Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Article(s) pour 27 janvier 2012

Quand François Hollande fait la « une » en Angleterre

Vendredi 27 janvier 2012

Imaginez David Cameron citant Rousseau dans l’ambiance surchauffée d’un meeting du parti conservateur britannique. Pourquoi pas ? Mais l’histoire deviendrait embarrassante si le Rousseau en question n’était pas Jean-Jacques, l’auteur des Confessions, mais Jean-Marc, un obscur plumitif cité par erreur par le Premier ministre.

C’est en gros ce qui est arrivé à François Hollande. Dimanche dernier, lors de son premier grand discours de campagne au Bourget, le candidat socialiste a fait référence à Shakespeare : « Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve ». Phrase ignorée des shakespearologues les plus émérites, des deux côtés de la Manche. Hollande avait cru bon de préciser qu’il s’agissait d’une « loi pourtant universelle ». En réalité, on l’a appris hier, la citation était bien de Shakespeare…mais de Nicholas Shakespeare, un écrivain-journaliste, critique littéraire au Daily Telegraph, très lointain descendant du dramaturge ! La phrase est prononcée par un révolutionnaire maoïste qui rejoint la guérilla du Sentier lumineux, personnage du roman La vision d’Elena Silves, publié il y a 20 ans chez Albin Michel (dans une très mauvaise traduction paraît-il).

Nicholas Shakespeare a décliné une interview pour les antennes de Radio France. Il préférerait, explique-t-il par email, que son nom soit connu de l’autre côté de la Manche pour son dernier livre sur le génocide arménien, Héritage, paru il y a quelques mois chez Grasset, et non pour un ouvrage dont il semble modérément fier vingt ans après sa publication en France.

Bien sûr, les journaux britanniques raffolent de cette histoire (ici ou ). Mais François Hollande a droit à d’autres honneurs aujourd’hui dans la presse. Il fait la « une » du Times.

 © DR

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Le journal conservateur britannique s’alarme du programme du favori de la présidentielle française (lien payant). Déjà, en début de semaine, les quotidiens avaient relevé les attaques du candidat socialiste au Bourget contre le monde de la finance. Dans un pays où la classe politique fait les yeux doux à la City, comme on l’a vu en décembre au sommet de Bruxelles, il pouvait difficilement en être autrement.

Le Times rapporte des propos tenus au Forum de Davos par l’influent maire conservateur de Londres, Boris Johnson : « Je ne veux pas interférer dans la politique intérieure française (sic) mais je veux mettre en garde les Français contre une erreur (l’élection de François Hollande) qui pourrait porter atteinte à l’économie britannique ». Johnson accuse le candidat socialiste de « short-term political vindictiveness ». Traduction : politique à court-terme vindicative et rancunière.

Dans les pages intérieures, l’article est titré : « Après Sarko le spat : poll favourite threatens to revive ancient feuds » (spat signifie prise de bec ; le favori des sondages menace de raviver les vieilles querelles). Le Times, qui ne fait pas toujours preuve d’une exemplaire objectivité, note que « la perspective d’un retour au traditionnel étatisme français (presque une insulte, vu de Londres) semble séduire les électeurs ».

Le quotidien conservateur attribue à plusieurs propositions de François Hollande un friction factor, un indice de conflictualité, sur une échelle de 5 niveaux. Exemple : Hollande promet dans son manifeste de candidature qu’il « favorisera la production et l’emploi en France ». Friction factor : 5 avec le Royaume-Uni, 4 avec les partenaires européens. Autrement dit : très forte probabilité de querelle. La réforme fiscale du socialiste, qui veut sanctionner les entreprises qui délocalisent et aider les PME grâce à un impôt sur les sociétés à taux variable, est créditée d’un indice de conflictualité de 4 avec le Royaume-Uni et de 5 avec l’Europe.

Le Times est le seul quotidien à faire aujourd’hui ses gros titres sur François Hollande, surnommé ici « Mr Ordinary » en référence à son autoproclamée normalité, mais plusieurs journaux s’attardent sur le programme « à gauche » du candidat socialiste et notamment ses promesses, comme le souligne le Financial Times, de « taxer les riches et les banquiers ».

En résumé, François Hollande ne part pas du meilleur pied avec les Britanniques qui se moquent volontiers des excès de Nicolas Sarkozy mais saluent aussi son courage et son sens politique. Cela dit, le programme et les récents discours du candidat socialiste rencontrent un écho en Grande-Bretagne où le capitalisme responsable n’a jamais été aussi à la mode. Conservateurs, libéraux-démocrates et travaillistes dénoncent tous les excès de la finance et les rémunérations inacceptables de certains patrons, alors que la saison des bonus bat son plein. Le scandale du jour? Un bonus de plus d’un million d’euros (£963.000) attribué à Stephen Hester, le boss de la Royal Bank of Scotland, banque détenue à 82% par l’Etat qui a annoncé récemment des milliers de suppressions de postes. Le montant du chèque est pourtant bien inférieur aux sommes versées dans le privé.

Le Parc olympique tiendra-t-il ses promesses?

Vendredi 27 janvier 2012

« Legacy » : voilà la grande promesse de Londres-2012, l’argument qui a sans doute permis au projet britannique de devancer Paris. « Legacy », un terme que l’on peut traduire par héritage, transmission. Pour la première fois dans l’histoire olympique, les organisateurs ont imaginé l’après-JO. Pour chaque livre dépensée, 75 pence seraient ainsi investis dans le long terme. Le budget de Londres-2012 dépasse les 11 milliards d’euros (9,3 milliards de livres).
Les Jeux ont longtemps laissé aux villes-hôtes le goût amer d’un événement en mondiovision dont témoignent des éléphants blancs maculés de graffitis qui achèvent de défigurer un paysage d’herbes folles.

Pékin n’est pas le pire exemple de ces gueules de bois post-olympiques. Sydney et surtout Athènes illustrent à merveille l’absurdité de projets coûteux qui accouchent de cités-fantômes.

A Londres, donc, les Jeux seront durables, promet-on. Le Parc olympique a été installé dans les quartiers déshérités de l’est londonien. Il y a dix ans, pas un touriste ne mettait les pieds à Newham, à Tower Hamlets ou à Waltham Forest.

Aujourd’hui, les visiteurs affluent et ces quartiers reprennent vie après la désindustrialisation de la fin du XXème siècle qui a engendré un chômage massif, de plus de 40% de la population active dans certains secteurs.
 © F. Mathevon / Radio France

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Le Parc s’étend sur 200 hectares. Une Tour d’acier de 115 mètres de haut dessinée par Anish Kapoor deviendra le symbole du quartier, une nouvelle attraction touristique.

 © F. Mathevon / Radio France

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 © Franck Mathevon / RF

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Chaque installation olympique sera reconvertie après les Jeux. Plusieurs enceintes sportives sont en partie démontables. Le centre aquatique, par exemple, pourra accueillir près de 20.000 spectateurs pendant la compétition, mais 17.000 places sont éphémères. Le bâtiment sera ainsi transformé en centre sportif avec piscine olympique pour les athlètes de haut niveau.

Le village olympique, où seront hébergés quelque 17.000 athlètes et officiels pendant les Jeux, deviendra un lotissement : 2.800 appartements dont la moitié en logement social. Une école ouvrira même ses portes à la rentrée prochaine.

 © F. Mathevon / Radio France

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Les organisateurs ont semble-t-il pensé à tout. La gare de Stratford a été entièrement rénovée et un immense centre commercial, le plus grand d’Europe, inauguré en septembre dernier. Le train Javelin y conduira en sept minutes des milliers de passagers par heure depuis la gare d’arrivée de l’Eurostar, à Saint Pancras.

Voilà pour les réussites et les promesses. Mais beaucoup de questions restent aujourd’hui sans réponses. Et la legacy de Londres-2012 pourrait ne pas être le triomphe attendu.

Principale inconnue : l’avenir du Stade olympique de 80.000 places (dont 55.000 sont démontables). Le club de football de West Ham devait en hériter mais son offre de reprise est aujourd’hui remise en question.

De même, l’immense centre d’accueil des médias, qui doit être reconverti en locaux pour entreprises, n’a pas encore trouvé de repreneur.

Les habitants de l’est londonien se plaignent du bruit, des travaux, de l’augmentation des loyers… Certains ont été tout simplement virés de leur domicile par des propriétaires vénaux qui espèrent profiter de l’effet JO.

Quant aux avancées économiques, il faudra attendre plusieurs années sans doute pour tirer un bilan, mais les premiers signes ne sont guère encourageants. Le chômage est toujours aussi élevé et les rêves de CDD olympiques se sont fracassés contre les interminables listes d’attente des agences pour l’emploi.

Voilà pourquoi tant d’élus locaux ont critiqué ces derniers mois les promesses non tenues de Londres-2012.