Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

12 Years A Slave, le film dont tout le monde parle

culture

À Telluride, à Toronto, à Londres, 12 Years A Slave est acclamé partout où il passe. Le film est qualifié de “chef d’œuvre” par la presse du monde entier, du New York Times au Guardian, du Wahington Post au Daily Telegraph. Une unanimité critique (cf le site Rottentomatoes) quasi suspecte.

12 Years A Slave (qui sortira en janvier en France) raconte l’histoire vraie, au XIXème siècle, de Salomon Northup, Afro-Américain de l’Etat de New York, père de famille éduqué, violoniste talentueux, homme libre. En 1841, alors qu’il participe à la tournée d’un cirque, il est enlevé à Washington puis vendu comme esclave dans une plantation du Sud où il va passer 12 années, loin de ses proches, privé de son identité et de son honneur.

Présenté fin octobre au London Film Festival, 12 Years A Slave est une œuvre bouleversante, intense, violente. Le film est signé Steve McQueen, réalisateur britannique auteur des remarquables Hunger et Shame. D’autres cinéastes auraient proposé un récit didactique sur l’esclavagisme mais McQueen choisit de raconter l’aventure tragique d’un homme seul. Sa caméra ne quitte presque jamais le personnage principal incarné par Chiwetel Ejiofor qui tient le rôle de sa vie.

Tourné dans les magnifiques paysages de Louisiane, le film n’échappe pas tout à fait au conformisme. C’est la nature même de cette histoire qui met aux prises un innocent victime d’une injustice et un esclavagiste pervers campé par Michael Fassbender, acteur fétiche du cinéaste. Mais l’intelligence de McQueen, la subtilité d’Ejiofor et plusieurs personnages secondaires apportent à cette œuvre les nuances et la complexité que le sujet commande : Alfre Woodard dans le rôle d’une femme noire émancipée partageant la vie de son patron blanc, Benedict Cumberbatch esclavagiste au visage humain, Brad Pitt (également producteur du film) charpentier sudiste abolitionniste.

McQueen joue avec le temps. Il s’attarde sur les visages, fait durer certaines scènes, parfois jusqu’à l’écœurement, pour en souligner la dureté. Northup, qui a osé défier un négrier, est pendu à une corde une journée entière, faible et assoiffé, la pointe de ses pieds traînant dans la boue. Une torture infligée dans l’indifférence de ses pairs captifs.

Le fouet claque et lacère le dos d’une esclave devenue l’objet sexuel du personnage joué par Fassbender. La scène est longue, insupportable. Le film est une expérience sensorielle dont on ne sort pas indemne. On pense à Hunger qui ne cachait rien de la lente agonie du gréviste de la faim nord-irlandais Bobby Sands.

12 Years A Slave conjugue l’audace, la radicalité d’un réalisateur génial et l’exemplarité d’une histoire extraordinaire. Prenons aujourd’hui les paris : succès international, critique et public, Oscar du meilleur film et du meilleur acteur.

Ed Miliband vs Daily Mail, le match de la semaine

médias, politique

Cette semaine, un important responsable politique britannique a déclaré la guerre à l’un des plus puissants journaux du pays.

Le Daily Mail est le 2ème quotidien le plus lu au Royaume-Uni, après le Sun. Près de 2 millions d’exemplaires chaque jour. C’est un tabloïd de droite qui accorde une large place à l’actualité politique. Sa ligne éditoriale est clairement conservatrice, tendance traditionnelle : anti-Europe, anti-immigration, anti-aides sociales, anti-mariage gay, anti-impôts.

Le Mail n’hésite pas à grossir le trait, à fouiller dans les poubelles. Samedi dernier, il a consacré un long papier au père d’Ed Miliband, leader de l’opposition travailliste. Titre de l’article : “L’homme qui haïssait la Grande-Bretagne”. Ralph Miliband, Juif né en Belgique, a trouvé refuge en Angleterre en mai 1940. Il fut après la guerre un ardent militant d’extrême-gauche, un penseur marxiste réputé. Tout ce que déteste le Daily Mail.

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Le tabloïd multiplie les raccourcis pour viser le fils à travers le père défunt. Dans la première version publiée en ligne, une photo de la tombe de Ralph Miliband illustre l’article avec la mention “Grave socialist” (grave signifie à la fois tombe et grave, sérieux).

Ed Miliband s’indigne. Il appelle le journal et passe un savon au rédacteur en chef adjoint Jon Steafel. Ce dernier admet que la photo de la sépulture n’est pas du meilleur goût, il accepte de la retirer, mais refuse de présenter ses excuses. Ses arguments : Miliband fait souvent référence à son père, il est normal que la presse s’y intéresse.

Le leader travailliste obtient tout de même un droit de réponse publié dans le journal de mardi : “Pourquoi mon père aimait la Grande-Bretagne”. Ed rappelle que Ralph a combattu dans la marine britannique pendant la guerre. Sur la même page, le Mail se défend dans un édito sanglant : “Un héritage diabolique, pourquoi nous ne présenterons pas d’excuses”.

L’affaire (the Mili-Mail wars) prend un tour politique. De nombreux élus, de gauche comme de droite, prennent le parti d’Ed Miliband. Cette fois le Daily Mail est allé trop loin. Même David Cameron soutient, timidement, le chef de l’opposition.

Mardi soir, dans l’émission Newsnight, un débat entre Alastair Campbell, l’ancien conseiller de Tony Blair, et Jon Steafel, tourne au vinaigre. Le premier accuse le second de suivre aveuglément la ligne imposée par son rédacteur en chef Paul Dacre, l’une des terreurs de Fleet Street , “un tyran et un lâche” (voir à partir de 4′40).

On croit en rester là. Ed Miliband annonce qu’il n’ira pas plus loin.

Jeudi, coup de théâtre. On apprend qu’un journaliste du Mail on Sunday, l’autre titre du groupe, s’est invité la veille aux obsèques d’un oncle d’Ed Miliband. Le chef de l’opposition écrit cette fois directement au propriétaire, Lord Jonathan Harmsworth, pour dénoncer “l’indécence” du plumitif et lui demander de réfléchir à “la culture” et aux pratiques de ses journaux.

Le Mail on Sunday présente ses excuses “sans réserve” et suspend deux journalistes. Le patron lui-même se fend d’une lettre à Miliband.

Toute cette affaire n’aurait sans doute jamais eu lieu sans le scandale News of the World. Les dérapages de l’empire Murdoch, les mois d’auditions devant la commission Leveson, le débat sur la création d’un nouveau régulateur des médias autorisent aujourd’hui les responsables politiques à défier la puissante presse britannique. Ils peuvent enfin s’en prendre publiquement au redoutable Daily Mail qu’ils n’osaient jusqu’ici fustiger qu’en coulisses.

Ne mettons pas en doute Ed Miliband, sans nul doute blessé par l’article sur son père et par la présence intrusive d’un journaliste aux obsèques de son oncle. Mais le leader travailliste sait que l’opinion est désormais de son côté, que son indignation sera politiquement payante. Il n’y a guère que le ministre de l’Education Michael Gove pour défendre encore le Mail.

Même si le tabloïd s’acharne sur Miliband dans les semaines et les mois à venir, il risque d’en faire un martyr. En défiant le Mail, le chef de l’opposition a marqué des points.

Les temps changent, la presse britannique n’est plus intouchable.

Punchdrunk, formidable expérience théâtrale

culture

“C’est le regardeur qui fait le tableau”. On pense à la phrase de Duchamp en découvrant Punchdrunk.

Encore méconnue en France, cette compagnie de théâtre britannique créée en 2000 est l’une des plus excitantes du moment, couverte d’éloges en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Felix Barrett et sa troupe sont passés maîtres dans l’art du théâtre d’immersion, immersive theatre ou promenade theatre.

Un spectacle de Punchdrunk est une expérience unique, personnelle. Chacun vit sa propre aventure.

Pour son dernier show, The Drowned Man : A Hollywood Fable, la compagnie a investi un ancien entrepôt postal près de la gare de Paddington à Londres. Quelques jours avant la représentation, un email vous met en garde : vous serez parfois plongé dans le noir, dans des espaces confinés, prévoyez de bonnes chaussures, évitez si possible de porter des lunettes…

Le soir même, à l’entrée, une ouvreuse vous remet un petit billet sur lequel est brièvement résumée la pièce, librement inspirée de Woyzech de Büchner. L’histoire tragique de deux amants, en 1962, dans les studios de cinéma Temple, sorte de Hollywood britannique. Dernières consignes : pendant la représentation, vous devrez porter en permanence un masque et faire silence absolu.

Vous découvrez alors sur quatre étages des décors stupéfiants, un bar, une chambre à coucher, un terrain vague, des caravanes d’artistes, un cabinet médical, une chapelle, une forêt, un désert…  À vous de choisir votre itinéraire. Vous ouvrez une porte, dévalez un escalier, courez après un personnage, errez dans une pièce, suivez un groupe de spectateurs ou restez seul. Certaines scènes vous raccrochent à l’intrigue, d’autres vous égarent.

Vous devenez voyeur, tous les sens en éveil. Vous êtes surpris par des odeurs, des bruits, des ambiances. La danse, magnifiquement chorégraphiée par Maxine Doyle, se mêle au théâtre. Les dialogues sont rares, parfois inaudibles, couverts par une bande-son étourdissante. Punchdrunk joue avec les atmosphères, la lumière et la pénombre, le rêve et la réalité.

On peut être perturbé, déstabilisé, voire déçu par A Drowned Man, on peut passer à côté de la pièce, ne rien comprendre à l’intrigue, rater des scènes majeures, mais on ne peut rester indifférent à la beauté des décors, à l’inventivité de la mise en scène, à la sensualité des corps en mouvement.

Il faut venir à Londres et ne surtout pas manquer Punchdrunk.

(Billets ici jusqu’en décembre, quelques détails supplémentaires sur le site du National Theatre et sur le site de Punchdrunk)

NB : Felix Barrett a peut-être lu Antonin Artaud. « Le spectacle, ainsi composé, ainsi construit, s’étendra, par suppression de la scène, à la salle entière du théâtre et, parti du sol, il gagnera les murailles sur de légères passerelles, enveloppera matériellement le spectateur, le maintiendra dans un bain constant de lumière, d’images, de mouvements et de bruits. » (Le Théâtre et la Cruauté)

Diana le film, fuyez…

monarchie, culture

Londres a accueilli ce jeudi l’avant-première mondiale du film Diana consacré aux deux dernières années de la vie de Lady Di (sortie en France le 2 octobre).

Difficile d’être indulgent. Après 1h48 d’ennui, on se demande comment cet ambitieux projet a pu aboutir à un tel navet, éreinté par la critique britannique (exemples , et ).

Diana est incarnée par la talentueuse Naomi Watts, dirigée par l’Allemand Oliver Hirschbiegel, à qui l’on doit notamment La Chute, film discutable mais intéressant sur les derniers jours d’Adolf Hitler.

Projet séduisant donc… et résultat navrant. Un mélo mièvre, aux dialogues sirupeux dont le seul mérite est de ne pas idéaliser Diana. Le scénario s’inspire d’un livre d’enquête de Katie Snell sorti en 2001 qui raconte la love affair entre la princesse et le chirurgien d’origine pakistanaise Hasnat Kahn. De 95 à 97, Lady Di a vécu une aventure passionnelle avec cet homme qu’elle souhaitait épouser. L’histoire d’un mariage impossible entre un discret médecin musulman et la femme la plus célèbre du monde.

Naomi Watts, habitée dit-on par son personnage, minaude atrocement.  Elle campe une Diana esseulée, romantique et naïve qui assène des banalités du genre “I want to help people” ou “I get excited when I go to hospitals”.

Hasnat Khan est joué par Naveen Andrews, de la série Lost, qui a eu au moins deux mauvaises idées : rejoindre le casting du film et se couper les cheveux.

Les scènes entre les deux amants sont si peu crédibles qu’elles en deviennent gênantes. Mention spéciale au marivaudage sur une plage anglaise au son de Ne me quitte pas. Jacques Brel doit se retourner dans sa tombe.

Ce mauvais film inspire une question : Lady Di est-elle un personnage de cinéma ? D’autres réalisateurs peuvent-ils réussir là où Oliver Hirschbiegel a échoué ?

Outre les maladresses du scénario et les faiblesses de la mise en scène, Diana le film commet d’emblée une erreur majeure : il ne s’intéresse qu’à l’intimité du personnage. Il fait du spectateur un voyeur, un lecteur de presse people à qui on aurait ouvert les portes de Kensington Palace.

Il eût été plus pertinent de s’attarder sur les ambiguïtés de la princesse du peuple, ses rapports troubles avec les médias, son pouvoir d’attraction, ses relations complexes avec Buckingham…  Des thèmes à peine effleurés ici.

En voulant gommer les aspérités du personnage pour éviter les polémiques, Diana passe à côté de son sujet, qui mérite une seconde chance au cinéma.

Les conséquences du revers parlementaire de Cameron

diplomatie, France, politique

Barack Obama va donc demander l’aval du Congrès américain pour frapper la Syrie. Son administration a forcément tiré les leçons du revers de David Cameron à la Chambre des communes en s’assurant que les parlementaires étaient favorables à une action militaire.

Lors de son allocution ce samedi à la Maison Blanche, le président américain a pris soin de citer le Royaume-Uni, “notre plus proche allié”. Mais hier, en présentant les preuves de la responsabilité du régime de Bachar Al-Assad dans l’attaque chimique du 21 août, le secrétaire d’Etat John Kerry n’a même pas mentionné la Grande-Bretagne. Pire, il a mis en avant le soutien de la France, “notre plus vieil allié”. A croire que Paris a remplacé Londres dans le cœur des Américains.

C’est la première conséquence de l’échec parlementaire de David Cameron : la blessure infligée à la special relationship entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dont le Sun a même annoncé la mort ce matin en une. L’enterrement aura lieu à l’ambassade de France, annonce le tabloïde dans un facétieux faire-part de décès.

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Les autres journaux britanniques sont au diapason. Pour le Daily Mail, “les USA snobent la Grande-Bretagne − et font ami-ami avec les Français“. Étonnant renversement de l’Histoire quand on se remémore les noms d’oiseaux accolés à la France lors de l’intervention en Irak en 2003. L’expression “cheese-eating surrender monkeys” (singes capitulards mangeurs de fromages) avait fait florès.

En réalité, l’axe Londres-Washington reste solide. Les deux pays sont côte à côte en Afghanistan. Leurs services de renseignement travaillent de concert, en particulier au Moyen-Orient. L’aide du MI6 sera précieuse en cas d’intervention en Syrie. Mais aux yeux de l’administration Obama, Cameron n’est plus aussi fiable qu’il y a huit jours. Le Royaume-Uni ne semble plus disposé à suivre les États-Unis sur les grandes questions diplomatiques et stratégiques. On peut y voir une émancipation salutaire mais il s’agit surtout d’une nouvelle étape vers l’isolationnisme dont témoigne aussi le débat sur l’Europe.

Londres, qui s’éloigne à la fois de Bruxelles et de Washington, perd forcément de son influence dans le monde.

Sur la scène intérieure, David Cameron ressort très affaibli de cet échec parlementaire, le plus cinglant de sa carrière politique. Ces derniers mois pourtant, les signaux économiques étaient encourageants. Sa politique d’austérité semblait porter ses fruits. Le Premier ministre croyait avoir fait le plus dur.

Retour six mois en arrière.

Cela dit, l’actualité internationale a généralement peu d’impact sur les équilibres politiques nationaux. Si l’économie britannique repart pour de bon, les électeurs pourraient ne pas tenir rigueur à Cameron de son faux pas syrien.

Cet épisode aura par ailleurs un mérite pour les conservateurs. Les libéraux-démocrates, favorables à une intervention en Syrie, n’ont pas du tout apprécié la valse-hésitation des travaillistes. Une coalition entre les deux partis après les prochaines élections semble aujourd’hui moins probable.

Les travaillistes justement… leur leader Ed Miliband, opportuniste, profite des circonstances, de l’affaiblissement du Premier ministre, mais il n’a guère brillé jeudi à la Chambre des communes. Il en faudra plus pour renforcer durablement son autorité.

L’opinion britannique pourrait donc pardonner à David Cameron ses erreurs sur la Syrie. En fait, c’est surtout aux yeux du monde que le chef du gouvernement britannique a perdu de sa crédibilité et de son aura, entraînant son pays dans sa chute.

Jeudi prochain, au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, sa voix sera forcément un peu moins audible.

Les erreurs de jugement de David Cameron sur la Syrie

diplomatie, politique

Comment en est-il arrivé là ?

David Cameron a subi hier soir un terrible camouflet à la Chambre des communes. Sa motion (texte intégral ici) défendant le principe d’une intervention en Syrie, “une action militaire si nécessaire”, a été rejetée de 13 voix (285 contre, 272 pour). Personne ne s’attendait à un tel résultat. Le gouvernement a aussitôt annoncé qu’il renonçait à participer à des frappes.

Ce désaveu porte un sérieux coup à l’autorité du Premier ministre britannique, déjà malmené sur l’Europe. Cameron a commis au moins trois erreurs de jugement qui mettent en doute aujourd’hui une intervention en Syrie. Les Américains ne peuvent plus compter que sur la France comme allié majeur.

D’abord, le chef du gouvernement n’a pas mesuré le traumatisme de l’engagement britannique en Irak en 2003. Les erreurs de Tony Blair ont laissé des traces. Des preuves insuffisantes, une action militaire sans mandat de l’ONU, le risque d’un enlisement… de quoi réveiller beaucoup de mauvais souvenirs. Hier, David Cameron a souligné que l’Irak ne devait pas “empoisonner” le débat et “paralyser” le pays, mais le Royaume-Uni est aujourd’hui moins va-t-en-guerre et les mots n’y changeront rien. D’après les sondages, seuls 22 à 25% des Britanniques sont favorables à une intervention en Syrie.

Deuxième erreur du Premier ministre britannique : ne pas s’être assuré que l’opposition travailliste partageait son analyse. Cameron croyait avoir convaincu Ed Miliband avec qui il s’est longuement entretenu mardi mais celui-ci lui a tourné le dos en 24h. Une volte-face liée au désir de ne pas fâcher la frange pacifiste du Labour et, sans doute, à un peu d’opportunisme. Hier, les travaillistes ont présenté un amendement demandant, entre autres, plus de preuves de la responsabilité du régime syrien dans l’attaque chimique du 21 août, et ont voté massivement contre la motion gouvernementale.

Enfin, troisième erreur : ne pas avoir réussi à convaincre son propre camp de la nécessité d’intervenir en Syrie. 39 députés de la majorité, 30 conservateurs et 9 libéraux-démocrates, ont rejeté le principe d’une action militaire. David Cameron aurait pu, aurait dû sentir que les parlementaires étaient indécis, encore sous le coup du passage en force de Tony Blair en 2003. La Chambre des communes avait alors validé la participation britannique à une invasion de l’Irak mais Blair avait longtemps ignoré les critiques.

Ces trois erreurs plongent le Royaume-Uni dans une grave crise de politique étrangère que certains comparent même à Suez, en 56, quand le pays a définitivement perdu son statut de superpuissance. Les Américains consulteront-ils Londres à l’avenir ? La special relationship entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis a-t-elle encore un sens ?

Si d’aventure Washington décidait de ne pas intervenir en Syrie en réponse à l’attaque chimique du 21 août, Bachar Al-Assad pourrait remercier… David Cameron.

L’histoire du polar secret de J.K. Rowling

culture

Un inconnu, Robert Galbraith, ancien militaire, signe un polar salué par la critique, The Cuckoo’s Calling. Trois mois après sa sortie, le livre s’est vendu à quelques centaines d’exemplaires seulement. Est alors révélée dans le Sunday Times la véritable identité de l’auteur, J.K. Rowling, cachée derrière un pseudonyme. Le livre devient un énorme succès.

Voilà l’histoire, à la fois heureuse et triste, du dernier best-seller de la littérature britannique.

Heureuse car l’anecdote est croustillante. Elle s’ajoute à la longue liste des écrivains dissimulés derrière un pseudo pour tromper les critiques, faire parler de soi ou au contraire goûter à l’anonymat : Romain Gary/Emile Ajar, Stephen King/Richard Bachman, Julian Barnes/Dan Kavanagh, etc. On pense aussi à tous les éditeurs floués qui se mordent les doigts d’avoir refusé le manuscrit.

Triste car un inconnu peut donc passer complètement à côté du succès malgré son talent.

Triste enfin car la réussite appelle la réussite. Si J.K. Rowling écrivait un annuaire, il s’écoulerait sans doute à plusieurs milliers d’exemplaires. On enfonce des portes ouvertes, certes, mais rares sont les histoires qui mettent ainsi au jour les ressorts de l’industrie du livre.

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The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou) raconte l’enquête mouvementée du détective Cormoran Strike sur la mort suspecte d’un top-model (extrait à lire sur le site du Guardian).

Les rares exemplaires du livre encore en magasin se sont arrachés dés dimanche après la révélation de l’imposture. 300.000 ouvrages, en cours d’impression, devraient atterrir dans les librairies jeudi. Et le bouquin triomphe déjà sur internet, en tête des ventes chez Amazon et iTunes.

Au service de presse de Waterstones, la grande enseigne de librairie britannique, Jon Howells, joint au téléphone, ne cache pas son enthousiasme : “C’est une excellente nouvelle pour nous, pour les lecteurs, pour les fans de J.K. Rowling. D’habitude il n’y a pas d’événement littéraire au cœur de l’été. C’est une situation unique. Ce livre va rester numéro 1 pour très longtemps je pense.”

L’éditeur Little, Brown se réjouit de ce coup littéraire. Sur son site internet, la page de présentation du livre est un modèle de sobriété. L’auteur Robert Galbraith est présenté comme un ancien militaire, père de deux garçons. Impossible de repérer la supercherie. On se demande d’ailleurs comment le pot aux roses a été découvert.

Le Sunday Times aurait été informé via Twitter. Puis le journal aurait mené son enquête, faisant notamment appel à un expert en computer linguistics, Peter Millican, professeur au Hertford College à Oxford, qui a mis au point un logiciel permettant de comparer et d’analyser les textes littéraires (tous les détails ici).

Le deuxième épisode des aventures du détective Cormoran Strike est attendu l’été prochain. Après Harry Potter, voilà peut-être le nouveau jackpot de la littérature britannique. Comme le suggère un éditeur, “faisons croire au public que tous les livres sont en réalité signés J.K. Rowling et l’industrie sera sauvée !”

Royal baby, les médias sont prêts

médias, monarchie

Si vous doutez encore de l’intérêt médiatique pour le royal baby, dont la naissance est attendue dans les jours à venir, allez faire un tour devant l’aile Lindo de l’hôpital St Mary, à Londres. C’est là que Kate, duchesse de Cambridge, doit mettre au monde le 43ème monarque d’Angleterre.

L’accouchement est prévu mi-juillet mais les médias du monde entier sont arrivés dés lundi 1er juillet devant l’entrée de la maternité pour y réserver leur place.

Plusieurs espaces sont réservés à la presse. Des dizaines d’escabeaux s’entassent derrière les barrières de sécurité. Pas question de rater la photo ou l’image qui fera le tour du monde.

De quoi a priori dégoûter les journalistes en herbe qui rêvent de grands reportages, mais dans la profession, certains adorent ces attroupements corporatistes. C’est le cas de Zak Hussein, photographe anglais freelance rencontré hier devant St Mary’s. “It’s the biggest job of the year”, dit-il.

“La règle c’est “premier arrivé premier servi”. Chacun colle sur le sol des rubans adhésifs pour délimiter son territoire. Mais c’est très concurrentiel. Les gens arrachent les adhésifs. On a tous amené des escabeaux et on les a enchaînés pour être sûr de garder sa place. De toute façon, il y a tellement de monde, il y a une grande part de chance pour avoir LA bonne photo. Mais j’aime ça, c’est marrant.”

Zak a déjà sa photo en tête : “une belle image du couple debout sur les marches avec son bébé, et Kate qui fixe mon objectif avec un grand sourire.”

Forêt d'escabeaux devant l'aile Lindo de l'hôpital St Mary. © F Mathevon/RF

Forêt d’escabeaux devant l’aile Lindo de l’hôpital St Mary. © F Mathevon/RF

Sparadraps sur le sol pour délimiter son territoire. © F Mathevon/RF

Sparadraps sur le sol pour délimiter son territoire. © F Mathevon/RF

Les confrères de TF1 ont trouvé une place... © F Mathevon/RF

Les confrères de TF1 ont trouvé une place… © F Mathevon/RF

...mais les premières loges sont réservées aux médias britanniques. © F Mathevon/RF

…mais les premières loges sont réservées aux médias britanniques. © F Mathevon/RF

L’interminable feuilleton Litvinenko

diplomatie

Marina Litvinenko, 50 ans, dégage une incroyable sérénité pour une femme au cœur d’un des dossiers diplomatiques les plus sensibles du Foreign Office.

Son époux, Alexandre Litvinenko, transfuge du FSB (ex-KGB), est mort à Londres en novembre 2006 des suites d’un empoisonnement au polonium, une substance radioactive. Quelques heures avant les premiers symptômes, il avait bu un thé avec Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtun, deux anciens agents russes, dans un grand hôtel londonien.

Les deux hommes ont laissé derrière eux de nombreuses traces de radioactivité. Lougovoï, aujourd’hui député en Russie, est considéré comme le principal suspect du meurtre par les enquêteurs britanniques. Il clame son innocence et refuse de participer à l’enquête judiciaire en cours.

Alexandre Litvinenko, dissident russe anti-Poutine qui avait obtenu la nationalité britannique, travaillait au moment de sa mort pour les services secrets anglais et espagnols. A-t-il été tué car il disposait d’informations pouvant porter préjudice au Kremlin ? Son épouse en est convaincue. Elle l’a dit dans une interview accordée à Radio France.

 © F Mathevon/RF

© F Mathevon/RF

L’affaire mine depuis plusieurs années les relations diplomatiques entre Londres et Moscou. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de David Cameron, le gouvernement britannique semble vouloir se réconcilier avec les Russes.

Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères William Hague a ainsi demandé au coroner, le juge qui enquête sur la mort de Litvinenko, de ne pas utiliser certains documents confidentiels pouvant compromettre la Russie, au nom de la sécurité nationale. Le magistrat a dû céder aux exigences du Foreign Office. Impossible dans ces conditions de mener une enquête complète et juste.

“Consternée”, Marina Litvinenko ne croit pas à un accord politique formel entre Londres et Moscou mais elle pense que David Cameron s’emploie à ne surtout pas froisser Vladimir Poutine. Pas question de porter atteinte aux relations commerciales entre les deux pays.

Dernier espoir : l’ouverture d’une public inquiry, une enquête publique, qui pourrait permettre l’examen de certaines pièces en secret et l’audition de témoins à huis clos. Une décision doit être prise d’ici au 3 juillet mais elle pourrait être encore repoussée, les contretemps judiciaires étant devenus la norme dans cette affaire sans fin.

Malgré tous les obstacles qu’elle a rencontrés, Marina Litvinenko garde confiance en la justice britannique. Elle remercie le Royaume-Uni de lui offrir une telle liberté d’expression, inimaginable en Russie. Mais elle ne comprend pas que son pays d’adoption ne mette pas tout en œuvre pour condamner les assassins de son mari, un citoyen britannique qui se croyait enfin en sécurité à Londresaprès avoir osé défié le Kremlin.

Tout ce que vous voulez savoir sur le royal baby

monarchie

Naturellement ça ne vous intéresse pas. Pour vous, la famille royale est une institution anachronique et poussiéreuse, et la simple naissance d’un bébé, fût-il promis au trône d’Angleterre, n’est qu’une vulgaire info people.

Difficile de vous donner tort mais ce serait bête d’attaquer Voici cet été sur la plage sans un minimum de background. Et la fièvre (on exagère à peine) qui s’empare du Royaume à quelques semaines de l’événement mérite qu’on s’y attarde un peu.

Les télévisions du monde entier ont déjà réservé des studios pour leurs émissions spéciales. La Foreign Press Association qui réunit les correspondants étrangers à Londres vient d’organiser deux briefings sur le sujet. Pas un, deux. Et on a rarement vu une telle affluence. Quant aux médias britanniques, voilà des mois qu’ils se perdent en conjectures sur le sexe du bambin ou les méthodes d’accouchement de la maman.

La famille royale, qui maîtrise parfaitement sa communication, a livré hier une foule d’informations aux journalistes britanniques et étrangers. De quoi tenir jusqu’aux couches.

Alors donc, on sait maintenant que Kate enfantera mi-juillet par voie naturelle. Ni césarienne (sauf complications bien sûr), ni accouchement dans l’eau ou sous hypnose comme l’a suggéré l’imaginative presse anglaise.

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Une chambre lui est réservée dans l’aile Lindo de l’hôpital St Mary, à Londres, où Diana a donné naissance à ses deux fils, en 82 et 84. La jeune femme sera assistée d’éminents spécialistes, “senior members of the Queen’s Medical Household”, dont le gynécologue de la Reine, Alan Farthing, et son prédécesseur, Marcus Setchell.

Mystère sur le sexe de l’enfant que les parents eux-mêmes ignorent paraît-il. Pas plus d’indices sur le prénom. Mais on connaît le titre du rejeton, 3ème dans l’ordre de succession au trône après Charles et William. Si c’est un garçon, Jean-Claude par exemple, ce sera “son altesse royale le Prince Jean-Claude de Cambridge”. Et si c’est une fille, disons Monique, “son altesse royale la Princesse Monique de Cambridge”.

L’annonce de la naissance sera on ne peut plus théâtrale. Après que la Reine, le Premier ministre et les principaux membres de la famille royale auront été prévenus, un bulletin officiel sera transporté en voiture, sous escorte, de l’hôpital à Buckingham, où il sera placé sur un chevalet dans la cour du Palais. On peut y voir, au choix, une délicieuse tradition britannique (exhumée pour la naissance de William comme en témoignent ces photos) ou une mise en scène parfaitement ridicule.

Prochaine photo après le chevalet : les jeunes mariés et leur merveille quittent l’hôpital. Où iront-ils ? Dans le Berkshire chez les parents de Kate ? Au château de Balmoral, en Ecosse, avec la famille royale ? Mystère. Une chose est certaine, Kensington Palace, leur futur domicile, ancienne demeure de Diana en phase finale de rénovation, ne sera prêt à accueillir la petite famille qu’à l’automne.

Mari modèle, William sera aux côtés de son épouse St Mary’s. L’armée de l’air accordera au capitaine, copilote d’hélicoptère dans une unité de secours au Pays de Galles, deux semaines réglementaires de congé paternité. Attendez vous à de nouvelles spéculations de la presse anglaise sur l’avenir professionnel du petit-fils de la Reine. Peu probable qu’il poursuive sa carrière militaire.

Les médias devraient aussi faire leur miel des confidences plus ou moins fiables (plutôt moins) sur l’allaitement, la nounou, le choix de la poussette, la rééducation du périnée, etc. Et les photos volées du chérubin vaudront de l’or.

De quoi nourrir bon nombre de journalistes britanniques pendant des années.