Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Quand Londres boude ses JO

Londres, Jeux olympiques

Plus que 200 jours ce lundi 9 janvier avant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres. A priori, tout se passe bien. Les installations olympiques sont sur pied, dans les clous du budget. Les quartiers jusqu’ici défavorisés de l’est de Londres (Hackney, Newham, Tower Hamlets, Waltham Forest) seront les principaux hôtes de l’événement. Comme promis, une grande partie du Parc olympique a été construit pour durer. Les appartements du village des athlètes, par exemple, seront vendus après les Jeux, certains seront même transformés en logements sociaux. Normalement, il n’y aura pas d’éléphants blancs, comme le magnifique Nid d’oiseau de Pékin qui ne sert à rien ou presque depuis 2008. Sebastian Coe, le patron du comité d’organisation, plastronne.

Et pourtant…

D’abord, la vente des tickets invite à plus de modestie. Au lieu du classique “premier arrivé, premier servi”, les organisateurs ont procédé à un immense tirage au sort en plusieurs étapes. L’offre étant nettement inférieure à la demande, ce laborieux processus a bien sûr généré une armée de déçus et beaucoup de Britanniques, célèbres ou anonymes, ont manifesté leur colère. Les organisateurs ont beau assurer qu’il n’y avait pas de meilleure option, l’opacité du processus, l’aspect loterie du tirage au sort et les bugs du site internet ne plaident pas vraiment en leur faveur.

Par ailleurs, des dizaines de milliers de places sont réservées à la “grande famille olympique”, les sponsors et les officiels. Autant de tickets en moins pour tous les Britanniques qui rêvent d’assister à une épreuve.

Le Londonien, bredouille après avoir passé des semaines à pister un inaccessible billet sur Internet, n’échappera sans doute pas aux transports bondés. La grande inquiétude de ces JO. Il est même demandé aux entreprises d’encourager le télé-travail pendant les Jeux pour limiter les déplacements, et à ceux qui le peuvent de changer leur trajet pour éviter les carrefours engorgés du réseau.

Et inutile de songer à prendre sa voiture. Près de 200 kms de routes seront réservées aux éminents membres de la “grande famille olympique”. Les Londoniens les ont baptisées Zil lanes en référence à ces voies que seuls pouvaient emprunter les dignitaires du PC dans le Moscou soviétique. Si par malheur vous utilisez l’une de ces voies, vous encourrez une amende de £200, et soyez certains que les caméras de surveillance ne vous rateront pas. Les taxis en particulier sont furieux. A priori, ils ne seront pas autorisés à emprunter ces voies VIP.

Vous pouvez ajouter au tableau la paranoïa sécuritaire. Les Jeux seront-ils un événement sportif avec un peu de sécurité ou un événement sécuritaire avec un peu de sport? Chris Allison, l’homme chargé de coordonner les JO à Scotland Yard, confiait en décembre à Radio France qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter à ce sujet, mais on a appris depuis que le budget avait doublé pour assurer la sécurité des installations olympiques, passant de 271 à 553 millions de livres, avec 23.500 agents, y compris des soldats, au lieu des 10.000 initialement prévus. Si les plans peuvent être à ce point bouleversés à moins de 7 mois de la cérémonie d’ouverture, tout semble possible, y compris des JO militarisés, avec une à deux heures d’attente pour franchir le moindre contrôle.

Les Jeux devraient être au moins une bonne affaire commerciale, et offrir la preuve que Londres est l’une des villes les plus dynamiques au monde. Quoique… Andrew Lloyd Webber, l’un des grands noms du spectacle à Londres, directeur de sept théâtres, a annoncé que les JO seraient un “carnage” pour le spectacle vivant. Beaucoup d’établissements vont “fermer leurs portes pendant les Jeux”, annonce-t-il. Les réservations pour l’été prochain atteignent péniblement 10% de leur niveau habituel à ce stade de l’année. D’après l’institut de recherches économiques CEBR, les Londoniens pourraient renoncer aux sorties de peur de la foule, des transports bondés. Le CEBR estime d’ailleurs que les Jeux ne seront pas non plus une aubaine touristique, le nombre de touristes olympiques compensant à peine celui des visiteurs estivaux habituels.

En résumé, pendant les JO, le Londonien lambda qui rêvait d’un strapontin au Stade olympique passera ses soirées chez lui devant la télé. Après une journée de travail harassante au cours de laquelle il aura changé matin et soir trois fois de métro et deux fois de bus pour éviter la cohue, il sera malheureusement rentré trop tard pour le 100m et le nouveau record historique d’Usain Bolt. Par chance, le concours de tir à l’arc par équipes ne sera pas tout à fait terminé. Il envisagera une sortie au théâtre pour se changer les idées avant de se raviser, le spectacle qu’il souhaitait voir ayant été déprogrammé pendant la durée des Jeux.

Un commentaire pour “Quand Londres boude ses JO”

  1. Régie publicitaire dit :

    Merci pour cette article

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