Qu'est-ce que c'est? A partir de cette page, vous pouvez envoyer ce lien par e-mail.

E-mail

Envoyer par E-mail
05 septembre 2012

Michelle et Ann

Posté dans: Non classé

Ca n’est pas très charitable de comparer les discours de Michelle Obama et Ann Romney à l’applaudimètre parce que la salle démocrate est nettement plus remplie que l’était la salle républicaine. Le calcul des délégués est si compliqué que les délégués eux-mêmes n’y comprennent rien, il est surtout différent d’un parti à l’autre, (et d’un état à l’autre !) si bien qu’au final, les démocrates sont presque 6000, quand les républicains tournaient autour de 3000.

Ca n’est pas très charitable de comparer l’aisance de Michelle Obama à celle de Ann Romney. Après tout, la first lady a eu largement le temps de s’entrainer ces quatre dernières années. Elle parle très régulièrement en public, elle a présidé presque 75 levées de fond ces dernières semaines. Ann Romney elle, présente son mari régulièrement pendant les meetings, mais elle a commencé au milieu de la saison des primaires seulement.

Ann Romney est une femme au foyer (ça n’est pas une maladie), mariée à 19 ans et mère à 22 ; Michelle Obama est une femme active (ça ne mérite pas une médaille), qui a eu de grosses responsabilités ce qui la prépare mieux sans doute à ce genre d’énorme pression.

Chacune dans leur genre, les deux femmes avaient le même cahier des charges : monter au charbon pour leurs maris respectifs.

Ann Romney devait faire découvrir et aimer un Mitt réputé distant et mal perçu. Michelle Obama devait assurer que son Barack est bien le même qu’il y a 4 ans et qu’il ne faut pas le laisser se noyer au milieu du gué.

Chacune dans leur genre elles ont dit des choses finalement très similaires. Ann Romney nous avait raconté le premier bal où elle a rencontré son homme, ce grand gaillard ténébreux et timide. Michelle Obama nous a raconté les premiers rendez-vous, la voiture déglinguée de Barack et ses chaussures trop petites.

Ann Romney nous avait raconté le premier appartement, la table à repasser qui servait de table de cuisine : « les meilleures années de notre vie » ; Michelle Obama nous a parlé du début de son mariage « On était jeunes, amoureux, et endettés jusqu’au cou ».

Les deux femmes ont parlé d’amour. Michelle Obama n’a juste pas eu besoin de nous le dire en préambule. Mais nous avons eu droit à la même déclaration. « Mon mari est quelqu’un de bien et il n’échouera pas » avait dit Ann Romney avant d’ajouter qu’elle etait toujours amoureuse de cet homme ». Michelle Obama a assuré que son mari « travaillait dur pour le peuple Américain et qu’elle l’aimait plus encore qu’il y a 4 ans, plus encore qu’il y a 23 ans quand ils se sont rencontrés ».

Les deux femmes ont parlé aux femmes. Celles qui élèvent leurs enfants et ne savent pas de quoi demain sera fait. Ann Romney entendait leurs soupirs parfois dans la nuit ; Michelle Obama a évoqué les études à payer, et a surtout ajouté que son mari considérait que chaque femme était libre de faire ses propres choix dès lors qu’il est question de leur corps et leur santé.

L’autre point commun,  c’est qu’Ann Romney n’a jamais prononcé le nom de Barack Obama. Michelle Obama a fait pareil. Pas de « Romney » dans son discours, ni de « parti républicain » d’ailleurs. Elles n’ont pas voulu comparer les programmes de leurs maris, elles ont utilisé leurs vies respectives pour donner le meilleur de leurs candidats de maris. A les entendre on comprenait très bien que si on était dans « Desperate Housewives », l’une serait plutôt Bree Van de Camp et l’autre Susan Mayer. Mais est-ce que ces deux là, à la fin ne cherchent pas la même chose ?

Vous remarquerez que les épouses ont toutes les deux voulu mettre en avant la valeur travail. L’une en rappelant les fins de mois difficiles et l’impossibilité de s’élever sans une aide financière pour payer des études, l’autre en insistant sur la fortune construite, et pas héritée, avec certes, un sérieux avantage au départ. L’une a expliqué que son mari comprenait la classe moyenne parce qu’il en a fait partie lui-même et n’a rien oublié. L’autre a rappelé que son homme avait utilisé son argent pour faire le bien.

Alors bien sûr, Michelle Obama est deux fois plus à l’aise ; bien sur la narrative de sa famille et celle de son homme coulent comme du lait. C’est presque trop facile pour séduire cette classe moyenne que vise le président Américain, d’insister sur l’histoire de ce fils de personne, élevé dans une famille où l’argent fait défaut mais qui à force de volonté et de travail, devient président des Etats-Unis. En face, Ann Romney la mormone qui a choisi de ne pas travailler parce que son couple en avait les moyens fait bien pâle figure. Les études payées rubis sur l’ongle sans se forcer, le coup de pouce financier des parents pour démarrer une entreprise, tout cela est nettement moins séduisant.

Mais ici nous sommes aux Etats-Unis. Le pays de l’opportunité. Un mot qu’on utilise à toutes les sauces dans les deux camps et se résume à un concept : saisir sa chance. Après tout, Mitt Romney aurait pu s’asseoir confortablement sur l’héritage de son père. Mais Ann nous a expliqué que ça n’était pas avec ce genre de valeurs qu’on grandissait chez les Romney. Exactement comme Michelle Obama a mis en avant les « valeurs » de son mari, héritée de sa mère et sa grand-mère. D’un côté comme de l’autre on nous dit que tout est possible.

« Toi aussi si tu veux tu peux réussir comme Mitt Romney parce que l’Amérique te l’offre ».

« Toi aussi si tu veux tu peux réussir comme Barack Obama parce que l’Amérique te l’offre ».

Les uns insistent pour dire qu’ils n’ont eu besoin de personne et que l’économie ne saurait s’accommoder d’entraves, les autres se félicitent d’avoir pu bénéficier des aides qui ont rendu leurs ambitions réalisables. Mais à la fin on parle de la même réussite individuelle.

D’Ann Romney à Michelle Obama, de Marco Rubio à Julian Castro, de Joe Biden à Paul Ryan, on nous dit exactement la même chose: c’est « ça » le rêve Américain.

Il est usé aux 4 coins ce Rêve, avec un grand R, tellement on le manipule dans tous les sens en période électorale. Un jour confisqué par les démocrates, le lendemain par les républicains. Il semble un peu à géométrie variable. A moins qu’il y en ait plusieurs… ;)

Have a nice day