L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Les candidats à l’épreuve du “Meetingomètre”

En campagne

Quand ils sont partout à la fois, c’est en cherchant où ils ne sont PAS qu’on en apprend le plus sur l’état d’esprit des deux candidats à la présidentielle.

Aujourd’hui, Barack Obama et Mitt Romney entament leur « final push ». Dans les quatre jours à venir, quand ils ne seront pas en meeting, c’est qu’ils seront en route pour un meeting. Et leurs déplacements respectifs en disent bien plus long qu’un sondage.

Le « meetingomètre », inventé donc ici même à 1h22 du matin au croisement de « trop de café » et « pas assez dormi »  est peut-être bien un étalon de mesure électorale tout aussi fiable qu’un Gallup ou un Rasmussen englués dans la marge d’erreur.

Evidemment, les plannings peuvent toujours changer à la dernière minute, c’est le facteur aléatoire du « meetingomètre » ; mais en l’état, il semble nous dire que Romney considère qu’il a gagné la Floride. Et qu’ Obama n’est pas loin de penser la même chose. Le républicain n’y va plus. Obama s’y déplace une fois seulement, dimanche.

Romney ne retourne pas non plus en Virginie. Obama samedi seulement.

La campagne républicaine a par ailleurs décidé de faire une croix sur le Nevada. “meetingomètre” totalement plat. Pas de visite. Et après tout, est-ce que ça vaut le coup de s’arracher pour 6 grands électeurs quand on peut aller grappiller ailleurs comme par exemple le New Hampshire, plus facile, ou Romney va deux fois, et Obama une seule.

A l’ouest, on garde dans sa ligne de mire le Colorado. 2 à 1 pour Obama. Le démocrate y conserve une avance fragile qui demande à être consolidée.

Reste le Mid-West. Où le « meetingomètre » vire au rouge.

Dans le Wisconsin longtemps démocrate, 2 à 1 pour Obama. Voilà un état qui devait rester tranquillement bleu, mais se trouve être le symbole de la lutte contre le syndicalisme et le coût des fonctionnaires, avec un gouverneur extrêmement conservateur qui a gagné de grosses batailles sur le sujet l’année dernière. C’est aussi la base de Paul Ryan.

Dans l’Iowa, 2-2. Obama aujourd’hui, Romney demain et après demain, Obama lundi pour son tout dernier meeting. L’Iowa très religieux, très conservateur, est aussi le petit état de rien qui a été l’un des premiers à légaliser le mariage gay.

C’est surtout l’état fétiche d’Obama. Celui qui l’a lancé en 2008. Il y retourne pour y ravir 6 grands électeurs, mais je le soupçonne aussi d’y finir sa campagne comme on emporte avec soit un grigri qui porte chance.

Reste l’Ohio. Romney y sera aujourd’hui, et c’est là qu’il termine symboliquement lundi. Obama lui, y va… 6 fois ! Tous les jours un petit tour. Il s’est arrangé, d’où qu’il vienne, et où qu’il aille, pour faire escale soit à Cleveland soit à Colombus.

Le président Américain peut se permettre de perdre beaucoup des états qu’il a remportés en 2008. Mais pas celui là. Romney peut laisser filer quelques grands électeurs à l’ouest, mais pas ici, dans ce condensé d’Amérique qui lui donnera la présidence. Ou pas.  

Un coup à faire exploser le « meetingomètre ».

Have a nice day  

Et si c’était 50/50 ?

En campagne

C’est le grand fantasme.

Les calculs pour ne rien dire et pour patienter pendant que la campagne a repris mollement du service.

Mais à force de nous expliquer que cette élection présidentielle est hyper-serrée, à force de nous abreuver de sondages qui sont tous dans la marge d’erreur, on se prend à imaginer un scénario catastrophe même s’il est improbable : et si on avait une égalité parfaite ? Et si c’était 50/50 ? Et si au compte des votes électoraux, on se retrouvait à 269/269.

D’après les calculs du sorcier Nate Silver, roi très contesté des sondages et des mathématiques pour le New York Times, la probabilité est de 0,4%.

Mais puisqu’on est dans le fantasme, allons-y : c’est possible si Obama gagne tous les états remportés par Kerry en 2004 et y ajoute l’Ohio et le Nouveau Mexique. C’est possible aussi si dans la configuration des swing states de cette année, Obama perd l’Ohio, la Floride, l’Iowa, le New Hampshire et le Nevada, mais l’emporte dans le Wisconsin, le Colorado et la Virginie.

En cas d’égalité parfaite, la constitution dit que c’est la chambre des représentants qui tranche. Un vote par état. Quelle que soit la taille de l’état. Majorité à 26. Mitt Romney deviendrait donc président des Etats-Unis puisque la chambre restera probablement républicaine.

Mais comme le sénat fait le même exercice pour désigner le vice-président, et que les démocrates y sont pour l’instant plus nombreux et peuvent le rester après le 6 novembre, on se retrouverait avec un ticket Romney/Biden. L’idéal pour s’essayer à ce gouvernement bipartisan que les candidats réclament tous les jours.

L’hypothèse, derrière l’hypothèse, serait avant d’en arriver à des votes de la chambre et du sénat, que certains grands électeurs jouent les “infidèles”. Qu’ils ne votent pas pour le vainqueur de leur état. C’est rare, c’est puni dans de nombreux états, mais ça arrive…

Le scénario plus plausible - mais qui reste improbable- serait une situation « à la 2000 » inversée. Mitt Romney remporterait le vote populaire. Et Barack Obama le collège électoral.

En 2000 Al Gore avait 500 000 voix de plus que George Bush. En 2004 on a frôlé la même chose à l’envers, George Bush avait 3 millions de voix supplémentaires dans le pays, mais à 100 000 électeurs près, Kerry remportait l’Ohio et la présidence avec.

Si un scénario de ce genre se reproduisait si vite après Bush/Gore, on débattrait sans doute à nouveau des mérites du collège électoral par rapport au vote populaire. Mais modifier le système nécessite une modification de la constitution à laquelle il faudrait réfléchir à deux fois.

Si autrefois, le collège électoral favorisait les républicains, aujourd’hui c’est plutôt l’inverse. On peut douter que les démocrates aient envie de se passer des victoires faciles que sont les gros états comme la Californie, New York ou l’Illinois. On voit mal cependant les républicains qui ne jurent que par une constitution aussi sacrée que la bible, décider subitement d’un chamboulement aussi significatif. Il n’est pas certain non plus que tous ces états qui changent d’avis régulièrement, les gros comme la Floride et l’Ohio ; mais surtout les petits comme le New Hampshire ou l’Iowa, aient envie de se retrouver noyés dans la masse.  

Bref, si cette présidentielle est un nouveau psychodrame, ça fera sans doute beaucoup parler. Mais parler seulement

Have a nice day.

Big storm, big government

En campagne

Ce mercredi, les deux candidats émergent à nouveau dans la campagne, mais chacun à sa manière.

L’un revient de plein pied dans la politique, l’autre essaie de prolonger la surprise d’Octobre.Mitt Romney se remet donc en mode campagne. Il est en Floride. Trois meetings dans le swing state le plus large des Etats-Unis. Il sera accompagné par Marco Rubio et Jeb Bush, deux des figures du parti dans cet état.

Obama aussi sera avec une figure du parti Républicain, Chris Christie, le gouverneur du New Jersey. Christie dirige l’état le plus dévasté par Sandy, il est connu pour son franc-parler ; sur Fox News hier matin, il a clairement dit qu’il se fichait complètement de la politique, qu’il n’avait rien à faire de savoir si oui ou non Mitt Romney passerait le voir, et il a chaudement remercié le président des Etats-Unis pour sa vitesse de réaction. Si l’on en juge par la tête des 3 personnes en plateau, ça n’est pas forcément ce qu’ils s’attendaient à entendre.

Avantage au président donc, qui a aussi l’opportunité de laisser monter tranquillement une conversation sur le rôle de l’état. L’organisme fédéral qui gère les catastrophes naturelles s’appelle la FEMA. C’est une agence gouvernementale du type de celles que les républicains veulent purger. Romney pendant les primaires avait clairement dit qu’il entendait rendre aux états la gestion des catastrophes, ainsi qu’aux entreprises privées.

Hier, lorsqu’il charriait des bouteilles d’eau dans l’Ohio lors d’une « réunion de solidarité » avec ses militants, il a soigneusement évité le sujet. Ca n’est pas faute de lui avoir posé la question. 14 fois. Un porte-parole de sa campagne a clarifié en disant que les états devaient avoir la charge essentielle des catastrophes mais que ça n’éxcluait pas une intervention de l’Etat. C’est exactement comme ça que ça se passe aujourd’hui. L’aide du Fédéral, se sont les états qui la demandent. Le président déclare l’état de “catastrophe naturelle” ou de “désastre majeur”, ce qui ouvre automatiquement le droit à des crédits fédéraux.

Dans cette « drôle de campagne » les deux candidats essaient de trouver un équilibre entre désastre et politique: c’est plus facile pour Obama.

Il a un avantage naturel : il est président. On attend de lui qu’il passe à la croix rouge Américaine ou visite les quartiers sous les eaux. Et les caméras sont forcément là. La Maison Blanche a publié des photos hier, d’Obama au travail avec la FEMA et ses services.

Les chiffres des sondages ne changeront pas forcément après Sandy. L’élection reste aussi serrée qu’elle l’était avant. Mais on ne parle plus d’économie ou de Lybie. Sandy en stoppant la campagne, a peut-être au moins stoppé la dynamique de Mitt Romney. Et même s’il est à nouveau sur les routes, il ne peut pas taper aussi fort sur Obama qu’il le faisait. Il doit trouver une autre rhétorique que la pure politique politicienne. Obama aussi d’ailleurs, lorsqu’il recommencera sa tournée des swing states.

Ce qui sera drôle à observer aujourd’hui, c’est qui des deux hommes gagnera la bataille médiatique du jour. Mitt Romney en campagne en Floride, ou Obama les pieds dans la gadoue dans le New-Jersey.

Have a nice day

La surprise d’Octobre

En campagne

La surprise d’octobre donc…

A croire qu’une élection présidentielle Américaine est une science exacte.

On pensait qu’on l’avait déjà eu avec les débats, ce bouleversement du dernier mois. Et ben non.

La vraie surprise c’est que d’ordinaire, les éléments jugent que les candidats peuvent se débrouiller tous seuls pour le grand chamboulement. Pas cette fois.

Le Washington Post a retrouvé quelques unes de ces surprises dans ses archives :

En 2008, on est à la fois dans le tragique et le romantique : Barack Obama avait abandonné le chemin des meetings pour prendre un avion vers Hawaii 11 jours avant le mardi du scrutin. Il voulait embrasser sa grand-mère atteinte d’un cancer. Elle mourra la veille du vote. Obama pouvait se permettre ce départ précipité, il avait déjà gagné l’élection à l’époque grâce à « la surprise de Septembre » dont on parle encore et qui peut lui coûter cette fois l’élection : La chute de Lehman-Brother, le début de la grande crise et l’entrée des Etats-Unis en récession.

En 2004, une vidéo de Ben Laden a remis la campagne tout droit sur le terrorisme et probablement contribué à la réélection de George Bush. Le chef d’Al Quadea disait aux Américains : » Votre sécurité n’est ni entre les mains, de Kerry, ni entre celles de Bush, elle est entre les vôtres ».

En 2000, nettement moins significatif, on avait exhumé un rapport d’arrestation de George Bush datant de 1976 pour conduite en état d’ivresse.

Cette fois donc, le vent et la pluie s’en mêlent. Sandy est partout, logiquement, et l’élection nulle part. Obama est redevenu président des Etats-Unis à plein temps. Et Romney doit trouver de quoi occuper ses journées.

Dès que les vents seront passés, et si les dégâts même immenses, ne sont que matériels, à qui profite Sandy ?

Obama qui s’est réveillé ce matin à Orlando pensant encore que l’Ouragan pouvait passer loin des côtes, a repris son avion vers Washington et supervisé immédiatement une réunion de crise avant de se montrer devant la presse. Même si la situation politique n’a rien à voir, ni d’ailleurs la force de l’ouragan, on sait depuis Katrina qu’un président doit être visible dans ce genre de situation. S’il est jugé bon dans son rôle, ça ne lui fera aucun mal pour mardi prochain.  En revanche, si quand il fera jour demain on voit des photos de gens en perdition, ça deviendra plus compliqué.

Mitt Romney ne peut rien faire sinon attendre que ça passe. Il a conservé ce lundi un meeting dans l’Ohio, mais il a d’abord et avant tout dit un mot pour les habitants de la côte Est. C’est la seule image du candidat républicain que les télévisions ont montré. A part MSNBC très brièvement, aucune chaine Américaine n’a d’ailleurs filmé autre chose que des journalistes en Kway bravant les éléments. Ce mardi ne sera pas différent.

Si Sandy passe sans être totalement dévastatrice, mercredi ou jeudi au plus tard, tout le monde aura repris la route. New-York et le New-Jersey n’ont aucun enjeu électoral. En revanche on saura vite s’il y a des choses à dire sur la Caroline du Nord et la Virginie. Restera alors le problème de l’accès aux bureaux de vote, du retard du courrier, et de la volonté des électeurs d’aller aux urnes quand ils sont occupés à écoper chez eux…

Demain il fera jour

Have a nice day.

Romney et Obama en Stand Up

En campagne

C’est un peu comme s’autoriser un morceau de fromage quand on est au régime ; passer un dimanche entier devant des feuilletons débiles quand on a pourtant une tonne de papiers à trier ou s’attarder au zinc le matin en lisant l’horoscope du Parisien quand on devrait déjà être au boulot. Un petit plaisir même pas coupable, auquel se livrent traditionnellement les candidats à l’élection présidentielle : Le Gala de la fondation Al Smith.

Pouce ! Une trêve dans une élection de brutes.

La campagne est rude, les attaques quotidiennes, les débats tendus, mais hier soir, Barack Obama et Mitt Romney en grande tenue -nœud pap blanc et queue de pie- ont participé ensemble à ce diner de charité catholique, passage obligé des meilleurs ennemis du moment.

Bien sur les textes ne sont pas écrits par les candidats. Et l’un comme l’autre devraient garder leur travail de politicien avant de songer à une carrière de « stand up ». Mais ils ont été drôles. Et Mitt Romney qui fait de l’humour, ça mérite qu’on s’y arrête.

Pour les non anglophones, le but du jeu est de manier  l’autodérision tout en ne ratant pas une occasion de lacérer en deux phrases le programme de l’autre candidat. Parfois la traduction en Français tombe un peu à plat, mais en vrac :  Mitt Romney a commencé par se moquer de lui-même et de l’image du candidat trop riche et trop loin des gens qu’il véhicule. Dans son costume des grands jours il a expliqué qu’une campagne impliquait beaucoup de changement de vêtements : « Un jean parfois le matin, ou un costume plus tard pour une levée de fonds, plus sportif le soir, mais c’est bon de pouvoir enfin avoir sur le dos le genre de chose que Ann et moi, on porte tous les jours à la maison ». Obama a entamé lui en demandant aux gens de s’asseoir vite « sinon Clint Eastwood va commencer à hurler sur les chaises »

Le Républicain devant ce parterre de catholiques a rappelé qu’il était Mormon et donc généralement « conducteur désigné ». Il a d’ailleurs donné un des secrets de sa préparation au débat : « Ne pas boire d’alcool dans les 65 ans qui précédent le jour J ».

Les débats ont forcément donné à Obama ses meilleures blagues : « Vous avez remarqué que j’avais beaucoup plus d’énergie lors du 2eme débat, c’est parce que j’avais bien récupéré grâce à une longue sieste pendant le premier ». « Il apparaît que certains Américains ont prêté plus d’attention au 2eme débat. Je suis l’un d’entre eux » ; « j’ai donc appris qu’il y a avait pire qu’oublier le cadeau le jour de son anniversaire de mariage ».

Mitt Romney sur le même sujet a regretté que Joe Biden ne soit pas là « lui qui rigole de tout ».  

Au chapitre des arguments de campagne, le candidat républicain a imaginé ce qui pouvait bien trotter dans la tête de son adversaire devant cette assemblée de gens très riches : « Si peu de temps et tant de choses à redistribuer » ; il a aussi raconté combien il était confortable, dans une élection difficile d’avoir à ses côté quelqu’un qui vous aide chaque jour à avancer : « moi j’ai ma femme Ann, le président a Bill Clinton ».

Barack Obama avant d’évoquer (encore !) le débat à suivre, a rappelé qu’il avait été attaqué pendant sa dernière campagne au retour d’un voyage à l’étranger parce qu’il était jugé là bas « trop populaire. Je remarque que Mitt Romney a très bien évité ce problème ». Et puisque la politique étrangère sera donc le thème de la prochaine confrontation « Spoiler alert ! on a eu Ben laden ! » a dit Obama. Même genre d’humour concernant de l’économie : « Le chômage est plus bas que quand j’ai pris mes fonctions. J’ai pas de blague là-dessus, j’ai juste trouvé utile de le rappeler ».

Il fait bien de le rappeler Obama, cette soirée c’était une trêve alors on n’en parle pas, mais les derniers sondages…  

Have a nice day

Le 2eme débat sur la forme

En campagne

Ca n’est pas un secret, chaque débat est négocié au millimètre par les deux camapagnes des deux candidats. Les micros, la clim’, les couleurs, les tabourets, leur hauteur, la barre pour mettre son pied, la table avec un verre d’eau, la distance avec le public, la distance avec le modérateur, les temps de réponses, le nombre de questions, les relances, les interactions entre les candidats.

Cette fois, parce que les enjeux sont très hauts et puisque le format est différent d’un simple face à face, les discussions d’avant-débat ont été encore plus longues et compliquées.

Le format

Un jeu de questions/réponses avec le public. On appelle ça un « town-hall meeting ». Les candidats ont le droit de se lever, de marcher, d’aller vers les gens ou vers leur opposant. Tout cela a été pesé et répété aussi surement que le fond des programmes. Gore s’approchait tellement de Bush que le (futur) président avait fini par en faire une grimace. McCain en 2008 labourait tellement la salle qu’il en donnait le tournis. Clinton était le meilleur dans cet exercice d’empathie avec les électeurs (voir vidéo dans un post précédent). Interdiction de s’énerver contre une question bien entendu. Ce serait l’équivalent de s’agacer contre toute la classe moyenne Américaine.

Qui pose des questions ?

Gallup a composé un panel de 80 personnes parmi un groupe d’indécis. Tous vivent dans les environs de la ville où se tient le débat, Hempstead, sur Long Island. Contrairement à l’image un peu déformée que l’on peut avoir de Long Island, nous ne sommes pas du tout ici dans une Amérique cossue. Hempstead est une banlieue triste qui ne respire pas du tout la prospérité économique. En tout cas pas dans les environs du centre ville. Les maisons deviennent plus grosses et les voitures plus puissantes si on s’éloigne un peu. Large population noire ; et une communauté hispanique grandissante composée essentiellement de Salvadoriens.

Combien de questions et lesquelles ?

Tout le panel a préparé des questions mais c’est la modératrice, Candy Crowley de CNN qui va choisir lesquelles sont retenues. Cette sélection a lieu cette après-midi lors d’une répétition générale. Les questions seront choisies en fonction des thèmes de campagne moitié politique intérieure, moitié politique étrangère. En tout au final, 15 à 20 personnes pourront parler. Au point d’interrogation de leur question, le micro sera immédiatement coupé.

Les temps de parole :

Après la question (et c’est Mitt Romney qui aura la première), le candidat a 2′ pour répondre. Puis son opposant aura le même temps de parole. La modératrice, au terme de discussions à n’en plus finir, a obtenu le droit de relancer les deux hommes après ce premier round qui pourront reprendre la parole pour 1′. Les candidats n’ont pas le droit de s’adresser l’un à l’autre.

La modératrice :

Candy Crowley anime son premier débat. Mais elle couvre la politique intérieure pour CNN depuis toujours ou presque. Elle a en main l’émission « State of the Union » du dimanche matin. Elle a dû se battre pour avoir le droit d’intervenir dans les discussions au lieu de juste tenir le crachoir pour le panel. Les lignes la concernant dans le gros document qui détermine les règles du débat précisaient simplement qu’elle avait le droit de boire de l’eau et devait garder une expression professionnelle (!!). Candy Crowley n’a pas signé ce document. On ne lui a pas demandé d’ailleurs, comme si elle était simplement un meuble de plus dans le décor.   

Mais comme le soulignait à juste titre le Washington Post hier, certes, l’important ce sont bien les questions dans la salle. Mais si les campagnes d’Obama ou de Romney ne voulaient ni commentaires, ni interventions, ni questions supplémentaires, il fallait embaucher une boite vocale…

Have a nice day.

Obama bachotte avant le débat

En campagne

 A la veille du deuxième débat, à quoi voit-on que le le camp Obama a du mal à cacher quelques signes extérieurs de panique ?

  • Ses conseillers ont enfermé Obama à double tour dans une grosse maison de Virginie. Pas question de sortir avant mardi. Pas question de se laisser distraire. Hier le président a mis le nez dehors une petite heure et demi pour aller apporter des pizzas à la permanence locale et passer quelques coups de téléphone à des électeurs qui n’en sont sans doute pas encore revenus, et c’est tout. Cette préparation « qui se passe très bien » a dit Obama est nettement plus sérieuse que la dernière.
  • Pendant ce temps, les conseillers justement, ont défilé dans toutes les émissions dominicales. Quand on voit Robert Gibbs et David Axelrod se succéder à l’antenne, ça doit vouloir dire que derrière les propos rassurants (« nous sommes toujours devant »), il n’est plus question de plaisanter. Gibbs, l’ancien porte-parole aujourd’hui un des chefs de campagne a promis un Barack Obama plus « dynamique » (!) Axelrod a parlé de « défier Romney » sur ses positions. On imagine qu’on parle des anciennes positions comme des nouvelles, qui ont pris les démocrates par surprise et laissé Obama littéralement sans voix.
  • Cette semaine, les démocrates envoient l’artillerie lourde dans l’Ohio. Bill Clinton ET Bruce Springsteen. Obama ne sera même pas là. Impossible de ne pas avoir constaté que les Républicains sont en train de donner leur maximum dans cet état qui semblait pourtant hors de danger.  Romney et son colistier ont vadrouillé ensemble ou séparément pendant 4 jours la semaine dernière. Et Ryan est toujours sur le pont ce lundi pendant que son patron va s’enfermer lui aussi pour le débat. Le candidat vice-président fait jouer l’Amérique des petites villes qu’il représente- Il était à Youngstown ces dernières heures- . Tout en prenant soigneusement soin d’éviter de parler automobile, Romney a un discours bien rodé sur l’indépendance énergétique, l’exploitation du charbon et les régulations environnementalistes trop importantes.
  • Clinton, encore lui, le pompier en chef, « le meilleur pour expliquer ma politique », a reconnu le président en riant mais sans rire, sillonne le pays pour se moquer avec le talent qu’on lui connaît du « born again » modéré Mitt Romney. Succès assuré.
  • Dans sa retraite de Virginie, Obama est cerné par non pas 1 mais 3 parcours de golf. On sait qu’il adore ce sport et le pratique autant qu’il le peut. Cette fois, d’après le New-York Times, le président n’a pas pris ses clubs.

     C’est l’ultime signe de panique.

Have a nice day.

Biden et Ryan dans mon bureau

En campagne

  © fs

© fs

Au dessus de mon bureau, que j’ai très exceptionnellement rangé pour cette photo, il y a ce calendrier  sur lequel les trois ronds rouges marquent les dates des débats présidentiels. La confrontation des vice-présidents était presque anecdotique et ne méritait pas un coup de marqueur. Si je tentais aujourd’hui de retrouver mon gros stylo sous les papiers en oubliant la crainte d’y découvrir un gros rat en décomposition depuis les conventions, je ferais des flèches dans tous les sens.

D’ordinaire, les VP n’ont aucune incidence sur la campagne. C’est scientifiquement prouvé au moins depuis 1976 (clic). D’ordinaire on se contente d’y jeter un Å“il par curiosité, ou « au cas où », comme il y a 4 ans avec Sarah Palin dont on attendait avec gourmandise une grosse gaffe qui n’est jamais venue. D’ordinaire, les seconds couteaux c’est une soirée qu’on aurait préféré passer ailleurs que devant la télé.

Sauf que depuis mercredi dernier, tout ce qui commence par « d’ordinaire », doit être enfoui quelque part avec mon marqueur dans le fouillis de mon bureau. Depuis que contrairement à l’ « ordinaire », le débat des présidents a bouleversé le paysage de cette élection.

Obama a fini par admettre hier sur ABC qu’il avait eu « une mauvaise soirée ». Et quand on lui demande ce qu’il attend de Joe Biden, il répond « Joe doit être Joe ». C’est peut -être ça le problème. La pression est clairement sur les épaules du colistier du président dont on connaît la légère propension à gaffer pendant que Paul Ryan, l’homme des chiffres, est plutôt très carré.

Joe Biden ne réparera pas à lui tout seul les dégâts causés par Obama lui-même. Mais il a pour tâche de court-circuiter au moins l’ascension de Mitt Romney dans les sondages.

Pour ça il doit ramener Ryan à ce qu’il est : un représentant de l’aile droite de son parti considéré même comme un idéologue. En affrontant celui qui est à l’origine d’un projet de budget très sévère et très marqué à droite, il doit redonner au ticket républicain sa couleur d’origine. Il doit faire de ses opposants un duo de purs conservateurs qui veut modifier l’assurance médicale des plus vieux, couper les aides sociales, faire tomber la loi sur la santé, ou baisser les impôts des plus riches. Il doit rappeler cette ultra droite que Romney courtisait avant de redevenir le modéré qu’on a vu mercredi, il doit faire ressurgir ce qu’Obama a complètement raté : les contrastes. Biden doit discréditer Ryan. En faire une faute de casting qui couterait cher à l’Amérique.

L’actuel vice-président a pour lui 40 ans de vie politique. Une connaissance pointue de la politique internationale -le talon d’Achille de Ryan-, et un vrai contact avec les cols bleus, lui qui vient de Scanton, en Pennsylvanie. Il a été deux fois candidat à la présidentiel et il a une expérience des débats que Ryan n’a pas du tout. Contre lui, il a le bilan d’Obama dont certains aspects restent difficiles à défendre et qu’il a aussi sur les épaules. Biden est un vrai vice-président actif. Il est de toutes les réunions dans le bureau ovale et du premier cercle des conseillers.

Ryan de son coté, de 28 ans le cadet de son opposant, sait que son budget sera attaqué de front, ainsi que son projet pour Medicare. Il a dû largement se préparer à cela. Il représente l’Amérique des petites villes Américaines, originaire d’un Wisconsin pas si loin de l’Ohio; il a bien compris que cette « working class » a la clef de l’élection et commence peut-être à écouter Romney un peu différemment.

Sur le plan personnel, les deux hommes ne sauraient être plus différents. Biden c’est celui qui pendant plus de 30 ans a fait le trajet en train entre Washington et le Delaware où il était élu pour rejoindre sa famille. Ryan habite toujours dans le Janesville de son enfance et chasse le daim avec un arc er des flèches.

Ce qui les rapproche, c’est la pression sur leurs épaules. Ryan doit permettre à Romney de rester dans la phase ascendante qui est la sienne. Biden doit être au moins le garrot qui arrêtera le début d’hémorragie démocrate.

Tous les deux ont finalement la même mission : paver le chemin de leurs patrons respectifs, en attendant le prochain débat présidentiel du 16 octobre.

Celui là pour le coup il mériterait que je retrouve ce fameux marqueur pour rajouter une couche de rouge.

Bon je range.

Have a nice day

Bye Bye Big Bird

En campagne

Quand ça veut pas, ça veut pas.

La campagne Obama a fait un gros flop avec Big Bird. Les démocrates qui commencent à sentir le vent du boulet sont restés de marbre devant cette pub lancée ce matin :

Ce sont les « parents » de Big Bird, les producteurs de l’émission pour enfants « sesame street » ont lancé la première gifle assez cinglante en demandant aux démocrates d’arrêter d’utiliser leur oiseau jaune a des fins politiques et de retirer cette pub. Dans le Washington Post cette après midi, un éditorialiste suggérait (clic) que le camp Obama était ni plus ni moins en train de tirer tout seul dans les grosses pattes du pauvre animal car à force d’en parler, on ne faisait qu’accentuer l’envie des républicains de supprimer les aides à la télévision publique, qui représentent 445 millions de dollars sur 2 ans, c’est-à-dire rien.

Politiquement, Chuck Todd de NBC a probablement raison : pourquoi rappeler constamment le débat de mercredi aux électeurs ? Obama a perdu cette partie. Il est temps de passer à autre chose avant d’accentuer l’hémorragie.

Car s’il n’y a pas encore le feu à la maison démocrate, ça commence à sentir le brûlé. Après le sondage du Pew research center hier qui met Romney 4 points devant Obama, les résultats état par état, montrent un net recul d’Obama dans le Michigan et, c’est plus grave, dans l’Ohio où le président ne compte plus que 4 points d’avance.

Pendant ce temps, un compte twitter a été ouvert pour Big Bird qui compte 30 000 followers, et encore ce matin ici dans un meeting de Mitt Romney un journaliste a twitté cet un avion passé au dessus de la foule  avec écrit : «crack down on wall street not Sesame street». A trop utiliser ce pauvre Big Bird, les démocrates l’ont retourné contre eux-mêmes: « Big ideas versus Big bird » a répliqué Romney: Le choix est clair : de grandes idées contre un grand oiseau. En campagne dans l’Iowa, il a ajouté : « on a plutôt besoin d’un président qui parle de sauver des emplois ».

 © michaelmathes

© michaelmathes

Dans la même veine, le Post rapporte que le patron du parti républicain Reince Priebus a compté le nombre de fois où Obama avait évoqué la Libye dans ses discours récents : zero. En revanche, Elmo a été cité cinq fois et Big Bird huit, ce qui n’a pas échappé à Saturday Night Live:

En d’autres temps, tout ça aurait pû être assez drôle. Si Romney avait perdu le débat la campagne Obama avait le droit d’en rajouter une couche. C’était de bonne guerre. Là, il semblerait que du côté des commentateurs politiques de gauche on ait laissé son sens de l’humour quelque part à Denver.

Avec Big Bird, les démocrates sont tombés sur un bec.

Have a nice day

Comment ça c’est pas plié ??

En campagne

Hier après midi, le site du Pew Research Center a sauté. Trop de monde en même temps pour venir voir les chiffres de prés. Un peu comme un enfant qui met les mains sur le fourneau pour s’assurer que c’est chaud. Ou quand on ne peut pas s’empêcher de s’arrêter sur la route pour voir un accident. (clic) 

Ce sondage qui met Romney devant Obama à 49/45 est le plus sévère depuis le débat calamiteux de mercredi. Mais les tendances de Gallup, d’Ipsos ou de Rasmussen constatent le même effritement au moins dans le camp démocrate.

Quand Romney trainait péniblement derrière, toute l’Amérique avait fini par se persuader qu’il avait perdu. Et cette idée accentuait son retard. Obama subit la même chose : plus on parle du débat (et on en parle encore), plus le pays est persuadé que le président n’a pas seulement été mauvais, il a été carrément nul. Aujourd’hui 78% des indépendants - ceux que tout le monde veut dans sa poche- 78 (!!) pensent que Romney a été carrément meilleur. En fait les sondés estiment que le républicain a bel et bien laminé le président.

De là découle tout le reste.

Les républicains étaient déprimés. Les grosses têtes du  parti faisaient des réunions de crise. Et les électeurs ne votaient décidément par pour Romney, mais contre Obama. Il y a 10 jours, 56% des républicains croyaient fermement en leur candidat. Aujourd’hui ils sont 67%.

Cet enthousiasme retrouvé rend subitement Romney sympathique. Le mal aimé des candidats, celui qui ne sait pas parler de lui, se retrouve avec 45% d’opinion favorable. Un bond de 5 points.

En général on sait quand et comment une élection a tourné une fois qu’elle est finie. Rien n’indique encore que ce sondage marque un tournant. Mais la conversation a changé aux Etats-Unis. Ce qui remet un peu de piquant dans l’affaire.

Mitt Romney a encore de la route à faire pour s’installer en tête. Si vous regardez les choses de près, 6 électeurs sur 10 sont d’accord pour dire que le républicain promet plus qu’il ne pourra offrir. Ce qui devrait être un indice important pour Obama lors du prochain débat : revenir à la charge sur les comptes et décomptes des économies réalisées ou les impôts baissés au lieu de lâcher l’affaire comme il l’a fait mercredi dernier.

Obama a toujours pour lui 54% des électeurs qui pensent qu’il sait ce qu’il fait en matière d’économie. Ce qui rend la traduction PAR ETATS de ces sondages particulièrement intéressante à suivre. Dans l’éternel Ohio en particulier.

Avant le débat, je n’ai pas été la dernière à dire que ces face à face comptaient le plus souvent pour du beurre. Cette fois il semblerait que les choses soient très différentes. Les démocrates se rassurent en soulignant -à juste titre d’ailleurs-, que statistiquement les présidents sortants se débrouillent assez mal. Kerry avait gagné toutes les confrontations face à Bush et on sait comment ça a fini. Les mêmes démocrates rappellent aussi que, fort de sa montée en flèche dans les sondages, juste avant le débat on avait remis Obama sur son piédestal de demi-dieu en oubliant que pendant les primaires de 2008, il se faisait régulièrement moucher par Hillary.

Il n’empêche. 67 millions de personnes étaient devant la télé mercredi dernier. Probablement encore plus le 16 octobre prochain. Le format sera un «town hall meeting », questions/réponses avec le public. Interdiction de s’énerver donc. Mais peut être des questions plus directes que la dernière fois.

En attendant voila qu’on va regarder avec un autre Å“il le débat de jeudi entre Joe Biden et Paul Ryan. Il y a 4 ans on attendait les gaffes de Sarah Palin. Cette fois-ci, dans le camp Obama on redoute celles de Biden. Le vice président a pour cahier des charges d’essayer de dégager un peu la route pour Obama. Et interdiction formelle de l’enfoncer encore un peu plus.

Have a nice day