enterrer la polémique. Au final, les stades étaient pleins, y compris pour les épreuves qualificatives. Une exception dans l’histoire olympique.

Mo Farah (ici en dernière position du peloton de tête) va remporter ce 5000m dans une ambiance incroyable. L'un des moments les plus intenses de la quinzaine olympique. ©F Mathevon/RF

Mo Farah (ici en dernière position du peloton de tête) va remporter ce 5000m dans une ambiance incroyable. L’un des moments les plus intenses de la quinzaine olympique. ©F Mathevon/RF

AMBIANCE  9/10

De l’avis de tous, l’ambiance aura été sensationnelle dans les enceintes sportives. Les supporters britanniques y sont pour beaucoup, déchaînés quand un athlète du pays est en piste. Le célèbre fair-play national en a toutefois pris un coup. Le chauvinisme était aussi invité à la fête. Mais en la matière, les Français peuvent-ils donner des leçons ?

MEDIAS BRITANNIQUES  4/10

Aucun esprit critique, aucune distance. Dans le sillage de la BBC, dont la couverture a été exemplaire du point de vue technique, toute la presse britannique a plongé dans l’océan patriotique. Des Jeux “grandioses”, historiques”, “du jamais vu”… Voilà ce qu’on a pu lire ces derniers jours. Le succès historique du Team GB, 3ème au classement des médailles (65 dont 29 en or), a galvanisé le nationalisme, et les médias ont été emportés par la vague. Cette communion autour des Jeux a entraîné un feel good factor, un état de grâce olympique bienvenu en temps de crise. Mais les journalistes britanniques, de qui les Français ont habituellement beaucoup à apprendre, ne se sont jamais embarrassés de nuances. La BBC par exemple s’est jetée à corps perdu dans le chauvinisme ambiant, à l’image de cette reporter drapée d’un châle aux couleurs de l’Union Jack (photo ci-dessous). Est-ce bien raisonnable ?

© F Mathevon/RF

© F Mathevon/RF

SPONSORS  4/10

Cible facile. Un sponsor olympique est impopulaire par définition, soupçonné de profiter de la fête pour doper ses bénéfices. De fait, à Londres, les multinationales qui financent les JO ont été particulièrement envahissantes. Et exigeantes. Seul McDonald’s était autorisé à vendre des frites au Parc olympique. Sebastian Coe, le patron des Jeux, a même déclaré juste avant l’événement qu’un spectateur vêtu d’un T-shirt Pepsi (et non Coca, sponsor officiel) n’aurait pas accès aux épreuves ! Il a heureusement été démenti mais son erreur en dit long sur le pouvoir exercé par les sponsors sur le comité d’organisation.

BENEVOLES  9/10

Exemplaires de gentillesse et de dévouement. Les 70.000 volontaires, ou Games makers, ont grandement participé à la réussite de ces JO. La psychorigidité britannique en moins, ils obtenaient un 10/10. ;-)

CEREMONIES 8/10

9/10 pour la cérémonie d’ouverture de Danny Boyle, ambitieuse, émouvante, rythmée, drôle. Une réussite. 7/10 pour celle de clôture orchestrée par Kim Gavin. Un concert géant pop-rock, léger, loufoque, excentrique. La soirée dansante après le mariage.

A cet instant de la cérémonie de clôture, hommage à la musique britannique, la flamme olympique brille encore. © F Mathevon/RF

A cet instant de la cérémonie de clôture, hommage à la musique britannique, la flamme olympique brille encore. © F Mathevon/RF

METEO  8/10

Mention très bien selon les critères britanniques. Des températures douces voire fraîches, mais peu de pluie et du soleil.

ECONOMIE, LEGS OLYMPIQUE  ?/10

Quelles seront les retombées économiques de ces JO ? Les promesses en matière de legacy (l’héritage olympique) seront-elles tenues ? Les Jeux vont-ils vraiment changer la vie des habitants des quartiers défavorisés de l’East End ? Il faudra plusieurs années, au moins, pour pouvoir répondre à ces questions et mesurer l’impact économique et social de l’événement. Le Parc olympique sera entièrement reconverti. Toutes les installations seront “recyclées” après les Paralympiques (29 août-9 septembre). Mais l’avenir du Stade n’est pas encore fixé. L’un des nombreux points d’interrogation de l’après-JO.

Et si on disait du mal des JO de Londres…

Vendredi 10 août 2012

Tous les vieux grognards de l’olympisme vous le diront : ces Jeux de Londres sont exceptionnels. L’organisation est exemplaire. La ferveur populaire n’a pas d’égal dans l’histoire des JO. Les sourires et la gentillesse des 70.000 bénévoles surprennent tous les visiteurs. Mais ce tableau n’est que partiel. Il est temps de briser le mythe de Jeux irréprochables!

D’abord, les installations olympiques ne font pas l’unanimité. Le Parc de Stratford ne soutient pas la comparaison avec les magnifiques sites du beach-volley, à Horse Guards Parade, ou de l’équitation, à Greenwich. Les infrastructures ont été conçues pour être reconverties après les Jeux mais les tribunes démontables défigurent certaines enceintes. L’extension provisoire de la piscine a métamorphosé le projet de l’architecte Zaha Hadid. Idem pour le Stade, dont les trois quarts des sièges sont voués à disparaître après les Jeux. La salle ExCel où se déroulent les épreuves de boxe, de judo ou de tennis de table, ressemble à un immense entrepôt que les logos olympiques ne parviennent pas à égayer.

D’une manière générale, le Parc olympique est un lieu oppressant, envahi par la foule, trop exigu pour ses centaines de milliers de visiteurs quotidiens. A bord des navettes des médias, le journaliste accrédité découvre les coulisses des installations. Les bus de la presse circulent entre le Stade et des terrains vagues envahis de détritus et hérissés de locaux provisoires en tôle. Comme une désagréable impression de visiter les cuisines sales d’un restaurant réputé.

La couverture de la BBC est technologiquement remarquable. Il est possible de suivre toutes les épreuves en direct grâce à un ingénieux système de zapping éprouvé à Wimbledon. Mais les choix et les commentaires sont affreusement partiaux. Les confrères français et étrangers n’en reviennent pas. La moindre médaille de bronze occasionne un déluge d’enthousiasme et de patriotisme. Seuls Usain Bolt et Michael Phelps ont pu concurrencer les athlètes britanniques.

Toute la presse a été emportée par cette fièvre nationaliste. Le directeur général de la BBC, Mark Thompson, a même été contraint de ramener ses troupes à la raison. Il souhaite que les programmes des différentes chaînes du groupe public “reflète pleinement les autres grands exploits sportifs et histoires humaines des Jeux de Londres”. Il faut dire que la réussite britannique a été stupéfiante : 3ème place au classement des médailles pour le Team GB avec 25 titres.

Il fallait s'appeler Michael Phelps pour pouvoir rivaliser avec les athlètes britanniques dans la couverture médiatique des JO. ©F Mathevon/RF

Il fallait s’appeler Michael Phelps pour pouvoir rivaliser avec les athlètes britanniques dans la couverture médiatique des JO. ©F Mathevon/RF

Quand la France remporte la Coupe du monde de football, le pouvoir en place en tire les bénéfices. Même cause, mêmes effets à Londres. De nombreuses figures du parti conservateur essaient de profiter de l’éclat des succès britanniques. Champion de la récupération politique : Boris Johnson, l’excentrique maire de Londres, que la réussite des JO pourrait propulser au 10 Downing Street selon plusieurs sondages. Naturellement, le Premier ministre David Cameron n’est pas en reste.

L’organisation générale des JO n’a pas connu de couacs majeurs, mais l’expérience olympique a été éprouvante pour certains spectateurs. Enorme raté par exemple hier soir à la North Greenwich Arena, théâtre de la demi-finale de basket féminin France-Russie. Des milliers de personnes devaient récupérer sur place leurs billets achetés sur internet. Seules quatre caisses étaient ouvertes pour retirer les précieux sésames. D’où une immense file d’attente, de plusieurs heures! Des centaines de spectateurs ont manqué le début de la rencontre.

De même, s’il est vrai que Londres a évité le pire dans les transports, mieux vaut ne pas demander leur avis sur la question aux usagers du métro bloqués aux heures de pointe dans des rames bondées. C’est arrivé à plusieurs reprises pendant les Jeux. Et sur les routes, les voies olympiques réservées aux athlètes, aux médias et aux officiels, ont entraîné d’inévitables embouteillages, surtout dans l’est de la ville, près du Parc olympique.

Voilà, fin de ce billet, goutte d’eau anti-JO dans un océan de louanges. Souvent méritées, j’avoue. ;-)

“Alors ces JO ça se passe comment ?”

Jeudi 2 août 2012

“Eh bien à vrai dire, plutôt bien” me semble une réponse à la fois juste et concise:-) Quand on couvre les Jeux, il est naturellement difficile de trouver ne serait-ce que cinq minutes pour mettre à jour son blog. Voici donc ici un bref résumé des épisodes précédents assorti de quelques photos prises au gré de pérégrinations olympiques.

- La cérémonie d’ouverture fut un triomphe. A la fois universelle et so british. Humour, musique, Histoire, références littéraires, sociales, sportives… Petite polémique malgré tout : un député conservateur, Aidan Burley, a cru bon de qualifier le spectacle de “multicultural crap” (en gros, “conneries multiculturelles”). Un show un peu trop à gauche aux yeux de la droite dure britannique.

- Aucun problème majeur dans les transports. Le centre de Londres est même désert. La pagaille annoncée sur les routes et dans le métro a manifestement effrayé les touristes et les banlieusards.

- La controverse sur la sécurité semble enterrée. Bien sûr, le moindre incident pourrait tout changer. Mais pour l’instant, le spectateur lambda ne trouve rien à redire aux contrôles à l’entrée des stades. Les militaires, appelés en renfort après les ratés de la société privée G4S, sont charmants, et les files d’attente acceptables.

- Les organisateurs ne déplorent qu’une seule véritable polémique : l’affaire des tribunes vides. A chaque épreuve, des centaines de sièges sont inoccupés. Des milliers de tickets ont été mis en vente pour “combler les trous” mais les Britanniques ne se lassent pas de vitupérer les nantis de la famille olympique sur les réseaux sociaux. Les places vides leur sont réservées. Au cas où.

- Les JO de Londres ont leur star, Michael Phelps, l’athlète le plus médaillé de l’histoire des Jeux, et leur vilain petit canard, la nageuse chinoise Ye Shiwen, 16 ans, dont les performances sidérantes ont éveillé les soupçons de nombreux spécialistes.

- Côté sport, la France se débrouille bien (6 médailles d’or jusqu’ici). La Grande-Bretagne va mieux (5 titres). La Chine et les Etats-Unis dominent.

- L’engouement populaire pour les Jeux est indiscutable.

En clair, au 6ème jour, les JO de Londres sont un succès. Voici quelques images pour illustrer cette réussite, so far.

L'arrivée du cyclisme sur route. Vonokourov en tête sur le Mall, devant Buckingham Palace. La classe. ©F Mathevon/RF

L’arrivée du cyclisme sur route. Vonokourov en tête sur le Mall, devant Buckingham Palace. La classe. ©F Mathevon/RF

Le beach-volley, l'un des cartons des JO dans le cadre magnifique de Horse Guards Parade, entre Buckingham et Westminster. Ibiza à Londres. Ouais, la classe aussi. ©F Mathevon/RF

Le beach-volley, l’un des cartons des JO dans le cadre magnifique de Horse Guards Parade, entre Buckingham et Westminster. Ibiza à Londres. Ouais, la classe aussi. ©F Mathevon/RF

L'équitation à Greenwich. Concours complet. La classe, encore. ©F Mathevon/RF

L’équitation à Greenwich. Concours complet. La classe, encore. ©F Mathevon/RF

Toujours l'équitation à Greenwich. Concours complet. Par patriotisme, nous ne donnerons pas le nom du Français en piste ici. Il a, comme tous ses compatriotes en lice, terminé dans les choux. ©F Mathevon/RF

Toujours l’équitation à Greenwich. Concours complet. Par patriotisme, nous ne donnerons pas le nom du Français en piste ici. Il a, comme tous ses compatriotes en lice, terminé dans les choux. ©F Mathevon/RF

Manif anti-JO à Mile End, dans l'est de Londres. Un lieu extrêmement dangereux pour un sponsor des Jeux ou tout autre membre de la famille dite olympique. ©F Mathevon/RF

Manif anti-JO à Mile End, dans l’est de Londres. Un lieu extrêmement dangereux pour un sponsor des Jeux ou tout autre membre de la famille dite olympique. ©F Mathevon/RF

Super yachts dans le quartier d'affaires de Canary Wharf pendant la durée des Jeux. Du plus petit...  ©F Mathevon/RF

Super yachts dans le quartier d’affaires de Canary Wharf pendant la durée des Jeux. Du plus petit… ©F Mathevon/RF

...au plus grand! © F Mathevon/RF

…au plus grand! © F Mathevon/RF