Le blog de Franck Mathevon

Franck Mathevon, envoyé spécial permanent à Londres pour Radio France

Le virage à droite du parti conservateur

politique

Vendredi dernier, un séisme politique a secoué l’establishment britannique. Le parti UKIP (prononcer youkip) a obtenu un score historique aux élections locales dans la majorité des comtés anglais : 23% des voix, 143 sièges gagnés. Il n’avait que 8 conseillers auparavant !

Le mouvement radical de droite, dont les deux principaux projets sont le retrait immédiat de l’Union européenne et le gel de l’immigration, rivalise maintenant avec les deux grands partis du pays. Les travaillistes ne récoltent que 29% des voix et les conservateurs 25%. Les libéraux-démocrates plafonnent à 14% des suffrages.

Photo géniale du trublion Nigel Farage samedi à la une du Times. © DR

Photo géniale du trublion Nigel Farage samedi à la une du Times. © DR

La percée du UKIP était attendue, on en avait parlé dans ce blog, mais pas dans ces proportions.

Le parti a chipé des voix à toutes les grandes formations politiques, en particulier bien sûr aux conservateurs. Et depuis vendredi, les Tories se demandent comment ramener aux vertus conservatrices les électeurs tentés par le diable UKIP.

David Cameron et ses troupes croient avoir trouvé la solution : un grand coup de volant à droite. Et leurs alliés libéraux-démocrates semblent trop faibles pour pouvoir rétablir la direction.

D’abord, de nombreuses figures du parti appellent à une plus grande fermeté sur l’Europe. Il ne suffit pas de proposer un référendum après 2015, il faut organiser une consultation tout de suite. Dans une tribune publiée hier dans le Times, Nigel Lawson, ancien ministre des Affaires étrangères de Thatcher, qui a voté pour l’adhésion à l’UE en 1975, estime qu’il est temps de quitter l’Europe. La santé économique du Royaume-Uni en dépend, écrit-il. Son argumentaire enchante les eurosceptiques et embarrasse David Cameron. Le Premier ministre n’écarte pas un vote au Parlement avant la fin de la législature sur l’organisation d’un référendum pour montrer sa bonne volonté aux Britanniques, toujours aussi peu convaincus par le projet européen.

Ensuite, le gouvernement durcit sa politique en matière d’immigration. David Cameron a déjà haussé le ton fin mars et aujourd’hui, le traditionnel discours de la Reine présentant les grandes orientations politiques de l’année à venir s’est focalisé sur l’immigration. Les immigrés illégaux auront un accès réduit au NHS (le service public de santé). Ils ne pourront plus passer le permis de conduire. Les étrangers criminels pourront être expulsés plus facilement du territoire. Les propriétaires auront le droit de vérifier si leurs locataires sont en règle vis-à-vis des services de l’immigration. Les entreprises qui embauchent des clandestins seront sanctionnées plus sévèrement.

Le message est clair : Electeurs du UKIP, ne vous égarez pas, votez conservateur ! Une stratégie dangereuse.

Le UKIP ne séduit pas les Britanniques seulement pour ce qu’il propose mais aussi pour ce qu’il est : un parti hors système, anti-establishment, comme toutes les formations populistes européennes. Un avantage concurrentiel que les trois partis de gouvernement n’auront par définition jamais.

Il attire aussi des électeurs en raison de la personnalité de son leader, le charismatique Nigel Farage, devenu une figure incontournable de la vie politique du pays. A ses côtés, le Tory David Cameron, le lib-dem Nick Clegg, et surtout le Labour Ed Miliband font pâle figure. On ne voit guère que le maire de Londres Boris Johnson pour rivaliser.

Enfin, l’imitation ne vaut jamais l’original. La manœuvre est rarement payante en politique, surtout au Royaume-Uni. En 2001, William Hague, alors chef de l’opposition conservatrice, l’avait appris à ses dépens. Son virage à droite pendant la campagne lui avait valu une belle gifle électorale face à Tony Blair.

Pendant ce temps, Nigel Farage se frotte les mains. Son parti est au cœur du jeu politique. Et vise la première place aux européennes en 2014.

Et si la Reine mourait demain…

monarchie

Attention, article de lèse-majesté. Comment oser ne serait-ce qu’évoquer l’hypothèse de la mort de la Reine alors qu’Elizabeth II, qui vient de fêter ses 87 ans, semble en pleine forme ?

Le sujet est tabou au Royaume-Uni. Benedict Brogan, directeur adjoint de la rédaction du conservateur et monarchiste Daily Telegraph, admet qu’il est difficile d’aborder cette question même si, bien sûr, tous les médias britanniques s’y préparent en secret. “Pendant un temps, le pays va s’effondrer”, dit-il.

Deux événements récents ont relancé les spéculations. D’abord, la Reine a connu une alerte de santé en février. Elle a souffert d’une gastro-entérite suffisamment sérieuse pour l’obliger à passer une nuit à l’hôpital et annuler plusieurs engagements officiels. Fin mars, dans le Sunday Mirror, l’ancien vice-Premier ministre travailliste John Prescott a proposé qu’Elizabeth II abdique si elle ne se sent plus en mesure d’assumer la charge de ses fonctions. Sans surprise, tout le monde lui est tombé dessus mais cette tribune n’aurait même pas été publiée il y a quelques années.

La mort de Margaret Thatcher a aussi rappelé aux Britanniques que les grandes figures du pays n’étaient pas éternelles. Les funérailles quasi-nationales de la Dame de Fer ont été perçues comme une répétition générale.

Mais soyons clairs, rien ne peut être comparé à la mort de la Reine. Un tel événement serait, comment dire… énorme, colossal, historique. “Thatcher à côté, c’est peanuts”, assure un journaliste britannique dont il vaut mieux taire le nom pour sa carrière.

Si la Reine mourait demain, le Royaume-Uni serait en état de choc. Londres se préparerait aux obsèques sans doute les plus grandioses que le pays ait jamais connu. Trois fois par an, de hauts fonctionnaires se réunissent pour affiner les préparatifs et ne pas être pris au dépourvu (sont aussi discutées les funérailles du prince Philip et du prince Charles). Les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier feraient le déplacement. Des centaines de milliers, des millions de personnes se rendraient à Londres pour assister à la procession du cercueil dans les rues de la ville. Auparavant, comme toujours lors d’obsèques nationales, la dépouille d’Elizabeth II aura été exposée plusieurs jours dans un lieu emblématique où les Britanniques lui auront rendu hommage.

La Reine est un symbole, un dénominateur commun, un socle, objet de respect, d’admiration, d’amour. Elle incarne son pays et unit son peuple. Le prince Charles qui lui succèdera sur le trône est un personnage controversé, une figure qui divise, dont on rit volontiers même si sa popularité est en hausse.

Le Royaume-Uni perdrait beaucoup en perdant sa Reine.

La monarchie britannique entend retarder la funeste échéance. Elizabeth II a encore honoré plus de 400 engagements officiels l’an dernier mais son programme a été récemment allégé. Elle délègue de plus en plus. Ses enfants et petits-enfants la représentent souvent. Elle marche moins, passe plus de temps à Windsor, prend rarement l’avion. Elle pourrait même ne pas se rendre au sommet biennal du Commonwealth en novembre prochain au Sri Lanka.

Sa santé est réputée robuste et les Britanniques la voient centenaire, comme sa mère Elizabeth Bowes-Lyon, morte à 101 ans en 2002.

La fin d’une époque

British way of life

Symboles britanniques, les cabines téléphoniques rouges sont de moins en moins nombreuses. Victimes du téléphone portable.

Huit modèles différents ont été conçus entre 1921 et 1968. On comptait 70.000 cabines dans les années 80. Il n’y en plus que 11.000 selon un recensement datant d’avril 2012.

Si le sujet vous intéresse, jetez un œil à ce très joli site qui leur est dédié. Sachez que vous pouvez même vous offrir une red phone box si vous rêvez d’en avoir une dans le salon…

Mardi 23 avril, Northumberland Avenue, à côté de Trafalgar Square. © F Mathevon/RF

Mardi 23 avril, Northumberland Avenue, à côté de Trafalgar Square. © F Mathevon/RF

Le thé, drogue anglaise

British way of life

Les clichés ont la vie dure. A raison, parfois.

La preuve avec cette enquête du WRVS, une charity qui vient en aide aux plus démunis, en particulier les personnes âgées seules. On y apprend que les Britanniques consomment 42 millions de litres de thé par jour, soit 166 millions de tasses ou 3,5 tasses par personne. Par comparaison, le café n’est pas leur cup of tea : 70 millions de tasses de café sont bues chaque jour au Royaume-Uni.

 © DR

© DR

Outre-Manche, le thé est l’activité sociale par excellence. Idéal pour vaincre la solitude dans le grand âge. Voilà pourquoi le WRVS s’est intéressé à cette tradition anglaise.

D’après l’enquête,  25% des Britanniques avalent plus de cinq tasses par jour, et 5% plus de dix ! Ils sont plus de 30% à utiliser toujours le même mug et 7% à boire seulement le thé qu’eux-mêmes ont préparé. 14 millions de personnes se disent dépendantes.

Un Britannique consomme 2,3 kgs de thé par an, record mondial, dix fois plus qu’un Français.

Difficile de trouver une explication à cette passion anglaise. L’Histoire veut que Catherine de Bragance, princesse du Portugal, ait initié la coutume à la fin du XVIIème siècle après son mariage avec Charles II. La péninsule ibérique venait alors de découvrir l’apaisant breuvage grâce aux marchands venus d’Asie.

De boisson en vogue à la cour d’Angleterre, le thé s’est rapidement démocratisé pour devenir un cérémonial incontournable qui transcende les classes sociales.

Aujourd’hui, on boit son thé à toute heure, avec ou sans lait, avec ou sans sucre. Vous n’y échapperez pas si vous rendez visite à un Britannique entre deux repas. He will probably put the kettle on (chauffer de l’eau pour le thé).

Si vous en avez l’occasion, et les moyens, offrez vous un authentique et complet afternoon tea à l’anglaise, proposé notamment dans certains grands hôtels londoniens comme le Goring ou le Wolseley. Réservation obligatoire.

Thatcher, place aux historiens

Thatcher, société, politique

Margaret Thatcher est morte. Ses cendres et celles de son mari Denis seront bientôt mises en terre au cimetière du Royal Hospital de Chelsea, à Londres.

Les journalistes racontent depuis dix jours les divisions d’un Royaume désuni qui a perdu sa figure politique la plus controversée (ne ratez pas les excellentes émissions de Daniel Mermet et de son équipe cette semaine sur Inter).

Hier, les obsèques de Maggie n’ont pas occasionné d’incidents majeurs mais elles ont permis de mesurer une fois de plus le fossé béant entre pro et anti Thatcher.

Sur cette vidéo, des manifestants scandent “Waste of money” (gaspillage d’argent) pour dénoncer le coût des funérailles de la Dame de Fer, estimées à plus de 10 millions d’euros par la presse anglaise.

George Osborne, lui, ministre de l’Economie et chantre de l’austérité budgétaire, ne peut retenir ses larmes lors de la cérémonie des obsèques à la cathédrale St Paul.

 © DR

© DR

Deux mondes. Deux Grandes-Bretagnes.

On l’a dit et répété, la mort de Thatcher a réveillé les rancœurs endormies des années 80, la lutte des classes, l’humiliation des uns, le triomphe des autres. “D’une certaine manière, nous sommes tous des Thatchériens”, a osé hier David Cameron (à écouter l’interview de BBC Radio 4 ici, après 2′10). Absurde.

Place maintenant aux historiens. À eux de dresser l’inventaire.

Ce jeudi 18 avril, deux extraits d’éditoriaux résument le dilemme. D’après le Times, “l’ère Thatcher a clos plusieurs débats politiques qu’aucun parti n’a le désir de rouvrir”. Pour le Guardian, “l’héritage de Thatcher (sa legacy), ce n’est pas UNE nation mais DEUX”.

Les réformes, les idées de Margaret Thatcher peuvent rarement être classées sans discussion dans la colonne actif ou passif du bilan de ses années au pouvoir.

Le triomphe de l’individualisme ?

L’affaiblissement du pouvoir des syndicats ?

La glorification de l’armée et de la nation, la promotion de l’économie de marché, les privatisations, l’alliance avec les Etats-Unis…?

Chacun a son opinion.

Pour les uns, Thatcher a donné une chance à ceux qui n’en avaient pas dans une société figée et déclinante. Elle a remis sur pied un pays à genoux.

Pour les autres, elle a creusé les inégalités sociales, anéanti l’industrie, dégradé les services publics, accru les disparités régionales, humilié les faibles.

L’Histoire tranchera…

…peut-être.

David Miliband, l’homme qui aurait dû être Premier ministre

politique

Après avoir parlé de l’homme qui pourrait devenir Premier ministre, le conservateur Boris Johnson, parlons de celui qui a sans doute renoncé à l’être, David Miliband.

L’ancien ministre des Affaires étrangères a longtemps été le grand espoir du parti travailliste, porté en haute estime à la fois par Tony Blair et par Gordon Brown, un exploit au Labour.

Mais hier, David Miliband a annoncé son retrait de la vie politique. Il quitte son poste de député de South Shields et part à New York diriger l’ONG américaine International Rescue Committee.

Il s’est expliqué sur son choix dans une série d’interviews :

A n’en pas douter, le job l’intéresse et lui offrira une tribune mondiale. L’IRC travaille étroitement avec l’ONU et la Maison Blanche.

Mais David Miliband n’accomplit pas le rêve de sa vie. Avant tout, il fuit la vie politique britannique qui l’a rejeté dans l’ombre de son frère. Ou peut-être fuit-il son frère qui l’a rejeté dans l’ombre de la vie politique britannique.

Car en 2010, David, à qui le trône du Labour était promis, a dû s’incliner devant son cadet Ed, élu de justesse grâce aux voix syndicales (50,65% contre 49,35%). Une humiliation pour le prodige du parti, favori des députés de son camp.

David Miliband est sans doute plus talentueux que son frère, plus subtil, plus charmeur, meilleur orateur. Mais il est aussi, selon ses détracteurs, plus froid, plus prétentieux, moins sincère. Un peu trop New Labour aussi, marqué au fer rouge par les années Blair et Brown. Lors de la course au leadership du parti, il n’a pas su se débarrasser de cette étiquette. Sûr de son destin, il n’a pas jugé nécessaire de courtiser les électeurs hésitants qui lui auraient offert la victoire.

Vexé, David a renoncé au front bench, le cabinet “fantôme” d’opposition. Pas question de se retrouver aux ordres d’un frère qu’il a toujours regardé de haut. Mais, simple député, simple “frère de”, il n’a jamais réussi à faire entendre sa voix. Chacune de ses prises de position alimentait le “soap-opera” selon sa propre expression.

Alors David a choisi de prendre le large.

Il émigre en famille aux Etats-Unis. Il assure sans conviction qu’Ed serait “a great Prime minister”. Certains de ses amis, comme l’ancien ministre Peter Mandelson, veulent croire à un possible come-back.

Mais dans la vie politique britannique, on a rarement droit à une seconde chance.

Boris au 10 Downing Street, la route est longue

Londres, politique

Alexander Boris de Pfeffel Johnson, mieux connu sous le nom de Boris Johnson, est aujourd’hui l’homme politique le plus populaire du Royaume-Uni.

Si vous ne connaissez pas ce personnage truculent et charmeur, voici son interview par Patrick Cohen sur France Inter à 8h20, le 15 mars dernier. En VF.

Après une année 2012 flamboyante, marquée par le succès des Jeux olympiques et sa réélection à la mairie de Londres, Boris se verrait bien emménager un jour au 10 Downing Street. Bien sûr, l’intéressé prend soin de ne jamais l’avouer. Quand on lui pose une question à ce sujet, il ébouriffe un peu plus ses cheveux blonds et lâche une absurdité du genre “j’ai autant de chances de devenir Premier ministre que d’être décapité par un frisbee ou réincarné en olive”.

Mais dans un documentaire diffusé hier soir sur BBC Two, Boris Johnson ose admettre que le job ne le laisse pas indifférent : “A l’évidence, s’il y a une balle perdue à l’arrière de la mêlée -ce qui n’arrivera pas-, ce serait formidable de tenter le coup. Mais cela ne va pas se produire”. Traduisez : “Bien sûr que je rêve de devenir Premier ministre et croyez-moi, je vais tout faire pour y arriver.”

Il faudrait pour cela que le maire de Londres retourne au Parlement, prenne les rênes du parti conservateur, et surtout, ne donne plus d’interview aussi désastreuse que celle qu’il a accordée dimanche matin à BBC One. En voici un extrait, à ne pas manquer si vous avez 3min devant vous :

Le journaliste, l’excellent Eddie Mair, calme et tranchant, martyrise Boris Johnson. Il interroge l’édile sur trois sujets évoqués dans le documentaire :

1) Boris, jeune reporter, est viré du Times pour avoir inventé un propos prêté à un historien.

2) Boris, journaliste au Daily Telegraph, promet d’aider un ami qui lui demande l’adresse d’un confrère pour le passer à tabac. Au final, personne ne sera blessé mais la conversation, pour le moins embarrassante, a été enregistrée.

3) Boris, jeune député, doit démissionner du Shadow cabinet (le gouvernement “fantôme” d’opposition) après avoir menti sur une aventure extraconjugale.

Sur ces trois points, comme en témoigne la vidéo ci-dessus, Johnson bafouille, bégaie, s’emmêle les pinceaux. Une prestation calamiteuse qui de l’avis de toute la presse britannique, compromet ses chances d’assumer un jour le top job.

Mais Boris est rusé. Alors que son père dénonce l’interview “répugnante” de la BBC, la victime a vanté hier les mérites de son bourreau. “On n’est jamais trop dur avec les politiciens, c’est le rôle de la BBC de taper sur les hommes politique, en particulier sur les gens comme moi” :

C’était bien sûr le meilleur moyen de s’en sortir la tête haute.

Boris a toutefois montré ce dimanche qu’il était peut-être un peu tendre, enclin à tomber dans les pièges tendus sur sa route… encore longue avant le 10 Dowing Street.

Pourquoi l’Angleterre est phallocrate

British way of life

Attention, sujet sensible. Il est toujours délicat d’accoler à un pays une épithète peu flatteuse et le Royaume-Uni n’est certainement pas le pire exemple européen. Mais indiscutablement, la condition féminine n’y est pas la même qu’en France.

Hier, le gouvernement Cameron a annoncé une aide à la garde d’enfants pouvant atteindre £1200 par an. Seuls les ménages où deux parents travaillent pourront bénéficier de ce dégrèvement fiscal. Un moyen d’inciter les femmes à chercher un emploi alors qu’il est souvent plus avantageux financièrement de rester à la maison pour éviter les frais de garde. Mais d’après la puissante presse conservatrice, cette mesure est “hostile aux familles traditionnelles”. C’est “une insulte aux mères aux foyer”, s’indigne en une le Daily Mail.

 © DR

© DR

Et ce n’est là qu’un exemple de la condition des femmes au Royaume-Uni. De ce côté de la Manche, il est, disons, normal qu’une mère s’occupe seule, toute la journée, de son enfant avant son entrée à l’école, obligatoire à l’âge de 5 ans. Les crèches (nursery schools) ferment souvent leurs portes à 15h ou 15h30 et beaucoup d’enfants ne découvrent l’école qu’en Reception, la première année de maternelle anglaise, à 4 ans.

Des municipalités et des entreprises proposent des aides mais il n’y a pas de dispositif universel de soutien pour la garde d’enfants. Quand la maman d’un enfant en bas âge travaille car la famille a trouvé une crèche, c’est souvent à temps partiel. Les établissements ferment trop tôt pour espérer mieux. Seuls les ménages aisés peuvent s’offrir une nounou à plein temps.

Il y a de quoi s’étonner d’une telle inégalité entre hommes et femmes dans un pays en pointe en matière de défense des minorités. Dans beaucoup de domaines, les droits des homosexuels, la lutte contre les discriminations, etc, le Royaume-Uni est plus avancé que la France. Mais pour la condition féminine, on repassera.

La Chambre des Communes ne compte que 22% de députées (27% en France, loin d’être un modèle). Les femmes sont très peu représentées dans les boards des grandes entreprises du pays.

La Grande-Bretagne a beau être le pays des suffragettes d’Emmeline Pankhurst, une fierté nationale, il faut se rappeler que les femmes étaient totalement soumises dans la société victorienne anglaise, dépourvues de toute capacité juridique. L’un des plus mauvais exemples du monde développé.

Ça n’a pas beaucoup changé.

Visitez Londres avec les Indignés

Londres, société, économie

Le mouvement Occupy a attiré l’attention du monde entier sur les excès de la finance, les dangers de la spéculation, le creusement des inégalités. Les indignés ont dû lever les campements installés dans une centaine de villes mais leur discours reste d’actualité et l’organisation a survécu.

A Londres, Occupy a lancé d’autres actions pour faire passer son message, en particulier les Occupy Tours, des visites guidées gratuites des principaux quartiers financiers de la capitale britannique : la City bien sûr, mais aussi Canary Wharf et Mayfair, deux autres fiefs des banquiers.

Rendez-vous sur les marches de la cathédrale St Paul. © F Mathevon/RF

Rendez-vous sur les marches de la cathédrale St Paul. © F Mathevon/RF

Trois tours de deux heures sont organisés chaque mois dans l’un de ces quartiers. Les prochains auront lieu en avril.

La visite de la City commence sur les marches de la cathédrale St Paul. Vos guides : un ou deux animateurs, membres d’Occupy. La promenade sera donc militante, engagée, subjective. Il suffit de le savoir. Vos accompagnateurs ne sont pas des professionnels, ils sont plus ou moins doués pour transmettre leur savoir mais ils sont sympas et surtout, ils ont bossé. Vous apprendrez donc des choses sur l’histoire du quartier, le rôle du Lord-Maire, les débuts de la finance à Londres, le scandale du Libor, les erreurs de RBS payées par le contribuable britannique, etc.

Et vous serez même mis à contribution.

La Mansion House, domicile du Lord-Maire de la City. © F Mathevon/RF

La Mansion House, domicile du Lord-Maire de la City. © F Mathevon/RF

Les animateurs demandent un volontaire pour scotcher à la porte de la Mansion House, résidence du Lord-Maire, le principal élu de la City, des citations d’hommes politiques vantant les mérites de la finance.

Plus loin, le groupe improvise un rap à partir d’un texte rédigé par un trader.

Les guides dessinent sur le trottoir des graphiques ou des formules mathématiques pour appuyer leurs propos.

 © F Mathevon/RF

© F Mathevon/RF

Tous ces happenings créent bien sûr des situations cocasses avec des passants, des agents de sécurité, voire des policiers peu habitués à ce genre de fantaisies dans les quartiers rupins de la capitale britannique.

Une visite militante et conviviale qui vous fera découvrir, selon Liam, l’un de ses initiateurs, “des choses bien plus horribles que le célèbre tour de la City consacré à Jack l’Eventreur” !!

Le Guildhall, l'Hôtel de Ville de la City. © F Mathevon/RF

Le Guildhall, l’Hôtel de Ville de la City. © F Mathevon/RF

 © F Mathevon/RF

© F Mathevon/RF

William et Kate, c’est une fille ! (enfin… peut-être)

médias, monarchie

La presse britannique, référence universelle ? Plaisanterie.

Les journaux de ce mercredi font presque tous leur une sur une non-information. Rien n’a été divulgué, personne n’a eu accès à la moindre source, mais un lapsus royal a conduit tous les quotidiens à annoncer que le prince William et son épouse Kate attendaient une fille.

Les tabloïdes ET les journaux les plus sérieux sont sûrs de leur fait. © DR

Les tabloïdes ET les journaux les plus sérieux sont sûrs de leur fait. © DR

Voici l’histoire.

Hier, William et Kate se rendent à Grimsby, port de pêche du nord-est de l’Angleterre. Comme toujours, des centaines de personnes attendent le couple dans l’espoir d’un salut princier. Au premier rang derrière les barrières de sécurité, une fan audacieuse tend un teddy bear à la future maman tout sourire qui lâche “Thank you, I will take that for my d…” Oups ! My daughter, Kate n’est pas allée aussi loin mais la boulette est commise. Une indiscrète, dénommée Sandra Cook, 67 ans, a tout entendu et s’empresse de livrer son commérage à la presse qui y voit un excellent titre pour les journaux du lendemain.

Il est vrai que l’histoire serait plus belle si le futur héritier était une héritière. Les règles de la succession monarchique viennent d’être modifiées pour que l’aîné du couple, fille ou garçon, puisse accéder au trône. La fin de la primogéniture masculine dans la royauté britannique.

Dans l’attente insoutenable de la naissance, prévue en juillet, le monde entier fera donc sienne la conviction que l’enfant de Kate et William est une fille. Car soyez certains que cette non-information sera reprise absolument partout.

Au final, si c’est un garçon, tant mieux. La presse anglaise annoncera avec enthousiasme une surprise. Et tout le monde aura oublié Sandra Cook, peut-être simplement un peu dure d’oreille. Ah tiens au fait, et si Kate avait voulu dire “Thank you, I will take that for my… dog” !!!