Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Et si l’Ecosse quittait le Royaume-Uni… (part 2)

Cameron, Ecosse, économie, politique

Un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse pourrait donc, devrait donc, avoir lieu dans les deux ans à venir. Soit. Mais que deviendrait une Ecosse autonome ? Que gagnerait-elle ? Que perdrait-elle ? Quelles seraient les forces de ce nouveau pays ? Ses faiblesses ? Ses atouts ? Ses vulnérabilités ?

Les séparatistes aspirent naturellement à exploiter les réserves pétrolières de la mer du Nord. La géographie leur donne raison. D’après une étude de l’université d’Aberdeen, 96% de la production de pétrole se situent au nord d’une ligne imaginaire tracée dans le prolongement du mur d’Hadrien, frontière virtuelle entre les territoires maritimes anglais et écossais. Edimbourg ne pourrait toutefois revendiquer que 56% des réserves de gaz naturel.

Cette manne ne sera pas éternelle. Elle représente aujourd’hui 0,7% de l’économie britannique contre 0,2% dans dix ans, selon les prévisions. Mais ses recettes fiscales font saliver le SNP : plus de 11 milliards de livres cette année (13 milliards d’euros).

Londres, qui a beaucoup investi dans les gisements de la mer du Nord, n’abandonnera pas son pétrole sans combattre. L’Ecossais unioniste Danny Alexander, ministre libéral-démocrate du Budget, marque un autre point pour Westminster en soulignant qu’aucune économie « ne peut reposer sur une ressource épuisable ».

Les nationalistes écossais sont malins. Ils exigent 90% des revenus pétroliers mais laissent généreusement aux Anglais la colossale dette du Royaume-Uni, près de 1000 milliards de livres. Tout au plus acceptent-ils un fardeau de 40 milliards, loin des 100 milliards estimés par Londres. Le SNP juge les gouvernements britanniques successifs responsables de l’endettement et des déficits.

Plus contestable : les indépendantistes refusent d’assumer le passif de la Royal Bank of Scotland, banque créée et basée à Edimbourg, à 84% publique, renflouée par les contribuables britanniques à hauteur de 45 milliards de livres. Or, la chute de la RBS est en partie liée au rachat aventureux de la Néerlandaise ABN Amro. Une opération soutenue en 2007 par le Premier ministre écossais Alex Salmond, leader du SNP.

Inutile de saisir les subtilités de la crise financière ou de l’économie du pétrole pour comprendre que les arguments économiques en faveur de l’indépendance ne coulent pas de source.

Et la liste des contentieux est encore longue.

Quelle monnaie choisir ? Les nationalistes écossais penchent pour la livre sterling et une politique monétaire fixée par la Banque d’Angleterre (on ne peut pas tout avoir!), mais la crise de l’euro l’a montré : pas d’union monétaire sans union politique. L’euro alors ? Ce n’est peut-être pas le meilleur moment.

A ce propos, l’Ecosse indépendante intégrera-t-elle l’Union européenne ? C’est le souhait du SNP mais il lui faudra présenter un dossier de candidature. Epreuve à laquelle n’échappera sans doute pas le Royaume-désuni, autre nouveau pays du continent.

Quelles seront les frontières entre ces Etats ? Qui les surveillera ? Faudra-t-il deux passeports ?

Les nationalistes écossais seraient prêts à partager l’armée avec leur voisin anglais. Mais partageront-ils la même politique étrangère ? Peu probable. Edimbourg est aujourd’hui moins batailleuse que Londres, récemment partie en guerre en Irak, en Afghanistan, en Libye.

Et la BBC ? Les hymnes ? Les équipes olympiques ?…

Une fois de plus, la Reine offre un rare espace de consensus : Alex Salmond et les indépendantistes écossais se disent prêts à résister aux tentations républicaines et à garder Elizabeth II comme chef d’Etat.

Quand la Tchécoslovaquie s’est dissoute en 1992, il a fallu signer 30 traités et 12.000 accords juridiques.

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