Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Article(s) pour juillet 2012

La cérémonie d’ouverture en avant-première

Mardi 24 juillet 2012

Les Jeux olympiques ont commencé. La cérémonie d’ouverture, orchestrée par le cinéaste Danny Boyle, s’est déroulée hier soir à Londres dans un Stade plein… Non, rassurez-vous, la (trop brève) canicule londonienne n’a pas encore consumé tous nos neurones : les JO commencent bien vendredi. Mais 60.000 spectateurs ont assisté hier à la cérémonie d’ouverture des Jeux. Une répétition générale à laquelle étaient invités des volontaires, des soldats, des local people, et bien sûr les incontournables sponsors. Seule condition : ne rien révéler du contenu. Ce fut naturellement un échec. Il suffit qu’on dise à quelqu’un de garder un secret pour qu’il le répète aussitôt. Les réseaux sociaux ont donc révélé les premières images du Stade que des milliards de téléspectateurs découvriront vendredi.

 © DR

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En début de soirée, Danny Boyle a pourtant enjoint personnellement les spectateurs à tenir leur langue, et leur pouce: le hashtag #savethesurprise a même été suggéré sur grand écran par les organisateurs. D’ailleurs, à vrai dire, les voeux du réalisateur de Slumdog Millionnaire ont été en grande partie exaucés. L’immense majorité du public a tenu parole. Et sur Twitter, les indiscrets ont été tellement conspués que beaucoup d’entre eux ont fini par retirer leurs clichés.

Malgré tout, ces deux photos donnent une idée du décor. On voit bien que le Stade sera transformé, comme prévu, en prairie pour évoquer la magnifique campagne anglaise. Des chevaux, des vaches, des chèvres participeront à la fête. Sur d’autres images, un faux nuage, gris bien sûr, apparaît dans le ciel. Allusion à la…disons capricieuse météo britannique.

A l’extérieur, les mélomanes ont distinctement entendu “Chariots of Fire” de Vangelis, “Song 2″ de Blur, ou encore “Relax” de Frankie Goes To Hollywood, qui sera donc joué devant la Reine d’Angleterre et des milliards de téléspectateurs 28 ans après avoir été censuré par la BBC. Ce tube gay aux paroles suggestives avait fait scandale dans l’Angleterre de Margaret Thatcher.

S’ils n’ont pas dévoilé grand chose du spectacle, les spectateurs d’hier soir n’ont pas été avares de qualificatifs, élogieux le plus souvent : “crazy”, “wicked”, “surreal”, “funny”, “typically british”, etc.

D’après les nombreuses fuites, officielles et officieuses, la soirée, inspirée de La Tempête de Shakespeare, devrait raconter l’histoire du Royaume-Uni. Une longue séquence s’attardera sur le glorieux passé industriel du pays. Une autre sera consacrée aux métamorphoses de l’après-guerre, les réformes sociales, le welfare state, le multiculturalisme… Paul McCartney conclura la cérémonie.

Voilà, vous savez presque tout. Pour le reste, rendez-vous vendredi à partir de 22h heure française.

La flamme à Londres !

Samedi 21 juillet 2012

Voici donc la flamme olympique. A portée de main. Après un parcours de deux mois au Royaume-Uni (dont une incursion symbolique en Irlande), elle est arrivée hier à Londres. Un show savamment orchestré. Et ce matin, elle a entamé son périple de six jours dans les 33 arrondissements de la capitale britannique.

F Mathevon/RF  Un policier de la Met à Beckton, dans l'arrondissement de Newham, pris en sandwich par deux relayeurs

F Mathevon/RF Un policier de la Met à Beckton, dans l’arrondissement de Newham, pris en sandwich par deux relayeurs

Aujourd’hui, la flamme a traversé les arrondissements défavorisés de l’East End, cinq des six quartiers hôtes des Jeux olympiques 2012 : Greenwich, Newham, Hackney, Tower Hamlets et Waltham Forest.

A l’exception de Greenwich, il s’agit des zones les plus pauvres et les plus multiethniques de la capitale. C’est à Stratford, à l’intersection de ces quartiers, qu’a été construit le Parc olympique (autopromo : le Magazine de la rédaction de France Culture du 20 juillet était consacré à la rénovation urbaine de l’East End et aux défis du chantier olympique).

Ce matin, j’avais fixé mon rendez-vous avec la flamme à 10h30 à Beckton, dans l’arrondissement de Newham, à l’extrémité de la ligne de métro DLR. Avec peu d’espoir d’y voir beaucoup de monde. Pourtant, des centaines de personnes étaient rassemblées de part et d’autre de la chaussée. La municipalité servait le thé, des gâteaux, des fruits, pour fêter l’arrivée de la torche olympique. Une foule enthousiaste, multiculturelle, à l’image de cette ville cosmopolite. Les habitants de Newham parlaient de leur fierté d’accueillir les Jeux et de se retrouver, pendant quelques semaines, au centre du monde.

Louise, 70 ans, vit à Newham depuis 35 ans : “Les gens disent que Newham est l’un des quartiers les plus pauvres d’Angleterre mais c’est faux. Regardez tous ces gens, les unes des journaux, tous ces médias. C’est l’un des quartiers les plus riches du pays!!!”. On en vient presque à fermer les yeux sur l’opportunisme des sponsors qui profitent naturellement de l’occasion pour maculer de slogans les véhicules accompagnateurs de la flamme.

Bien sûr, des milliers de Londoniens ne sortiront pas de chez eux et maudissent les célébrations olympiques. Bien sûr, les failles du dispositif de sécurité et la saturation du réseau de transports pourraient gâcher la fête. Mais le relais de la flamme, qui a déjà rassemblé près de 10 millions de personnes dans le pays, continue manifestement à attirer les foules. Une première victoire pour les organisateurs des Jeux.

Le pire été de l’histoire britannique ?

Mardi 10 juillet 2012

Il paraît qu’en France aussi, on a connu des jours meilleurs. A ce qu’on dit… Mais là, this is beyond a joke. Depuis trois mois, partout en Angleterre, on a droit au même spectacle derrière les fenêtres du living-room : grisaille, bruine, averse, grêle. Comme si le ciel avait désigné le Royaume-Uni sur la carte du monde pour se défouler cet été.

 ©DR Il va pleuvoir jusqu'en septembre, annonce le Daily Express.

©DR Il va pleuvoir jusqu’en septembre, annonce le Daily Express.

La météo, obsession anglaise, entraîne une paranoïa nationale : qu’a-t-on fait pour mériter ça ? Des records de précipitation ont été battus en avril et en juin. Et juillet est parti sur des bases encore plus élevées. Les averses ont provoqué des inondations dans de nombreuses régions, dans le nord, l’ouest, le sud… à vrai dire presque partout.

Les événements les plus médiatisés de ces dernières semaines ont tous dépassé les seuils acceptables d’humidité. Jubilé de la Reine : pluie. Relais de la flamme olympique : pluie. Wimbledon : pluie. Et maintenant, JO : pluie!!! Le Met Office, l’équivalent britannique de Météo France, prévoit en effet un temps calamiteux au moins jusqu’à la fin du mois de juillet. Au moins !

L’affaire est prise au sérieux par les organisateurs des JO qui viennent de commander, à en croire le Guardian, des milliers de ponchos en plastique à distribuer dans les files d’attente aux entrées des stades. A priori, la fête olympique est waterproof. Il faudrait une tornade, dit-on, pour perturber les épreuves, surtout dans un pays qui en a vu d’autres. N’empêche : les organisateurs préfèreraient éviter le BMX dans des torrents de boue, le beach-volley sous l’orage ou la cérémonie d’ouverture dans la tempête. Les 40 écrans géants installés à Londres et en province n’auraient sans doute guère de succès sous le déluge.

Mais d’après les autorités britanniques, les touristes ne viennent pas au Royaume-Uni pour y trouver le soleil. Ils visitent le pays pour sa culture, son Histoire, sa campagne verte et reposante. Une bonne saucée fait partie du décor!

Mmouais… sauf qu’une étude de la Penn State University offre une analyse moins rassurante. D’après les chercheurs, qui s’appuient sur l’exemple de Pékin, le mauvais temps aurait un impact sur la couverture médiatique des Jeux olympiques. Quand le soleil ne brille pas, quand la brume et la grisaille s’invitent à l’événement, les journalistes ont tendance à “employer des termes négatifs dans leurs reportages sur la ville-hôte”. D’après l’étude, si les conditions à Londres sont “grises et humides”, les reporters du monde entier risquent fort de s’intéresser d’abord à “ce qui ne va pas aux Jeux”. En résumé : temps pourri, médias hostiles, JO ratés !