Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Le “white van man”, l’électeur à conquérir

politique

La France a la gauche caviar. Le Royaume-Uni a les champagne socialists.

À lire la presse anglaise, Emily Thornberry en est l’emblème. Cette députée travailliste de la circonscription bobo d’Islington, dans le nord de Londres, vit dans une demeure cossue avec son mari magistrat, à des années-lumières des préoccupations quotidiennes des classes populaires. Jeudi, elle a dû démissionner du cabinet fantôme du Labour (le gouvernement virtuel du parti d’opposition) après avoir commis une faute dont la gravité ne saute pas aux yeux du béotien.

Le jour de l’élection partielle de Rochester et Strood, remportée haut le main par le UKIP, Thornberry a tweeté la photo suivante avec ces trois mots : “Image from #Rochester”.

 © DR

© DR

Ce tweet a provoqué un tollé. Il été jugé terriblement condescendant pour la working class, l’électorat traditionnel des travaillistes. On y voit une camionnette blanche et trois drapeaux anglais, symboles de la classe ouvrière que le Labour aurait abandonnée. Depuis cet épisode, la presse de droite tire à boulets rouges sur Emily Thornberry (exemple dans cet article assassin du Daily Mail). Le propriétaire du van, à qui les journaux se sont empressés de donner la parole, a traité la députée travailliste de “snob” et a même fait le déplacement à Islington pour demander des excuses.

Le “white van man” est un électeur très courtisé de la vie politique britannique. Il est blanc, ouvrier qualifié, typiquement plombier ou électricien (d’où la camionnette), fier d’être Anglais, en colère contre l’immigration qui lui fait concurrence au travail et prend les places de ses enfants à l’école.

Il a voté Thatcher puis Blair qui ont trouvé les mots pour le séduire. Aujourd’hui, il est perdu. Le parti travailliste l’a déçu, c’est vrai. Mais les conservateurs n’ont pas non plus réussi à le convaincre. Encore moins les libéraux-démocrates.

Reste le UKIP. Le parti de Nigel Farage veut quitter l’Europe, en finir avec l’immigration et donner un coup de pied aux fesses des privilégiés de l’establishment. Ce discours plaît aux white van men.

D’après le Telegraph, ces Anglais capricieux représentent 10 à 15% de l’électorat. Ils ne votent pas toujours mais sans eux, un parti ne peut obtenir seul la majorité des sièges à la Chambre des communes.

Conservateurs et travaillistes ont moins de six mois pour convaincre le white van man et le détourner du UKIP.

Payer ou non une rançon pour ses otages

diplomatie, politique

D’un côté, la France et de nombreux pays européens. De l’autre, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Les premiers, bien qu’ils ne l’admettent pas officiellement, paient des rançons pour libérer leurs otages. Les seconds s’y refusent. Pas question de financer des groupes terroristes et d’encourager ainsi les enlèvements.

Le différend est connu. Il occasionne régulièrement des tensions diplomatiques. Les dirigeants américains et britanniques accusent les Européens, en particulier la France, de ne pas tenir leurs promesses. David Cameron a haussé le ton à ce sujet au dernier sommet de l’OTAN, en septembre. Quelques jours plus tard, Barack Obama l’a imité dans une interview au New York Times. Selon le journal américain, Al-Qaïda et ses “filiales” auraient récolté 125 millions de dollars depuis 2008 grâce au business des otages, dont près de 60 millions déboursés par la France pour obtenir la libération de dix ressortissants en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique. Et cela n’inclut pas les rançons payés au groupe État islamique en Syrie.



Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, des voix s’élèvent depuis quelques semaines pour dénoncer les doctrines nationales en la matière. Les deux dernières victimes occidentales de l’organisation Daesh, le Britannique Alan Henning et l’Américain Peter Kassig (photo), sont des humanitaires partis en Syrie aider des musulmans, des victimes de la guerre. Leur générosité ne les a pas sauvés d’une mort barbare. Aujourd’hui, dans The Independent, le journaliste Kim Sengupta appelle Londres et Washington à renoncer à leur principe dans certains cas. “Les rançons sont un prix qui vaut d’être payé pour sauver la vie de héros comme Peter Kassig”, écrit-il.

Le mois dernier, les parents de l’otage Américain James Foley, tué en août, ont accordé une interview à BBC Radio 4. Ils disent avoir suivi la recommandation du gouvernement américain de pas s’exprimer publiquement au sujet de l’enlèvement de leur fils, ce qu’ils regrettent aujourd’hui. Ils n’ont été tenus au courant de rien si ce n’est d’une opération de sauvetage des otages qui a échoué au début de l’été 2014. Comme d’autres familles, ils ont reçu des emails des ravisseurs leur demandant 100 millions d’euros et la libération de prisonniers musulmans contre la libération de leur fils. Un officiel américain les a alors prévenus qu’ils encouraient des poursuites judiciaires s’ils tentaient de récolter eux-mêmes une rançon. Diane et John Foley demandent une révision de la politique de non-paiement de rançons. Cette approche, disent-ils, “condamnent à mort” tous les journalistes ou humanitaires qui s’aventurent dans des pays à risque.

Le mois dernier,  un long papier passionnant du New York Times a raconté l’épreuve traversée par les 23 otages occidentaux de l’Etat islamique identifiés depuis 2012. Quinze ont été libérés, dont quatre Français. Six ont été assassinés. D’abord un Russe, Sergueï Gorbunov, considéré par les ravisseurs comme ayant “la plus faible valeur marchande”. Tué par balles, il aurait servi d’exemple. Les cinq autres ont été victimes des mises en scène que l’on connaît : trois Américains, James Foley, Steven Sotloff et Peter Kassig, et deux Britanniques, David Haines et Alan Henning. Au moins deux otages seraient toujours détenus : une femme américaine dont l’identité n’a pas été révélée et le journaliste britannique John Cantlie apparu dans plusieurs vidéos de propagande de Daesh. D’après l’article, les Britanniques et les Américains ont subi les pires traitements. Non seulement leurs pays sont les ennemis jurés des islamistes mais ils refusent de payer des rançons.

Cette doctrine dissuade-t-elle les terroristes de capturer des ressortissants américains ou britanniques ? Manifestement non. Ils continuent à figurer parmi les principales victimes de prises d’otages dans le monde.

Mais les États-Unis et la Grande-Bretagne tiennent au respect de ce principe qui s’explique sans doute par des spécificités culturelles. Par nature, leurs citoyens comptent moins sur l’État pour régler leurs problèmes. D’une manière générale, explique un diplomate français, “la Grande-Bretagne se soucie moins du sort de ses expatriés que la France”.

Toutefois, dans certains cas, Londres et Washington négocient avec les terroristes. Le Guardian cite trois libérations de Britanniques ayant donné lieu au paiement d’une rançon. On ne sait si le gouvernement a mis la main à la poche mais il a forcément pris part d’une manière ou d’une autre aux tractations. De même, en juin, le soldat américain Bowe Bergdahl aurait été libéré en Afghanistan en échange de cinq prisonniers talibans.

Par ailleurs, les États-Unis et la Grande-Bretagne imposent aux familles des otages un blackout médiatique, comme en témoignent les parents de James Foley. Cette stratégie permettrait de gagner du temps et de faire courir moins de risques aux otages, ce qui est discutable. Le frère d’Alan Henning a vécu ce silence comme un “cauchemar”.

Il est en tout cas regrettable que les Occidentaux n’aient pas tous la même approche après l’enlèvement d’un de leurs ressortissants. Ces différences créent un malaise et servent les intérêts des groupes terroristes.

Les poppies de la Tour de Londres fascinent le Royaume

British way of life, Londres

Chaque année, fin octobre, les poppies envahissent le Royaume. Il s’agit de petits coquelicots en papier rouge que l’on porte généralement à la boutonnière. Presque une obligation pour les personnages publics, hommes politiques, journalistes, avocats, etc.

Le poppy est un symbole associé aux soldats morts à la guerre, une référence au célèbre poème In Flanders Field, à la mémoire des militaires tombés au combat dans les champs de coquelicots des Flandres en 14-18. Cette célébration culmine le 11 novembre, jour de commémoration de l’Armistice. En Grande-Bretagne, l’hommage est autant une démonstration patriotique qu’une marque de respect national aux soldats d’hier et d’aujourd’hui.

Cette année, pour le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, la Tour de Londres (Tower of London) s’est transformée en mémorial. Une œuvre d’art impressionnante, pas encore totalement achevée, baptisée Blood Swept Lands and Seas of Red et mise en scène par Tom Piper, est devenue l’attraction majeure de la capitale, visitée par quatre millions de personnes. Un phénomène.




Une mer de coquelicots en céramique conçus par l’artiste Paul Cummins inonde les douves de la Tour de Londres. 888.246 poppies précisément, soit le nombre de soldats du Commonwealth tués pendant la Grande Guerre.




Il était possible d’acheter un coquelicot pour 25£, faisant ainsi un don à des associations d’anciens combattants. Tous ont été vendus.

De nombreuses figures britanniques, dont la Reine, ont visité cette œuvre d’art éphémère.

L’installation a ses détracteurs. Un critique d’art du Guardian, Jonathan Jones, regrette qu’elle ne rende hommage qu’aux victimes britanniques de la guerre. Un repli sur soi qui fait le jeu du parti anti-immigration Ukip, écrit-il. Il reproche aussi aux artistes d’embellir les horreurs de 14-18.

Le dernier coquelicot sera planté le 11 novembre, pour Remembrance Day. Le lendemain, les fleurs seront “cueillies” et envoyées aux acheteurs. Le maire de Londres Boris Johnson et même David Cameron souhaiteraient prolonger l’installation mais les artistes et les associations de vétérans tiennent à sa nature éphémère, et il était de toute façon difficile de modifier le calendrier. Les poppies doivent être nettoyés avant d’être remis à leurs propriétaires. Un processus long et coûteux.

Une partie de l’œuvre restera toutefois en place jusqu’à la fin du mois. Et certaines sections seront exposées à l’Imperial War Museum.

Les 6 leçons du référendum écossais

Ecosse, politique

Quatre jours se sont écoulés depuis le résultat du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, mais les Britanniques ne se sont pas encore remis de la semaine de doutes et d’angoisse qui a précédé le vote. La nette victoire du NON (55,3%-44,7%) n’a ni enterré le débat ni permis à Londres de bomber le torse.

On retiendra au moins six leçons de ce référendum :

1) Les seniors ont sauvé le Royaume. D’après l’enquête post-référendum de Lord Ashcroft, 73% des plus de 65 ans ont voté NON à l’indépendance de l’Écosse, essentiellement par peur des risques économiques. Sans eux, le résultat aurait été extrêmement serré. À l’inverse, 54% des moins de 55 ans ont voté OUI. L’avenir du nationalisme est assuré.

2) Gordon Brown bouge encore. De l’avis général, l’ancien Premier ministre travailliste, Écossais, a livré, la veille du vote, le meilleur discours de la campagne. Un discours sans notes, puissant, émouvant. C’est lui qui a proposé, après l’alarmant sondage du Sunday Times donnant le OUI vainqueur, un nouveau plan de transferts de pouvoirs à l’Écosse approuvé par les trois partis traditionnels britanniques. Dans le sprint final, Brown a pris à Alistair Darling les commandes de la campagne Better Together, devenant ainsi le héros des unionistes. Et il a même sauvé la tête de son successeur David Cameron. Un comble.

3) Le camp du OUI n’a pas fini de faire parler de lui. Depuis vendredi, des milliers de personnes se sont inscrites au SNP, le Parti nationaliste écossais. 21500 nouveaux membres en 4 jours. Yes Scotland a programmé une grande fête du OUI le 4 octobre pour entretenir l’enthousiasme de la campagne. D’après les sondages, la moitié des électeurs écossais comptent voter SNP aux élections régionales de 2016. Certes, l’indépendance de l’Écosse ne sera pas remise au vote demain. Mais certains événements pourraient changer la donne. Un référendum sur l’Europe, par exemple. Les Écossais courraient alors le risque d’une sortie de l’UE décidée par leurs voisins europhobes anglais. Une excellente occasion de promouvoir un nouveau référendum sur l’indépendance.

4) Nicola Sturgeon, nouveau visage du nationalisme écossais. Quelques heures après la publication des résultats, Alex Salmond, figure du SNP depuis un quart de siècle, a tiré sa révérence. Dans les semaines à venir, il quittera à la fois son poste de First minister et la présidence du Parti nationaliste écossais. Il ne fait aucun doute qu’il cédera la place à Nicola Sturgeon, vice-Premier ministre d’Écosse. Ambitieuse, sérieuse, populaire, elle devrait être adoubée par les militants du SNP lors du Congrès du parti en novembre.

Alex Salmond et sa numéro 2, Nicola Sturgeon, probable futur leader du SNP et Premier ministre d'Écosse. © DR

Alex Salmond et sa numéro 2, Nicola Sturgeon, probable futur leader du SNP et Premier ministre d’Écosse. © DR

5) Les Écossais ont donné au monde une leçon de démocratie. Impossible de démentir Alex Salmond qui présente la campagne référendaire comme l’une des périodes les plus exaltantes de l’histoire de l’Écosse. Le débat a été à de très rares exceptions près convivial, bon enfant, passionné. Et au final, 85% des électeurs ont voté jeudi 18 septembre. Une participation record.

6) La campagne électorale de 2015 a commencé. Certes, elle a commencé bien avant le référendum, mais le vote écossais en a donné le coup d’envoi officiel. Le premier discours de David Cameron, au matin du 19 septembre, a fait exploser l’union des trois grands partis historiques. Le Premier ministre a assuré que la promesse faite aux Écossais d’accorder plus de pouvoirs à Édimbourg serait tenue, mais il a aussi jeté une pierre dans le jardin travailliste en demandant que ce nouveau processus de “dévolution” soit aussi appliquée au Pays de Galles, à l’Irlande du Nord et surtout à l’Angleterre, où les conservateurs récoltent le plus de voix. David Cameron espère mettre fin à ce que beaucoup considèrent comme une injustice: les députés d’Écosse peuvent voter sur des lois concernant l’Angleterre, mais l’inverse n’est pas possible. C’est la question dite du West Lothian. Les travaillistes, actuellement en Congrès à Manchester, ne savent comment y répondre habilement. Tout cela est un peu technique, pas sûr que les Britanniques soient fascinés par ce débat, mais il s’agit de la première passe d’armes avant mai 2015. Il y en aura beaucoup d’autres.

L’Ecosse indépendante, le jour d’après

Ecosse, politique

Nous sommes le vendredi 19 septembre 2014. Il est 10h du matin. A Edimbourg, le résultat vient d’être confirmé par la Commission électorale. Le OUI à l’indépendance est sorti vainqueur du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Une victoire par la plus petite des marges, 50,3% contre 49,7%. Cris de joie, concert de klaxons, les indépendantistes jubilent, ils s’embrassent, trinquent. Ils ont gagné leur pari et humilié Londres.

Des indépendantistes en campagne à Glasgow. © F Mathevon / RF

Des indépendantistes en campagne à Glasgow. © F Mathevon / RF

Que va-t-il se passer maintenant ? Le Premier ministre écossais Alex Salmond a fixé la date officielle de l’indépendance au 24 mars 2016. 18 mois de négociations commencent entre Holyrood et Westminster.

La monnaie : C’est LA grande question de la campagne. Les indépendantistes veulent garder la livre sterling. Pas question, dit Londres. D’après Alex Salmond, les Anglais bluffent, il est dans leur intérêt comme dans celui des Écossais d’avoir une union monétaire. Les alternatives ? Garder la livre sans la coopération de Londres (mais l’Écosse serait soumise à la politique monétaire d’un pays étranger), rejoindre l’euro (mais il faut avoir une monnaie pour cela, et puis l’Écosse n’est pas encore membre de l’Union européenne), ou créer une nouvelle monnaie.

L’Union européenne : Vraisemblablement, malgré l’opposition de pays comme l’Espagne qui ne veulent pas donner de munitions aux séparatistes, l’Écosse rejoindra l’UE. Mais les discussions pourraient prendre du temps. D’après les textes, les nouveaux pays membres doivent adhérer au mécanisme de taux de change européen en vue d’adopter l’euro à terme. Une perspective qui n’enchante guère les Écossais, pourtant bien moins europhobes que leurs voisins anglais. D’ailleurs, le risque d’une sortie de Londres de l’UE augmenterait fortement en cas d’indépendance de l’Ecosse.

Le pétrole en mer du Nord : C’est la principale ressource naturelle d’Écosse. Une manne fiscale considérable, même si elle ne durera pas éternellement. Comment répartir le trésor ? En traçant une frontière fictive en mer, plus de 90% du pétrole revient à l’Écosse. Mais l’Angleterre est-elle d’accord ?

La dette : Près de 1100 milliards de £. Quelle part pour l’Écosse ? Alex Salmond veut bien en assumer une partie. A condition bien sûr qu’on lui offre l’union monétaire qu’il réclame. Malin.

La BBC : La British Broadcasting House ne garderait pas son nom dans une Écosse indépendante. Le SNP veut créer une filiale écossaise baptisée SBS (Scottish Broadcasting Service) financée par la redevance prélevée dans la province… dans le pays, pardon. La BBC voudra certainement qu’Édimbourg mette la main à la poche.

La Reine : Elle sera atterrée par l’explosion du Royaume mais restera Reine d’Écosse. Salmond l’a promis.

La défense : Les indépendantistes ne veulent plus d’armes nucléaires. Les sous-marins britanniques Trident devront donc quitter la base navale de Faslane, à l’ouest de Glasgow. L’Écosse espère toutefois rejoindre l’OTAN.

David Cameron : Le Premier ministre démissionnera. Ce n’est pas une certitude bien sûr, et lui-même a toujours affirmé qu’il resterait en poste. Mais on voit mal comment le responsable de l’éclatement du Royaume-Uni pourrait s’en sortir indemne. En cas de panique sur les marchés, Cameron pourrait toutefois rester afin de ne pas ajouter de l’instabilité politique à la tempête économique.

Le parti travailliste : Il serait profondément affaibli. Le Labour a 40 députés écossais à la Chambre des communes, 39 de plus que les conservateurs ! Il perdrait presque tout espoir d’accéder au pouvoir à Londres en 2015 (ou plus tôt en cas d’élections anticipées).

Et ce ne sont là que quelques unes des questions sur la table. Quid du drapeau, de l’hymne écossais, de l’influence du Royaume-(dés)uni dans le monde, des institutions financières écossaises, etc?

Une victoire du OUI au référendum déclencherait un tremblement de terre en Grande-Bretagne, une crise constitutionnelle, politique, et peut-être économique.

Et si le gouvernement Valls II rapprochait Paris et Londres…

France, politique

Naturellement, la crise politique en France a d’abord suscité des sarcasmes outre-Manche.

Sans surprise, la presse de droite, qui n’a jamais porté François Hollande dans son cœur, a savouré cette tempête au sommet de l’Etat chez le voisin et meilleur ennemi français. “France’s malaise” (€), a titré hier le Times dans un édito à charge. “French lessons”, a renchéri le Daily Telegraph. Le message des journaux conservateurs anglais est simple : si vous votez Labour l’an prochain, vous aurez droit à la France de François Hollande, à un budget non maîtrisé, à une croissance en berne, à un chômage en hausse… alors que l’économie britannique sous David Cameron se porte bien malgré l’austérité (les bémols à lire ici). Bref, la gauche n’a pas les solutions. Et en plus, Hollande ajoute à la crise économique une crise politique. Tout faux ! Même le Guardian publie une tribune assassine.

Dessin de l'excellent Morland dans le Times. Allusion bien sûr au retour sur scène hier à Londres de Kate Bush, 35 ans après son dernier concert.

Dessin de l’excellent Morland dans le Times. Allusion bien sûr au retour sur scène hier à Londres de Kate Bush, 35 ans après son dernier concert.

Oui mais aujourd’hui, la tonalité de la presse anglaise est plus nuancée. François Hollande a “purgé” le gouvernement Valls de son aile gauche, écrit le Telegraph. Il s’est débarrassé du “quasi-marxiste” Montebourg qui “ne tolère ni ne comprend l’économie de marché”. Emmanuel Macron est “une bouffée d’air frais”, selon Allister Heath, pourtant un adversaire virulent des politiques de François Hollande. De son côté, le Financial Times salue les “intentions réformistes” du président français dont la nouvelle équipe gouvernementale apparaît “plus cohérente”. Un président qui doit toutefois gagner son “pari politique”.

Certes, les Britanniques n’en sont pas à tresser les lauriers de François Hollande mais dans un pays où le socialisme est presque un gros mot, où le centre de gravité de la vie politique est indiscutablement plus à droite qu’en France, on ne peut que se réjouir de l’étouffement de l’aile gauche du PS. En supposant bien sûr que les exclus du gouvernement ne fassent pas trop de bruit.

D’après un diplomate, cette séquence politique en France est donc a priori “plutôt une bonne chose” pour les relations entre Paris et Londres.

La magie des Highlands

Ecosse

A un peu plus d’un mois du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, voici un florilège des merveilles que réservent les Highlands, la partie septentrionale de la province. Les nationalistes sont toujours distancés dans les sondages, à 10 bons points des unionistes, mais les esthètes s’en fichent. Quelle que soit l’issue du scrutin, l’Ecosse est d’abord une région magnifique qui mérite bien un post “carte postale”.

Calgary Bay, plage tropicale (!) sur l'île de Mull ©F Mathevon / RF

Calgary Bay, plage tropicale (!) sur l’île de Mull ©F Mathevon / RF

L'île de Skye, côte nord-est. © F Mathevon / RF

L’île de Skye, côte nord-est. © F Mathevon / RF

Un mouton prend gentiment la pose. © F Mathevon / RF

Un mouton prend gentiment la pose. © F Mathevon / RF

Neist point, extrémité ouest de l'île de Skye. © F Mathevon / RF

Neist point, extrémité ouest de l’île de Skye. © F Mathevon / RF

Neist Point, encore. © F Mathevon / RF

Neist Point, encore. © F Mathevon / RF

Urquhart Castle... et le Loch Ness. (y a une forme bizarre à gauche non?) © F Mathevon / RF

Urquhart Castle… et le Loch Ness. (y a une forme bizarre à gauche non?) © F Mathevon / RF

Une ferme à Plockton, deux lamas. © F Mathevon / RF

Une ferme à Plockton, deux lamas. © F Mathevon / RF

Coucher de soleil à Oban. © F Mathevon / RF

Coucher de soleil à Oban. © F Mathevon / RF

Portree, île de Skye. © F Mathevon / RF

Portree, île de Skye. © F Mathevon / RF

Calgary Bay, encore, île de Mull. © F Mathevon / RF

Calgary Bay, encore, île de Mull. © F Mathevon / RF

Eilean Donan Castle. © F Mathevon / RF

Eilean Donan Castle. © F Mathevon / RF

Non, le Royaume-Uni ne va pas si bien

économie

En apparence, le Royaume se porte à merveille. Les indicateurs économiques sont presque tous au vert. La croissance dépasse 3% sur un an. Le chômage est tombé sous la barre des 7% de la population active. L’inflation est jugulée. Le déficit public est passé de 11% du PIB en 2008-2009, pendant la crise financière, à 6,5% cette année.

Manifestation de fonctionnaires grévistes jeudi 10 juillet à Londres, devant le siège de la BBC. © F Mathevon / RF

Manifestation de fonctionnaires grévistes jeudi 10 juillet à Londres, devant le siège de la BBC. © F Mathevon / RF

Mais beaucoup de Britanniques ne ressentent pas les effets de la reprise. Les emplois à temps partiel se sont multipliés ces derniers temps. Les entreprises ont fait signer à leurs salariés plus d’un million 400.000 contrats “zéro heure”, ces contrats précaires sans aucune garantie d’un minimum horaire. Dans le secteur public, des centaines de milliers de postes ont été supprimés. Les salaires des fonctionnaires ont été gelés de 2010 à 2012, puis les augmentations ont été plafonnées à 1% par an. L’inflation a dépassé 15% sur cette période, entraînant une forte baisse du pouvoir d’achat. Et l’Etat sera au régime sec jusqu’en 2018, a annoncé le ministre des Finances George Osborne. Pour protester contre cette cure d’austérité, un million de salariés de la fonction publique, enseignants, agents municipaux, pompiers… étaient en grève jeudi 10 juillet. Ils subissent de plein fouet la crise du coût de la vie (cost of living crisis) dont parle sans cesse l’opposition travailliste.

La reprise n’est donc pas perçue par tous et elle n’est pas aussi spectaculaire que le prétend le gouvernement. Certes, la croissance est de retour mais en 2008, la récession fut vertigineuse dans un pays très dépendant de son secteur financier. Ainsi l’économie britannique n’a-t-elle pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise. De ce point de vue, même la France, pourtant cancre de l’Europe, fait mieux. Par ailleurs, la dette publique continue à augmenter, au moins jusqu’en 2016. Et il faut ajouter à cela trois inquiétudes pointées récemment par le Financial Times : la faible productivité, le lourd déficit commercial, et le gonflement de la bulle immobilière (26% de hausse des prix sur un an à Londres!).

Alors bien sûr, il ne faudrait pas peindre un tableau trop sombre de la situation britannique. L’économie du pays s’est clairement redressée, dans des proportions inattendues, et la coalition au pouvoir n’y est sans doute pas étrangère. Mais il faut prendre avec des pincettes les éloges de la presse anglaise de droite qui tresse opportunément des lauriers à David Cameron à moins d’un an des élections générales.

La colère du secteur public n’infléchira pas la politique du gouvernement. Elle sera sans doute vite oubliée dans un pays où les lendemains des mouvements sociaux chantent rarement. Elle traduit pourtant un vrai malaise, et la crainte d’une rechute.

Ukip-FN, beaucoup de points communs, tant de différences

Europe, politique

Il est tentant de comparer le succès du FN au triomphe du UKIP (youkip). Les deux partis sont arrivés en tête des européennes en France et au Royaume-Uni. Une première pour ces deux formations dans un scrutin national. 23,85% pour Marine Le Pen, 27,5% pour Nigel Farage.

UKIP et FN ont effectivement plusieurs points communs. Ils ont trois obsessions : l’Union européenne, dont il faut sortir ; l’immigration, qu’il faut stopper ; et le système, l’establishment, qu’il faut combattre. Leurs campagnes reposent sur ces piliers.

Ce sont deux votes protestataires, même si les deux partis s’en défendent. On trouve beaucoup de similitudes entre leurs électorats : personnes âgées, classes populaires, populations peu éduquées, peu qualifiées, habitants des zones rurales… Mais le UKIP séduit aussi une droite traditionnelle, les white English de la middle class nostalgiques de la vieille Angleterre et de ses traditions, ce qu’on retrouve moins au Front national.

Les plateformes politiques des deux formations sont sensiblement différentes. Le UK Independence party est plus libéral, moins protectionniste que le FN. C’est même un mouvement libertaire, une sorte de Tea Party à l’anglaise. Exemple anecdotique : Nigel Farage, amateur de Rothmans, veut rétablir l’autorisation de fumer dans les lieux publics.

Surtout, les deux partis n’ont pas la même histoire. Le UKIP est un parti jeune né en 93 en réaction au Traité de Maastricht. Le FN a un lourd passé, entaché de nombreux dérapages racistes ou antisémites au plus haut niveau de responsabilité. Le UKIP a aussi fait l’objet de polémiques, il n’échappe pas aux accusations d’extrémisme, mais Farage se veut plus tolérant, plus respectable. Il a d’ailleurs repoussé les avances de Marine Le Pen à Strasbourg. Pas question de faire partie du même groupe au Parlement européen.

Enfin, le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni n’a pas les mêmes ambitions que le Front National. Il ne veut pas accéder au pouvoir et ne fait même pas semblant d’y croire. Il serait “absurde” (“ridiculous”), dit Nigel Farage, de viser la victoire aux élections générales l’an prochain. Il sait que son parti n’y est pas préparé, qu’il ne pourra pas profiter du vote protestataire comme aux européennes, que son appareil politique est encore faible, mal implanté localement, et que le scrutin majoritaire à un tour le dessert. Et surtout, il n’en a pas envie. Il dirige un puissant groupe de pression eurosceptique, pas un parti de gouvernement.

Marine Le Pen se rêve en présidente. Nigel Farage est un agitateur, un trublion. Il s’en contente.

3 ans, 4 votes

politique

A l’approche des élections européennes, retour au blog après une longue absence.

Le Royaume-Uni entre dans une période de grande incertitude politique avec quatre votes cruciaux d’ici à 2017 :

Elections européennes (et locales) - 22 mai 2014 : “Crucial”, on exagère un peu. Ce scrutin est naturellement secondaire, toujours marqué par une forte abstention. Mais il va conditionner le climat politique des prochains mois et donner une idée du rapport de forces. Le Royaume-Uni doit élire 73 députés européens, un de moins que la France. Il faudra suivre en particulier le score des eurosceptiques du Ukip (youkip) dont on a parlé sur France Info ici et . Plusieurs sondages donnent le parti de Nigel Farage vainqueur avec plus de 30% des voix, devant les travaillistes et les conservateurs. Ce serait une progression spectaculaire pour ce mouvement populiste longtemps considéré comme marginal. Le Ukip a déjà obtenu de bons résultats aux européennes, plus de 16% en 2004 et en 2009, mais s’est effondré ensuite aux élections générales. Cette fois il espère perturber le jeu politique durablement et entrer au Parlement l’an prochain. Farage a toutefois besoin d’une victoire. Il l’a annoncée. Tout autre résultat l’affaiblirait.

Pronostic : courte victoire du Ukip, les travaillistes et les conservateurs dans un mouchoir.

Référendum sur l’indépendance de l’Ecosse - 18 septembre 2014 : Un vote fondamental qui peut changer le visage du Royaume-Uni. Les indépendantistes n’avaient semble-t-il aucune chance de l’emporter mais ils ont rattrapé une bonne partie de leur retard dans les sondages. Il n’est plus absurde d’imaginer l’Ecosse quitter le pays (les enjeux ici et ). La classe politique ne survivrait pas au divorce. On voit mal David Cameron, l’homme qui a autorisé le référendum, rester Premier ministre après un tel camouflet.

Pronostic : les indépendantistes s’inclinent avec les honneurs, 47%-53% ; l’Ecosse demande et obtient une autonomie renforcée.

Elections générales - 7 mai 2015 : Si les unionistes l’emportent en Ecosse, la vie politique suivra son cours jusqu’aux élections générales. Le scrutin le plus indécis au Royaume-Uni depuis 70 ans, selon le Guardian. Plusieurs scénarios possibles : un gouvernement travailliste ou conservateur, une coalition Tories/Lib-dem ou Labour/Lib-dem, voire Tories/Ukip… Les derniers sondages sont favorables aux conservateurs, pour la première fois en tête depuis deux ans. Le redressement de l’économie joue en leur faveur mais de nombreux Britanniques ne perçoivent pas la reprise et sont sensibles aux arguments du Labour sur “la crise du coût de la vie”.

Pronostic : Ed Miliband ne convainc pas les Britanniques ; David Cameron refait alliance avec les Lib-dems et reste à Downing Street.

Le référendum sur l’appartenance à l’UE - fin 2017 (?) :  Cette consultation n’aura peut-être jamais lieu mais elle est inscrite dans le débat politique. A Londres comme à Bruxelles, chacun a désormais à l’esprit une possible sortie du Royaume-Uni de l’UE. David Cameron a promis ce référendum en cas de réélection. Il a même annoncé que s’il ne pouvait pas tenir son engagement, il renoncerait au poste de Premier ministre. Cela l’oblige soit à remporter une victoire franche en 2015, soit à convaincre les libéraux-démocrates qu’un vote sur l’UE est nécessaire. Si le travailliste Ed Miliband s’installe à Downing Street, il n’y aura sans doute pas de référendum.

Pronostic : David Cameron a obtenu en 2015 un nouveau mandat de Premier ministre, le référendum sur l’Europe a donc bien lieu fin 2017 ; les Britanniques votent pour le maintien dans l’UE à une courte majorité.

(Naturellement, l’auteur se donne le droit de corriger les pronostics ci-dessus dans les semaines/mois à venir pour préserver un semblant de crédibilité) ;-)