Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Article(s) pour mars 2012

Mars 2012 en France, juillet 2005 en Grande-Bretagne

Dimanche 25 mars 2012

7 juillet 2005 en Grande-Bretagne. Une série d’attentats quasi-simultanés dans les transports en commun londoniens tue 56 personnes, dont quatre kamikazes. Les terroristes, tous Britanniques, ont grandi en Angleterre. Trois d’entre eux sont nés ici, le quatrième a vu le jour en Jamaïque, une ancienne colonie du Royaume-Uni. Leurs parcours sont jalonnés de séjours en Afghanistan et au Pakistan.

Mars 2012 en France. En neuf jours, au nom d’Al-Qaïda, Mohamed Merah, 23 ans, assassine trois enfants et un enseignant juifs, et trois militaires, au cours de trois tueries à Toulouse et à Montauban. Merah est Français, né à Toulouse, où il a toujours vécu. Il a voyagé à plusieurs reprises en Afghanistan.

D’après « un visiteur du soir » de l’Elysée cité par le Monde du vendredi 23 mars, « le modèle républicain français est autant remis en question que l’avait été le modèle communautariste anglais après les attentats de Londres ». Les deux dossiers sont bien sûr dissemblables –les liens avec Al-Qaïda par exemple ne sont établis à ce jour que dans le cas britannique– mais ils présentent des points communs. Et posent en effet la même question : comment un pays peut-il enfanter de tels monstres, de telles machines à tuer, qui finissent par se retourner contre lui ? Faut-il remettre en question le modèle national d’intégration ?

En France, en pleine campagne électorale, la plupart des candidats semblent hésiter à s’emparer de cette question sensible. En tout cas, peu de personnalités politiques se risquent à y répondre, d’autant qu’il reste à ce jour de nombreuses zones d’ombre sur le parcours du tueur : A-t-il agi seul ? S’est-il « autoradicalisé », comme l’affirment les services de renseignement ? Ne faut-il voir dans ses crimes qu’un acte terroriste résultant d’une doctrine islamique radicale ? Peut-on encore donner du crédit à la thèse de la dérive solitaire d’un fou furieux ?

Quels que soient les mystères de l’affaire Mohamed Merah, la France, comme la Grande-Bretagne, a été attaquée « de l’intérieur » par un jeune djihadiste qui s’est radicalisé sur son territoire. Au-delà des progrès accomplis en matière de lutte antiterroriste au Royaume-Uni, il est donc intéressant de voir comment Londres a réagi depuis 2005, dans quelle mesure le système britannique a été remis en question.

Les modèles d’intégration français et britannique sont très différents : universalisme d’un côté, multiculturalisme de l’autre.

En France, le communautarisme est un gros mot. Les appartenances religieuses, ethniques, sont autant que possible effacées du champ public, d’où l’interdiction du voile à l’école ou, plus récemment, de la burqa. Le système est jugé assimilationniste. L’immigré doit se conformer aux valeurs françaises, à « l’identité nationale ». Certains y voient une forme d’intolérance, d’autres un moyen d’unir le pays, d’offrir à la société une cohérence.

En Grande-Bretagne, le multiculturalisme implique que toutes les communautés sont les bienvenues, dans le respect des différences. Il n’est pas rare d’être accueilli par une fonctionnaire voilée dans une administration. On voit même des poupées couvertes d’un tchador dans les crèches publiques. Des dispositions spéciales ont été prises pour que, malgré des mesures de sécurité drastiques pendant les JO, les sikhs puissent porter à l’intérieur du Parc olympique le kirpan, un poignard recourbé considéré comme un symbole religieux. Et les exemples pullulent. La liberté de culte est parfaitement respectée. Le pays est réputé pour sa tolérance. Noirs ou musulmans ne sont pas victimes de la même discrimination à l’embauche qu’en France.

Mais ce système heurte aussi certains écueils. D’abord, on est loin de la laïcité à la française : où finit la liberté religieuse, où commence le prosélytisme ? Le respect de la liberté de culte ne conduit-il pas à des excès ? Ce débat est d’ailleurs apparu récemment dans l’actualité après que la Haute cour de justice a jugé illégale le mois dernier la pratique de prières pendant les séances de conseils municipaux. On rappellera à ce propos que la House of Lords, l’équivalent britannique du Sénat, compte toujours des évêques parmi ses membres non élus, ou encore, autre exemple, qu’une chronique religieuse est programmée chaque matin vers 7h45 sur BBC Radio 4 dans l’émission radiophonique nationale de référence, le Today programme.

Ensuite, de nombreuses communautés vivent côte-à-côte sans se croiser, sans échanger, sans partager quoi que ce soit. Se pose alors la question des valeurs britanniques, d’une identité nationale dont chaque citoyen pourrait se revendiquer.

Les attentats de juillet 2005 ont provoqué en Grande-Bretagne ce débat délicat, amorcé par les émeutes raciales de Bradford en 2001, qui donne souvent lieu, on le voit en France, à des dérapages nationalistes. Le pays s’est ainsi interrogé sur son modèle multiculturel, à gauche comme à droite de l’échiquier politique. D’abord sous Tony Blair qui, en 2006, a rappelé les citoyens britanniques à leur « devoir d’intégration ». Son successeur travailliste Gordon Brown a mis en avant le concept de « Britishness ». Puis le Premier ministre conservateur David Cameron a estimé l’an dernier que le multiculturalisme avait « échoué » au Royaume-Uni car il « encourage différentes cultures à vivre des vies séparées », ce qui ne permet pas de lutter efficacement contre les extrémismes. Ce discours, dont s’est félicitée notamment Marine Le Pen, a suscité un vif débat dans le pays. Un débat dangereux bien sûr car il stigmatise souvent l’islam et profite à l’extrême-droite. Mais il est a priori sain qu’une société cherche un modèle suffisamment tolérant pour que chacun y trouve sa place et suffisamment universel pour que personne ne soit attiré par les marges.

Peut-être est-ce aussi de cela que la France, après l’affaire Mohamed Merah, va débattre aujourd’hui.

Le village olympique, une affaire immobilière ?

Vendredi 16 mars 2012

Athlètes de tous les pays, bienvenue sur ce blog : voici en exclusivité mondiale le village olympique où vous serez logés pendant les Jeux.

Les onze blocs résidentiels disposent tous d'une vaste cour intérieure, et coup de bol, pile le jour où la presse est conviée, il fait beau ©F Mathevon / RF

Les onze blocs résidentiels disposent tous d’une vaste cour intérieure, et coup de bol, pile le jour où la presse est conviée, il fait beau ©F Mathevon / RF

Bon, à vrai dire, l’exclu doit être partagée avec une bonne centaine de médias dans le monde, mais Radio France en fait partie, c’est déjà ça ! Le LOCOG, le comité d’organisation des JO-2012, a aujourd’hui levé le voile sur l’appartement-type des sportifs l’été prochain.

Un communiqué de presse a été distribué aux journalistes présents, manifestement dans le seul but de rappeler aux étourdis que les Jeux sont d’abord une histoire de £. Environ un mot sur deux est le nom d’un sponsor. Ca donne à peu près ça :

“Les chambres ont été meublées par (…) et (…) ; l’équipement de maison est fourni par (…) ; chaque appartement dispose d’une TV de marque (…) et le réseau wi-fi est assuré par (…) ; les résidences du Village sont gérées selon les normes hôtelières (…) ; vous trouvez dans l’environnement immédiat du Village une banque (…), un salon de beauté (…), mais aussi un restaurant (…), une cafétéria (…), etc.” Et sur place, on vous propose naturellement des interviews de (…), (…), (…) ou encore (…) !!!

Le LOCOG vante le confort du Village olympique qui deviendra, rappelons-le, une résidence pour particuliers après les Jeux. 2818 habitations au total, dont une moitié de logements sociaux (1379) gérés par la joint venture Triathlon Homes, et une moitié d’habitations privées (1439) louées ou vendues par un consortium en majorité qatari (toujours cette histoire de £).

A première vue, pas sûr que ces logements plutôt sommaires soient un excellent investissement.

Une chambre Formule 1 du Village olympique ©F Mathevon / RF

Une chambre Formule 1 du Village olympique ©F Mathevon / RF

Jonathan Edwards, le champion olympique 2000 du triple saut, donne de sa personne pour montrer aux journalistes comme les matelas sont confortables © F Mathevon / RF

Jonathan Edwards, le champion olympique 2000 du triple saut, donne de sa personne pour montrer aux journalistes comme les matelas sont confortables © F Mathevon / RF

Le living-room d'un appartement olympique et ses meubles dernier cri aux couleurs audacieuses ©F Mathevon / RF

Le living-room d’un appartement olympique et ses meubles dernier cri aux couleurs audacieuses ©F Mathevon / RF

Des finitions impeccables © F Mathevon / RF

Des finitions impeccables © F Mathevon / RF

Soyons clairs, il est peu probable que des stars mondiales comme Usain Bolt se contentent d’un lit 80cm avec une table de chevet en contreplaqué pendant la durée des Jeux. Les vedettes seront sans doute logées dans un cinq étoiles en centre-ville. Mais c’est bien ici que séjourneront la grande majorité des sportifs en compétition, plus de 16000 athlètes et officiels.

Ce Village olympique n’a donc rien d’un palace. Chambres dépouillées, ameublement sommaire. Le cadre est toutefois agréable et les appartements offrent un confort minimum. En somme, un hôtel de moyenne gamme au coeur du Parc olympique, tout près de là où se dérouleront la plupart des épreuves. Les résidents disposeront même d’un balcon. Une première pour des JO, paraît-il.

Peut-être sommes-nous sur le balcon d'un futur champion olympique de tir à l'arc, qui sait? ©F Mathevon / RF

Peut-être sommes-nous sur le balcon d’un futur champion olympique de tir à l’arc, qui sait? ©F Mathevon / RF

Les sportifs pourront se sustenter dans une immense cantine, “de qualité” promet le LOCOG, où l’on consommera 75000 litres de lait pour ne citer qu’un des multiples chiffres dont on abreuve les journalistes. Car il n’y a pas de cuisines dans les appartements. Celles-ci seront ajoutées après les Jeux. Ce qui explique les finitions imparfaites, beaucoup de cloisons sont en effet démontables pour que les habitations soient reconverties dés 2013.

En résumé, on ironise un peu sur ce Village olympique, mais le projet a le mérite de concilier les exigences des athlètes pendant les Jeux et un objectif immobilier à long terme, un nouvel espace résidentiel dans les quartiers défavorisés de l’est londonien. Il faudra toutefois attendre quelques années pour porter un jugement sur la réussite de l’entreprise.

DSK, invité encombrant à Cambridge

Samedi 10 mars 2012

(lien ajouté à ce billet à 18h37 le dimanche 11 mars : la vidéo de la conférence de Dominique Strauss-Kahn a été mise en ligne aujourd’hui)

Dominique Strauss-Kahn était donc hier à Cambridge. Vous n’y avez sans doute pas échappé, peu de médias français ont fait l’économie de ce déplacement aussi scruté qu’une visite d’Etat.

DSK était convié à parler économie devant les membres de la Cambridge Union Society, principale association étudiante de l’université. Parmi les nombreux invités de ses deux siècles d’histoire : Winston Churchill, le Dalai Lama, John Major, Jesse Jackson, Jean-Marie Le Pen, Julian Assange, etc. Au téléphone, la présidente de la CUS, Katie Lam, jure ses grands dieux que “l’ancien patron du FMI a été contacté en 2010″, bien avant l’affaire du Sofitel, et qu’il ne s’agit en aucun cas de créer la polémique en accueillant un personnage controversé. “Il est très compétent en matière de finance et d’économie ; nos membres ont hâte de l’entendre”.

La Cambridge University Students’ Union n’en croit pas un mot. Pour la section femmes du grand syndicat étudiant de l’université, la CUS invite Dominique Strauss-Kahn pour faire parler d’elle. Sa présidente Ruth Graham a donc lancé il y a quelques semaines une pétition contre la venue de DSK. Pour de nombreux étudiants, il est inconvenant d’offrir une tribune à une homme soupçonné d’agressions sexuelles en ignorant les voix de toutes les victimes de viol trop souvent incomprises voire méprisées par la justice.

La Cambridge University Students’ Union organisait hier après-midi, au lendemain de la Journée internationale des femmes, en préambule à la conférence de DSK programmée en soirée, un event auquel s’est invité l’un des avocats américains de Nafissatou Diallo, Douglas Wigdor.

Douglas Wigdor, l'avocat de Nafissatou Diallo en vedette américaine à Cambridge ©F Mathevon / RF

Douglas Wigdor, l’avocat de Nafissatou Diallo en vedette américaine à Cambridge ©F Mathevon / RF

Devant un amphithéâtre rempli d’autant de journalistes que d’étudiants, Wigdor a retrouvé sa verve d’ancien procureur. Il s’est lancé dans une longue philippique anti-DSK : la présence à Cambridge de l’ancien patron du FMI est “un affront à toutes les victimes d’agressions sexuelles” ; Strauss-Kahn “veut faire son retour, il utilise le nom d’une prestigieuse institution internationale pour revenir sous les feux des projecteurs, c’est une opération de relations publiques” ; “comment la Cambridge Union Society peut-elle offrir une tribune à un homme accusé d’avoir utilisé ses pouvoirs pour agresser sexuellement une femme, un homme aujourd’hui impliqué dans un scandale lié à la prostitution ?”… n’en jetez plus ! Il ne fait pas de mal de rappeler ici que DSK n’a pas été condamné et que la première audience civile de l’affaire Diallo est prévue le 28 mars. Léger malaise donc devant l’opportune sortie médiatique de Mr. Wigdor qui relègue au second plan le thème initial du débat voulu par le syndicat étudiant sur les violences faites aux femmes.

N’empêche, l’avocat américain viserait-il juste en dénonçant l’opération de com de DSK à Cambridge ? Comment un homme mouillé jusqu’au cou dans de sulfureux dossiers judiciaires peut-il venir s’exprimer tranquillement sur l’économie et la marche du monde devant un parterre d’étudiants dont l’intérêt est évidemment décuplé par une malsaine curiosité ?

Manif anti-DSK à Cambridge © F Mathevon / RF

Manif anti-DSK à Cambridge © F Mathevon / RF

DSK n’a en tout cas pas pris le risque de croiser la grosse centaine de manifestants qui protestaient hier contre sa présence à Cambridge aux cris de “DSK va-t’en, justice pour Diallo!”. Il est arrivé par une porte dérobée à bord d’une berline noire, encadré par six gardes du corps. Il a été évacué dans une voiture de police après être sorti du bâtiment où il donnait sa conférence par une porte latérale opposée en empruntant un passage souterrain.

A l’extérieur, la soirée fut animée. Des manifestants ont essayé de forcer l’entrée du Union building protégée par des barrières et gardée par plusieurs policiers. On a appris aujourd’hui que trois individus, deux hommes et une femme, arrêtés hier, passeraient devant la justice à la fin du mois. Quant aux nombreux journalistes et à l’armée de curieux qui n’avaient pas accès à la salle, tous en étaient réduits à ça (désolé, vidéo à l’envers, compétences techniques limitées) :

Système D pour filmer le conférencier DSK  © F Mathevon / RF

Système D pour filmer le conférencier DSK © F Mathevon / RF

A l’intérieur, 800 étudiants tirés au sort, qui ont dû laisser leurs téléphones portables à l’entrée, ont écouté Dominique Strauss-Kahn commenter la situation économique mondiale, la crise grecque et les malheurs de l’euro. Deux questions embarrassantes selon les témoins. La première sur la manifestation contre sa venue : “Ils ont le droit de s’exprimer mais ils ont tort”, a-t-il dit. La seconde sur l’affaire Nafissatou Diallo. Comment DSK explique-t-il les contusions vaginales dont a fait état la femme de chambre ? “J’ai passé une semaine en prison. Le procureur a clos le dossier. Pour moi, l’affaire est terminée”. Toujours d’après des témoins, le jeune homme à moitié tremblant qui a posé cette question a manqué être évacué manu militari par les membres de la sécurité mais plusieurs étudiants ont mis en avant le droit à la liberté d’expression et Katie Lam, la présidente de la CUS, l’a laissé s’exprimer. L’étudiant a alors reformulé sa question à laquelle Strauss-Kahn a brièvement répondu en trahissant un peu de nervosité.

Enfin, l’ancien favori de la présidentielle française a donné son avis sur le match Hollande-Sarkozy. “Nicolas Sarkozy n’a pas répondu aux attentes des Français, François Hollande va gagner”, a-t-il dit en substance en se gardant bien de vanter les mérites du candidat socialiste qu’il n’a jamais soutenu.

“Mr Ordinary” in London

Jeudi 1 mars 2012

François Hollande était ce mercredi 29 février à Londres. Une visite suivie avec un intérêt particulier ici depuis la déclaration de guerre du candidat socialiste au monde de la finance. Un intérêt redoublé depuis que François Hollande a annoncé son intention de crée un taux d’imposition à 75% sur les très hauts revenus, au-delà d’un million d’euros par an, une proposition jugée “marxiste” par le Daily Telegraph et The Economist. Cette visite à Londres s’annonçait périlleuse : le député de Corrèze oserait-il tenir ici un discours anti-City, anti-riches ?

 © F. Mathevon / Radio France

© F. Mathevon / Radio France

A peine sorti de l’Eurostar, Hollande rassure tout le monde en VO : “I’m not dangerous”. Mais il faut surtout effacer cette impression de double discours ressortie d’un entretien avec des journalistes anglo-saxons à Paris. Le député de Corrèze a alors souligné qu’en France, les gouvernements socialistes avaient libéralisé l’économie. Il a ensuite reproché au Guardian d’avoir provoqué une polémique avec l’extrême-gauche en déformant ses propos sur la disparition des communistes. L’affaire du Guardian aurait tant agacé Hollande qu’il a failli annuler son voyage à Londres. Il a d’ailleurs décliné avant sa venue toutes les demandes d’interviews avec les médias britanniques.

Le candidat socialiste doit montrer aujourd’hui qu’il n’est pas “Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris” selon la formule de Nicolas Sarkozy. Il s’en prend donc à “la finance folle”, pas celle “qui est au service de l’économie”. Et plaide une nouvelle fois pour davantage de “régulation”. Un discours consensuel aujourd’hui au Royaume-Uni. Voilà des semaines qu’une controverse sur les bonus excessifs des banquiers fait les gros titres de la presse britannique.

Si vous cherchez bien, F. Hollande est quelque part sur cette photo... © F. Mathevon / Radio France

Si vous cherchez bien, F. Hollande est quelque part sur cette photo… © F. Mathevon / Radio France

...les journalistes cherchent eux aussi où il peut bien être. © F. Mathevon / Radio France

…les journalistes cherchent eux aussi où il peut bien être. © F. Mathevon / Radio France

François Hollande n’aura pas l’occasion d’aborder ce sujet avec David Cameron. Même si le socialiste s’en défend, son équipe aurait bien demandé un tête-à-tête au Premier ministre britannique qui a préféré s’abstenir, comme Merkel avant lui, en faisant valoir poliment un motif protocolaire, la vraie raison étant bien sûr le soutien public apporté par Cameron à Sarkozy lors de sa récente visite à Paris. “Pas sûr que ce soit un élément décisif dans la campagne”, ironise le député de Corrèze après un déjeuner avec les responsables travaillistes, dont leur chef Ed Miliband, qui n’est pas sans rappeler le Hollande falot des années 90. Le jeune frère Miliband représente l’aile gauche de son parti, il est surnommé ici “Ed le Rouge” ; Hollande se voit plutôt en “François le Rose”. Red Ed soutient naturellement le candidat du PS dont le dynamisme et le leadership “l’impressionnent” mais il n’ira pas jusqu’à applaudir sa proposition d’un taux d’impôt à 75% pour les très hauts revenus : “Les solutions sont différentes selon les pays“, estime le travailliste. Ce ne serait pas une sanction mais un “signal” envoyé aux entreprises, une arme de “dissuasion”, selon François Hollande.

Illustration du fossé entre France et Grande-Bretagne : le soir même,  dans le Daily Telegraph, plus de 500 dirigeants d’entreprises britanniques signent une lettre appelant à la suppression du taux d’imposition à 50% sur les hauts revenus mis en place par les travaillistes en 2010.

Serait-il quelque part dans le tas? © F. Mathevon / Radio France

Serait-il quelque part dans le tas? © F. Mathevon / Radio France

A part ça…

Malgré de louables efforts, François Hollande parle mal anglais. Mais il parle. Comment traduirait-il par exemple son slogan de campagne “le changement c’est maintenant”? “Everywhere, change and change”, ou “change everywhere, and now”. Mouais…

Au King’s College, prestigieuse université londonienne, le discours du candidat socialiste est très europhile. Plutôt audacieux au pays de l’euroscepticisme mais le speech, assez convenu, ne transporte pas les foules.

François Hollande bavarde pendant près d’une demi-heure avec des étudiants français devant l’université. Pour les caméras? Peu probable, il n’y en a qu’une à ce moment là, qui s’écarte assez vite. Il répond patiemment à toutes sortes de questions sur la finance, l’euthanasie, l’Europe… Une jeune fille, manifestement bien née, lui dit que son père envisage de quitter la France s’il est élu, de peur de voir ses impôts augmenter. “Dites lui de ne pas s’inquiéter. Qu’il m’appelle”, lui lance Hollande. Sans lui laisser le moindre numéro de téléphone…