Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Article(s) pour 11 janvier 2012

Et si l’Ecosse quittait le Royaume-Uni… (part 1)

Mercredi 11 janvier 2012

C’est la grande affaire du moment en Grande-Bretagne : à quand un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse ? Une question au coeur du débat politique depuis les élections régionales de mai dernier. Le Parti nationaliste écossais, le SNP, a alors conquis à la surprise générale la majorité absolue au Parlement d’Edimbourg. Le système électoral était pourtant conçu pour éviter un tel scénario. Cette victoire inattendue a propulsé Alex Salmond, leader du SNP, à la tête du gouvernement régional et ouvert la voie à un référendum sur l’indépendance.

David Cameron ne veut surtout pas entrer dans l’Histoire comme le Premier ministre responsable de l’éclatement du Royaume-Uni. Dimanche, il a donc défié Salmond et posé ses conditions.

En substance : « Ok pour un référendum, mais dans les 18 mois, et seulement si c’est un vote simple : oui ou non, souhaitez-vous l’indépendance de l’Ecosse ? Londres acceptera alors le résultat de ce scrutin qui, dans tous les autres cas de figure, n’aura aucune valeur à Westminster. »

En clair, pour David Cameron :

1) Le référendum doit avoir lieu le plus tôt possible. Actuellement, le soutien à l’indépendance progresse dans les sondages mais ne dépasse jamais 40% des suffrages. Alex Salmond est convaincu que le temps jouera en sa faveur. Downing Street partage manifestement cette analyse.

2) La consultation doit être un simple « yes/no vote ». Londres ne veut pas d’un troisième choix, baptisé devo max, une plus grande autonomie, à mi-chemin entre le status quo et l’indépendance totale (devo pour devolution, régionalisation, transfert de compétences). D’après les sondages, le soutien des Ecossais à l’indépendance OU à l’option devo max dépasserait les deux tiers des suffrages.

Les propos de David Cameron ont naturellement scandalisé les séparatistes écossais qui accusent Londres d’ingérence. Rappelons que les conservateurs sont très impopulaires en Ecosse : 15 députés seulement sur les 129 du Parlement régional. Alex Salmond, l’un des hommes politiques britanniques les plus habiles et les plus redoutables de sa génération, a donc répliqué hier.

En substance : « Le vote de mai dernier nous a donné un mandat pour organiser un référendum sur l’indépendance. Nous organiserons cette consultation à l’automne 2014, selon nos propres termes. Et le droit de vote sera accordé dés l’âge de 16 ans (ndr : les jeunes seraient plus favorables à l’indépendance que leurs aînés). »

David Cameron a la loi de son côté. Dans les textes, les Ecossais ne sont pas maîtres de leur avenir, un référendum ne peut être contraignant sans l’aval de Westminster. Mais moralement, la question est bien sûr discutable. Si le peuple écossais demande à quitter le Royaume-Uni, difficile d’ignorer une telle aspiration démocratique. L’affaire devient ainsi un casse-tête constitutionnel que la Cour suprême pourrait être amenée à trancher.

Pendant que le SNP et le gouvernement britannique se chamaillent sur les modalités d’un référendum, plus personne ne s’intéresse au débat de fond sur l’unité du Royaume.